Une pluie diluvienne s'abattait sur le domaine des Volturis. De splendides éclairs zébraient le sombre ciel alors que d'assourdissants coups de tonnerre faisaient trembler les murs de la forteresse. Ce type de paysage n'était pas sans rappeler ceux des artistes les plus torturés, contant, avec une certaine frénésie, le chaos régnant sur leur propre monde. Une sorte de combat acharné entre le soi et le devoir être. Le tableau dans lequel je m'inscrivais, ce tableau qui me plaçait quasiment au centre de l'action, le ciel grondait furieusement, effrayant toute créature vivante. Dans mon tableau, seuls de magnifiques êtres à la peau blafarde et marmoréenne, aux sourires glacés, à l'allure hautaine, se risquaient à défier la nature. Une nature qui les avait presque omis avec le temps. Ils se mouvaient, narguant la gravité, et leurs forces n'avaient d'égales que leur arrogance. Et moi, Bella Morandini, faisait partie de ses êtres, de ce splendide paysage. J'étais une de ces arrogantes et vaniteuses créatures, qui, défiant les cieux, se permettaient maintes folies alors que la colère divine s'abattait sur nous, honteux damnés !

J'eus un sourire en voyant Emmett, provoqué la foudre dans l'espoir qu'elle l'atteigne. Et ceux malgré les insistances d'Esmé, les admonestes de son épouse. Il gambadait, hilare tout autour du jardin, imitant le son caverneux provenant du ciel. Carlisle, installé plus loin, se contenta de secouer tristement la tête, affligé. Je ne pus retenir un rire à leurs mimiques, rire qui attira l'attention d'Edward, agacé par les simagrées de son frère. Il tourna son magnifique visage vers moi, m'offrant un de ses charmants sourires. Et j'étais certaine que si j'avais encore un cœur, il s'affolerait sûrement face aux flots d'émotions qui m'envahissaient au simple sourire de ce jeune homme. Il eut un hochement de tête dans ma direction, un salut amical. Un triste et misérable salut amical. Et, de l'habituelle force qui s'éprenait de moi lorsqu'il s'agissait de lui, je lui rendis la pareille, alors que les doigts de mon époux se baladaient dans mes cheveux bruns. Son contact était si doux, que j'aurais pu demeurer ainsi éternellement. Mais ce n'était sans compter la présence d'Edward Cullen. Je détournais les yeux du clan d'Olympique, tentant de ne jamais montrer mon infidélité envers mon époux devant tant de témoins. Il conversait avec Siobhan alors que Maggie s'esclaffait ouvertement des frasques d'Emmett. L'herbe sous mes pieds devenait de plus en plus humide, et que n'aurais-je donné pour recevoir quelques rayons solaires ? J'admirais le paysage mais détestais toujours autant le froid et l'humidité. Cette odeur assez caractéristique des espaces clos, une odeur assez âcre provenant de l'espace humide alentour me déplaisait fortement. Mais en inspirant profondément, j'y découvris de nouvelles saveurs. De nouveaux arrivants. Relevant la tête, j'eus la surprise de voir l'entrée d'un nouveau clan dans le jardin. Quatre nouveaux vampires rejoignaient la convention. Une magnifique créature, dont la beauté aurait pu rivaliser avec celle de Rosalie semblait en être le leader. Elle arborait une merveilleuse chevelure d'or se balançant à chacun de ses pas jurant parfaitement avec ses yeux de miel. Des végétariens ? Elle était grande, élancée, mannequin tout droit sorti des plus grands podiums. Elle contemplait les alentours avec une certaine bienveillance. La froideur que je m'étais attendu à apercevoir dans ses traits ne fut décelable. Elle inspirait une certaine bonhommie. Une femme agréable par ses manières. Près d'elle, se dressait un autre vampire lui ressemblant trait pour trait, mais avec des cheveux beaucoup plus court d'un châtain clair qui s'agitait à la moindre de ses inspirations. A un pas derrière eux, je constatais un couple, vraisemblablement, compte tenu de la posture protectrice qu'arborait l'homme. Il était plein de charme, bien que ses traits soient fermés. Ses cheveux étaient bruns tirant sur le gris, montrant son âge assez avancé. Il tenait fermement la main à une courte silhouette, dépassant à peine Alice, avec une chevelure brune ondulant sur ses hanches. Elle avait un large sourire sur les lèvres, déformant sa peau assez bronzée pour un vampire. Ses yeux en amande m'informèrent de ses origines latines.

Bien qu'une différence d'âge manifeste s'imposait dans ce couple, leur attachement mutuel empêchait d'anciens préjugés de condamner leur amour. Ils étaient comme…Connectés. Du moins c'était l'impression qu'ils donnaient, qu'ils m'inspiraient. Elle caressa tendrement le bras tendu de son compagnon, qui lui rendit un doux sourire. Sourire que je ne lui aurais jamais cru possible. Le clan parut ravi de retrouver celui des Cullen. A sa tête, la somptueuse créature qui sauta de suite dans les bras d'Edward. Un sentiment de rage s'éprit de moi. Une démente colère à son paroxysme. Et je devinais être tendue, et à l'instant, peu m'importait que Daniel le ressente. Elle n'avait pas le droit de surgir ainsi, de le toucher. Comment osait-elle ? Comment pouvait-elle se permettre un tel contact ? Et pourquoi la laissait-il faire ? Etait-ce…Etait-ce une amie ? Ou…Sa compagne ? Je…J'avais cru…comprendre qu'il n'y avait eu personne après moi. Il avait prétendu que j'avais toujours la seule…Mentait-il encore ? Continuerait-il à me mentir ? Avais-je un jour connu Edward Cullen ? Ou n'avait-il toujours été que ce monstrueux menteur aux allures d'ange ? Cette immonde littérature sous magnifique couverture ? Non cela ne pouvait être. Mais…Après tout, il avait déjà prétendu une fois m'aimer, alors pourquoi ne pas recommencer ? Et tout à ma douleur, je me rendis compte, que stupide comme je l'étais, j'avais espéré…J'avais laissé un tantinet d'espoir attendre mon cœur, me faisant ainsi croire que peut-être ce fut vrai, que ses paroles n'étaient pas forcément caduques. Cette femme perdait soudainement toute bonhomie à mes yeux. Elle n'était qu'un vampire, croqueuse d'hommes. Etait-elle la seule qui comptait à ses yeux ?

_ Tanya

Toute à ma colère, je ne m'étais rendue compte de l'étrange réaction provenant d'Edward. Il se contentait d'être cordial, poli, rendant sommairement l'étreinte. Lui répondant avec une froideur qu'il ne m'avait jamais témoignée. Bon sang ! A quoi jouait-il ? Qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier ? Tanya ? Ce nom ne m'était pas inconnu, bien que légèrement flouté avec le temps. Humaine, j'en avais entendu parler. Tanya du clan des Denali ? Cet unique clan végétarien vivant en Alaska ? C'était donc elle, une amie des Cullens. D'Edward ? Différents vampires vinrent tour à tour saluer les nouveaux arrivants alors que je demeurais stoïque. Se pouvait-il qu'après tout ce temps, il l'eut aimé ?

