Ses doigts longèrent mes bras en de délicieuses caresses, remontant lentement le long de mon épaule pour en dessiner sensuellement la courbe. Il termina sa folle aventure à la naissance de ma nuque où il noua ma robe de cérémonie. J'étais sublime. Cela n'étant que peu dire et j'en avais parfaitement conscience tout simplement, car vampire, je brillais. Je ne cessais de briller. Ma robe d'un noir sûrement envoûtant révélait bien plus qu'elle ne devrait mais son ostentation ferait son effet. Je voulais être belle, désirable en l'honneur de mon époux. Je voulais que ce soir tous le jalousasse. Y compris celui dont je me refusais de penser le nom. Mon dos était entièrement découvert ne laissant aucune pudeur à la chute des reins. Je m'en rendis parfaitement compte lorsque Daniel y avait attardé sa main. Ma toilette se terminait en une légère traine qui rendait mes jambes interminables. J'ajustais mon haut chignon, permettant à une mèche de recouvrir ma tempe avant de me saisir de mon sac à main, accessoire totalement inutile, cependant indispensable à ma tenue. Me tournant vers mon époux, je rajustais son col montrant partiellement un torse finement dessiné. Un torse que j'avais tant de fois effleuré.
_ Splendide me paraît totalement euphémique, Mio cuore.
_ Tu stesso (toi aussi) mon amour.
Il s'empara avidement de mes lèvres, y apposant ses marques, sa possession, prévenant un autre que je n'étais plus à lui. J'en avais bien trop conscience. Son regard me balaya encore une fois avant qu'il ne me propose son bras, gentleman permanent, et ne m'entraîne vers ce qui serait sûrement la pire soirée de mon existence de vampire. Une soirée où j'aurais à m'exhiber aux bras de mon époux, détenteur de mon corps, devant tous mais surtout devant le détenteur de mon cœur.
Les couloirs du château croulaient sous le poids du nombre de visiteurs le parcourant hâtifs, particulièrement euphoriques à l'idée de ce qui les attendaient. D'après les divers dires, les fêtes mondaines des frères Volturis valaient le déplacement. Mais je n'en avais que faire de ces mondanités. J'aurais souhaité demeurer à la « Bella Cuore » savourant l'unique présence de mon époux contre moi. En moi.
Les hautes portes de la salle de réception apparurent alors que Daniel se faisait héler de tout côté par nombre de l'aristocratie vampirique. J'étais vite introduite aux diverses personnalités, tentant de faire bonne impression au plaisir de Daniel.
_ Mon amour, j'aimerais de présenter à Lord Diangelton, il s'agit d'un des vampires les plus puissants de Grande-Bretagne. Et de mes clients les plus aimables.
_ Votre époux est assez bon parleur. Cependant, j'aurais été fort aise qu'il m'eût introduit à vous plus tôt. Une telle beauté se devrait d'être exhibée, Daniel.
Ledit Diangelton était pittoresque. C'était le cas de le dire. Il arborait une perruque d'un gris si fade, non sans me rappeler celui de Louis XVI, et sur la même lancée, il était vêtu d'une culotte comme son altesse Bourbon ainsi qu'un vaste uniforme me rappelant à s'y méprendre ceux arborait dans l'infanterie. J'étais charmée par ces manières, mais son arrogance me laissa assez de marbre. Il devait être d'une pure lignée aristocratique et son âge devait se prévaloir dans ses gestes et ses manières. Je ne me laissais abuser par son baise main peu courtois pour une femme déjà promise. Daniel ne semblait s'en formaliser.
_ Lord Diangelton, il serait maladroit à un gentilhomme d'exhiber le seul trésor qu'il possède, l'exhiber serait le diminuer, mais plus tout, je n'aurais l'exclusif honneur d'être le seul à pouvoir le contempler. La valeur d'un trésor, monsieur, ne se résume pas aux nombres de personnes prêt à en attester, il ne vaut que l'avis du plus concerné par ce trésor pour qu'il eût une grandeur.
