Il ne me restait que deux journées à supporter, une soirée. Deux jours et une soirée. Et je retournerais à mon idyllique existence avec mon fantastique époux. Je l'aimerais chaque journée plus que la précédente, il n'aurait plus à douter de moi, de mes sentiments, de ma fidélité. Il n'aurait plus à avoir mal en me voyant pensive. Et moi j'arriverais à être une bonne épouse, loyale et sûre. J'en étais certaine, j'en étais capable. Il fallait juste que j'arrive à l'oublier et je saurais le faire, il suffisait juste que je m'en aille, que je me retire de son sillage. Tout simplement. Je voulais juste m'en convaincre.

Les couloirs de ce château renfermaient tant de merveilles des années, des années d'histoire. L'histoire d'une espèce particulièrement traquée. Et je devais admettre être admirative face au travail fourni par les Volturi. Ils avaient su protéger notre espèce du mieux qu'ils le pouvaient, sacrifiant pour cela, parfois, les leurs. Marcus avait du subir la perte de son aimée pour le commun profit. Daniel était en audience avec Caïus, le plus récalcitrant des Volturi, le plus acariâtre également. Son regard me dérangeait quelque peu et je doutais être sous ses bonnes faveurs comme je l'étais sous celle d'Aro. Cet homme semblait fasciné par la personne que j'étais. Selon Daniel, je n'avais aucune raison de m'en inquiéter, ce n'était qu'une curiosité malsaine qui habitait le propriétaire de ce domaine. Il appréciait les belles choses et était une sorte de collectionneur. Heïdi, Jane, Démétri, Alec également étaient les pièces inédites de sa collection. Selon la théorie de mon époux, Aro me souhaiterait dans ses rangs uniquement pour embellir son patchwork. Et ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne me le propose. Ma réponse était d'une évidence certaine. Je ne saurais quitter mon époux et ma délicieuse Larissa.

Je pénétrais dans l'immense bibliothèque attendant que mon époux ne termine ses affaires. C'était sa dernière chance et il était plutôt optimiste. Après cela, et dès demain, nous retrouverions le calme et la chaleur de « Bella Cuore ». Contrairement à mes attentes, elle n'était pas déserte. Il était là, près du feu, feuilletant un roman dont j'étais certaine il n'en avait que faire du contenu. Il ne faisait cela que pour me torturer davantage. Il savait que je serais là, que c'était mon antre. Il savait me trouver là. Et s'il prétendait m'aimer, il aurait la décence de ne jamais m'y rejoindre. Il aurait accepté mon bonheur avec un autre plus attentif à mes besoins, plus présent. Ses pensées n'empêchèrent pas mon cœur figé d'être émoustillé, ma poitrine de glace frissonnée et mes entrailles de pierre de se contracter. Cette aversion que je devrais avoir à son égard laissait place à un plaisir muet de le retrouver encore une fois dans mon sillage…Si seulement j'étais plus forte…

Bien qu'il ait perçu ma présence, il ne releva pas les yeux, ne cillant à peine. J'ignorais quelle était encore le but de sa manœuvre mais décider d'entrer dans son jeu, à mes risques et périls. Refermant la porte derrière moi, je me dirigeais vers le rayon Art moderne et y déchiffrais les différents titres. Je connaissais l'emplacement de chaque section pour avoir été dans cette bibliothèque si longtemps. Les Volturi avaient eu à construire l'histoire, leurs écrits recelaient d'informations dont certaines semblaient en totale contradiction avec celles des manuels d'histoire. Aussi fou que cela puisse paraître, il y avait eu des vampires auprès de l'Armée Rouge soviétique lors de la Seconde Guerre Mondiale. Certains avaient pu écrire leurs récits de guerres qu'avaient recueillis les hommes (s'ils pouvaient être nommés ainsi) des Volturis. A la Renaissance, les rois de ce domaine avaient été mécènes, les arts les intéressants plus que de mesure. J'étais à la fois fascinée et admirative de leur longue éternité. Si ce n'était leur alimentation, leur arrogance également, j'aurais pu vivre parmi eux. Mais je préférais la simplicité de Larissa. Loin du faste, de l'ostentatoire démesure.

J'en étais à mes réflexions lorsque j'entendis ses pas se rapprocher. Je me tendis derechef, attendant qu'il n'énonce clairement ses idées, aspirant à entendre son ténor envoutant, paradoxalement, préférant qu'il se taise pour m'éviter quelques troubles. Il me désarçonnait, il me torturait à chaque fois qu'il me rappelait qu'il m'avait un jour aimé. Comme si j'avais une chance de le croire ! Comme si je le pouvais seulement. Je relisais la même phrase une bonne centaine de fois, sentant son odeur embaumait mon espace alors qu'il attendait derrière mon dos que je lui donne un signe de mon attention. Je demeurai stoïque. Au bout d'un moment qui me parut interminable, son souffle se posa sur mon cou. Chaud, doux. Il huma ma fragrance et, aussi honteuse que soit mon attitude, je le laissais faire sans broncher. J'aurais pu lui asséner une magistrale claque et tournais les talons mais je n'en avais aucune envie. La seule pensée qui traversait mon esprit alors que nous partagions cet instant était s'il avait l'intention de m'embrasser. J'ignorais si je lui aurais refusé, c'était là où je craignais le plus mes réactions. Se pouvait-il que mon cœur déraisonne sans que je ne sois capable de le maîtriser ?

