La sombre nuit était tombée sur l'ostentatoire château. Et alors que ses habitants se préparaient à de nouvelles festivités, j'arpentais la forêt alentour à la recherche de ma prochaine proie. Mais toute mon attention se voyait concentrée sur le magnifique firmament, sentant ardemment la fine brise effleurait ma peau d'albâtre. J'en ressentais le moindre chatouillement sans pourtant en subir l'effet. Fraîcheur, chaleur n'avaient d'importance en ma présence. Mais le simple fait de sentir mes cheveux fourragés par le vent, qui dans son sillage m'embaumait de toutes ces odeurs à la fois animale et végétale. J'étais comme prisonnière de la nature, et en l'instant je l'autorisais à me prendre en otage, me condamnant à apprécier sa splendeur. L'air s'infiltrait dans les feuillages produisant à mes oreilles vampiriques une délicieuse symphonie dont les accords résonnaient en harmonie. C'était cela. La nature était harmonieuse. Je ne pus retenir un soupir de bien-être, alors que les yeux fermés, je demeurais stoïque, immobile, comme une quelconque statue de marbre. Mes vêtements se voyaient ballottés de toute part, sous le joug d'Eole. Et j'appréciais cet instant suspendu, comme si les dieux me permettaient un moment de quiétude avant d'affronter de nouvelles mondanités. J'aurais presque pu omettre les vampires non loin de ma personne si je ne percevais encore faiblement leurs fragrances, si mon ouïe ne discernait les bruits de leurs courses. J'allais devoir rentrer, pour mon époux, au nom de sa réputation mais je ne pouvais m'empêcher d'en vouloir plus. De vouloir voler encore quelques instants à la sublime Nature.

Tout à coup, je sentis une nouvelle fragrance à mon patchwork, elle se rapprochait vive mais rassurante, et j'en devinais parfaitement le propriétaire, ayant déjà humé cette odeur durant ces deux derniers jours. Les pas de Carlisle Cullen se mouvaient non loin de moi. Et les sens en alerte, je distinguais parfaitement le bruissement des feuilles sur son vif passage alors que le feuillage s'aplatissait dans son sillage. Il n'était plus loin, quelques hectares tout au plus. Que me voulait-il ? De quoi souhaitait-il m'entretenir ? Quel était ce sujet qui ne pouvait attendre les festivités nocturnes ? Son odeur se faisait de plus en plus forte alors que je demeurais calme, stoïque. Je ne risquais rien à ses côtés. N'avait-il pas été un potentiel beau-père dans le passé ? A cette idée, j'eus un pincement au cœur. Que les souvenirs étaient cruels ! A présent, je le savais derrière moi, attendant que je manifeste un quelconque signe à son encontre, signe montrant mon obtempération à sa présence.

_ Bonsoir Carlisle murmurais-je pour ne rien briser de la quiétude de l'instant que j'avais la sensation si fragile, si éphémère.

_ Bonsoir Bella.

Sa voix tonnait puissante à mes oreilles, grave, profonde mais pourtant si apaisante. Un attrait vampirique sans aucun doute. Nous demeurâmes un moment ainsi, silencieux, perdus dans nos pensées rêveuses, lointaines parfois paresseuses, dans une ambiance bien différente de celle qui devait faire vibrer les murs de ce château. Il ne disait rien, taisait tout ne voulant importuner cet instant que je savais déjà briser. Carlisle était un Cullen, et tout ce qui pouvait se rapporter à cette famille que j'adorais provoquait en moi un certain malaise, comme si d'un moment à l'autre, je me rendrais compte que tout n'était qu'illusoire. Et en un sens, tout était illusoire. Cette bonne entente, ce bon vivant que nous partagions laissaient présager une fin heureuse. Mais à la fin de cette convention, nous retournions tous à nos basses besognes, à nos rôles humains en oubliant tous ce que nous avions vécut en ce lieu. Alors il était hypocrite voir absolument cruel de faire croire en un renouement qui à la longue ne serait qu'une vague camaraderie à bonne distance. Je me tournais cependant vers Carlisle, rouvrant lentement les yeux, souhaitant écumer les dernières heures de tranquillité avant de sourire au docteur face à moi.

