Le château était immense, et d'une magnificence que je n'avais jamais eu l'occasion de contempler de toute mon existence, aussi bien humaine que vampire. J'eus la sublime impression de faire un bond dans le passé en voyant les splendides tourelles s'élevant bien hautes dans le ciel ocre de ce crépuscule. Tout semblait être façonné dans du bronze et les gargantuesques grilles semblaient menacer de leur aura tout importun. L'édifice principal dominait comme rappelant que dans tout cet artifice de somptuosité, le rôle de cette monarchie n'était pas qu'ostentation. Des gargouilles aux regards méfiants jetaient un coup d'œil avide aux êtres qui jonchaient la cour. Etais-ce ainsi dans le passé ? A l'époque de la Princesse de Clèves, de l'illustre Henry IV ou de cette chère Marie Stuart. Et les courtisans commençaient à affluer. Magnifiques, divins. Avais-je déjà vu de si beaux êtres ? De très nombreuses fois mais le danger qui me guettait en leur présence effaçait tout sentiment d'admiration. Mais à présent, j'étais l'une des leurs, j'étais vampire et je partageais le monde de ces Immortels. De toute contrée, de toute région, de toute origine, de toute coutume, ils défilèrent sous mes yeux, parfois solitaires comme lassés de cette vie de vices et de péchés. Parfois en couple, comme décidant qu'il était préférable de souffrir à deux que d'agoniser seul. Leurs prunelles pourpres, signe de leur monstruosité contrastaient avec les miennes, pures topazes. Et en contemplant ces êtres, je me rendis compte du sacrifice que j'avais commis pour une famille qui avait tant compté. J'étais seule parmi ces êtres à arborer telle teinte. Une légère appréhension se saisit de mes entrailles. Je me sentais soudain bien trop différente de tout ce monde et regrettais presque d'être venue. Comme ressentant mon angoisse, il passait un bras autour de mes hanches, déposant au passage un baiser sur ma tempe. Je lui souris, rassemblant un soupçon de courage. Jetant un dernier regard alentour, je me laissais entraîner vers les hautes portes en bois. Là un étrange être nous attendait. Sa peau d'albâtre semblait comme parcheminée, défrichable. Elle semblait si fragile, si friable. Ses gestes lents et mesurés semblaient ceux d'un vieillard dont les jours étaient comptés tandis que la facétie de ses traits brossait le portrait d'un individu pubère. Cet étrange contraste me fascina chez cet être. Sa longue chevelure brune semblait si vivante, si vigoureuse. Et lorsque ses yeux, d'un rouge bordeaux effrayant, se posèrent sur moi, je compris d'où lui venait telle stature, d'où se dégageait cette aura de puissance. On aurait dit une fenêtre sur l'âme. Et de suite l'étonnement puis l'intérêt vint déformer ses traits. Il tendit la main à Daniel, qui la serra délicatement, soulignant la fragilité de ce vampire avant qu'il ne se tourne vers moi.

_Aurais-tu enfin trouvé l'amour mon ami ?

Daniel sourit avant de m'introduire au monarque.

_Aro, voici mon épouse Isabella Swan.

Je faillis grincer Bella, Daniel savait parfaitement oh combien, je détestais mon nom complet. Mais la présence de ce Aro m'empêcha telle audace. Il se saisit de ma main et y apposa un baiser que je sentis comme une brise sur ma main. Il demeura un instant ainsi, me contemplant de son regard avide, avant que la surprise ne s'y décèle. Je l'entendis murmurer « Intéressant » avant qu'il ne me sourit franchement.

_Enchantée douce Isabella. Je dois t'avouer cher Daniel, que je suis époustouflé par sa beauté.

Ma beauté ? Je n'avais jamais su apprécier à sa juste valeur la beauté vampirique qui me caractérisait. J'étais belle certes mais rien en moi n'était naturel. Je lui souris cependant, le remerciant de cette délicate attention.

_Etes-vous originaire de nos contrées ?

Il est vrai que mon prénom pouvait porter à controverse. Combien de fois n'avais-je pas entendu cela ? Ce n'avait été qu'une lubie de ma mère.

_Non, je suis originaire d'une bourgade de l'état de Washington, Forks.

_Forks dites-vous ? Les Cullen sont également établis en ce lieu. Peut-être les avez-vous déjà croisés ?

A la mention de cette famille, j'avais sentit les doigts de Daniel caressaient ma hanche. Un encouragement. Un soutien silencieux.

_Oui. Mais nous ne sommes plus revus depuis…un moment.

Je sentis le trou béant de mon cœur tressaillir. Même morte, je ne pouvais empêcher cette douleur de se manifester. Comment se prétendre invincible, si un souvenir était apte à vous détruire ?

_Des personnes charmantes que vous aurez l'occasion de revoir en ce lieu. Bienvenue Mme Morandini. Que ce séjour vous soit agréable.

Je me doutais que je les reverrais mais lorsqu'il prononça ces quelques mots, je dus retenir un gémissement. Cela sonnait trop comme une certitude. J'allais donc vraiment les revoir. Le revoir. Comment arriverais-je à supporter cela ? A en embrasser un tout en souhaitant que l'autre le fasse ? Pourquoi étais-je condamnée à souffrir pour Edward ? Pourquoi ne pouvais-je me débarrasser de son éternel souvenir ? Il ajouta, indifférent à mon trouble.

_ Jane veux-tu bien les conduire dans leurs appartements ?

Je me tournais vers la nouvelle arrivée. Une petite androgyne à l'allure d'adolescente. Des cheveux bruns mi-longs encadraient son visage rond et insouciant. Son regard, cependant, semblait si mûre, légèrement sadique. Une vaste cape noire la recouvrait entièrement lui conférant un aspect de démon déguisé. Cette dernière se tourna vers Daniel, lui souriant un instant avant de me porter attention. Ses traits étaient légèrement tendus comme si j'étais une sorte de menace pour sa précieuse petite vie.

