Nous nous étions retrouvés dans la forêt environnant la maison, un lieu des plus adéquats pour de délicieuses étreintes dont nous avions pris l'habitude peut-être avec un peu trop de gourmandise. En effet, j'avais peut-être était un peu trop envieuse mais j'étais humaine. Ne pouvais-je être pardonné ? Le crépuscule avait élu domicile à cette heure. Et dans ma naïve humanité, je m'étais convaincu qu'il s'agissait d'un bon présage. Que nous étions là pour dissiper le froid qui s'était installée entre nous depuis quelques jours. Depuis ce stupide accident lors de mon anniversaire. J'avais été si certaine en humant les délicates fragrances de l'herbe fraîche mêlée à celle plus délicate des fleurs que ce moment serait parfait. Les derniers rayons de cette chaude journée ricochaient sur la peau de mon Adonis, la rendait légèrement éblouissante, et lui magnifique de ce fait. Une si délicieuse brise s'était levée à cet instant, rafraîchissant légèrement les lieux. Tout m'avait semblé si idyllique. Il s'était alors tourné vers moi. Et contrairement à mes attentes, ses yeux étaient faits de glace, alors que ses traits s'étaient entièrement fermés. Devant moi, Edward s'étant transformé en son exacte réplique celle qui le substituait depuis quelques jours. Et en moi, tout s'est effondré. J'y avais tant cru, que l'idée qu'un autre extrême soit envisageable ne m'avait pas effleuré. Alors comme en réponse à sa réaction, mon corps se glaça à son tour. Et je sentis perdre en moi toute once d'espoir. Je savais ce qu'il allait énoncer. J'en avais parfaitement conscience car je le redoutais depuis ce soir-là. Il scruta mes prunelles avec tant de force que je crus qu'il les briserait puis il se déclara d'une voix froide, distante, implacable.
_ Autant être le plus honnête possible, Bella. Nous ne pouvons être ensemble.
_ Pourquoi ? Tentais-je, et je fus moi-même surprise de ma voix si assurée. A l'intérieure, je n'avais plus rien.
Il eut un soupir comme agacé. Il savait que je lui poserais la question, qui ne la poserait pas ? Elle était des plus légitimes. Mais en contemplant sa réaction, je vis qu'il espérait que je ne fasse trop d'histoire. J'étais bien trop encombrante à en juger par ses manières. Depuis quand étais-je devenue un boulet ?
_ C'est dans l'ordre des choses, nous sommes deux espèces totalement différentes. Et notre histoire ne nous mènera nulle part.
_ Pas si je rejoins ton espèce…
_ Non !
Sa voix claqua tel un fouet m'interdisant toute remise en question, et je crus percevoir une lueur de colère traversée sur ses prunelles. Ce fut comme un coup de poing dans le ventre, j'étais vraiment devenue un poids pour lui. Cela signifiait-il qu'il ne m'aimait plus ? J'avais peur de poser cette question, La question, qui déterminerait mon sort.
_ Je vais partir Bella. Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrai pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerai plus. Ce sera comme si je n'avais jamais existé. Aucune nouvelle, aucune allusion aux miens, à n'importe lequel des Cullens.
Une panique sans nom s'éprit de moi alors que je saisissais l'ampleur de son discours. Non ! Pas de manière si brusque, si peu censé. Ce n'était pas Edward que j'avais sous les yeux, il s'agissait d'un autre, d'un subterfuge, ou peut-être a-t-il été ensorcelé ?
_ Edward, si tout cela a un rapport avec Jasper ou…
_ Je suis lassé de devoir faire semblant Bella.
Semblant ? Que voulait-il dire ? Je sentis mon cœur battre de manière désordonnée tandis que ma respiration se fit plus saccadée sous le choc de la nouvelle.
_ Faire semblant ?
Son regard se promena un moment avant de m'affronter avec une férocité qui lui était peu commune. Avais-je réellement connu cet homme ? Avais-je réellement aimé cet inconnu ?
Comment en étais-je arrivée à ne plus discerner l'un ou l'autre ?
_ Ce fut amusant de prétendre être l'humain amoureux. Mais à présent, l'ennui me guette et je souhaiterais voir…d'autres paysages. Après tout, les vampires ont un certain don pour se laisser facilement distraire.