_ Dehors pour une partie de chasse ? M'enquis-je.

_ Ce début de nuit me paraît bien claire pourquoi ne pas en profiter avant de s'enfermer dans une vaste salle où toute conversation ne nous mettrait que plus mal à l'aise ?

J'opinais doucement alors qu'il se mettait en mouvement, me demandant silencieusement de faire quelques pas à ses côtés. Je le suivis alors sans un mot, alors que l'odeur de diverses proies venait à moi. Je sentais une brûlure saisissante envahir ma gorge, mais ayant l'habitude je la fis taire un moment. Nous devions d'abord nous entretenir, civilité oblige. Assouvir mon instinct n'était que secondaire.

_ Je n'ai jamais eu l'occasion de te remercier assez pour la preuve irréfutable de ta loyauté. L'or de tes prunelles, signe de ta pureté, me prouve ta fidélité à ma famille. Malgré la douleur que nous t'avons infligée, tu as renié ton animalité pour conserver l'humanité, empruntant le régime « peu orthodoxe » que je nous avais fixé.

La culpabilité s'éprit de moi à l'idée qu'il ignorait mes erreurs, qu'il ignorait ma faiblesse passée. Je ne méritais aucun de ses éloges, et les siècles ne sauraient plus affermir le sentiment d'horreur qui m'envahissait chaque jour à la pensée de mon unique victime. Me sachant incapable de mentir, tout en étant redevable à Carlisle pour tous ce qu'il avait pour moi, je consentis à me confesser. Evitant son regard scrutateur, je continuais à contempler les alentours.

_ J'ai faillit une unique fois murmurais-je, honteuse de ma faiblesse. J'étais un nouveau-né, lâchée en pleine nature. Bien sûr, il ne se passe un jour sans que je tente de me repentir. C'était une enfant, une pauvre et innocente créature ayant eu besoin de mon aide. Et je lui avais ôté la vie.

J'avais accepté cette erreur, mais cela n'empêchait ma culpabilité de réapparaître. A cet instant, je me souvins d'une phrase que m'avait soufflée Daniel, lors de mes séances d'automutilation. « Si tu dois être qualifiée de monstre pour un travers, de quoi dois-je être accusé pour assassiner volontairement de pauvres innocents pour me nourrir ? »Et certes, il pouvait être qualifié de monstre pour faire couler tant de sang, mais n'étais-ce pas le propre d'un vampire que de boire la substance humaine ? N'étais-ce pas dans ce cas, les Cullen et moi-même les créatures étranges ? En pensant à mon mari, je me fis la réflexion qu'il commencerait sûrement à s'inquiéter. Carlisle émit un soupir qui me fit sortir de ma rêverie. Je portais mon attention sur sa personne alors qu'il reprenait.

_ En un siècle, tu n'as commis qu'une erreur, dépassant de loin la plupart des membres de ma famille, même Edward, celui dont le self control nous a été démontré lorsque vous vous côtoyiez.

A la mention du nom interdit, je sentis mon cœur se serrer. Je ne voulais plus parler de lui bien que je sache ne pouvoir en échapper. Il était quelque part dans ce château, et je savais que la présence de Daniel l'avait empêché jusqu'alors de m'approcher mais qu'en sera-t-il lorsque nous nous retrouvions seuls ? Que pourrais-je lui dire ? Aurais-je assez de contrôle pour ne pas m'énerver à son encontre ? Pourrons-nous n'être qu'amis ? Cela me paraissait invraisemblable. Carlisle glissa un regard vers moi, jaugeant ma réaction dont je ne laissais rien paraître. Je refusais que son fils puisse lire dans ses pensées l'effet qu'il continuait à produire sur moi, que la simple mention de son nom provoquait en moi. Si nous pouvions tout simplement éviter cela.

_ Surement déclarais-je, évasive.

Il laissa un court moment se profiler en silence, me permettant de reprendre mes esprits avant de s'exprimer de nouveau.

_ Bella, comment nous as-tu rejoins ?