Je fus coite à ses mots, me tournant brusquement vers mon époux. Se pouvait-il aimer ainsi ? Et pourtant à l'instant, je n'aurais su dire ou affirmer que jamais je n'avais été aimé de la sorte car il y avait fort longtemps un autre m'avait aimé ou du moins me l'avait croire. Et l'amour qu'il m'avait porté me semblait égale à celui que me vouait Daniel. Lord Diangelton rit avant de se tourner vers un nouveau couple d'arrivants. Mon mari me traîna vers les hautes portes avant que je ne l'arrête brusquement. Il en fut surpris. Mais plus encore lorsque je me hissais sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser.
_ Tu ne peux pas avouer cela à quelqu'un puis faire comme si cela était banal. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre, Daniel.
_ Seras-tu là pour me les apprendre ? Répliqua-t-il plus sérieux.
J'opinai fermement, alors qu'il baisait de nouveau mes lèvres d'une sensuelle manière. Je dus me rappeler du lieu dans lequel nous nous trouvions pour avoir la force de le repousser. Il ne put se départir de son sourire alors que nous pénétrions dans la salle. Un annonciateur se tenait devant les portes à l'air renfrogné. Je dus retenir une hilarité en le voyant ainsi vêtu. J'ignorais que nous faisions encore dans le faste de nos jours. Il émit un son de trompette assez strident puis souleva le long rouleau d'invités. Il s'écria alors d'une voix qui eut le don de percer particulièrement mes tympans.
_ Mr et Mrs Morandini.
De nombreuses têtes se tournèrent dans notre direction, me faisant baisser promptement les yeux. Non mais quelle foudre avait atteint les Volturis pour qu'il ait eu l'idée d'un annonciateur. N'étais-ce pas assez humiliant de se montrer ? Fallait-il en rajouter ? Daniel passa un bras presque possessif autour de ma taille, signifiant à tous que j'étais à lui. Je devais avouer que je n'appréciais pas trop l'idée d'être objet, mais j'avais conscience qu'en ce genre de festivité, la vertu ne devait pas trop être prônée. Se pouvait-il que des hommes tentent de me charmer en présence de mon époux ? Après tout, dans le monde du mythe, tout était possible. Lorsque les invités suivants furent annoncés, notre entrée fut bien moins marquée. Quelques baises mains supplémentaires furent nécessaires, et je me rendis compte du monde qu'il y avait. La salle était immense. Et de forme circulaire. J'en étais ébahie. De hautes fenêtres laissaient filtrer les rayons de l'astre lunaire conférant à la salle une certaine magie. Un lustre imposant s'abaissait sur les invités, dévoilant à ces derniers les fresques ornant la voûte du plafond ainsi que les murs alentours. Une représentation picturale des seigneurs des lieux s'élevaient sur un des pans des murs. Alors que le plafond représentait l'histoire d'une dynastie, j'aurais bien sûr aimé m'y attarder, mais d'autres devoirs m'incombaient. Une estrade était surélevée, assurément pour quelques courageux et audacieux danseurs. Je ne doutais pas que Daniel m'y emmènerait bien assez tôt. Tout vampire arborait une splendide tenue, les rendant encore plus fascinant qu'ils ne l'étaient déjà. Un vampire à la peau d'un marron presque chocolat nous héla, accompagnée d'une somptueuse créature à la peau d'une même ton et aux cheveux d'un blond irréel. Je n'avais vu telle mélange. Leurs yeux cramoisis m'alertèrent quelque peu sur leur régime. Cela ne les empêcha d'être chaleureux et cordiaux. Ils étaient vêtus de costumes traditionnels africains que je trouvais si riches de couleurs mais surtout magnifiques. De vrais arcs-en-ciel. Tout nomade n'était pas forcément monstrueux. Daniel en était la preuve. Les arrivants eurent une poigne vigoureuse avec ce dernier avant qu'il ne me présente. C'était toujours la même scène qui se rejoua encore et encore. Mais cette fois, je fus ravie de voir une certaine spontanéité sur leurs traits.