Son sourire fut à l'instar du personnage qui l'émettait, d'une certaine froideur. J'aurais voulu lui hurler des explications, j'aurais aimé comprendre ce qu'il tentait de me dire. Mais je n'étais pas stupide. Il ne m'avait jamais aimé. Et tout ce à quoi j'avais cru n'avait été qu'illusion. Ce fut comme si je m'étais vidée de tout mon air, de toute mon essence vitale d'un coup. Je ne sentais plus rien. Ne voyais plus rien. Il m'avait tout enlevé en me retirant la certitude qu'il m'aimait. J'aurais été prête à le retenir dans ce cas. Mais je n'avais plus rien. Et plus aucune force pour combattre.
_ Ne tentes rien de stupide.
En quoi cela pouvait l'importer à présent ? Il s'approcha de moi, déposa un baiser sur ma tempe, que j'espérais pouvoir faire durer avant qu'il ne disparaisse sans nulle autre formule. Figée dans ma propre torpeur, j'eus du mal à réellement assimiler tout ce que cela impliquait. Tout ce que le départ de mon homme impliquait. J'avais cru que je saurais le retenir, que ses propos n'ébranleraient jamais la foi que j'avais en lui, en moi. J'y avais tant cru. J'avais tant espéré. Et il avait eu raison de moi. Et il avait su me détruire.
Le ciel fut d'un noir d'encre à son départ, comme s'il m'avait aussi ravit le jour. Et ce crépuscule qu'il aimait tant s'était à son tour détourné de moi, m'abandonnant dans les sombres tourments de cet amour perdu auquel j'aspirais tant.
Je savais commettre le plus infâme péché, je savais répondre à ce divin tentateur alors que cela m'était interdit. Je trompais celui à qui j'avais juré allégeance, méritant pour cela la perdition. Mais je ne pouvais lâcher ses boucles cuivrées si soyeuses, je ne pouvais omettre ses lèvres, véritable fruit défendu. Quant à sentir ses doigts le long des courbes de mon cœur, je jure avoir tenté de les éloigner. Mais tout fut vain à la seconde où son souffle reposa sur mon cou, où son sublime ténor, sa tendre voix de velours me nommait suavement. Et j'en connaissais la moindre des inflexions, car elle fut durant des années ma seule raison de trouver le sommeil. Bon sang ! J'avais presque oublié combien il était aimable. Combien mon besoin de lui était étouffant. Et lorsque son regard doré rencontrait le mien, un brasier sans nom s'éprenait de moi. Comment pouvait-il avoir telle emprise sur moi malgré toutes ses années ?
Je mordais ma lèvre inférieure pour ne pas avoir à murmurer son nom. Pour ne pas avoir à dévoiler sa présence à celui qui me prodiguait du plaisir.
Etais-ce blâmable d'apprécier le toucher de l'un tout en passant qu'il s'agissait d'un autre ? Impardonnable. J'en avais conscience. Mais comment arrivait à surmonter cette lubie ? Où arriverais-je à trouver la force nécessaire pour chasser de mes pensées celui qui me refusait la sérénité ?
_ Bella…
Non ! Il s'agissait de Daniel, de ton époux. Nul ténor n'était en ce lieu. Nul ténor Bella, je t'en prie. Souviens-toi. De nouveau, ses lèvres s'emparèrent des miennes, fougueuses, fiévreuses. Et je tentais d'y participer en ne pensant qu'à lui. A Daniel. A celui que j'aurais aimé aimé sans nulle autre ombre au tableau. Si douces…Dures…
Non Bella ! Il s'agit des lèvres de Daniel. Il s'agit de son contact.
_ Je t'aime Moi Cuore murmura-t-il, d'une voix si grave.
Je t'aime tout autant Edward….Daniel. Damnable soit ma personne de désirer deux hommes. Damnable soit mon avenir d'aimer deux hommes aussi démesurément. Je suis une horrible personne dont la Fortune devrait se plaindre, devrait omettre.
Au diable ma personne, coupable de l'hérésie. Coupable d'être prisonnière de deux âmes.
oOo
Sous l'aune des murs de ce château, nous n'étions plus que nous-mêmes. Le vent devenait le concurrent à abattre tandis que la terre se devait d'être évitée. Nous survolions le sol qu'humains nous foulions et tous parvenions à sentir les élans de l'air contre notre peau de marbre. La nature même nous jalousait de pouvoir être aussi libre. Bien plus libre qu'elle. Et elle nous en voulait tout autant de pouvoir déjouer ses plans.