Lui dire la vérité me paraissait légitime. Après tout, leur départ, dont l'objectif principal était de m'éloigner de leur monde, avait déclenché mon adhésion à leur monde. Paradoxe dont j'avais encore du mal à entièrement accepter l'idée. Je savais qu'en la racontant, la plupart des Cullen culpabiliserait. Et au fond de moi, je le souhaitais ardemment car aussi égoïste que cela puisse paraître, je voulais qu'il ne goûte que légèrement à la douleur que j'avais subit. D'un autre côté, l'amour que je leur portais faisait office de plaidoyer envers leurs erreurs et me forçais à être clémente envers cette famille que j'avais cru mienne. Cela étant, je ne pouvais mentir au patriarche de cette famille. Alors que les conséquences me soient favorables ou pas, je devais me confesser. N'étais-ce pas le but de cette promenade ?

_ Après votre départ, je n'étais plus vraiment moi-même. Edward m'avait détruit, inutile de le nier. Son souvenir me hantait beaucoup trop…

Cette période comptait parmi les plus horribles de mon existence, je me revoyais errer sans but sur cette planète, et je ressentais l'intenable douleur qui envahissait mon cœur avant de s'étendre sur mon corps, me paralysant entièrement sous le joug de ses assauts. Oui, tout cela m'était familier, constituant un passé flou mais dont les sensations et sentiments perduraient nullement altérés par le temps. Je me ressaisis, souhaitant tout révéler avant de retrouver mon époux. J'avais besoin de son étreinte.

_ J'aimais parcourir la forêt environnante juste pour laisser le flux de mes pensées me rapportait son image. Pathétique n'est-ce pas ? Peu importe. Peut-être m'étais-je trop éloignée ? Peut-être n'avais-je pas fait attention aux heures qui défilaient ? Je ne le saurais jamais. A vrai dire, je ne me souviens de quasiment rien. J'ai juste eu le temps d'apercevoir une silhouette sombre. Et après cela, le bruit de mon sang coulant le long de sa gorge, apaisant sa soif. Je n'ai même pas eu le temps de hurler. Pour tout te dire, j'ai même apprécié cette mort. Elle me paraissait facile. Morbide non ? Quoiqu'il en soit, je me suis réveillée à des lieux de là où je devais être. Et j'ai commencé à fuir Forks, ma famille, mes amis. Tout ce dont j'avais chéris l'existence, humaine, pour les protéger de ce que j'étais devenue.

Je devinais ses traits crispés par la compassion, la tristesse et une note de colère. Une colère dont je pouvais deviner le principal actionnaire, son fils. Posant une main réconfortante sur son épaule, je lui souris, lui montrant de ce fait que nul n'était à blâmer si ce n'était ma poisse inconditionnelle. Puis je décidais d'ajouter une ultime phrase, lui montrant combien il n'avait plus à s'inquiéter, du moins en apparence.

_ De mon inexorable poisse est née un bonheur dont je ne m'étais attendue. Après avoir tuée cette fillette, j'ai rencontré Daniel, et depuis mon éternité me parut bien plus belle. Je n'ai rien à regretter de mon ancienne vie. J'ai un mari génial, des amis affectueux et je vous ai retrouvé.

Que de mensonges pour une si piètre menteuse ! J'avais quelque chose à regretter de mon ancienne vie, une chose inestimable. L'amour d'Edward, du moins l'amour que je pensais qu'il me portait. Que n'aurais-je donné pour le retrouver ? Mais cela Carlisle ne devait en avoir connaissance pour le bien de tous. Du mien avant tout. Ce dernier m'offrit un franc sourire avant de stopper ses pas, me forçant à en faire de même. Ce fut à son tour de m'offrir une poigne paternelle. Comme celles dont j'avais oubliées le souvenir. Elle réchauffa mon cœur. C'était comme retrouver Charlie mais aussi l'ancienne complicité que nous partagions Carlisle et moi.

_ Je suis heureux de ton bonheur, tu le mérites amplement. Daniel me semble te convenir parfaitement. Et l'amour qu'il te porte raffermit ma position. Je ne veux que ton bien-être Bella. Et saches que même si tu n'es plus avec Edward, cela n'empêche que tu fais partie de notre famille. Et qu'Esmé et moi continuerons à te considérer comme notre fille qu'importe où que tu sois.