_ Bonsoir Isabella…
Sa voix était lente et grave, mais je le coupais de suite. Autant aller sur de bonnes bases.
_ Bella, je vous prie.
_A votre guise, je suis Mokabé, permettez-moi de vous présenter mon épouse Wolymata.
D'originaux noms, mais pourtant si riches culturellement. Je souris à la jeune femme, lui serrant amicalement la main. Elle était d'une conversation forte plaisante, évitant des idées préconçues. J'appréciais franchement sa compagnie. Et une fois que nous dûmes nous séparer, elle me pria de lui rendre visite, le plus promptement possible. Je lui promis de faire mon possible. Toute cette agitation m'épuisait. Non pas physiquement, mais mentalement. Daniel dut se rendre compte car il déposa un baiser sur ma tempe.
_ Veux-tu que j'aille te chercher à boire ? Murmura-t-il.
_ Avec plaisir. Animal, insistais-je.
Il grimaça, opinant cependant. Il comprenait ce besoin de ne jamais faillir. Je refusais d'être un monstre. Depuis...Cette joyeuse petite-fille, je n'avais plus jamais laissé cette part de moi me contrôler. J'avais vécu avec des végétariens. Je savais cela donc possible. Je fus stoppée dans mes élucubrations par une odeur. Une odeur que je n'avais jamais eu l'occasion de sentir aussi minutieusement. Un mélange de jacinthe et de vanille. Elle me semblait pourtant si familière. Elle me rappelait Forks, c'était cela. J'avais déjà eu à sentir cette odeur à Forks mais moins fortement ou peut-être moins nettement. Je regardais de tout côté avant de l'apercevoir. Je sentis mon cœur avoir un raté. Comment étais-ce possible ? Son regard était ancré sur le mien, imperturbable. Et je me rendis compte combien il était demeuré le même. Ces cheveux étaient toujours de ce même blond immaculé. Parfaitement coiffé. Sa posture inspirait toujours le respect, l'autorité et demeurait intimidante. Même étant vampire. Il était magnifique cela n'aurait pu être réfuté. Comme il l'avait toujours été. Et cependant, je me rendis compte que mes yeux d'humaine n'avaient su l'apprécier à l'époque. Nul mot n'aurait su exprimer convenablement l'ébahissement qu'inspiraient ses traits. D'une perfection, qu'humaine, je ne savais su juger. Il s'arrêta à quelques pas de moi, stupéfait de me voir…Si peu vivante. Nous ne nous étions pas vus depuis si longtemps. Et ni lui ni moi n'avions pris une ride. Aussi ironique soit cette affirmation. Dans le monde des vampires, elle avait son importance.
_ Bella ?
Sa voix demeurait toujours aussi rassurante et je dus me secouer pour éviter de me complaire dans ce plaisir de l'entendre de nouveau. Il était un souvenir de mon passé, et paradoxalement, synonyme de ma descente en enfer. Il attendait une confirmation, espérant au plus profond de lui à la fois que je démente, et que j'obtempère. Son esprit était l'objet d'un débat que je pouvais parfaitement percevoir : Entre l'espoir de me savoir en vie, heureux de me retrouver, enfin il me semblait, et celle plus réticente à l'idée de ma survie car cela signifiait le sacrifice d'une vie. Le fait le plus horripilant à cet instant était sans conteste, le fait que cette famille m'avait laissé dans l'espoir que je sois humaine…Mais c'était écrit. Je n'avais jamais eu ma place parmi ces êtres. Horripilant non ? Comment le destin pouvait avoir une telle emprise sur les choses ? Il eut raison des derniers pas qui nous séparaient avant de se planter devant moi, ignorant comment réagir. Une embrassade ? Une poignée de main ? Comment les accueillerais-je ? Moi-même, je l'ignorais.
