Daniel m'avait un soir parlé de la gigantesque bibliothèque dont disposait les Volturis. Une merveille, selon lui, dont la plupart des composants provenaient des pillages des diverses civilisations aujourd'hui éradiquées. Il disait n'avoir jamais vu plus belle salle de son existence et que ce serait un outrage pour une liseuse de mon rang de ne point m'y rendre et cela avec une légère ironie dans la voix, n'altérant en rien la curiosité que j'éprouvais soudain pour cette antre du savoir. Alors lorsque ce matin, en quittant notre couche, Daniel m'expliqua qu'il devait s'entretenir d'affaires urgentes avec Caius, un des trois frères Volturis, seigneur de ce château et que donc il ne pouvait, à son grand damne me tenir compagnie, je proposais de m'y faire accompagner par Heidi, éduquant de ce fait mon esprit au noble art qu'était la lecture. Il en avait bien sûr rit, trouvant ma phrase bien pompeuse. Il semblait avoir repris confiance en nous, décidant que mon assertion de la nuit dernière comblait tous ses doutes. Comme j'aurais aimé en dire autant ! Quoiqu'il en soit, il se disait prêt à converser avec Carlisle, pouvant même aller jusqu'à se présenter à Edward, ce à quoi j'avais de suite apposé mon véto, arguant que ce dernier n'avait pas montré une quelconque intention de renouer avec moi. Je devais admettre avoir trouvé Daniel plus égayé après ce commentaire.
Le temps était brumeux en ce jour, de ce fait, de nombreux vampires avaient décidés de découvrir la ville délaissant le château dans une quiétude qui me plaisait fortement. Je me rendis donc comme convenu dans la bibliothèque après un dernier baiser en direction de mon époux. Comme prévu, ce fut Heidi qui m'y accompagna. J'appréciais cette femme dont la beauté devait lui valoir bien des tourments. Elle était l'appât des Volturis, l'hameçon dans lequel mordent de naïfs et stupides humains. Bien qu'elle m'inspirait une méfiance sans borne, je ne pouvais compatir à sa détresse. A savoir être l'objet des désirs et pas seulement des désirs humains. Je pouvais imaginer qu'elle comblait d'autres sortes de plaisirs dans cet étrange château. J'oubliais Heidi et son nom lorsque je pénétrais dans l'antre du savoir. Cela ne pouvait exister. Cela n'avait pas le droit d'exister. Et tout en me répétant cette litanie, un furtif souvenir me revenait. Edward m'indiquant amusé que dans son monde, cela n'était qu'ordinaire. La vie vampirique présentait de nombreux avantages en nature. Et cette bibliothèque en faisait certainement partie. Je regrettais presque qu'il ne restait que quatre jours pour en profiter. Les murs étaient tapissés de livres à la reliure si brillantes que la faible lueur pénétrant à travers les fins rideaux de la pièce s'en reflétait. Il était ahurissant de voir autant d'ouvrages de siècles si différents. Des colonnes soutenaient la voûte du plafond si haute que j'aurais pu en avoir le vertige. Une cheminée donnait à la pièce un aspect vieillot que j'appréciais grandement. J'aimais les choses assez vieilles. Un confortable sofa faisait face à l'âtre reposant sur un duveteux tapis. De nombreuses petites tables entouraient la pièce, prévu pour enrichir les chercheurs de savoir, je n'en voyais même pas le fond. Je m'approchais respectueusement des étagères voulant avoir une idée de ce qu'elle pouvait contenir. Le plus ancien ouvrage datait de 1110 après J-C. Il s'agissait d'un pamphlet composé en langue latine, considérée comme l'unique langue décente des temps jadis. Je savais ne pouvoir tous les lire mais je pouvais au moins les découvrir. Je trouvais une copie de l'Evangile de Barnabé ainsi qu'un Coran, Livre musulman que je n'avais jamais eu l'occasion de voir de mon existence. En contemplant l'étagère, je vis que j'étais dans la section Religion Près du Coran, je vis une Bible puis une Torah. Je devais admettre que l'intention était bonne, réunir sur un même piédestal trois religions si communes. Sur d'autres étagères, se trouvaient d'autres ouvrages sur les dieux égyptiens, hindous et même sur les dieux grecs. Ainsi le monothéisme et le polythéisme s'affrontaient également en ce lieu. M'éloignant de la religion, je me fis la réflexion de savoir si j'avais vraiment ma place parmi ses rayons. Après tout, l'existence de mon âme n'avait jamais été prouvée et j'étais plus que tout damnée. Ma simple existence remettait les croyances religieuses en question. Plus loin, je découvris le