Etre vampire comportait tant d'avantages que parfois j'aimerais occulter les inconvénients. Mais il revenait avec force. Je ne vivais qu'une demi-vie. Une vie maudite, j'en avais parfaitement conscience. Une vie de damnée où nulle cœur ne me maintenait en vie, nulle souffle ne m'était nécessaire, nulle essence ne pouvait se porter comme importante à mon échelle. Et c'était donc sous le couvert des Volturis que nous nous exprimions tous à notre manière. Des combats de lutte s'étaient mis en place de l'autre côté de la place, mesurant les vampires les plus forts de l'assemblée. Des grognements parvenaient de ce coin de la place accompagnés le plus souvent de nombreux murmures d'approbations. Des courses permettaient au plus vif de se manifester. Et une sinueuse idée ne put s'empêcher de s'infiltrer dans mon esprit à cette idée. Parmi les Cullens, Edward avait toujours été le plus rapide, le plus vif. Le lac bordant le jardin accueillait quelques vampires s'aspergeant mutuellement de l'eau tandis que d'autres avaient trouvé refuge autour du lac, contemplant les paysages. Nous aurions pu prendre certains pour humains. Il nous était parfois si aisé de faire semblant, de mentir.
De nombreux vampires nous saluèrent à notre arrivée, dont Mokabé et Wolymata qui eurent un sourire à mon intention. Attention que je leur rendis aussitôt. Lord Diangelton eut également une furtive pensée à mon encontre que je lui retournais avec réticence. J'évitais de contempler alentours, car je savais. Je savais qui j'y trouvais. Son odeur était si présente. Dans chaque pavé que j'effleurais, entre chaque mur qui m'opprimait, dans les couloirs que j'arpentais mais plus que tous dans l'air que j'inspirais. Mais je ne devais pas. Notre rencontre ne devait jamais avoir lieu. Et pourtant je la savais inévitable. Perdue dans mes pensées, je ne fis guère attention aux projets de Daniel. Je sentis le sol se dérober sous moi alors qu'il s'élançait à toute vitesse. Je voyais parfaitement tout ce qui m'entourait malgré la vitesse qu'il mettait mais ne comprenait pas le but de cette escapade. Je n'aurais su m'en détacher car sa force demeurait supérieure à la mienne. Ce ne fut que lorsque j'aperçus le lac que je compris ses intentions. Je ne pus y remédier et sentis la froideur de l'eau pénétrer mes vêtements, mes cheveux, ma peau sans pour autant en ressentir les effets. Je n'avais que la désagréable sensation des vêtements qui collent à la peau. Je maudis intérieurement mon époux, espérant sortir le plus promptement de là lorsque je sentis ses lèvres se poser contre les miennes, s'en emparant avec fougue. Daniel était insatiable. Et je devais avouer que le cadre était idyllique. Je voyais parfaitement les éléments nous entourant. Les diverses plantes, les quelques rares audacieux vivants ne nous fuyant pas. J'en entendais le moindre son, en voyais l'infime couleur. Et je devais avouer cela magnifique. Les bras de Daniel se passèrent autour de ma taille autant se faire se peut. Et je me sentis en symbiose avec lui en ce lieu. Et cette pensée me fit me serrer plus encore contre lui, alors que ses prunelles me scrutaient amoureusement.
Lorsque nous montâmes à la surface des rires et sifflements nous accueillirent.
_ Bien joué Morandini s'écria l'un que je reconnus comme étant Yamashoto, vampire originaire du Japon dont je n'avais pu faire qu'une vague connaissance la nuit précédente. Il m'avait parut amical bien que légèrement en retrait.
_ N'as-tu donc pas peur de faire attraper froid à ta femme Dany ? S'enquit Sonia, un autre membre de l'assemblée, originaire cette fois-ci de Srebrenica. Elle était venue avec Adel, son conjoint depuis un siècle exactement. J'avais été si touché par leur histoire. Adel était musulman. Et à l'époque, un massacre sans nom décimait tout musulman de Srebrenica. Adel avait été un des blessés de ce massacre. Et il n'avait aucun espoir de survie lorsque Sonia l'avait trouvé. Elle était bénévole pour le compte de l'ONU, et espérait pouvoir se rendre utile sur place. Elle avait une vision du vampirisme très proche de celle de Carlisle. Peut-être étais-ce pour cela que je l'avais tant apprécié ? Quoiqu'il en soit Adel eut la chance d'être sur la route de Sonia, déjà vampire à l'époque. Et étant tombé en compassion face à ce pauvre humain, l'avait transformé.