_ Bon sang ! Les Denali, cela faisait si longtemps que je ne les avais vu.

Mon regard se posa aussitôt sur mon époux. J'ignorais qu'il les connaissait. Comment s'étaient-ils rencontrés ? Comment l'avait-il connu cette Tanya ? J'eus un nouveau frisson dans le cœur à la mention de celle-ci. Je n'aimais pas l'idée qu'ils fussent amis. Que cette dernière s'approche de celui-ci ! Il n'avait jamais mentionné une quelconque amitié. Pourquoi mentir ? J'étais jalouse. Horriblement jalouse de savoir que cette femme eut pu marquer mon époux.

_ Ton absence nous a énormément pesé mon cher Edward.

Elle se détacha de lui, lentement alors que je me tendais plus encore à ses dernières paroles. Cher ? Il n'appartenait que moi de le nommer ainsi. A moi et à moi seule. J'étais l'unique amour d'Edward Cullen. Du moins, je voulais le croire. Le profond regard d'or de l'intéressé se glissa vers moi…Mais je ne pouvais supporter l'idée qu'il eut connu ma faiblesse. Mon irrémédiable jalousie. Que c'était douloureux l'indifférence ! Lui faire croire qu'il ne représentait plus rien à mes yeux alors que je refusais qu'une autre ne l'approche. Deviendrais-je si égoïste ? Si égocentrique ?

_ Comment les connais-tu ? Demandais-je d'une voix assez brisée.

_ Je les ai rencontré il y a plusieurs décennies avant ton entrée dans ma vie, Mio Amor, lorsque j'errais dans les terres canadiennes. Tanya et sa famille m'ont chaleureusement accueillit.

Voyant mon air suspicieux, il ne put retenir un rire alors que ses bras entouraient avidement ma taille. Il n'avait pas intérêt de se moquer, n'était-ce pas lui qui avait redoublé de vigilance depuis notre premier contact avec les Cullen ? Certes, lui avait-il de quoi se méfier. J'étais moi-même si effrayée de ce que je ressentais, de ce qui se jouait en moi. Il parut cependant, flatté de mon évidente jalousie. Ses mains remontèrent le long de mes bras en une enivrante caresse, un frémissement m'échappa. Si tendre. De son index, il me força à relever les yeux vers lui, me laissant aux prises de ses prunelles purpurines. Avides. Ses lèvres se posèrent sur les miennes, doucement, pudiquement. Nous n'étions pas seuls.

_ Une amitié sans controverse, mon Ange. Juste une amitié. Mais j'admets adorer cette futile colère dans tes yeux…

Je lui assénais une tape sur le torse, qui le força à faire quelques pas, tant il était hilare. Je fis mine de bouder, vexée qu'il me pense capable de ressentir un si honteux sentiment, bien qu'il ait vu juste. Avant que je ne puisse émettre un autre son, me rétracter, il m'entraîna déjà dans son sillage vers les nouveaux venus, vers les Cullen, sous la torrentielle pluie. Je détestais avoir les vêtements à même le corps, c'était déplaisant, gênant.

_ Daniel protestais-je véhément, pestant contre son manque de courtoisie. J'étais certaine d'avoir entendu le rire de quelques membres de l'assistance. Les derniers jours passaient leur avaient fait comprendre combien l'humidité me répugnait. Mon époux ne fit fi de mes réactions, continuant sa traversée. Ce fut la supposée sœur de Tanya (Kate ou Irina) qui vint à sa rencontre, lui collant un baiser sur la joue. Ce à quoi il répondit par une boutade. Tanya lui ébouriffa les cheveux, d'un geste presque fraternel. Ce qui rassura mon cœur encore émoustillé par tant de sensations haineuses. Eleazar lui serra la main avant de se figer face à moi, totalement hypnotisée par moi. Je fus mal à l'aise par cette attitude. Quoi ? Qu'avais-je ? Mes vêtements étaient-ils transparents ? Avais-je quelque chose sur le visage ? Sa minuscule compagne sauta outrageusement dans les bras de mon époux. Et s'il était question de ladite Tanya, je l'aurais tout simplement incendié. Je n'aurais pu supporter la voir toucher les deux hommes de ma vie. Je tressaillis à la pensée d'Edward en tant que l'homme de ma vie. C'était inapproprié, de mon éternité…Oui, de cette longue et interminable éternité sans lui à mes côtés. Qu'on me pardonne d'aimer démesurément deux Anges. L'attention du clan des Denali se porta soudainement sur moi, me gênant profondément. La plupart était interrogatif, surpris tandis que l'unique mâle du clan me toisait nerveusement. Que lui avais-je ? Ma posture était-elle défensive ? Offensive ? Avec un sourire empli de fierté, mon époux se tourna vers moi, avec une certaine déférence.

_ Je vous présente mon épouse Bella.

Alors que Daniel prononçait ses mots, je vis le visage de Tanya se contracter un bref instant avant qu'elle ne tourne brusquement la tête vers Edward…Elle me connaissait donc. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Humaine, j'étais certaine de ne l'avoir jamais rencontré. Et Edward n'était jamais allé…Oh ! Se souvenait-elle donc de moi après tout ce temps ? Depuis la fuite d'Edward, il y avait de cela plus d'un siècle ? Pourquoi se souviendrait-elle d'une si banale humaine après tout ce temps ? Edward se serait-il rendu chez eux après m'avoir quitté Leur avait-il raconté la tragique histoire de notre amour ? Tant de questions sans aucune réponse. Mon regard croisa celui d'Edward, et la douleur qui à l'instant s'y reflétait, me donnait envie de hurler, de le prendre dans mes bras, pour lui assurer que tout irait bien. Mais rien n'irait. Nous étions dans une totale impasse. Nous n'avions aucun avenir. Il arrivait…Il arrivait à me faire croire qu'il m'avait aimé, qu'il m'aimait toujours. Il était à lui-seul, le plus insurmontable des casse-têtes. Lorsque Tanya s'adressa de nouveau à moi, son humeur était plus douce, plus amicale. Elle me tendit une main tout en s'adressant à moi de sa voix cristalline.

_ Enchantée Bella. Je suis Tanya…Mais tu dois sûrement me connaître…

Elle mentionnait Edward, et je me contentais d'opiner la tête, faiblement tout en lui serrant la main. Je ne pus sourire, c'était hors de ma portée. Pas en sachant qu'il concentrait son attention sur moi.

_ Pareillement Tanya.

Sa sœur surgit à son tour, euphorique, se mettant à converser allègrement, posant des questions auxquelles je ne pouvais répondre tant est qu'elle ne m'en laissait le temps. Elle m'informa qu'elle se nommait Kate, et qu'elle était ravie que son Daniel ait trouvé une compagne. Me demandant depuis quand nous avions convolé ? Qu'en fut-il de notre rencontre ? Daniel ne put s'empêcher de rire avant de couper court à l'interrogatoire de cette étrange femme. Sur moi, je sentais toujours le regard inquisiteur d'Eleazar, peut-être que Daniel saurait m'éclairer sur ses bizarres agissements.