domaine théologique où bien évidemment Pascal se démarquait. N'étions-nous pas en Europe après tout ? Et les plus grands philosophes ne furent pas en ces lieux, bien que la plupart s'inspira de « l'enlightenment » de Locke. La théologie n'avait plus de sens pour moi que la religion. Même la métaphysique ne saurait répondre à l'origine de mon existence. Qui étais-je ? D'où venais-je ? Qui le saurait ? Personne sur cette planète n'aurait de réponse précise. Je ne niais pas l'existence d'une divinité, loin de là, Daniel comme Edward croyait dur comme fer à une divinité unique. Je ne partageais juste pas leur engouement. Les Sciences expérimentales surplombaient par les sciences logico-formelles occupaient à elle-seule des étagères et des étagères. Je n'avais jamais été très porté sur la science étant humaine bien que je m'eus fait démarquer en Biologie. De nombreux livres d'histoires correspondant à des décennies de recherches assidus s'étalaient de tout côté. Je découvris même avec surprise, certains contant le vampirisme. Et dans ce dernier, j'y retrouvais certains auteurs m'ayant permit de découvrir qui était Edward Cullen un siècle auparavant. Comme j'aurais aimé retourner à cet instant ! L'instant où mon existence avait basculé de l'obscurantisme à la lumière, le moment ultime où j'avais su que ma réalité n'était pas l'unique réalité. Et cette transition c'était l'amour qui m'avait forcé à le faire. Pour Edward, j'aurais accepté n'importe quoi tant que ce dernier aurait pu prouver l'existence de ce dieu. Les souvenirs avaient toujours cet âcre goût à leur passage dans mon esprit. Je n'arrivais pas à voir sans ressentir, à me souvenir sans en pâtir. J'en venais à me demander parfois si je ne m'étais trompée dans les calculs et qu'Edward ne m'avait quitté que la veille au soir. Je me détournais du domaine histoire pour me trouver une littérature plus attrayante du moins à mon niveau. Toutes sortes de littératures reposaient sur les étagères dont je me délectais. Anglaise, arabe, russe, française, italienne, américaine et bien d'autres, encore et encore s'étalant sur un espace qui devint soudain immense à mes yeux. Flaubert présentait sa Bovary, alors que Tolstoï comparait suavement Guerre et Paix. J'en reconnus tant d'autres. Wilde, Orwell, Baudelaire, Zweig. Et pourtant aucun d'eux ne me bouleversa tant que lorsque je eus à lire : Shakespeare. Oui, ce fabuleux autour ayant tiré son inspiration de Pyrame et Thisbé entre autres, devait forcément se trouver en ce lieu. Mais plus encore, il fallait que l'œuvre qui me soit présenté fût celle qui n'aurait pas dû être. Roméo et Juliette. Cet amour interdit entre les murs de Vérone, en Italie là où je me trouvais à l'instant même. Un amour que j'avais toujours envié à cette naïve Juliette. Et le paroxysme de ma douleur se trouvait que je me souvenais parfaitement de la dernière fois où j'avais eu à voir l'œuvre adapté. La voix qui avait murmuré de si douces paroles à mon oreille me revenait, si imposante que ses décibels résonnaient encore dans mon esprit lorsque les murs de mes défenses se faisaient fébriles comme à l'instant. Je serrais contre moi le minuscule ouvrage avant de sentir dans mon sillage trois odeurs. Trois odeurs familières à présent. Et ce fut avec une profonde stupeur, une irrationnelle angoisse que je reconnus l'une d'entre elles. Il n'était pas loin. A un mur tout au plus de moi, je percevais même le bruit feutré de ses pas, le mouvement gracieux d'une boucle de ses cheveux sur son front de granit. Etait-ce venu l'instant que je redoutais le plus depuis le début de ce séjour ? Serais-je forcé d'affronter mon passé alors que j'espérais l'omettre de tout mon âme ? Mais espoir et volonté n'allaient pas toujours de paire. Au fond de moi, un froid lent et sinueux commençait à s'infiltrer alors qu'un sorte d'étau barricadait mon cœur prévoyant les affres de la douleur à venir. Je me tournais juste à temps pour voir la porte de la bibliothèque s'ouvrir sur les trois importuns. Et je le vis serrer la poignée dans une tentative vaine de courage. Je connaissais Edward, me voir devait l'emplir de culpabilité. Je devais lui rappeler sa faiblesse, le fait qu'il n'ait su me protéger de ma malchance et du destin. Son regard, je le sentais, me transperçait tout entière, et c'était pourquoi je me concentrais sur le visage avenant de ma meilleure amie ainsi que celui plus prévenant de Jasper.
