Leçon 13: Avoir les idées claires
En revenant, je trouvai sur mon bureau, l'inventaire des potions trouvés chez Sheppard. Plusieurs d'entre elles avaient été envoyés pour analyse. La plupart étaient très difficiles à confectionner, surtout pour un homme seul. Aucun doute, tout de même, qu'il soit assez malin pour les faire sans aide, la pire note qu'il avait obtenu à Poudlard, était un Acceptable en Astronomie.
Je remplis ma tête de toutes les informations utiles sur le bonhomme et attendit une heure décente dans la salle de pause en buvant un café des plus horrible. J'aurais certainement pu retourner voir Philips, mais l'observer si... fragile, me semblait presque un sacrilège. Il était le prof, j'étais l'élève; il était le fort, j'étais la faible. Son Médicomage m'appela et, la gorge serrée, je donnas mon accord pour le traitement expérimental.
Je partis à huit heures et demi et revint vers midi, fatiguée, inquiète, mais surtout troublée. J'allai me rasseoir à mon bureau et relus mes notes jusqu'à les connaître par coeur. Je savais qu'il ne me restait plus qu'une chose à faire: interroger directement Sheppard. Le problème, c'est que je n'avais jamais conduit d'interrogatoire, c'était toujours Philips qui s'en chargeait. J'étais en retrait, je regardais et j'apprenais. Ne restait plus qu'à savoir si ces leçons avaient porté leurs fruits.
J'aurais certainement pu retarder le moment en allant voir Philips, mais la vérité, c'est que je le détestais un peu. Tout ce qu'il avait à faire, c'était me crier de faire attention et pas jouer au héros pour me protéger. Nous avions tous les deux agi comme des idiots. Et pour que ce soit juste, je me détestais aussi. C'est moi qui aurait dû être dans ce fichu lit d'hôpital.
Je ruminai toutes ces pensées en demandant à un garde d'amener Sheppard en salle d'interrogatoire. Mon père (qui me surveillait de près depuis qu'il était arrivé) s'installa dans une pièce attenante pour suivre l'entretien. Je fis semblant de ne pas le remarquer et, la main sur la poignée de la porte, j'inspirai profondément avant d'entrer.
J'allai jusqu'à la table, y déposai le dossier, mon bloc-notes et un crayon. Je tirai la chaise en face de moi et m'assis. Contenir ma fébrilité, mon angoisse et ma colère était difficile, mais j'osai finalement lever la tête. Je le reconnus à peine.
C'est vrai que je ne l'avais pas vraiment vu, je m'inquiétais trop pour Philips, je n'avais que sa photo prise quelques mois après qu'il ait quitté Poudlard. Il était grand, mais il y avait chez lui quelque chose de si enfantin qu'on aurait pu croire qu'il était plus jeune que moi. Cheveux blonds, yeux bruns, il me dévisageait avec étonnement. Je crus bon de me présenter.
«Je suis...
-Je sais qui vous êtes. me coupa t-il.»
Évidemment... Pas facile de garder l'anonymat avec ma tignasse rousse et mon patronyme. Mais ce n'était pas de ça dont il parlait.
«Comment va votre équipier?»
Je frémis et restai figée une dizaine de secondes, m'efforçant de conserver mon calme et de réprimer mes envies de me jeter sur lui pour le bourrer de coups. Ce ne fut qu'au prix d'un effort qui me sembla harassant (c'est tellement plus simple d'exploser la tête de quelqu'un) que je parvins à me maîtriser et à dire:
«Pas très bien.
-Je ne voulais pas lui faire de mal.
-Je lui dirais, ça lui fera une belle jambe de le savoir quand il sortira du coma. répliquai-je, sèchement.»
Il pâlit et ses yeux foncés s'écarquillèrent de surprise. Il fronça les sourcils et s'expliqua d'une voix rauque.
«Ça n'était pas censé faire ça... c'était un test.
-Eh bien, je vous conseille d'en rester aux Potions.»
Les lèvres pincés, il ne m'écoutait déjà plus, il réfléchissait. Et j'aurais été prête à jurer que c'était à propos de son sort qui avait mal fonctionné. L'espoir gonfla dans ma poitrine lorsqu'il me vint une idée.
«Si vous savez comment le soigner, ça pourrait jouer en votre faveur.»
Mais il secoua la tête.
«Je suis désolé, je me demandais juste ce qui s'était passé. À l'origine, j'avais prévu que le sort effacerait la mémoire à court terme et fasse tomber inconsciente la personne visée. Sans les effets secondaires d'Oubliettes.»
Par Merlin. Je connaissais ce genre d'individus par cœur. Bon sang, j'avais même grandi avec eux! Rose, Hugo, Tante Hermione... Vous ne commenciez à les intéresser qu'à partir du moment où vous aviez un QI de 180 ou un bouquin dans les mains. Alors, bien sûr, les dommages collatéraux qu'ils pouvaient infliger, ils s'en fichaient complètement. J'en restai éberluée quelques secondes avant de me rappeler que j'étais ici pour une raison qui m'avait fait choisir ce métier-là plutôt qu'un autre: je devais comprendre. Quel qu'en soit le prix à payer.