_ Il serait regrettable que Bella te prenne pour démente.

Elle lui tira puérilement la langue alors que la voix grave de Carlisle se détachait de l'autre côté. Il était également ravi de revoir ses « cousins » du Nord.

_ Où est donc Irina ?

_ Avec son compagnon Laurent, un ancien camarade à vous paraît-il. Ils souhaitaient juste se retrouver un peu reprit Tanya, s'adressant aux Cullen.

Laurent ? Je ne pus retenir un halètement à ce nom, à ce souvenir, à ce nomade appartenant au clan de James. James. Ce vampire ayant faillit mettre un fin à ma vie, à la relation qu'Edward et moi entretenions. Cette période n'étant pas sans me rappeler la promesse scellée avec ce dernier. Une promesse bafouée. « Je resterais tant que tu aurais besoin de moi ». J'avais besoin de lui, était-il pour autant rester ? Trop de mensonges, de non-dits. Bon sang ! Daniel fut de suite inquiet à mon propos mais je le rassurais d'un simple regard. J'allais parfaitement bien. Ce n'était qu'un mauvais souvenir. Laurent ne pouvait rien me faire. Il n'avait jamais constitué une menace. Il n'était pas James…Et je n'étais plus humaine, je n'avais plus à craindre mes congénères. Jetant un furtif coup d'œil vers ma famille, je les vis, stoïques, arborant le même sourire plaisant alors que le regard se voulant réconfortant d'Alice se posait sur moi. Elle ne me voyait pourtant pas. Comment saurait-elle ce qui pouvait m'arriver ?

Et même si un soudain désir de vengeance s'éprenait de Laurent, je savais que je pourrais compter sur les Cullen, sur mon époux pour me protéger. Ils ne me laisseraient face au danger. Cette famille était bien trop bonne, aimante. Et comme Carlisle l'avait lui-même souligné, je ferais toujours partie de cette famille. Je resterais sa fille, quoiqu'il se fût passé.

Les vampires se mirent à dériver, rejoignant leurs précédentes activités. Carmen emmena son compagnon plus loin, arguant qu'elle souhaitait retrouver Zafrina, une étrange vampire aux traits et membres bien trop longs. Tout en elle était longiligne. Il n'avait émis aucune résistance ce à quoi je lui étais reconnaissante. Que lui avais-je fait ? Et loin de son regard, je me sentis mieux…Apaisée. J'étais trempée. Et tout cela grâce à Morandini. Il allait sacrément m'entendre. J'eus un sourire lorsque Carlisle souligna à Tanya qu'il était temps que mon époux rejoigne notre régime.

_ Vous vous êtes donné le mot, c'est ça ? Ecoutez moi, bande de végétariens, je ne serais jamais l'un des vôtres plaisanta mon époux, faussement en colère.

_ Allons Daniel. Je suis sûre que Bella saurait te persuader susurra Kate, amusée.

_ Cela fait plusieurs décennies que je m'y applique. Mais Morandini est têtu…

_ Pourquoi serais-tu donc têtu mon Ange ? Ironisa-t-il.

Je haussais un sourcil, guère touchée par sa plaisanterie alors qu'il continuerait à se gondoler. Misérable petit vampire ! Je croisais mes bras, tentant d'avoir l'air sévère.

_ Essaierais-tu d'être drôle, mon Amour ?

_ Morandini serais-tu effrayé par ta femme ? S'exclama Garreth passant par là.

Je ris à cette image alors que mon mari se renfrognait. Je lui donnais une légère tape sur le bras, lui intimant de cesser de faire l'enfant. Il partit dans un nouveau rire, totalement indifférent à mes menaces.

_ Les animaux ne sont pas si mal Dani ! Un peu brute, mais on s'y fait. Surtout les succulents Grizzlis. Miam ! Y en a-t-il dans le coin ? Déclara Emmett, se frottant d'avance les mains.

_ Désolé Emmett mais le type gros et poilu ne m'a jamais vraiment attiré. Les ravissantes petites donzelles à la peau claire et aux formes généreuses ont plutôt toute mon attention.

Il entrechoqua son poing avec celui d'Emmett avant que je n'émette un grondement sourd.

Je n'étais jamais allée chasser avec lui. Monsieur en profitait donc. Je vis rouge sentant une nouvelle tension s'éprendre de mes membres. Mon époux eut tôt fait de cesser de rire à ma vue. Oh oui Daniel ! Tu as intérêt à t'écraser toute de suite ! Sinon je m'en occupe.

_ Espèce de misérable…

_Allons mon Ange, tu n'oserais pas dire quelque chose d'aussi injurieux intercéda mon époux.

_Tu devrais éviter de l'échauffer Morandini le prévint Jasper, un sourire sur les lèvres.

_ Ah non ! Je veux de la bastonnade ! S'extasia Emmett.

Avant qu'il ne puisse continuer sa phrase, Rosalie lui tira fermement les oreilles, agacée par les simagrées de son époux.

_ Désolée Chérie ! Ce n'était qu'une blague Rose !

_ La ferme Emmett « Chéri » !

Je partis alors dans un grand rire face au colossal Emmett Cullen, implorant son épouse de le relâcher. Même les gros bras ne peuvent tenir tête longtemps à leur chère moitié. Rosalie me contempla un instant. Et je crus qu'elle se vexait de mon rire, mais avec une immense surprise, je vis les commissures de ses lèvres se redresser en ce qui devait être un…Sourire ?

Elle me souriait vraiment ou ma vue me tromperait-elle ? Un vampire avait toujours bonne vue donc c'était bien Rosalie Hale qui faisait acte de courtoisie. Désarçonnée, je me contentais d'y répondre avant de revenir à la conversation du doyen des Cullen. Durant un moment, il tenta d'user de tout argument éthique valable pour faire changer les principes de Daniel. Et durant tout cet instant, la pluie ne s'était arrêtée à ma grande surprise. Ce n'était pas normal qu'il pleuve autant. Le ciel souhaitait donc toujours ma mauvaise humeur. L'arbre le plus proche n'était qu'à quelques pas de moi. Cependant Edward s'y trouvait, me contraignant à subir les assauts du vent. Ils nous étaient très difficiles de rester stoïques, à proximité l'un de l'autre. Nous pouvions essayer mais une force nous transcendant, finissait irrémédiablement d'avoir raison de nous. A mon grand damne. Je n'avais pas froid, c'était juste cette sensation d'avoir mes vêtements se collant sur ma peau. Bien trop déplaisante. Je sentis Alice bien avant de la voir se poster près de moi, passant un bras sur mon épaule.

_ Bella ?

_ Alice répondis-je, méfiante quant à la suite de sa requête.

Elle avait la tête d'une comploteuse. J'ignorais pourquoi mais j'avais la subite impression que cela ne me plairait pas.