_ Bella ! S'exclama Alice, enjouée.
Avait-elle vu l'issue de cette rencontre ? Se douterait-elle de combien cela me pèserait ? De la souffrance qu'elle engendrerait ? A la simple idée que je puisse ne plus m'en relever, je me secouais intérieurement. J'allais avoir besoin de toutes mes forces pour ne pas flancher, pour ne pas révéler ce que je désirais lui taire. Je souris alors à mon petit lutin alors que son amoureux me jaugeait avec circonspection. Il savait. Il ressentait l'amour, la crainte, le doute mais aussi la colère. Oui il ressentait tous cela et ne savait quoi en penser. Et ce répit me satisfaisait.
_ Pourquoi n'es-tu pas allé visiter Volterra ? S'enquit Alice.
_ Daniel m'a parlé de cette bibliothèque et je n'ai su y résister répondis, un sourire aux lèvres.
Je perçus la tension devenir plus forte autour de la poignée mais jouais les indifférentes. J'avais curieusement cette envie, minuscule mais présente, qu'il souffre, qu'il ne connaisse au moins qu'une once de ce que j'avais vécu. C'était sadique, puéril mais seul un cœur désespérément amoureux y aurait recours.
_ Je l'ai croisé avec Caïus m'informa Jasper.
_ Ils causent affaires.
_ Selon les dires, c'était un puissant avocat répliqua mon ami.
J'obtempérais, fière de ce que les dires pouvaient faire circuler sur Daniel. Nous nous étions battus pour en arriver là. Et lui comme moi en étions sortis soudés. De deux âmes détruites nous n'en avions qu'une contre l'adversité. Mais il semblait qu'avoir Edward comme adversaire, revenait à scinder nos âmes en deux mais plus encore à détruire la mienne sans ménagement, si elle eut existé bien évidemment.
_Bella, il faut absolument que je jette un coup d'œil sur ton dressing. La robe que tu as arboré hier soir était sublime.
_ Sans problème. Passes ce soir avant les festivités.
_ Tu es génial s'exclama-t-elle en m'enlaçant avant de prendre la main de Jasper, disparaissant sans ménagement.
Tout avait donc été prévu. J'étais forcée de demeurer seule avec lui, tentant d'omettre mes sentiments et ce désir fougueux de l'avoir contre moi. Je me concentrais un moment sur les étagères, inutilement avant que la porte ne se ferme sous la pression du geôlier de mon cœur. Je l'entendais approcher mais n'en faisant fi, ne trouvant quoi dire après un siècle d'absence, à celui qui détenait toujours les clés de mon existence.
Son souffle n'était pas loin, prêt de la cheminée, et je devinais qu'il voulait me laisser un certain espace. Après tout, n'était-il pas gentleman ?
_ Je vois que malgré le temps qui passe, ce livre ne cesse de te marquer.
_ Il y a des œuvres à l'impact éternel.