_Bien maître.

On aurait dit une sorte d'esclave totalement ivre de l'aura de son possesseur. J'ignorai qu'une telle dévotion était possible de nos jours. Nous arpentâmes alors le dédale de couloir de ce lieu si gigantesque. Des tableaux ornaient chaque centimètre de murs que nous traversions comme si les Volturi souhaitaient à tout jamais imprégner leur histoire en ces lieux, comme dans le monde. Des torches s'allumaient à chacun de nos pas et j'eus la furtive impression de me retrouver dans une sorte de manoir hanté. Le plafond était très haut, si haut à dire vrai que l'on n'en voyait pas la couleur. Jane avançait bien devant nous, comme souhaitant ne pas trop s'imposer. Daniel caressa ma mâchoire de son index avant de me forcer à lui faire face.

_Comment te sens-tu ?

Je savais parfaitement qu'il faisait allusion aux Cullen mais décidais de ne pas gâcher nos instants. Si j'étais ici, c'était bien pour lui prouver qu'Edward Cullen n'entraverait plus notre couple. Je fis mine de contempler les différentes statues et cadres qui m'entouraient et fut bientôt totalement subjuguée par une toile. M'y approchant lentement, j'y caressais du bout des doigts le regard tendre de cet homme qui ressemblait tant à Aro. Ses cheveux beaucoup plus courts, caressaient ses épaules alors que sa stature dominait de toute sa hauteur, la splendide jeune femme qui posait à ses côtés. Elle était si belle. De longs cheveux bruns tenus en une longue natte alors que quelques mèches encadraient son regard purpurin. Elle portait une longue robe d'un vert émeraude dont la traine semblait interminable. Son sourire trouvait écho dans celui de son compagnon dont l'uniforme n'était pas sans me rappeler celui dessinait par Jane Austen. D'un noir profond contrastant magnifiquement avec celui de sa jeune aimée. La passion qui émanait de leurs traits me mit mal à l'aise, j'avais l'impression de violer leurs vies, de leur voler les rares instants qui leur restaient.

_Il s'agit de Marcus Volturi et de sa défunte épouse Didyme expliqua la dénommée Jane.

Défunte ? Le pauvre. Il avait dû être dévasté. Je ressentis un élan de sympathie à l'égard de cet homme qui avait perdu, à l'instar de mon existence, sa raison d'être là. Mes larmes se seraient échappées s'il en avait encore le droit.

_Elle fut assassinée par un Lycan.

Un loup-garou ? Cela existait également. La mort la plus effroyable qu'il fut donné de vivre. J'opinai doucement alors que Jane nous demandait de la suivre, elle avait d'autres invités à installer. Daniel ne dit rien mais je savais qu'il n'en pensait pas moins. Ma réaction avait certainement confirmée ses craintes. Je me blottis contre lui avant de l'entendre soupirer. J'en étais si désolée.

oOo

A l'instar de tout le reste, ce lieu était splendide. Mirifique. Les Volturi avaient décidément du goût. Mais surtout le goût du luxe. Tout était bien trop exhibé mais cela ne retirait en rien le charme de nos appartements. Une cheminée répandait sa chaleur à un divan qui en tirait profit. Alors qu'un bureau se tenait contre les hautes baies vitrées, je vis un splendide paysage s'étalait sous mes yeux. Une vue sur la forêt environnante mais aussi sur les hauts reliefs de Volterra. Un lac s'écoulait lentement sous notre balcon nous comptant quelques sérénades sous la fin de ce jour. Je me tournai alors vers notre lit à baldaquin tout de soie vêtu. Une soie pure, douce, d'une teinte bleue seyant parfaitement aux briques grises façonnant les murs de notre intimité. Une attention des Volturi se trouva en la présence d'une magnifique coiffeuse m'étant destinée. En dernier lieu se trouvait une large armoire en bois de Sureau, particulièrement travaillée. Les mains de Daniel se saisirent de ma taille avant qu'il ne m'allonge dans une hâte effrénée sur notre lit. Je ris doucement à sa puérilité avant de tenter de garder ma lucidité sous ses baisers.

_Daniel, nous devons nous préparer. Nos hôtes nous attendent.

_Nous ne sommes pas indispensables. Des milliers d'autres vampires sauraient nous remplacer.

Sa main se faufila sous mon corset, traçant de sublimes arabesques. Mon souffle se faisait plus heurté lorsque je compris que je devais vraiment l'arrêter, sinon je ne répondrais plus de moi-même. Je retirais doucement sa main volage de sous mon chemisier avant d'y déposer un baiser.

_Cela ne serait correcte.

Il émit un grognement mécontent avant de se lever et de me sourire d'un air carnassier. Je n'appréciais pas toujours les idées qui le traversaient lorsqu'il avait cet air.

_Que mijotes-tu ?

Avant que je ne puisse répondre quoique ce soit, il m'avait soulevé, déposé sur son épaule et courut vers la salle de bain. Bien que je me débattis, il demeurait plus fort que moi et ce fut que lorsqu'il me déposa sous la douche tout habillée, actionnant la vanne que je compris ses intentions. L'eau glacée arpenta nos corps alors qu'il se saisissait fougueusement de mes lèvres.

_Je ne souhaite qu'un instant…Une unique étreinte murmura-t-il.

Je ne compris pas l'alerte de ses yeux, la peur émanant de ses gestes. Je ne compris pas le sens de ses mots. Mais surtout je ne compris nullement la tension avec laquelle il m'avait pris dans ses bras. Comme si c'était la dernière fois.