_ Combien tu m'aimes ? Minauda-t-elle, une moue chagrinée sur le visage.

Elle me prenait par les sentiments. Elle savait que je ne pouvais supporter refuser quoique ce soit à cette moue. Sa demande me déplairait fortement à coup sûr. Je plissais les yeux suspicieusement alors que j'entendais Jasper pouffer derrière elle. Il devinait ce qui se tramait le goujat. Ne pouvait-il me tirer des griffes de sa sorcière de femme ?

_ Je t'aime comme une sœur mon Alice poursuivis-je.

_ Parfait. Tu ne seras donc pas contre une journée de shopping ?

_ J'ai déjà tout ce qu'il me faut Alice. Tu en as été témoin.

Elle fronça les sourcils, mécontente que je lui oppose une résistance.

_ Mais justement. J'aimerais que Daniel nous y accompagne. Cet homme a beaucoup de goût.

_ Alice, je te rappelles que tu es marié déclara Jasper d'un ton assez grave.

Elle balaya sa remarque d'un geste de la main alors que je le voyais, se pincer l'arête du nez en signe de reddition.

_ Si tu éduquais plus ta femme, elle serait obéissante répliqua Emmett.

Je fus offusquée qu'il nous prenne pour de vulgaires animaux, mais avant que je ne puisse émettre la moindre protestation, je vis Rosalie, furieuse, lui asséner une monumentale gifle.

_ Suis-je bien éduquée à présent Cullen ?

Esmé eut un soupir affligé, légèrement honteuse que son fils lui donne si piètre réputation. Elle, dont le statut de mère, lui tenait tant. Je pouffais à mon tour, amusée par tant de simagrées. Les femmes Cullen pouvaient à leur tour être d'une férocité étonnante.

_ Ce n'est pas bien de se moquer souffla une voix profonde à mes côtés, un merveilleux ténor qui me fit sursauter dont je ne l'avais perçu. J'espérais tant l'oublier que j'omettais mes sens qui pourtant me hurler sa présence. Il était près de moi, ses sublimes mèches bronzes foncées par la pluie, caressaient son front au rythme de la brise, j'avais l'envie folle de remettre de l'ordre dans ses cheveux, d'y fourrager. Mais je ne m'en abstins. Et devant la force de son regard, je détournais les yeux. Ce pendant que son odeur embaumait l'air que j'inspirais, s'imprégnant de la moindre particule m'entourant.

_ J'étais juste heureuse de voir à quel point Emmett Cullen s'écrasait devant sa délicate épouse.

Mon commentaire fit rire la fratrie alors que l'intéressé se dirigeait vers moi, une malice sans nom dans ses prunelles de fauve. Il se pencha à ma hauteur, accentuant le fait que je sois ridiculeusement petite face à lui. Son haleine chatouillait mes lèvres tant il était proche.

_ Swan, tu devrais te méfier de mes muscles.

Nullement impressionnée par ses menaces, j'eus l'audace de me rapprocher d'un pas de lui, réduisant à quasi néant l'espace nous séparant. Il s'en extasiait, ravi que je ne sois plus la froussarde petite humaine qui se serait contenté de trembler à sa simple présence. Cependant, je pus ressentir une tension propageant de derrière moi. Là où se trouvait Edward. Etait-il inquiet de ce que son frère pouvait me faire ? C'était stupide. Je n'étais plus faible. Bien que je doutais que fasse à Emmett, j'eusse la moindre chance. Je plantais mes prunelles dorées dans celle du grizzli face à moi. Et n'ayant aucune réplique pour le remettre à sa place, je sortis la première ânerie qui me passa par la tête.

_ C'est Morandini, Emmett. Tu devrais le savoir.

Il écarquilla des yeux, surpris de cette réponse puis se gondola de tout côté, ressemblant à m'y méprendre à un membre des Muppets Show, que je savourais étant enfant. Au moins, cela avait eu le mérite de lui fermer son grand clapet. Je sentais une sombre aura autour de moi. Edward était dans une sorte de colère noire. Je pouvais entendre un grondement s'élever de son torse. Parce que j'avais dit être une Morandini ? Parce que je lui rappelais que je ne lui appartenais pas ? Plus du moins ? Edward devait apprendre à assumer ses choix, l'impact de ses actes. Il devait apprendre que nous n'étions pas des pions, vampire ou humain, avec lesquels il pouvait jouer impunément. J'étais sa petite amie. Il m'avait fait croire que nous serions plus, que rien ne nous séparerait. Et pourtant, ce fut LUI qui m'abandonna, c'était de SA faute si j'étais devenue vampire. Il avait dit ne plus m'aimer. J'avais survécu à cela. A présent, il jurait n'aimer que moi. Et cette Tanya ? Qu'était-elle pour lui ? J'aurais tant aimé qu'il puisse lire dans mes pensées pour ne serait-ce que répondre à ces questions. Je voyais Jasper nous contempler, meurtri. Nos sentiments devaient l'achever un peu plus chaque jour dans cette convention. J'en ressentis une telle culpabilité. Mais il secoua la tête, rassurant.

_ On ne récolte que ce que l'on sème murmura-t-il mais je l'entendis parfaitement et niais vigoureusement.

Il se sentait coupable d'avoir mis fin à notre histoire et se fustigeait en acceptant notre douleur. Ce n'était pas de sa faute ! J'aurais aimé le lui hurler mais nous n'étions pas seuls. Nous ne l'étions jamais. Et c'était mieux ainsi. J'étais mariée bon sang ! Tout cela devait être oublié. C'était le but de l'éternité : Pouvoir oublier.

_ Que diriez-vous d'une partie de baseball ? Scanda Emmett à la cantonade. Il ne perdait jamais le Nord. Peu lui importait que son épouse souhaite sa mort, que sa fratrie son silence. Il poursuivait inlassablement. Agaçant. Et pourtant, je savais que sans lui, cette famille n'aurait pu survivre. Il servait de nez de clown. Brisant le silence gênant de deux anciens amants, faisant taire l'hurlement silencieux de leurs cris de douleur. Emmett était indispensable en cet instant.

_ J'en suis renchérit Jasper.

_ Pourquoi pas ? Répondit Rose en haussant les épaules. Son époux la serra fortement dans ses bras, avant de s'emparer avidement de ses lèvres. Aucune pudeur Emmett ! Aucune ! Elle rit face à ses mimiques déplaisantes mais on pouvait percevoir dans ses yeux tout l'amour qu'elle lui portait. Une telle douceur qu'elle n'accordait qu'à lui. Elle passa une main experte sur la chevelure brune de son aimé, hilare quant à ses câlineries.

_ Je serais ravi de me joindre à vous sourit Daniel, accompagné de Carlisle.

On aurait dit qu'Emmett allait sautiller partout, en tout sens. Un vrai gamin !

_ A une condition répliqua Alice, Bella m'accordera cette journée de Shopping que j'attends avec impatience.

_ Sans façon, je ne comptais pas y jouer. Daniel, je rentre. Cette pluie m'épuise.