Je reposais l'œuvre, caressant au passage sa reliure avant de me tourner vers lui. Inutile de fuir, inutile de se leurrer. Cette conversation devait avoir lieu pour le bien être de mon mariage mais surtout pour la sérénité mon esprit si torturé. Je voulais qu'il dise quelque chose pouvant me faire, je voulais qu'il fit une erreur pour laquelle je ne saurais lui pardonner. Mais je savais faible, incroyablement faible face à lui. Il était accoudé contre l'âtre de la cheminée, resplendissant sur les lueurs qu'elle diffusait. Jetant un regard alentour, je vis que le soleil commençait à décliner. J'avais cru le jour si jeune mais toute à ma contemplation des livres, je n'avais vu le temps filer. Et à présent, c'était comme si le temps changeait ses règles. Après avoir couru une longue distance, il reprenait son souffle, forçant Edward et moi à subir la lenteur de son sillage et à ne savoir dire, et à ne savoir dans les tourments de nos pensées. Ses prunelles incendiaient les miennes à tels points que j'en eus presque mal. Je ne devais pas détourner les yeux. Il saurait. Il saurait que je ne l'avais oublié. A ma grande surprise, il brisa le silence environnant de sa voix de velours, de son ténor parfait.
_ J'ai essayé de te parler plus tôt mais je crois avoir eu peur de tes réactions. Même à l'instant, je redoute ta colère qui ne serait que méritée. Je ne saurais te dire à quel point je m'en veux, à quel point je me sens misérable de t'avoir laissé, sans protection à la merci de ceux de mon espèce…de notre espèce. Je t'ai cru morte, Alice ne te voyait plus. Et pourtant je n'ai jamais pu me faire à l'idée que je ne te reverrais plus. Je n'ai pas su faire mon deuil.
Sa culpabilité sonnait sincère, si juste que mon animosité en pâtit légèrement. Il s'en voulait comme d'ordinaire, se blâmant d'un outrage dont il en était en rien responsable. Et je savais qu'il ne saurait vivra tant que je ne l'aurais sauvé de son propre apitoiement. Je devais le libérer vu que c'était qu'il semblait attendre de moi. Je pris une profonde inspiration, concentrant mon regard sur un point derrière lui, rompant notre contact, de peur de flancher. J'avais tenu bon jusque-là.
_ Ce n'est pas de ta faute Edward. J'ai toujours eu une malchance sans borne. Mais je dois admettre que cette fois, ce ne fut pas si mal. Etre vampire est plaisant. Il est vrai que lorsque j'ai su que j'allais devoir la passer, j'en étais effrayée mais l'arrivée de Daniel dans mon éternité a su la changer. Et j'en viens même à remercier celui qui a détruit mon humanité. Perdre mes parents fut une épreuve dont j'ai eu du mal à me relever. Mais à présent, je sais que mon destin avait toujours été d'être vampire, je me sens moi-même sous cette forme.
A la mention de mon bonheur avec mon mari, il serra les poings tant et si bien que j'entendis ses ongles éraflaient sa peau d'albâtre. J'attendais qu'il me blesse pour lui en vouloir et quittais les lieux à l'instant. Mais il se contenta de reprendre progressivement le contrôle sur lui-même tout en s'assurant que ses yeux ne demeuraient sombres. Je ne comprenais pas ses réactions. Pourquoi devait-il être jaloux ? Ne pouvait-il donc pas se contenter de mon bonheur vu qu'il avait été la cause de ma perdition ? Ne pouvait-il pas tout simplement m'avouer être heureux pour moi et disparaître de mon existence ? Mais même en faisant cela, il demeurerait dans mon esprit, dans mon cœur, il resterait la substance de mon âme.
_ Je suis heureux d'apprendre que tu aies pu refaire ta vie. Daniel me semble être un bon choix.
_ Il l'est.
Ses prunelles or devinrent plus onyx, signe de son agacement. Et j'eus un secret plaisir à le ressentir avant de retourner à la contemplation de mes bouquins. Ce n'était pas comme cela que j'espérais cette conversation. Je ne voulais pas lui faire de mal, lui parler crûment. Mais après la façon dont il m'avait quitté, je devais admettre que seul son orgueil de mâle devait en être touché. Un silence s'installa alors que j'examinais les reliures sans réellement faire attention aux titres qui défilaient. Qu'il parle ! Qu'il brise ce silence qui me brisait ! Qu'il fasse quelque chose ! Qu'il agisse !
_ Tu es magnifique Bella. Non que tu ne l'aies été auparavant mais c'est juste que ta splendeur n'a d'égale à présent.
_ Merci.
