Leçon 11: Faire preuve d'intelligence
J'allas m'asseoir deux minutes à mon bureau pour reprendre mon souffle. Plusieurs collègues vinrent me voir, m'offrirent de l'aide ou de reprendre l'affaire. L'un d'entre eux, plus entreprenant que les autres, m'apprit qu'il avait brièvement interrogé notre suspect et que tout ce que celui-ci lui avait appris était qu'il s'appelait Steve Sheppard. Je compris, à travers ces propositions, qu'ils ne me faisaient pas confiance pour résoudre cette enquête, mais comment leur en vouloir, j'avais si peu d'expérience! Mais je devais le faire pour Philips. Pour prouver qu'il ne m'avait pas entraîné en vain. Je me levas, contournas le bureau et fouillas dans ses tiroirs. J'en sortis une boîte de chocolats, de bonne marque, et, mon paquet sous le bras, je partis en direction de la salle des Archives Magique. Ce département est dirigé par cinq femmes qu'il vaut mieux avoir dans sa poche. Philips était si charmant avec elles qu'elles étaient toutes folles de lui. Le fait qu'il leur rapporte à toutes des sucreries à chaque fois qu'il venait n'était sûrement pas étranger à la chose.
Il se murmurait, dans les couloirs du Ministère, que ces cinq-là, toutes amies d'enfance, savaient absolument tout sur tout le monde. En l'occurrence, ça m'arrangeait bien.
J'arrivas à leur étage et les saluas. Evidemment, elles étaient déjà au courant pour Philips et me proposèrent bien volontiers leur aide. Je leur donnas les chocolats, tandis que, très motivées, elles cherchaient tout ce qu'elles avaient sur le dénommé Steven Jay Sheppard. Vingt minutes plus tard, elles me fournirent un dossier épais contenant ce que nous avions sur lui. Je les remercias, elles me souhaitèrent bon courage et je retournas à mon bureau faire connaissance avec l'homme qui avait envoyé mon équipier à l'hôpital.
Je remarquas tout d'abord qu'il était très jeune, à peine vingt-cinq ans, ce que je n'avais pas vu, durant notre brève "rencontre". Il était allé à Poudlard, à Serdaigle, précisément. Un génie, vu ses notes. Il voulait entrer au Département de Recherche du Ministère, Section Potions, mais ne s'était pas présenté au dernier test et n'avait donc, par conséquent, pas été reçu. Il ne s'était pas inscrit à la session suivante. On ignorait son adresse (jusqu'à maintenant, du moins). Il y avait quelque chose qui me chiffonnait. Les commentaires de ses professeurs étaient toujours élogieux, il semblait apprécié et avait même donné des cours de soutien à plusieurs de ses condisciples. Ce n'était pas le profil du criminel ordinaire. Ma curiosité s'était naturellement accrue à son égard, mais je voulais voir Philips. Et puis, personne ne m'en voudrait de m'absenter une heure ou deux du bureau, surtout en ces circonstances.
L'infirmière de garde m'apprit que les visites étaient finis depuis longtemps, mais un médecin qui était proche à ce moment-là, demanda le nom de la personne que je demandais à voir. Quand je répondis que c'était Philips, il se présenta et m'emmena à travers un dédale de couloirs tout en m'expliquant la situation. Il me demanda s'il y avait quelqu'un à prévenir, je répondis que non. Il se tourna et m'annonça qu'en ce qui concernait les décisions à prendre dans ce genre de situations, c'était moi que Philips avait désigné. Cela ne m'étonna qu'à moitié, j'avais fait pareil. Le Médicomage m'apprit aussi qu'un traitement expérimental pourrait peut-être l'aider, mais qu'on ne pourrait savoir si des lésions cérébrales étaient à craindre que quand il se réveillerait. Bien sûr, c'était à moi que revenait la décision. Je demandas à le voir et il n'eut pas le coeur de me le refuser. Il me conduisit dans une chambre trop blanche et trop silencieuse qui me fit frissonner. Il sortit, tandis que je m'approchas du lit. Une légère lueur éclairait son visage trop pâle. Une sueur glacée descendit le long de ma colonne vertébrale et, aux prises avec un vertige, je me rattrapas aux barreaux de fer du lit. Je me jetas dans un fauteuil et pris ma tête dans mes mains, voulant m'arracher les cheveux. Pleure pas, me répétais-je. Pleure pas. La culpabilité me plongea dans un état proche de l'hébétude et de la terreur. Je n'aurais pas dû venir. La porte grinça sur ses gonds et, nerveuse, je pointas ma baguette vers l'entrée.
-C'est nous!, chuchota une voix bien connue.
Je baissas ma baguette, tremblante, tandis que mes frères émergeaient de sous leur Cape d'Invisibilité. James ferma doucement la porte et, incapable de me retenir plus longtemps, je leur tombas dans les bras, les larmes aux yeux. Gênée, je tentas de les essuyer en me détournant, lorsque l'étreinte bienfaitrice cessa. A voix basse, comme quand nous étions petits et que nous nous glissions la nuit dans la chambre des autres pour un Conseil Secret, nous discutâmes longtemps. Malgré leur insistance, je refusas leur aide et je crois qu'ils comprirent mes raisons. Ils n'accepteraient aucune assistance si l'un ou l'autre était blessé. Ils sortirent sur la pointe des pieds, me laissant la Cape, courant eux-mêmes le risque d'être pris pour que je puisse rester. Ce que je fis, bien sûr. Le Médicomage dut croire que j'étais parti puisqu'il ne revint pas. Je fus néanmoins surprise vers trois heures du matin par une infirmière qui me mit à la porte si vite que j'eus à peine le temps de récupérer mes affaires.
Je retournas immédiatement au Bureau des Aurors, où l'équipe de nuit s'était installée depuis longtemps. Me rendant compte, devant leurs regards, de mon état lamentable, je compris qu'il valait mieux que je rentre faire un brin de toilette. Je pris mon sac et allai chez moi (cela devait faire une semaine que je n'étais pas revenu). Fixant mon reflet dans le miroir de la salle de bains, je vis qu'en ce moment, je tenais plus du sans-abri que d'une flic. Mes cheveux étaient emmêlés, mes yeux rouges et ma chemise encore plus froissée que d'habitude. Je préparas du café et, pendant qu'il chauffait, je jetas mes vêtements n'importe où avant de filer sous une douche froide. Rhabillée, je me servis une tasse, que j'avalai en me brossant les cheveux. Abandonnant ma tasse dans l'évier, je repartis au Ministère. Je ne m'étais même pas absentée une heure.