Un tonnerre de protestations s'éleva derrière moi provenant de toute la fratrie des Cullen et même de Carlisle. Le baseball était une chose appréciée par la plupart des Américains, mais je n'avais jamais vraiment appris à jouer et à dire vrai, je devais être une calamité en ce sport même vampire. Et si un jour, je devais m'y essayer. Ce ne serait sûrement pas devant Emmett. Il conserverait cette image pour l'éternité. Et ce n'était pas peu dire. Je voyais les prunelles rieuses d'Edward se poser sur moi. Qu'est-ce que tout cela pouvait bien lui rappeler ? Je ne devais pas tenter de comprendre le mystère que constituait Edward. Cela ne me causerait que des tourments.

_ Allez Swan, juste pour rigoler. Je te promets de ne pas me foutre de toi plaisanta Emmett.

_ Tu serais le premier à le faire Cullen crachais-je, véhémente.

_ Non, je l'en empêcherais Bella, promis me supplia Alice.

Je savais qu'elle n'en avait rien à faire. Elle voulait juste sa maudite sortie de shopping qu'elle obtiendrait à coup sûr avec ou sans ce match. Alors autant sans.

_ J'ai plutôt envie de bouquiner me confessais-je.

_ Même Monsieur-je-sais-tout s'est joint à nous, ce n'est pas peu dire ironisa Emmett en désignant mon Adonis. Mon ancien Adonis. Ce dernier se contenta de lever les yeux au ciel à ce surnom. Il en avait énormément bavé avant notre rencontre de ce stupide surnom. Et Emmett le réutilisait comme si rien ne s'était passé. Comme si notre relation n'avait jamais existé. Je refusais une nouvelle fois avant de reprendre le chemin vers le château.

_ Ne sois pas froussarde Swan s'exclama Emmett.

Mais je me contentais de serrer les poings. Ne réponds pas Bella ! C'est Emmett ! Il fait ça pour te provoquer ! Tu le connais, voyons ! Si tu réponds à ses sornettes, tu tomberas parfaitement dans son piège ! Je pris une longue inspiration continuant à avancer.

_ Laisses tomber Emmett. Bella a toujours été lâche. Aucune bévue. Aucun risque ajouta Daniel d'une voix atone.

Il ne fallut qu'un instant pour que je revienne sur mes pas, faisant face au stupide sourire de Daniel Morandini. Je retins un grognement. Il le faisait pour me provoquer, j'en avais conscience et y répondre montrerait mon peu de maturité mais il touchait mon point faible. La lâcheté. Cette lâcheté qui m'avait forcé à errer dans la forêt lorsqu'Edward s'en était allé au lieu de reprendre courageusement une vie sereine, cette lâcheté qui m'empêchait de révéler à mon Adonis que je l'aimais démesurément. De révéler à Daniel qu'il n'était pas le seul à hanter mes pensées. Oui j'étais lâche. Je trouvais ironique qu'il soit celui qui souligne ce fait.

_ Tu l'auras voulu Morandini murmurais-je, si faiblement que j'eus craint qu'il n'ait rien entendu. Mais son arrogant sourire me prouva le contraire.

Que la guerre commence !

oOo

Les équipes avaient été édifiées par les bons soins d'Esmé, demeurant arbitre dans ce noble et sincère combat entre mon époux et moi-même. Je devais admettre avoir été choquée de voir dans une même équipe l'homme que j'aimais et mon mari. L'un près de l'autre, élaborant leurs diverses tactiques. Mais il était certain que je n'aurais pu me concentrer avec Edward à mes côtés. Esmé avait donc bien fait les choses. Alice, Jasper, Carlisle et moi devions faire face à Rosalie, Emmett, Edward et Daniel. Comment une équipe pouvait-elle compter de telles adversaires ? Le simple fait de les savoir coéquipiers me triturait les entrailles. C'était inconcevable et avant cette convention, j'aurais cru cela impossible. Me détournant de cette image, je me concentrais les stratégies de Jasper, tentant de comprendre au mieux mon rôle. Cela me tiendrait l'esprit quelques instants, le temps d'une partie pour ne pas avoir à penser à…Eux. J'étais la première à recevoir. Ronchonnant contre les idées suicidaires de Jasper, je me plaçais face à Rosalie, la batte légère entre mes doigts. Et le premier à servir n'était nul autre que le Grizzli des Cullen, arborant ce foutu sourire que j'aurais été ravi de lui faire avaler.

_ Maudit Emmett !

_ Il sert légèrement plus haut, se servant de sa carrure. Ta batte doit être plus inclinée.

Je me tournais vers cette voix que je n'avais jamais entendu me parler avec autant de neutralité. J'étais habituée à ses jérémiades, ses dénégations, ses sautes d'humeurs, sa colère, ce ton agressif mais jamais cette neutralité. Et je fus surprise qu'après un siècle, Rosalie m'eut parlé. Etais-ce parce qu'à présent, elle n'avait plus à être jalouse de l'attention qu'Edward m'avait accordé ? Savait-elle vraiment ce qu'il en avait été ? Ou s'en voulait-elle de n'avoir pu me donner une chance ? J'opinais légèrement, sans lui cacher la surprise que m'inspirait une telle entente. Elle rejeta ses cheveux blonds en arrière, en un geste agacé. Elle n'aimait pas les étalages de bon sentiment ni même les explications. Je n'insistais donc pas, me plaçant suivant les instructions de mes collègues.

_ Je souhaite juste rabattre le clapet de mon mari.

Elle eut un rictus que je pris pour un sourire auquel je répondis timidement. Esmé donna le signal, et je pus voir qu'au lien. Les Denali ainsi que certains autres invités nous contemplaient. La balle arrivait si vite. Mais ma vue vampirique me permit de prévoir avec une facilité que je n'aurais cru possible la trajectoire exacte de la balle et je pus de ce fait positionner la batte à l'endroit requis et foudroyée la minuscule boule qui fendit les airs à une vitesse vivifiante. Fière de moi, j'en lâchais la batte, espérant narguer mon époux.

_ COURS hurlèrent mes coéquipiers en chœur.

Je m'exécutais sur le champ, effrayée par leurs réactions. J'aurais espéré des félicitations. Ce n'était pas tous les jours que je réussissais tel exploit. Faisant le tour, je pus voir ce qui se passait autour de moi. Edward était bien trop rapide. Et je ne m'en rendais compte pleinement que maintenant que j'avais une telle vitesse. J'essayais d'accélérer mais lorsque j'atterris sur la dernière base en me sautant à pieds joints. J'entendis Esmé accorder le point à l'équipe adverse alors que Daniel faisait rebondir la balle en l'air, me narguant subtilement. Je grognais avant de rejoindre mon équipe.

_Mon Ange, ce n'est qu'un jeu.