Je dus retenir une boule dans ma gorge. J'avais imaginé un scénario de ce jour lors de mes longs instants de réflexion. Il me murmurait combien j'étais belle, combien il avait besoin de moi, à quel point je lui étais indispensable et il avouait m'aimer de manière transcendante.
_ Pourquoi demeures-tu si silencieuse ? L'erreur que j'ai commise un siècle auparavant te hante-t-elle toujours ?
_ J'ai tourné la page Edward, je suis mariée à présent.
C'était un si piètre mensonge que je me demandais comment il pouvait me croire ainsi alors que tout en moi lui hurlait le contraire. Comment pouvait-il ne pas voir l'évidence ? Avait-il fait serment d'être aveugle ? Un grondement s'échappa de sa gorge, me forçant à le dévisager interdite. Il agissait comme si je comptais encore pour lui, comme si tout ne tenait qu'à moi. Il réagissait comme un amoureux possessif, transi à mon égard. Mais n'étais-ce pas lui qui avait juré ne m'avoir jamais aimé ? N'était-ce pas lui l'aimable personne m'ayant fait croire n'être que distraction ?
_Inutile d'être si claire.
_ Pourquoi Edward ? M'éructais-je, lui faisant complètement face, laissant un peu plus de colère emplir mes membres. Pourquoi Edward devrais-je éviter d'être claire ? Pourquoi joues-tu les amoureux transis, le jaloux possessif ? Je me souviens parfaitement de ce soir-là dans la forêt Edward. Tu l'as dit. Tu as dit ne pas m'avoir aimé, ne jamais m'avoir aimé. Tu m'as dit que je ne représentais rien pour toi. Et cela sans que tu paraisses affecté. N'aurais-je pas le droit dans ce cas de ne pas te paraître amicale ?
Il était figé, statufié comme si je venais de lui communiquer la plus aberrante des nouvelles. Mais à mon bon souvenir, ces phrases venaient de son propre chef et non du mien. Au contraire, j'avais tout fait pour les bannir de mon esprit. Ses traits s'adoucirent comme s'il comprenait quelque chose, comme si soudainement une chose lui paraissait évidente tout autant qu'absurde.
_ Tu m'as donc cru, Bella. Tu es si piètre menteuse que le moindre être en étant plus douée te paraît le plus honnête des hommes. Mais Bella, dans cette forêt, ce n'était pas de ma propre volonté que je t'énonçais ses termes. Après l'écart de Jasper, je savais être nocif pour toi. Tu étais trop fragile à nos côtés, et je refusais que tu meures. La seule solution qui s'imposa était que je disparaisse de ton existence. Et je crus qu'une rupture brutale aurait été des plus bénéfiques. Tu m'aurais haïe, tu m'aurais oublié. Ainsi, j'aurais rendu ton avenir plus certain. Tu ignores, Bella, combien de fois, je comptais te revenir mais aussi égoïste que j'étais, je savais ne pouvoir risquer ta vie. Tu m'étais trop précieuse. Et puis Alice a cessé de te voir, mettant définitivement un terme à ma vie. Je n'ai jamais pu te dire Adieu Bella. Je n'ai jamais cessé de t'aimer malgré le siècle qui vienne de s'achever. Je t'assure que tu as toujours été la seule occupant mes pensées.
Non…Il en était hors de question. Il ne devait pas dire cela, il ne pouvait pas faire cela. C'était inapproprié, indécent, horrible. Indigne de lui. Il était tout à fait inconcevable qu'il me fasse de nouveau croire qu'il m'aimait. Je pouvais admettre lui avoir été un tantinet cher dans le passé mais maintenant il n'avait pas le droit de dire cela. Pas maintenant, que je tentais de fuir son attraction. J'étais à un autre. J'aimais un autre oui j'aimais Daniel. Edward était mon passé quoiqu'il en dise. La boule obstruant ma gorge se fit plus présente alors que ma respiration s'accélérait. Bella, Daniel n'est pas loin. Cet époux qui t'aime démesurément. Edward eut un soupir de lassitude, où Bella y dénota une certaine douleur. Serait-il aussi bon acteur ?
