Leçon 17: Faire correctement son boulot
« Tu comptes t'en occuper toute seule? demanda t-il, alors que nous remontions en quête d'un ascenseur.
-Non, il y a trop à faire, ça me prendrait au moins... une semaine.»
Il pouffa et je défis l'élastique qui maintenait mes cheveux, les laissant aller où ils souhaitaient.
«Il faut faire vite. ajoutai-je. Ils effaceront les traces s'ils apprennent qu'on peut les trouver. Qui paraît inoccupé en ce moment?
-Je ne sais pas ce que font tes frères, mais il ne me tiennent jamais au courant. Ton oncle Ron, peut-être... Mets aussi sur le coup Nucci, Parkman, Sean et Rivers. Ça te suffira?
-Ça ira, oui.»
Nous étions dans un couloir un peu plus fréquenté et nous nous arrêtâmes devant les portes d'un ascenseur.
«Bien joué, d'ailleurs. murmura t-il.»
L'horrible bruit de ferraille annonçant l'arrivée du moyen de transport qui paraissait le moins sécurisé au monde se fit retentir. Quelques sorciers sortirent et nous pûmes nous glisser à l'intérieur avant que les portes ne se ferment. Je pressai le bouton de notre étage et me faufilai au fond de la cabine. Mon père, juste à côté, ne disait pas un mot. J'estimai qu'il était temps et je sortis ma baguette, lançant un sortilège d'Assurdiato général. Sans le regarder, je pris la parole.
«J'ai entendu dire que Cassandra avait démissionné.»
Il y eut un silence qui sembla durer des heures. Puis...
«C'est vrai.»
Je connaissais assez cette fille pour savoir comment elle fonctionnait. Si elle était partie, c'est que c'était fini.
Les portes s'ouvrirent et je me jetai à l'extérieur. En retournant à mon bureau, j'eus la surprise d'y trouver Ron, que je me faisais fort d'éviter (comme le reste de ma famille) depuis longtemps.
«Qu'est-ce que tu fais-là? demandais-je.
-Lily, la joue pas en solo, tu n'y arriveras pas toute seule. me sermonna t-il.
-C'est pas mon intention! En fait, j'ai appelé Parkman, Sean, Rivers et Nucci.»
Il parut agréablement surpris et sourit.
«Alors, ça ne te dérangera pas que je sois allé récupérer les dossiers sur nos suspects?
-Absolument pas. On va avoir un peu de temps pour les étudier avant que les autres ne viennent.
-Je peux m'asseoir?»
Il pointait du pouce la chaise en face de moi, celle de Philips. Je restai muette quelques secondes pour finir par hocher la tête et je me plongeai dans le travail. Quinze minutes plus tard, Parkman et Nucci arrivèrent et piquèrent directement un dossier. Peu de temps après, Sean et Rivers débarquèrent à leur tour. Ce dernier m'apostropha immédiatement.
«Alors, j'ai entendu dire que t'allais faire un gros coup de filet?
-Si tu me files un coup de main, ça peut se faire! répliquai-je, gaiement.»
Je me sentais inexplicablement joyeuse, même si, en fait, les raisons étaient simples. Philips allait mieux, mes collègues m'estimaient un peu plus que la veille, et surtout, je savais que faire libérer Sheppard était la chose à faire; l'avoir réussi me paraissait miraculeux. Et, en me débrouillant bien, je pourrais participer au démantèlement d'un trafic conséquent.
Comme nous étions au complet, les regards se tournèrent vers moi et je réalisai que c'était mon enquête, ou plutôt la nôtre, celle de Philips et la mienne. Et que, par conséquent, c'était à moi de la diriger.
«Qu'est-ce qu'on fait? demanda Ron.
-Ce qu'on fait d'habitude. On prend chacun un dossier, on interroge, on remonte la piste, on croise nos informations. Et on se retrouve ici pour faire le point.
-Ici? intervint Parkman dubitatif.»
Je lançai un bref coup d'oeil au petit box où je travaillais habituellement et révisai mon jugement.
«Je demanderais à ce qu'on puisse utiliser la salle de crise.»
Ils acquiescèrent et chacun s'empara d'un dossier, excepté Sean. Les yeux dans le vague, regardant dans ma direction, il paraissait n'avoir rien écouté. Rivers lui donna un sévère coup de coude dans l'estomac et il sembla se réveiller. Il saisit le dernier dossier en marmonnant une excuse et ils s'éclipsèrent, me laissant seule avec mon oncle. Je les désignai du menton et demandai.
«Qu'est-ce qu'il a, Sean?»
Ce qui déclencha, sans que je sache pourquoi, l'hilarité de Ron.
«Rien! rit-il, en s'éloignant. Absolument rien.»
Nous travaillâmes tous les six jusqu'à sept heures et demi. Et c'est à peu près vers cette heure-là que Nucci, qui grommelait toutes les cinq minutes en regardant sa montre, se fit la malle. Ce qui, bien sûr, donna pour les autres, le signal du départ. Parkman et Rivers, s'en allèrent à leur tour. Il ne resta plus que Ron et moi en salle de crise, Sean étant sorti acheter de quoi manger. Nous avions étalé sur toute la surface de la table nos rapports, nos infos, tout ce qu'on avait pu collecté sur nos suspects, dans l'espoir d'y voir une connexion, un point commun. Un tableau, remplis à moitié de photos et de flèches, ne nous aidait guère et je sentais que nous en allions en avoir pour un long moment, si même nous trouvions quelque chose.