Je crus halluciner lorsqu'il assénait une bourrade sur l'épaule d'un Edward, amusé. N'était-ce pas lui qui ne supportait mon Ex- petit ami par pure jalousie ? Le sport leur ferait-il omettre toute querelle ? Mon ancien amoureux m'adressa un clin d'œil dont je ne tentais de ne pas m'en formaliser. Tenter n'était pas pouvoir. J'aurais cru me liquéfier lorsque son regard dorée se posa de nouveau vers moi alors que je reprenais la batte. Au loin, j'entendais Kate encourager mon époux alors que Garreth amassait déjà les paris sur une éventuelle défaire à nos frais. Je grognais. Quel manque de courtoisie ! Les hommes de nos jours n'étaient absolument pas comme auparavant. Comme je regrettais le temps de Roméo, ce temps où la femme était plus trésor qu'objet de pari. Heïdi m'encourageait alors que Démétri, son compagnon, clamait haut et fort que nulle ne pouvait rien contre la force combinée d'Edward Cullen et Daniel Morandini. Souhaitaient-ils tous ma fin ou quoi ?

Abruti d'avocat ! Maudit propriétaire de Volvo ! Et pourtant, il m'était impossible de ne pas être fasciné par leur splendeur combiné. Le charisme d'Edward ne suffisait à satisfaire mon envie, j'en voulais plus. Je souhaitais que ses mains m'étreignent que ses lèvres me caressent. Je secouais fermement la tête, refusant l'accès à de telles pensées. Et Daniel, son simple sourire me désarmait. C'était injuste que j'eusse deux âmes sœurs alors que d'autres n'avaient pas le droit à une seule. Je voulais être avec l'un mais l'autre me manquerait sûrement. Mais si, à cet instant, on m'avait demandé qui de ces deux vampires j'aurais choisi, juste maintenant, à ma grande honte, je n'aurais retenir mon inclination pour Edward. Je n'aurais pu résister à son regard mordoré. A son sourire…Que l'on m'en excuse ! J'étais incapable de me mentir. Il aurait été en ce jour la personne que j'aurais choisie. Les choses ne fonctionnaient pas toujours comme on le souhaitait.

De toutes mes forces, j'envoyais la balle à des kilomètres de là avant de foncer sans demander mon reste. Je courrais pour échapper aux pensées que j'avais laissé près de Rosalie, les pensées noires d'une épouse infidèle, d'amoureuse soumise. J'aurais pu écrire la plus belle tragédie de mon siècle en contant mon histoire. Celle d'une humaine totalement stupide étant tombé amoureuse du plus sublime vampire...Non ! Du plus sublime des hommes et qui n'avait pas su trouver les mots pour le conserver. Pour garder son amour. Lorsque j'arrivais sur la base, elle était sauve. Contrairement à moi, à ma situation. Cette balle n'était plus en perdition. Daniel me barricada dans ses bras, déposant une myriade de baisers sur mon cou, me félicitant de ce coup de maître, malgré notre adversité. Et j'eus mal…Horriblement mal lorsque ses bras me touchèrent. C'était comme si elles n'avaient pas le droit d'être là. Non ! Ce n'était pas leur place. Ce corps appartenait à un autre, un autre qui savait comment en retirer toute douleur.

oOo

L'équipe d'Emmett remporta notre duel. Mais pour moi, cela n'avait aucune importance. Ce duel était caduc face à ce qui se passait en moi. Depuis cinq longues journées, j'étais dans ce château, partageant la vie de milliers de vampires. Et chacun d'eux s'effaçait lorsqu'Edward était près de moi. J'en avais assez d'avoir si mal. Et je ne souhaitais plus qu'une chose. Un répit. Une pause. Je voulais que ce destin cesse de me détruire. Je voulais ne plus avoir mal. Ne plus avoir à supporter ce que je ressentais dans un corps pourtant mort, dans un cœur qui ne devait plus fonctionner. Mais au contraire, je n'avais jamais été si humaine. Si malheureuse. Parce que plus cette convention se déroulait, plus Edward prenait une ampleur dans ma vie. Une ampleur qui n'avait pas lieu d'être. Et tout cela, était la faute de cette mauvaise fortune qui me laissait chancelante sur le gravier, incapable de me relever et de découvrir le ciel. Car suivre Edward serait me perdre à coup sûr. Il ignorait ce qu'était aimé. Il ignorait ce qu'il voulait. Etre avec moi ou mieux sans moi. Et cette Tanya dont j'ignorais tout. Et il y avait bien évidemment Daniel qui ne se doutait de rien, qui pensait que tout s'était arrangé. Que je n'étais qu'amie avec Edward. Comme si c'était possible ? Et je ne pouvais quitter Daniel, il avait beaucoup trop fait pour moi. Nous étions deux âmes destinées à être ensemble. Alors qu'en était-il d'Edward ? Si Daniel était cette personne idéale pour moi pourquoi l'intégralité de mon cœur ne supportait plus son contact ? Et pourquoi, par tous les saints, me sentais-je coupable d'embrasser Daniel, comme si je trompais celui auquel j'avais appartenu ? Mes doigts fermèrent la minuscule boucle de fer de ce charmant collier offert il y avait cela bien longtemps par mon époux. Pour nos vingt ans de mariage. On ne pouvait oublier tant d'années, on ne pouvait les effacer. Ce serait cruel de ma part d'omettre tout cela. Tout ce que j'avais construit. Je me contemplais une dernière fois dans la glace, ne supportant plus mon propre visage tant je m'écœurais et quittais mon appartement, rejoignant mon époux, patient, et attentif qui m'attendait derrière la porte. A ma vue, son visage s'illumina, et il déposa un baiser sur mes lèvres.

_ Tu es ravissante, mon Ange.

_ Merci mon amour.

Mon amour ? Comment osais-je dire cela alors que j'étais si incertaine de ce que j'éprouvais ? C'était un piètre mensonge. Je devenais si bonne menteuse. En un siècle, je n'avais jamais mentit ouvertement mon époux. Il avait fallut qu'Edward entre dans ma vie pour tout décimer, tout chambouler, tout démolir. Et après cela, je continuais à aimer celui qui causerait mon malheur. Daniel me raconta l'avancée de ses contrats avec les Volturis, ravi de voir que tout fonctionnait parfaitement et que bientôt, le paroxysme de ses atteintes se verrait abordé. Je souriais allègrement, heureuse de son bonheur, le partageant du mieux que je pouvais. Il s'aperçut de mon malaise mais n'en divulgua davantage. Pensant m'ennuyer, il changea de sujet.

_ Eléazar m'a avoué avoir été surpris de te rencontrer. Il n'avait jamais vu quelqu'un avec un si stupéfiant pouvoir.

Un pouvoir ? Je n'en avais jamais eu. Cet homme étrange devait s'être trompé. J'étais très banale comme vampire bien que beaucoup glorifiait ma beauté. Face à mon scepticisme, il poursuivit.

_ Il a reçu pour don de « détecter » les pouvoirs chez nous autres vampires. Et il m'a dévoilé plutôt que tu avais ce qu'il appelait le pouvoir du bouclier, un don assez défensif. Dans la mesure où il ne protège que toi. Il m'a demandé si tu étais imperméable à toute sorte de pouvoir. Je lui ai parlé du fait qu'Alice ne pouvait voir ton avenir et Edward ne pouvait lire dans tes pensées depuis que tu es humaine. Il a été franchement ébahi.