_ Tu ne me crois pas Bella, je le vois. Et entre nous, je préfère cette idée. Daniel te rend heureuse et c'est tout ce qui compte à mes yeux. Je souhaiterais juste que tu me promettes une chose. Ne me laisses pas en dehors de ta vie Bella. J'accepte d'être l'ami, le confident s'il le faut mais ne me refuses pas ton accès alors que durant tout ce temps, je te pensais morte.
Ami ? C'était tout aussi absurde que d'admettre l'idée qu'il pouvait m'aimer. Comme être ami avec l'amour de son éternité. Avait-on déjà vu Roméo confident de Juliette ? Ou Iseult amie de Tristan ? Ce serait totalement hors norme, peu conventionnel. Je ne pouvais être ami avec Edward, et j'étais abasourdie qu'il puisse le croire. Cela ne confirmait qu'une chose. Il ne m'aimait pas. Du moins pas à la mesure à laquelle, je l'aimais. J'eus un recul face à son expression suppliante. Pourquoi, alors, me donnait-il l'impression de souffrir en me proposant cela ? Edward ne pouvait être aussi inhumain. Cela ne pouvait-être que machination ? Ce serait incohérent, si peu edwardien. Et pourtant, je voyais la sincérité dans ses yeux mordorés, je sentais cette aura d'appréhension l'entourait. Et au fond de moi, j'aurais aimé pouvoir y croire mais une amitié entre nous me semblait inappropriée pour la simple et bonne raison que nous avions tout partagée auparavant. Nous nous étions offert l'un à l'autre sans pudeur, sans aucun obstacle. J'avais pu connaître tant de sensations dans ses bras. Etre son amie redéfinirait l'amitié. Mais je savais que je ne pourrais lui refuser cela, car toute mon animosité se voyait dissipait par l'espoir incongru qu'il puisse tenir à moi. J'étais faible face à Edward, je l'avais toujours admis, à mon grand damne. J'avais espéré que cette conversation nous mène à nous haïr, à ne plus nous revoir mais accepter ce consensus reviendrait à admettre l'idée que nous gardions un contact. Et je savais que si un jour il venait à m'annoncer ses fiançailles, je périrais à la seconde même. Je ne pouvais décemment être son ami.
_Edward, comment peux-tu croire en une amitié entre nous ?
_ A défaut d'amour Bella, je suis prêt à tout prendre.
_ Imagines-tu vraiment pouvoir supporter la présence de Daniel dans ma vie ?
De nouveau, un grondement sourd s'échappait de son torse. J'allais vraiment y croire. J'allais vraiment croire à son stupide amour. S'il continuait à me regarder ainsi, comme si j'étais l'unique intérêt qu'il trouvait à ce lieu, s'il continuait à discourir ainsi, prétendant toujours m'aimer autant, j'allais flancher et y croire.
_ J'accepterais Morandini dans ta vie.
C'était fou, totalement fourbe. Côtoyer notre couple alors que je voyais qu'il pourrait en souffrir. Pourquoi ferait-il cela ? Pourquoi contribuerait-il à mon bonheur si cela lui serait insupportable ? Par amour ? Ce serait plus de l'amour mais de la démence. Mais surtout, la principale interrogation se résumait à ces mots : Comment pourrais-je me défaire de l'amour étouffant que j'éprouvais pour Edward si chaque fois que je demeurais prêt de Daniel, le regard mordoré de ce bourreau se poserait sur moi ? Je dus retenir un sanglot alors que je savais que nous n'avions le choix. J'étais mariée, épouse d'un autre. Mon corps, mon âme appartenait à Daniel Morandini. Et si je souhaitais Edward pour toujours mes côtés, seul son amitié me serait offerte et réciproquement, je ne pouvais lui promettre que cela. J'opinais alors lentement tout en tendant ma main vers mon Adonis, un geste qui demandait toutes mes ultimes forces. Il la contempla, légèrement ahurie avant de s'en saisir. Et le contact de sa peau contre la mienne provoqua un frissonnement chez tout deux, frisson dont nous ne préférâmes en déterminer l'origine.