Cette tirade m'aurait arraché quelques larmes, humaine. Et je ne sus comment lui prouver mon émoi de meilleure manière qu'en l'enlaçant, comme une fille l'aurait fait son père. Je retins un sanglot touchée par ses mots, tout en étant affligée par ce qui les précédait. J'aurais souhaité être une Cullen en tant que belle-fille plutôt qu'en simple fille. Ils auraient toute ma reconnaissance pour ce geste. Il aurait toute ma considération par ses mots mais je ne pouvais empêcher le mal de continuer à me ronger en me disant qu'étant épouse de l'un je souhaitais être celle de l'autre. Comment me défaire de ses idées lorsqu'elles assaillaient mon esprit encore fragile ? Je quittais cependant l'étreinte de Carlisle, souriante, la vue légèrement embuée.

_ Merci Carlisle. Je…Je pense que nous devrions chasser, Daniel finira par ameuter le château, convaincu que je me suis faite avaler par un ours italien.

Il partit d'un grand rire tout en obtempérant gaiement.

_ Je suis certain qu'Emmett se fera une joie de te venger.

Ce fut à mon tour de sourire alors que nous nous élancions dans la forêt à toute allure, enivrée par l'instant que nous venions de vivre. Je n'aurais jamais imaginé avoir une si bonne entente avec Carlisle après la séparation que nous avions vécut. J'étais soulagée de voir que certaines choses pouvaient demeurer inchangées, que le monde dans lequel j'évoluais pouvait rendre de nombreuses choses immuables. Et heureuse, je l'étais que ma relation avec certains membres des Cullen en fasse partie.

_ Comment réagit Daniel, vis-à-vis de ton régime ?

_ Il suit le régime traditionnel et ne m'a jamais forcé à adhérer au sien. Il a bien sûr tenté de se nourrir que d'animaux mais sans succès. Alors chacun s'accoutume aux défauts de l'autre dans une bonne humeur.

Bien que nous courrions, notre respiration se faisait lente, calme, régulière. Je pouvais percevoir le moindre tronc d'arbre, la moindre branche, le moindre insecte. Je n'avais pas besoin de me concentrer sur mes pas puisque je pouvais prévoir où ils se poseraient et cela tout en conversant avec Carlisle. Le cerveau d'un vampire était bien vaste, nous permettant de nous préoccuper de plusieurs choses à la fois. Comme à l'instant. Menant une conversation avec Carlisle, je pensais simultanément à Daniel, tout en réfutant toute idée d'Edward tandis qu'une part assez importante trouvait mon prochain repas. Un vaste champ de pensées.

_ Etrange ménage. Peut-être pourrais-je essayer de le convaincre ?

Je le jaugeai un moment avant de sourire. Il serait prêt à lutter contre le caractère têtu de mon époux pour me rendre service. Non. Plus encore, il serait prêt à renier les insistances de son fils, pour apprendre à connaître l'homme de ma vie. Et si cela n'était pas le rôle d'un père, qu'était-il alors ?

_ Merci Carlisle dis-je. Et dans ces mots, je mis toute la sincérité dont j'étais capable.

oOo

Ce costume mettait ses vastes épaules en valeur, rendant son dos plus allongé, plus ferme, attrayant. Ses jambes paraissaient interminables, musclées, puissantes. Tandis que ses mains fines et délicates boutonnaient sa chemise, le mouvement provoquait de sublimes tensions dans ses muscles des bras jusqu'aux omoplates me bouleversant légèrement plus. En deux enjambées, je fus sur son dos, nouant fermement mes jambes autour de sa taille, rapprochant son délicat dos de ma poitrine, entourant de mes bras son cou avant d'y déposer un baiser de mes lèvres. Son regard saignant scruta le mien doré, à la fois ravi et surpris. Ses doigts vinrent caresser mes cuisses doucement alors qu'il me questionnait du regard sur mon initiative.