_Mais…Ce serait donc un pouvoir ?

Il opina, amusé de mon ébahissement. J'ignorais que c'en était un. J'avais toujours cru être démente pour ne pas pouvoir être entendu par Edward et j'avais supposé que mon vampirisme avait altéré quelque chose en moi pour qu'Alice devienne si aveugle. Mais la théorie d'Eléazar me paraissait beaucoup plus censé, cohérente. Cela expliquerait également son étrange attitude. Il n'était qu'ébahi par mon pouvoir. Je devais admettre en être rassurée. J'avais craint qu'il n'ait compris le combat se démenant en moi. Nous pénétrâmes dans la sublime salle, dont la somptuosité demeurait toujours malgré les nombreuses fois où on pouvait l'admirer. J'étais fascinée par cet endroit mais ne verrais aucune objection à m'en aller. Je devenais de plus en plus mal à l'aise entre ces murs. Je me sentais si peu moi. Daniel m'entraîna vers la famille Cullen et le clan Denali, installés dans un coin de la pièce. Ils sourirent à notre arrivée, beaucoup complimentant ma tenue. Mais je répondais machinalement, refusant de regarder de trop près ce groupe. Il était là. Je sentais son odeur. Elle me chatouillait les narines. Je percevais son souffle parmi ceux des autres. Et même l'effleurement de ses lèvres l'une contre l'autre, je l'aurais reconnu. Tout en lui me devenait si familier. Je pense, que cela en avait toujours été ainsi. Je n'avais jamais pu l'oublier. Les milliers de portraits peints par ma main en étaient la preuve. Je me tournais alors vers Eléazar, trouvant à mes pensées quelque chose pouvant les occuper. Son regard demeurait fixe sur moi, tentant sûrement de percer mes défenses.

_ J'aurais donc ce don.

Ses sourcils se froncèrent me montrant qu'il n'y arrivait pas et que cela l'irritait. De nombreuses personnes avaient été irritées par ce don mais je devais admettre qu'il m'était plaisant. Il me protégeait. Edward n'aura jamais à savoir ce qui se passait dans ma tête, Alice ne serait jamais venue me chercher s'il n'y avait eu cette convention. Si nous ne nous étions jamais retrouvés, aurais-je toujours ma sublime existence ? Les aurais-je revus ? Que de futiles questions ! De toute façon, quoique je puisse dire, rien ne changerait.

_ Il semblerait.

_ Eléazar nous a fait part de sa découverte déclara Carlisle, curieux. Je n'en avais vu depuis bien longtemps. C'est un don unique.

_ Merci demandais-je, hésitante quant à savoir s'il s'agissait vraiment d'une bonne chose.

Une nouvelle mélodie résonna dans la pièce, beaucoup plus forte. Signe qu'ils étaient possibles d'exhiber ses talents de danseur. Mais je n'avais aucune envie d'être apparence ce soir. Si je pouvais juste revoir Larissa, peut-être me rendrais-je compte que tout n'était que cauchemar ? Ce lieu faisait ressurgir d'anciens tourments, d'une manière brusque à m'en couper le souffle.

Son odeur se rapprocha lentement. Que me voulait-il ? Tournant les yeux en sa direction, je le vis arrêter devant Daniel et moi, impassible. Je détestais ne pas savoir ce qui pouvait être dans sa tête. Je détestais cette impression d'avoir une statue sans cœur face à moi. Il aurait pu juste me rassurer sur le fait qu'il m'aimait toujours. Cela aurait été suffisant. Pour moi. Pour ce combat à l'intérieur de moi. Il se tourna vers Daniel, détachant son regard de ma personne, regard que je n'avais osé croiser de peur de m'y plonger naïvement.

_ M'accorderais-tu Bella pour une danse ?

Non ! Il en était hors de question ! Etre si proche de lui ? Le toucher ? Son odeur sur moi ? Je n'y arriverais pas. Je ne saurais feindre l'indifférence lors d'une unique danse. Il comprendrait à la détresse de mes yeux que j'ai horriblement besoin de lui. Non ! Je devais être le plus loin possible de lui, de sa personne. La main de Daniel se tendit légèrement alors que demeurait ce même sourire courtois. Il était bien plus fort que moi pour feinter, pour ravaler ses craintes et n'exhiber qu'une inébranlable confiance. Comme j'aurais aimé en faire autant ! Rien qu'une fois, avoir sa force. Il glissa un regard vers moi, doux, tendre. Un regard que je ne méritais pas.

_ Il serait plus juste de lui demander son avis Edward répondit-il.

Et je vis dans ses yeux qu'il me suivrait quelque soit ma décision, même s'il aurait clairement préféré que je nie tout en bloc. Edward à ses côtés, me scruta, inquiet. Peu sûr. Et les voir tous les deux, attendant une réponse, me fit l'effet d'une impasse. C'était comme choisir entre les deux sur l'agrément d'une simple danse. Si j'acceptais ce contact tant désiré avec mon ancien Adonis, la moindre faiblesse informerait les membres de la salle de mon infidélité. Paradoxalement, je savais que danser avec Edward, outre la flagellation que cela m'infligerait, Daniel aurait une certaine preuve de notre…Amitié. Qu'entre nous, rien ne serait plus blâmable qu'une danse. Relevant à contrecœur, les yeux vers Edward, je tombais sur ses topazes irradiantes et je sus d'avance, que je ne saurais y résister. Une telle chaleur, un tel éclat et vous lui donniez le bon Dieu sans confession. J'opinais lentement, suivant l'odeur enivrante de cet Apollon. Je me jetais dans la gueule du loup sans ménagement. Mais je devais le faire. Pour le prouver à tous mais surtout mon déplorable égoïsme. Une danse avec Edward, une danse où nous serions que tout deux, rien que deux amants torturés. Mon cœur se serra à cette pensée. Il se tourna vers moi, hésitant soudainement. Et je me rendis compte que mon souffle s'était accéléré. J'avais peur de ce que nous pourrions faire. Si mon corps rencontrait son exacte complémentaire, que se passerait-il ? Je concentrais mon attention sur ses gestes, voyant sa douce main effleurer ma hanche, lentement, suavement et je dus retenir un frémissement. Pourquoi diable devait-il être aussi doux ? Pourquoi ressentais-je ce geste comme une bénédiction ? Je fermais les yeux, levant mon bras et posant délicatement et avec circonspection ma main sur son épaule. Je me souvenais de son contact auparavant, des sensations qu'il suscitait en moi mais là, vampire, tout semblait décuplait. Plus fort. Plus insurmontable. Et l'espace nous séparant devint empli de nos odeurs mêlées. J'en humais inconsciemment la délicieuse fragrance. Nos mains se rejoignirent et nous frissonnâmes à l'unisson. Nos corps se reconnaissaient. Je le sentais au fond de moi. Ma place était là. Entre ses bras ! Nos souffles se firent plus saccadés face à l'effort que nous faisions pour demeurer maître de nous-mêmes. Son menton caressa mon front involontairement et je déglutis bruyamment. C'était douloureux, insupportable…Mais si délicieux. Une douleur exquise. Une fabuleuse pénitence. Il avança d'un pas, me rappelant pourquoi nous étions là et je suivis le mouvement, n'y concentrant qu'une infime part de mon esprit. Tout le reste tentait de se souvenir de cet instant. Du mouvement de son torse à chacune de ses inspirations, du léger tremblement de sa main lorsque je soupirais, droguée par sa présence. Oui, il agissait comme une drogue pour moi. Comme ma propre marque d'héroïne. Je comprenais tout le sens de ses paroles qui auparavant m'était apparut si peu saisissable. Et malgré cela, je ne pouvais consentir à rouvrir les yeux, à tomber sur ses prunelles. J'avais si peur de la douleur que j'y apercevrais. Celle qui retournait en écho dans mon âme. M'aimait-il un tant soit peu ? Sûrement sinon comment pourrait-il tant souffrir de ma simple présence ? Pourquoi la jalousie le consumait-elle ainsi à la simple mention de Daniel ? Il devait tenir à moi. J'en étais certaine mais le doute implacable continué à s'immiscer.