oOo
En rentrant dans mon appartement, je me sentais vidée de toute consistance. Cela avait été le pire instant de mon éternité. Lui serrer la main ? Etre condamnée à cela durant des siècles et des siècles ? Condamnée à ne pas savourer son corps, ses lèvres ? Je ne pourrais y arriver. Je le savais. Tout mon corps me pesait comme si je tenais le fardeau du monde sur mes épaules. A vrai dire, j'avais eu le stupide fantasme qu'il me prenne dans ses bras en me jurant qu'il n'aimait que moi. Peut-être aurais-je consentis à lui donner une seconde chance ? J'étais horrible, je me dégoutais moi-même. Mais comment pouvais-je être blâmé de l'aimer démesurément ? Etait-il normal que je ressente comme un tiraillement dans mes entrailles lorsque je l'aperçois. C'était inexplicable, vif, tranchant, bref, douloureux. Je ne pouvais en sortir malgré tous les efforts que je mettais pour cela. Y mettais-je d'ailleurs assez d'efforts ? En pénétrant dans mon appartement, je vis qu'elle était vide. Daniel ne tarderait à rentrer et je ne savais comment réagir. Comment devais-je paraître normal alors que je venais de lapider l'espoir que j'entretenais à propos d'un renouvellement de promesse avec Edward ? M'asseyant sur mon lit, je pris ma tête entre mes mains. Je devais me ressaisir et ne rien laisser paraître. Si Daniel apprenait qu'Edward et moi ne nous aimions, je savais parfaitement qu'elle serait sa réaction. Il sortirait du jeu car la bonté de son âme surpassait bien loin l'égoïsme que proférait notre espèce. Il me quitterait sans penser au bien fondé de son action. Il jurerait simplement de ne plus m'importuner. Bon sang ! Pourquoi fallait-il que j'aime des hommes à l'égo si réduit face à moi ? Edward et Daniel n'étaient que trop ressemblants, ne pouvant faire prôner pour une fois le cœur sur la raison. Et ils seraient prêt à se battre non pour me garder mais pour que je puisse être heureuse avec celui qui me paraissait le plus aimable. Mais dans ce cas, ils étaient tous deux bien trop aimable. Je ne réagis pas lorsque l'odeur d'Alice s'engouffra dans ma chambre. Je savais qu'elle viendrait mais je n'avais prévue qu'elle me voit en si piètre état. Elle s'assit prêt de moi, enlaçant de son bras mes épaules lourdes et pesantes tentant d'alléger mon fardeau. Son souffle heurtait mon front en un rythme régulier et ce fut le seul bruit que j'entendis pendant un long moment. Comme j'étais heureuse de la retrouver, comme j'étais heureuse que rien n'ait changé entre nous. Elle était vraiment une sœur pour moi. Une sorte de cadette que je n'avais jamais pu avoir. Au bout d'un moment, elle eut à mon égard quelques paroles réconfortantes.
_ Je lui avais dit Bella de te parler plus tôt mais borné comme il l'était, il s'est refusé. Ce n'est que lorsque Rosalie lui a fait remarqué que tu avais raison de ne pas l'attendre qu'il a réagit. Rose n'a pas que du mauvais en elle tu sais. Si elle refuse de t'adresser la parole c'est par culpabilité. Lorsqu'on t'a cru morte, elle était la seule à croire que tout redeviendrait comme avant. Mais avec le temps, elle a su que tu étais justement l'élément nécessaire à notre union. Te revoir a vraiment ressoudé la famille tu sais. Et Rose est bien trop orgueilleuse pour l'admettre.
Je ne voulais pas à Rosalie, elle ne m'avait jamais apprécié. Et de ce fait, j'avais pris pour habitude ses œillades meurtrières, son air supérieur à mon égard. Et si à une époque, j'avais voulu lui plaire, elle m'en avait tout de suite ôté l'idée. Entendre Alice dire qu'elle avait contribué à notre réconciliation me réchauffait le cœur, légèrement.
_ Que va-t-il se passer maintenant entre vous ?
_ Rien. Je suis mariée Alice, ne l'oublies pas. Edward ne sera que mon ami. Tu voulais mes vêtements, non ?