_ Tu es donc l'une des nôtres ? Bon sang ! Nous te croyions morte…Sans vouloir t'offenser. Alice ne te voyait plus depuis des décennies.
Fait étrange. Peut-être avais-je développé une immunité contre elle en devenant vampire ? Peut-être étais-cela mon don. J'opinais, incapable de desserrer les lèvres. Il dut le comprendre car il poursuivit sa tirade, espérant m'arracher une réaction.
_ Je vois que tes prunelles sont topazes, j'en suis fière. Vraiment très fière. Es-tu dans un clan ? Seul ?
Alors que j'allais répondre à cet homme que j'avais toujours respecté, je sentis une pression sur ma taille, et l'odeur de Daniel emplit mes narines. Il me tendit ma coupe de sang, dessinant de douces caresses sur ma peau dénudée. Le regard de Carlisle parcourut cette main, me traitant si familièrement, suivant du regard la caresse qu'elle me prodiguait avant de relever les yeux vers mon époux. Ce dernier semblait tendu. Même humaine, je l'aurais sentit, et je savais que tout deux attendaient que je fasse les présentations. Dans un sursaut de courage, je finis par déclarer.
_ Carlisle, je te présente Daniel Morandini…Mon époux.
A ces derniers mots, je vis parfaitement le sursaut de celui que j'avais cru un jour pouvoir appelé beau-père. Il découvrit nos alliances alors qu'une lueur de détresse allumait ses prunelles, si prompte, que je crus être la seule à percevoir. Il se ressaisit cependant, serrant la main tendue de Daniel. Il eut même un courageux sourire. Cet homme était vraiment bon.
_J'ai beaucoup entendu parler de vous Mr Cullen.
_ Vous m'en voyez flatté. Il en va de même avec vous, Mr Morandini. Votre réputation n'a plus de frontières.
_ J'y travaille. Il est vrai qu'avoir une épouse d'une si grande beauté m'ouvre pas mal de porte.
J'aurais rougis si j'avais pu, me plongeant dans mon verre dans un souci de disparaître. Daniel n'avait pas honte de ses sentiments. Et d'ordinaire, j'en étais réellement touchée. Mais en cet instant, cela s'avérait inapproprié. Pas devant Carlisle. Alors que je savais parfaitement qu'un autre écouterait ces pensées. Un froid sans nom étreignit mes entrailles alors que je me rendais compte qu'il pouvait à cet instant, entendre celle de son père. Bon sang ! Que devait-il penser ? Je me rattrapais. Je ne devais plus penser à ce que pouvait penser Edward Cullen.
_ Votre épouse est en effet charmante murmura Carlisle.
_ Le reste du clan Cullen est-il en ce lieu ? Rétorqua Daniel.
Avait-il perçu mon mal-être ou ne faisait-il que jauger le degré de danger qui l'attendait ? J'aurais aimé le rassurer sur le fait qu'Edward Cullen ne s'imposerait jamais dans mes pensées, mais je refusais de mentir à mon mari. Surtout qu'Edward n'avait jamais quitté mes pensées. Carlisle laissa glisser un regard vers moi, mais je demeurais stoïque, du moins, je tentais de le demeurer.
_ Certains sont probablement en train de nuire à mon image au buffet…
J'eus de suite l'image d'un Emmett dévalisant tout la victuaille, et tel un ours, laissait des traces de son passage sur toute la sublime salle, j'imaginais également une Esmé, furieuse, le poursuivant, un rouleau à pâtisserie à la main. Je ne pus retenir un sourire.
_ D'autres profitent de l'occasion, alors que le reste doive tenter d'éviter cette mondanité.