_ Bella, regardes moi murmura-t-il, si bas, que peu d'entres nous pouvaient l'avoir perçu.

Il usait de son don de persuasion pour me faire flancher comme si ce n'était déjà pas assez difficile ainsi. Comme si sa présence ne suffisait pas. Je pris une longue inspiration, relevant le menton, souhaitant paraître impassible. Mais je dus retenir un halètement en voyant ses prunelles incandescentes. Il ne se rendait pas compte du pouvoir de ses yeux, de ce qu'ils reflétaient. Il ne se rendait pas compte de ce qu'il me faisait subir. Il ferma un instant les yeux, comme conscient de mon châtiment. Les veines qui parcouraient ses paupières me parurent si fascinantes. J'aurais aimé baisé ses paupières, lui apportais une certaine tranquillité. Mais cette même tranquillité me faisait défaut. Nous ne pouvions nous sauver car nous étions tous deux à sauver. Mais cette faiblesse qu'il me montrait fit éveiller en moi, le sentiment de protection que toute femme avait pour son homme. Je retirais ma main de son épaule, la posant sur sa joue. Etait-ce un acte équivoque ? J'espérais que nul ne le remarquerait. Que cela pouvait paraître pour un geste amical. Il ne cilla pas, bien que je vis qu'il le désirait ardemment. Ce lieu n'était propice pour aucun manquement à la courtoisie, je rabaissais ma main promptement. Et nous continuâmes à valser, meurtris par notre étreinte. Nous désirions plus. Nous le savions tout deux mais nous n'avions le droit à un tel manquement à nos principes. Il ne me mènerait jamais vers le péché comme je ne tromperais jamais mon époux. C'était un amour silencieux voué à l'échec.

_ Te souviens-tu de ce jour où nous avions regardé Roméo et Juliette ?

_Pour le cours d'Anglais, oui.

Pour d'autres, nous devions partager de simples souvenirs alors que c'était plus que cela. Beaucoup, Beaucoup plus que cela. Il poursuivit, instable.

_ Je t'avais parlé de mon opinion sur Roméo. Elle n'a pas changé mais je me suis rendu compte que je n'étais pas mieux que lui. Je ne valais pas mieux.

Il avait dit ce jour-là que Roméo détruisait son propre bonheur. Et il m'avouait qu'il en avait de même. Il m'avouait que j'étais son bonheur. Mais je voulais plus. Je voulais avoir la certitude qu'il m'avait vraiment aimé un jour et que cela ne s'était jamais éteint à mon instar.

_ Oui. Pourtant, je ne vois pas de quoi il peut-être blâmer, il a aimé Juliette profondément, allant pour cela jusqu'à la mort. Dans ce cas, peut-on vraiment condamner ses actes ?

Il fronça les sourcils, comprenant mon insinuation. Sa main se fit moins tendre sur ma main. Je n'en ressentais aucune gêne, mais était surprise par ses réactions. Ses prunelles devinrent sombres et je devinais sa rage. Il émettait d'étranges signaux. En cet instant, il perdait tout contrôle parce que je doutais de son amour. Que voulait-il que je comprenne ? Ne pouvait-il donc pas tout simplement me le dire ?

_ L'amour que Roméo porte à Juliette n'est qu'infime face à l'amour que j'ai un jour porté. Et si moi, je n'avais pas recouru à la mort, c'était par pure pénitence. Car si j'étais mort, ma fin aurait été trop facile face aux souffrances que j'ai occasionnées. Pourrais-je être blâmé pour mes actes ?

La musique s'acheva et nos mouvements se figèrent. Il eut une dernière révérence, reculant de plusieurs pas alors que je repensais à ses paroles. Infime face à l'amour de Juliette ? Qu'est-ce qui pouvait me le prouver ? Comment pourrais-je de nouveau le croire ? Ce serait suicidaire. Et si c'était véridique, il ne méritait aucun blâme. Au contraire, il me prouvait que j'avais raison de continuer à nourrir son amour. Mais si tout n'était que mensonge…Je ne répondais plus de moi-même. Il nous reconduit vers nos familles respectives, sans un mot, sans aucun contact. Et je dus remettre ces tergiversations à plus tard. J'avais d'autres responsabilités qui m'incombaient. Daniel était en grand débat avec Emmett et je doutais qu'il eut fait attention à notre danse, me faisant confiance bien trop aveuglément. Lorsque j'arrivais, il déposa un baiser sur mes lèvres, marquant son territoire avant de scruter mes traits. Je souriais du mieux que je pouvais. Et cela parut suffisant, cela parut le rasséréner. Mais si seulement il savait. S'il seulement il ouvrait les yeux. Il saurait…Il comprendrait que je n'étais que menteuse. Le regard de Jasper se posa sur moi, mais je me contentais de baisser les yeux. Il était témoin de ce que je ressentais. De la preuve de mon éternelle infidélité.

_ Que vaut Edward en danse ? S'enquit Carlisle.

_ Je dirais qu'il a eu bon professeur répondis-je, peu assurée.

_ Merci fanfaronna-t-il avant qu'Esmé ne le réprimande, provoquant nos rires.

J'avais envie de hurler, de prendre mes jambes à mon cou et de ne plus avoir à me fustiger. Mais le destin était parfois d'une intolérable cruauté. Ainsi, non seulement, je ne pouvais fuir mais en plus, il fallait que je subisse ma propre turpitude. Accompagner mon époux tout en pensant que chacune de ses caresses était provoqué d'autres mains. De celle de celui qui depuis notre danse, n'avait cessé de poser ses yeux sur moi. Des prunelles topaze et incandescentes, pures joyaux à l'opposé de celles purpurines de mon époux. Or contre bordeaux. Pureté contre Sang. Lumière contre Vie. Edward contre Daniel. Mon éternel duel.