Je me levais, retenant un hurlement alors que j'ouvrais les pans de mon armoire. Je m'effaçais avec un faux sourire pour lui céder le passage. Elle ne fut pas dupe mais compréhensible. Elle s'exécuta avec son enthousiasme sans borne et se mit à arpenter mes étagères. Je la contemplais, amusée, me souvenant du bon vieux temps. Du temps où j'étais sa poupée de compagnie. J'avais fait des progrès en matière de vêtement depuis. Elle était géniale, me faisait rire et mettre mes sombres pensées en second plan. Elle s'extasiait devant chaque robe, tenue de soirée, de ville. Je n'étais en rien extatique de posséder de telles beautés mais être avec Daniel incombait que je sois toujours de bonne apparence, pour ses affaires mais également pour lui. J'aimais lui plaire, j'aimais voir ses yeux s'écarquiller avant de s'assombrir de plaisir lors de mes arrivées, j'aimais ses sourires carnassiers à demi-raisonnables. Oui j'aimais lui plaire, et m'évertuais à cela. Alors que mes pensées étaient toutes à lui, je sentis son odeur pénétrer notre appartement. Je ne pus l'accueillir convenablement qu'il me barricadait déjà dans ses bras, humant longuement mon odeur.
_ Tu m'as manqué Mio Cuore.
_ Mio Cuore, c'est trop mignon. Jasper a vraiment intérêt à se mettre à l'italien marmonna Alice, se reconcentrant sur mes vêtements.
J'eus un rire sous cape avant de me tourner vers mon époux, m'emparant tendrement de ses lèvres. Sa pression contre les miennes se fit pressante et je devinais qu'il cachait quelque chose. Semblais-je bouleversée ou affectée ? Ses mains descendirent jusqu'à mon poignet avant qu'il ne le lève à sa hauteur, humant mon bouquet. Pas seulement le mien. Je sentais également d'Edward sur moi, et je devinais ses réactions. Il avait compris qu'Edward m'avait touché, que nous nous étions parlé. Alors lentement, il rouvrit les yeux. Et au fond de moi, il me fallut toute ma lucidité et mon affection pour Daniel, pour lui cacher l'issus défavorable de notre entretien. Enfin défavorable pour moi. Pour Edward. Pour un amour que je chérissais secrètement. Je l'embrassais de nouveau, avec une lenteur contrôlée avant de scruter ses prunelles bordeaux. Il venait de chasser, je le devinais. Et avec un sourire que je priais véridique, je lui annonçais le début de ma perdition.
_ Tout s'est arrangé, je serais ravie de te présenter à mon ami.
Mon ami ? Daniel me fixa avec surprise avant de me serrer fortement contre lui, irradiant de soulagement. Je dus faire taire ces voix dans ma tête qui me hurlaient de me rendre à la raison, que ma place n'était pas là. Ces voix étaient d'étranges hypocrites. Ne pouvaient-elles pas cesser de m'envahir ? Je souffrais assez.
_ Si tu savais combien cela compte pour moi murmura-t-il.
Je le sais Daniel. Et sais-tu quoi ? Je me rends compte que je dois t'aimer assez fortement pour accepter cette irradiante douleur en espérant te voir sourire. J'avais mal. C'était tout simplement cela. Un mal si intense que je ne savais comment j'arrivais à tenir, à ne pas lâcher prise. Ce fut ma meilleure amie qui me sauva de l'enfer dans lequel je plongeais. Alice savait parfaitement l'horreur que je subissais.
_ Tu as une garde-robe d'une grande beauté. Qui est ton conseiller ?
_ Je dois admettre contribuer grandement à son apparence pour mon propre plaisir répliqua Daniel, amusé.
_ Si seulement tous les hommes avaient ton esprit pratique Morandini.
Et ils partirent dans un rire où je ne les suivais qu'à moitié. Je n'en avais rien à faire d'un esprit pratique si l'homme qui le possédait était celui à qui aspiraient mes pensées. Et je me rendais compte au crépuscule de ce quatrième jour, qu'Edward Cullen avait réussit. En trois jours, il m'avait rendu encore plus amoureuse de lui, tout simplement en me sous-entendant qu'il accepterait tout par amour. En trois jours, Edward Anthony Masen Cullen avait détruit un siècle de bonheur, me condamnant à être sous son joug pour l'éternité. Jamais une amitié ne nous lierait pour la simple et bonne raison qu'il était interdit d'aimer un ami plus que sa propre vie, que son époux, que soi-même. Il était formellement prohibé de voir son ami de cette manière démesurée.