_ Tu m'as juste horriblement manqué mon Ange.

_ J'aime te revoir après une partie de chasse animale, tes yeux semblent faits d'or. Et j'ai beaucoup de mal à résister à leur attrait murmura-t-il.

_ Alors ne résistes pas. Ils n'ont pas besoin de nous ce soir. Nous pouvons prétendre une légère intoxication alimentaire.

Je déposais derrière son oreille de tendres baisers, je n'avais pas coutume d'être aussi entreprenante, de ne pas garder la tête froide mais après ma conversation avec Carlisle, j'avais besoin plus que tout de ne voir personne d'autre que mon époux. De n'avoir que lui pour compagnie. Doucement, promptement, et sans me détacher de son corps, il me fit face, ses yeux plongeant directement dans les miens provoquant un halètement que je ne pus retenir. Alors lentement comme pour attendre une objection, il retira sa veste, la laissant retomber sur le sol dans un bruit mat avant de se déchausser arborant un sourire en coin. Soudain, il me serra contre lui, fortement. Et je sentis ses lèvres chaudes murmurer contre mon oreille.

_ Que s'est-il passé dans cette forêt Bella ?

J'aurais aimé qu'il me connaisse moins, qu'il se contente juste de profiter de l'abandon dont je faisais preuve mais ce serait mal connaître l'homme que j'ai épousé. Sachant que je ne pourrais me dérober, je descendis de mon perchoir, faisant glisser mes jambes contre les siennes, lui montrant de ce fait ce qu'il manquait. Il eut un sourire carnassier, preuve qu'il n'en resterait pas là après de plus amples explications.

_ J'ai chassé avec Carlisle.

La tension de sa mâchoire me prouva qu'il avait hâte d'entendre la suite tout en étant assuré qu'il n'en serait en rien satisfait. Du bout de l'index, je caressais sa joue, y apposant de douces arabesques, il eut un soupir de résignation.

_ Il espère pouvoir te convaincre de t'habituer à mon régime alimentaire. Pour le bien-être de notre ménage.

Je pouvais deviner la surprise de ses traits mais également la méfiance comme toujours quand cela concernait cette famille. Je ramassais sa veste du sol, la lui remettant à vitesse vampirique avant de lui épousseter les épaules. Il arrêta mes gestes d'un mouvement sec souhaitant une clarification prompte et directe. Je fourrageais ses yeux, ayant un sourire rassurant lui prouvant qu'il n'aurait jamais rien craindre de Carlisle Cullen.

_ Il nous souhaite d'être heureux.

_ Pourquoi le père d'Edward voudrait-il que nous soyons heureux ?

A la mention d'Edward, je dus retenir une grimace. Ne jamais montrer à Daniel combien Edward m'affectait était une priorité que je m'étais imposée. Mais je savais qu'il se doutait, je savais qu'il savait. Il savait tout simplement qu'Edward me hantait. Et c'était pour cela que Daniel profitait de chaque moment à mes côtés comme s'il s'agissait du dernier. Son amour devenait alors si puissant, si profond, me rendant unique, spéciale, attrayante.

_ Car il me considère comme faisant partie de sa famille au même titre qu'Alice. Il me considère comme sa fille, rien d'autre. Il n'espère rien de plus, rien de moins.

Et devant la dernière once de peur dans le regard de mon aimé, je fustigeais ses yeux une unique et dernière fois, mettant toute la véracité des paroles qui allaient suivre dans mon regard puis j'énonçais d'une voix forte, déterminée presque tranchante tant elle était véridique, du moins tant je l'espérais véridique.

_ Daniel, Edward Cullen est et restera mon passé. Un passé d'humaine. Daniel Morandini, tu es mon avenir. Mon unique avenir.

Et sur ces derniers mots, ses lèvres se scellèrent aux miennes avec une délicieuse tendresse alors que je sentais au loin l'odeur assez familière d'une connaissance qui malgré les derniers siècles égarés et mon nouveau statut, j'aurais pu reconnaître entre milles. Et la douleur qu'engendra cette constatation me força à approfondir ce baiser dont le goût amer demeura sur mes lèvres.