Son exclamation suscita de nouveau rire alors que je tentais de m'extirper de l'eau. Ce fut Siobhan, une femelle admirable que j'avais eu à rencontrer hier, fort agréable qui me permit de sortir de l'eau, un sourire sur les lèvres. Elle était origine d'Irlande. Elle était accompagnée de Liam et Maggie, une charmante petite détectant tout mensonge, son clan. Daniel les portait en grande estime selon ses dires. Et Liam et mon époux étaient amis de longue date. Daniel tapait quelques mains en signe de victoire avant de se tourner vers moi, prêt à affronter ma colère.
_ Je vais te dépecer Morandini grognais-je, lui assénant une tape sur l'épaule, faisant redoubler de rire l'assistance. Il eut la décence de baisser la tête face à mes remontrances. Je poursuivis alors sans l'ombre d'une faiblesse.
_ Tu me voies obligé de me changer. N'as-tu donc aucun scrupule à mon égard ? Quand vas-tu cesser tes bêtises ? Franchement, quelle idée donnes-tu de notre couple à cette assemblée ?
_ Pardon Mio Cuore murmura-t-il de sa voix si chantante, et y mettant tant de culpabilité que je me sentis de suite mal d'avoir agit de manière si excessive. J'entendis quelques murmures attendris lorsque je me blottis contre lui, incapable de lui en vouloir longtemps.
_ C'est trop mignon reprit Garreth mimant une larme sous son œil. Ce nomade était si adorable que j'avais été surprise d'apprendre qu'il était du même genre que James ou Victoria. Le fusillant du regard à sa réplique, je me détournais de mon époux alors qu'Heidi se tenait devant moi, serviettes en main. Elle eut un sourire à mon intention alors que je la remerciais chaleureusement. Entraînant Daniel sur un des bancs, je le forçais à s'y asseoir.
_ Parfois, j'ai l'impression d'être ta mère Daniel.
Je me mis à lui sécher délicatement ses mèches brunes qui retombèrent élégamment sur son front. Nous étions seuls à présent, et je devais avouer devoir faire tant attention de ne pas me complaire dans notre intimité. Ses yeux étaient d'une telle profondeur. Il suivait chacun de mes gestes avec une fascination qui m'était inconnue. Je caressais de l'éponge ses joues, avant de dessiner chaque trait de son visage avec une telle douceur. J'eus un sourire en apercevant son air à la fois attendri et amusé.
_ Qu'y a-t-il ? Murmurais-je, déposant un baiser sur sa tempe.
_ Je t'aime.
Passant mes bras autour de son cou, je m'installais sur ses genoux, et déposais mon front contre sa joue. Nous demeurâmes un instant ainsi, profitant du moment. Ses mains dessinaient de sublimes arabesques sur mon dos et j'aurais pu tout oublier si je n'entendais au loin le monde qui s'animait, si je ne sentais leurs odeurs s'infiltraient dans mes narines. J'entendis les pas feutrés de nouveaux arrivants. L'odeur de la première m'était si familière que j'en reconnus parfaitement le propriétaire. Alice. Les autres m'étaient tout aussi inconnus que familières et je reconnus la sensation qui s'était éprise de moi lorsque j'avais rencontré les deux premiers membres du clan Cullen. Ce fut alors avec une angoisse nouvelle que je levais les yeux vers les nouveaux arrivants, sachant parfaitement qu'il s'agissait de ceux dont j'avais tant souhaité taire les noms. Une euphorie sans nom s'éprit de moi lorsque je reconnus Emmett, Esmé et Jasper. Bon sang ! Cela faisait si longtemps. Et pourtant ils demeuraient tout aussi magnifiques que lors de notre première rencontre. La facétie qui égayait d'ordinaire les traits du massif Emmett semblait décupler à l'instant légèrement mise à mal par la compassion émanant de ma douce Esmé, la matriarche de cette fratrie. Jasper demeurait toujours en retrait, avec le temps, j'en avais eu tant l'habitude que je ne m'en formalisais pas. Mais je n'étais plus humaine. Plus rien en moi ne devait le tenter. Et pourtant je savais qu'il avait mal, qu'il s'en voulait. Parce qu'aussi ignoble qu'il soit de l'énoncer, c'était de sa faute. Du moins partiellement. Si seulement, je ne m'étais blessée, si seulement il n'avait été là. Tout aurait pu se passer différemment. Je serais dans les bras d'un autre. Et puis qu'est-ce que cela aurait-il changé ? Edward ne m'aurait jamais aimé. Peut-être devais-je reconnaissance envers Jasper ? S'il ne m'avait attaqué, Edward continuerait à « faire semblant ». Je m'écartais de mon époux avant de faire face à mes amis. Car nous n'avions pu être une famille, cela n'empêchait que je les aimais énormément. Emmett franchit les derniers pas nous séparant et m'étouffa dans une étreinte, que j'étais sûre, humaine je n'aurais pu supporter. Son rire tonitruant fendait l'air, retentissant alentour.
