Leçon 18: Supporter les remarques

Mon oncle, un air ennuyé sur le visage, s'ébouriffa les cheveux, de la même couleur que les miens, toujours roux malgré son âge, contrairement à mon père dont les tempes grisonnent peu à peu. Il feuilletait un rapport, marmonnant une chanson dont l'air m'était familier, puisque, quand Hugo et moi étions petits, il ne cessait de nous la chanter. C'était un de ces fredonnements qu'on n'oubliait pas, une chanson sur lui d'une époque où il était Gardien.

Je ne réalisai qu'à cette seconde précise qu'il m'avait manqué. Pas lui, seulement, d'ailleurs, mais l'enthousiasme de Rose, le sérieux de sa mère, la beauté de Victoire, les cheveux parfois bleus de Teddy, le calme glacé de Louis, la jalousie de Dominique, la gentillesse de Lucy et Molly, les rires de Freddy et Roxanne, l'intelligence d'Albus, l'inquiétude de ma mère, le sourire chaleureux de ma grand-mère, la fascination de son mari pour les objets Moldus...

Je mesurai, soudain frissonnante, le vide qu'il y avait, dans ma vie et dans mon coeur, sans eux. Je n'avais juste pas compris, avant. Mon oncle intercepta mon regard perdu. Je me repris et lui fit remarquer, de la voix la plus tranquille que je pus.

«Tu peux y aller, tu sais... J'ai l'impression que ça va prendre un long moment.

-Et te laisser seule avec Sean, pas question!»

Je le regardai avec des yeux ronds et saisis finalement. Je commençai à grommeler des choses incompréhensibles, lorsque le téléphone de Ron sonna. Il me lança un regard complice avant de décrocher:

«C'est Hermione... Allo?... Oui... Oui... Ouais... Ouais... Ok...»

La tête penchée, je faisais de mon mieux pour être transparente, la voix de mon oncle se refroidissant à chaque acquiescement. Il raccrocha, renfrogné, et soupira.

«Hugo a fait des siennes.

-Vas-y.»

Il hocha la tête, ramassa rapidement ses affaires et jeta un « Désolé» avant de fuir la pièce.

Quelques minutes plus tard, Sean entra, les mains chargés de cartons de pizza. Il les posa sur la table et, me voyant seule, fronça les sourcils.

«Où sont les autres?

-Ils ont ce qu'on appelle une vie. Tu connais, toi?»

Il pouffa et se laissa tomber dans un fauteuil. J'étendis la main et m'emparai d'une part de pizza. Il murmura, au bout de quelques secondes.

«Tu as Philips.

-Philips travaille ici, je te rappelle!»

Il marmonna quelque chose d'inintelligible.

«Quoi?»

Sans oser me regarder, il continua.

«Hé bien, il y a pas mal de rumeurs qui circulent... Sur le temps que passez ensemble...

-C'est ce dont vous parlez? Je croyais que vous aviez des sujets de conversations plus profonds! répliquai-je, pas encore fâchée.

-Tu devais bien te douter que ça parlait dans votre dos.

-Non, puisque c'était dans notre dos. Et je vois vraiment pas où est le problème.»

Il leva la tête et fixa sur moi un regard étonné, tandis que je serrai les dents à me les briser. Je n'avais jamais vraiment pensé qu'on puisse parler de moi pour quelque chose d'autre que mon nom de famille.

«Tu es avec lui tout le temps. Même s'il est ton ami et ton coéquipier , et Merlin sait que j'adore Rivers et que je mourrais pour lui, je n'ais jamais dormi chez lui.

-Dormir! C'est ce que je fais. rétorquai-je, exaspérée.»

Il eut un sourire en coin qu'il chercha à dissimuler et je compris que le miroitement dans son regard était de la satisfaction. Il ouvrit un dossier qu'il fit semblant de consulter.

«Nous sommes des enquêteurs, Lily. C'est normal que nous nous interrogions.

-Et bien, si c'est ça qui vous préoccupe tant, c'est plus étonnant que j'ai autant de boulot.»

La conversation se termina ainsi et nous passâmes le reste de la nuit, penchés sur de la paperasse.