Il n'eut pas besoin de me dire qui était le reste. Il ne s'agissait que d'une personne…Edward. Il détestait les mondanités. Cet homme avait toujours eu en horreur tout ce qui pouvait l'exhiber, c'était à croire qu'être humain était la solution à tous ses ennuis. C'était totalement stupéfiant de voir à quel point l'humanité me répugnait et l'attirait, et combien le vampirisme me fascinait et le rebutait. Peut-être étais-ce pour cela que nous étions si complémentaires ? Une nouvelle odeur parcourut l'atmosphère et de nouveau ce sentiment de familiarité me saisit. Je n'eus le temps de l'étudier qu'un petit lutin, aussi adorable qu'agaçant, se planta près de son père, me contemplant ahuri. Je n'avais jamais eu à voir un vampire avoir cette tête, et si la situation n'était pas si douloureuse, j'en aurais ris. Elle n'avait pas changé, enfin si, techniquement, je la voyais différemment, nettement. Mais à son expression, à ses gestes, je la reconnaissais. C'était ma meilleure amie. La personne que je connaissais par cœur. Et dont la réciprocité s'appliquait. Je m'étais tant de fois imaginée comment seraient nos retrouvailles. Nous tomberions dans les bras de l'une et de l'autre avant qu'elle ne me propose une séance de shopping pour rattraper le temps perdu, ou même une fête célébrant l'union du clan Cullen. Mais cela se passait dans un autre univers. Dans celui dans lequel nous vivions, certaines choses n'avaient plus leur place. Comme moi parmi les Cullens. Cela n'empêcha Alice de sauter dans mes bras, renversant au passage, ma coupe presque vide sur ma robe. Et cela n'avait aucune espèce d'importance. Elle était dans mes bras, là où j'étais certaine qu'elle avait sa place. Et peu m'importait les Volturi ou cette foutue festivité. Elle me redonnait ce goût d'ancienneté qui m'avait tant manqué. Je retrouvais Forks dans ses bras, je revoyais Charlie maugréant contre Edward, mais si malléable entre les mains expertes d'Alice. Je revoyais la pluie…Beaucoup de pluie mais également les disputes sexistes que déblatéraient Emmett. Je revoyais tant de choses. Comme un défilé de souvenirs, une lente torture.
Un sanglot étreignit sa poitrine alors qu'elle tentait de s'exprimer.
_ J'ai cru que tu n'existais plus…J'ignorais que c'était ce que tu étais devenue…Tu es si belle.
Je dus retenir des sanglots à mon tour alors qu'elle me relâchait les yeux brillants. Je la vis contempler ma tenue, appréciative, provoquant un rire mêlé de larmes refoulé. Elle sourit à ma réaction avant de se tourner vers Daniel. Et elle n'eut aucune « mauvaise » réaction, se contentant de garder ma main dans la sienne, et de serrer celle de mon époux.
_ Je suis Alice Cullen, la meilleure amie de Bella.
Meilleure amie ? Elle le ressentait donc toujours ainsi. Daniel parut dérouté par une telle spontanéité. Il n'aurait pas dû, je lui avais tant parlé d'elle. Mais peut-être ne pouvait-on connaître réellement Alice Cullen qu'en l'ayant côtoyé. Il lui rendit son sourire, quoique toujours méfiant avant de se tourner vers moi.
_ Si vous n'y voyez aucun inconvénient, j'aimerais bien voler une danse à Bella avant qu'elle ne se défile.
_ Daniel, je dois me changer répliquais-je, faisant référence à ma tenue.
_ Tu demeures la plus ravissante ce soir. Mes excuses Alice.
_ Pour une fois, je ne peux être que d'accord répliqua-t-elle, amusée.