_ Notre Bells n'est plus humaine ! Je vais m'ennuyer maintenant Bella, méchante !
Je ne pus retenir un rire à ses enfantillages. Emmett demeurait le plus enfantin des vampires que j'avais pu connaître, et je devais avouer que j'adorais son esprit juvénile. Il ne pouvait être plus sincère.
_ Toutes mes excuses, je ferais attention la prochaine fois déclarais-je, déclenchant ses rires.
Esmé lui asséna un coup à l'arrière du crâne, lui intimant au passage de me laisser tranquille. Ma tendre Esmé n'avait donc pas changé. Toujours aussi attentionnée, aussi compatissante. Comment telle femme pouvait être blâmée des fautes d'un de ses fils ? Ses yeux s'illuminèrent à ma vue, et j'en fus si touchée. Elle m'avait toujours considéré comme une de ses filles. Et j'avais l'impression que rien n'eusse changé malgré toutes ses années.
_Bella murmura-t-elle.
Et distinctement me parvint un sanglot qu'elle avait sûrement dû retenir depuis bien longtemps. Je sentis à mon tour une boule obstruer ma gorge face à l'émotion qui s'emparait de moi. Elle m'enlaça doucement comme ne pouvant omettre les anciennes habitudes, j'eus un sourire à cette attention avant de laisser échapper un gémissement. Esmé avait toujours été cette deuxième mère, s'étant si bien occupé de moi. La revoir me ramenait ce bout de passé qui m'avait tant fait défaut. J'aimais cette femme au-delà du descriptible. J'aimais bien trop ce clan. Lorsqu'elle s'éloigna de moi, ce fut comme si quelque chose me manquait soudain. Cette chaleur maternelle que je n'avais plus connu depuis moins d'un siècle.
Jasper fit un pas à mon intention, hésitant. Ne bronchant nullement, j'attendis la suite de son opération. Souhaitait-il s'excuser ? Rien n'était à pardonner. Ni ma maladresse, ni ma poisse. Et puis sans Jasper, jamais je n'aurais rencontré Daniel. Jamais je n'aurais su réellement ce que je représentais pour Edward. Il leva les yeux vers moi, cherchant une silencieuse permission. Comprenant ses intentions, je décidais de lui éviter telle torture. Il n'était en rien responsable de ma poisse. Ni des travers de son frère.
_ Je suis ravie de te revoir Jasper. Autant être honnête l'un avec l'autre, je ne t'en veux pas comme tu n'as pas à t'en vouloir. Ce qui s'est passé n'est rien de plus qu'un incident entre une maladroite humaine et un vampire normal. Je refuse que nous en reparlions. Le temps fut un remède à bien des blessures. Et il est temps que nous allions tous vers l'avant.
Mensonge ! Menteuse ! Tu mens Bella ! Tu mens si bien. Si tu étais si guérie, pourquoi pensais-tu tant à l'autre ? Pourquoi aimais-tu tant l'autre ? Si tu étais guérie, Bella, pourquoi en cet instant ton cœur inerte ne demander que les étreintes d'un autre !
Je fis taire cette envieuse voix qui s'éprenait de ma conscience et fis un courageux sourire vers Jasper. Il me le rendit bien que crispé. Ressentait-il tout le débat qui se menait en moi ? Comme pour couper court à de fâcheux instants, Daniel se rapprocha de notre petit groupe s'introduisant à chaque membre avec une spontanéité lui étant bien commune. J'eus la surprise de voir Esmé sourire à ses manières alors qu'Emmett lui fit une bourrade amicale. Jasper se contenta d'une simple poignée mais déjà l'effort me touchait. Tous semblaient vouloir l'accepter. Car tous savaient qu'ils n'avaient pas le droit de me refuser ce bonheur. Bien sûr d'autres n'avaient pas cet état d'âme. Rosalie, par exemple, dont la haine me refusait un tel bonheur. Mais plus encore Edward, dont l'immuable souvenir hantait tout ce qui me restait de raison. Cependant, j'étais décidée à ne pas les laisser m'abattre. Ce bonheur je l'avais mérité. Ce bonheur, j'y avais droit. Et cela, Edward Cullen, tu n'as pas le droit de me le retirer.
Menteuse Bella ! Tu mens si bien. Pourquoi alors ne pouvais-tu t'empêcher de l'aimer ?