Et je fus si ravie de voir ma meilleure amie, heureuse de mon mariage que je la serrais une dernière fois dans mes bras, avant de suivre les pas de mon époux. Je m'étais améliorée en danse bien que je n'en appréciais pas toujours la couleur. Mais Daniel en raffolait. Surtout la valse qui clamait coulé dans ses veines. J'avais beau lui faire remarquer que la valse était censée être originaire d'Autriche, il déclarait que dans son monde, c'était différent. Ses mains trouvèrent parfaitement ses marques sur mon corps, alors que je suivais ses pas avec une grâce que je n'avais jamais cru avoir un jour. Et lui il souriait, visiblement heureux de me voir toujours sienne, malgré les rencontres qui avaient précédés. Mais je connaissais Daniel, et je savais parfaitement quelle frayeur lui caressait le cœur et comme une réponse silencieuse à ses tourments, je posais une main tendre sur son torse, le remerciant de sa présence. Il en profita pour déposer son front contre le mien, et notre valse devint un simple slow. Nous devions être décalés par rapport aux autres. Mais Daniel avait toujours été ainsi. Peut-être était-ce cela qui le rendait si amusant, si aimable. Alors que mes yeux scrutaient les siens purpurins, rouge contre or, je ne pouvais éviter une sinueuse pensée de s'infiltrer dans mon esprit. Il était quelque part, sûrement en train de jauger ce moment. Sûrement en train de contempler cette scène. Et j'étais furieuse car cela aurait dû rien me faire de savoir cela. Edward Cullen m'avait quitté, me révélant qu'il ne m'avait jamais aimé. Ne pouvais-je pas être un tantinet normal et haïr la personne qui m'avait fait du mal ? Pourquoi devais-je demeurer aussi stoïquement amoureuse de lui ? Daniel demanda une autre danse que je ne pouvais refuser de lui accorder, puis une autre…Il semblait vouloir montrer à tous, et par tous j'entendais surtout mon ancien amant, que je lui appartenais. Et j'aurais pu en être vexé si je n'avais souhaité qu'il fasse cela. Peut-être qu'en montrant à tous que j'étais Mrs Morandini, je saurais m'en convaincre suffisamment pour omettre l'être qui devait me scruter à l'instant ?
Au bout d'un long moment, j'avouais à Daniel me lasser de cette mondanité, que j'avais besoin de retrouver notre…intimité. Il eut un sourire à cette idée avant d'opiner lentement. Passant toujours un bras autour de ma taille, nous nous dirigeâmes vers la sortie. Et je ne sus ce fut quoi, je ne sus d'où vint ce sentiment qui me prit par les trippes, m'intimant de me retourner sur le champ. Je ne sus d'où vint cet instant qui me força à contempler deux topazes irradiantes de détresse, deux topazes que j'avais tant de fois admiré. Je ne sus, au nom de quel stupide attraction, j'avais eu à revoir ses traits. Je ne pus que maudire cet instant où je le vis clairement avec des prunelles de vampire. Et la magnificence de cet être que j'avais cru un jour pouvoir comparer à un Apollon me fit prendre conscience combien j'avais stupide de croire que je pouvais l'omettre. Car si une chose était indéniable, c'était que l'emprise d'Edward Cullen sur moi était immuable. Je vis ses traits parfaits, plus époustouflant que jamais, sa posture légèrement voûtée et je ne pus trouver la force de m'en détourner. Je ne pus trouver la force de quitter sa sublime silhouette des yeux. La voix inquiète de mon époux eut cependant raison de moi. Il s'enquit de mon état avant que je ne le presse de m'emmener loin d'ici. Loin de ses yeux de feu, de son expression de martyre. Je le priais silencieusement de me libérer de cette arrogance qui s'était épris de moi, me faisant croire que l'expression de torture qui s'était dessiné sur les traits de l'homme que j'aimais, n'était qu'une preuve de son amour en retour. Non ! Je refusais de me laisser encore berner. Edward Cullen ne m'avait jamais aimé. Me tournant brusquement vers Daniel, je me saisis de ses lèvres, plus fougueusement que jamais. Au nom de la vaine tentative d'oublier un autre.