Sans que je ne m'en sois réellement rendue compte, il s'était éloigné, rompant la tension du moment. Surprise, déçue également, je me retournais pour le voir à quelques pas, dos à moi, les mains dans les poches, contemplant vaguement le paysage à travers les hautes vitres de cette immense salle. Il était agité, je le voyais. Qu'avait-il ? Pourquoi agissait-il soudainement ainsi ? Je vis son regard se poser dans sa poche avant qu'il n'en extirpe un boîtier sombre qu'il porta à hauteur de ses yeux. Je dus retenir un halètement lorsque j'identifiais le boîtier, devinant ce qu'il contenait. Non…Il ne pouvait pas me demander cela ! Je l'étais déjà ! J'étais vouée à cet homme que j'aimais, certes d'une manière bien infime par rapport à Edward, mais je ne pouvais lui faire cela. L'air semblait me manquer…Le plus horrible, c'est que je souhaitais profondément qu'il le fasse. Je voulais lui dire oui et fuir à ses côtés. Je voudrais le retrouver, retrouver ses bras, son ténor, ses yeux d'or. Je voulais retrouver son amour et notre entente. Je posais une main sur mon cœur alors qu'il demeurait indifférent à ma détresse, bien que je sois certaine qu'il l'est perçu. Cette salle m'oppressait, j'avais l'impression que le trou noir que le départ d'Edward avait laissé sur mon cœur s'élargissait, prêt à m'engloutir d'un moment à l'autre. Qu'il le fasse, soit ! Je me plierais à son joug et je pâtirais dans l'ombre s'il le fallait, plongeant au creux des ténèbres si on me le demandait mais qu'on retire de mon sein, l'amour que je vouais à Edward Cullen. Il était malsain d'aimer de la sorte.

_ Je me rends compte que je ne t'ai jamais vraiment parlé de mes parents. Peut-être parce que j'en ai un lointain souvenir et que le temps altéra l'image que j'avais d'eux. Mais je me souviens de leur amour, de ce qu'ils ont donné pour que ma vie soit telle qu'elle a été et pour cela, je leur suis redevable. Mon père était soldat, je ne le voyais que rarement. Durant ses permissions, nous passions la plupart de nos moments à converser sur mon enrôlement. Je l'écoutais avec le respect qui lui était dû. Ma mère, quant à elle, était… Simple, humble, sans artifice. L'une des rares femmes de son siècle à se soucier plus de son prochain que d'elle-même. Elle était intelligente et avait un tel caractère. Je me souviens de son incroyable tempérament lorsqu'il s'agissait de moi. De sa sévérité lorsque j'avais une parole de travers pour les jeunes femmes qui m'ont courtisé. Elle a fait de moi un gentleman…Du moins, elle le pensait. J'ignore ce qu'elle verrait aujourd'hui. Si le dégoût que je m'inspire réveillerait la même sensation en elle. Elle a toujours défendu la noble cause des femmes. Je l'aimais pour la passion qu'elle mettait dans cette lutte. La force qui émanait d'elle.

Je me tus, surprise qu'il parle de cela. Comme il l'avait souligné, il ne m'en avait que très peu parlé. Alors pourquoi s'ouvrir maintenant ? A l'instant ? Comptait-il commettre quelques folies ? Non, Alice l'aurait vu. A moins que mon pouvoir ne déteigne inconsciemment sur lui ? Ce serait horrible. Mon malaise avait fait place à une terrible inquiétude. J'avais peur que son malheur ne le mène à des extrêmes dont je serais incapable de le tirer. Il poursuivit cependant.

_ Cette bague lui appartenait. Elle l'avait confié à Carlisle avant de nous quitter, lui déclarant qu'elle souhaitait que j'eus un souvenir d'elle, sans savoir qu'il m'était impossible d'oublier celle qui m'avait donné la vie.

Il se retourna lentement, préparant ses yeux à ma vue et je vis qu'il était dans le même état que moi. Loin de son impassibilité ordinaire. Il était paniqué, troublé, perdu. Je ne l'avais jamais vu aussi agité. Il refusait cependant de me regarder, portant toute son attention sur le minuscule objet qui trônait sur sa paume.

_ Ce fut que lors de ce bal, lors de ta première année à Forks, qu'il me l'a remis, soulignant que l'amour que je te portais était bien trop ostentatoire, bien trop fort pour que je n'arrive à le camoufler. Il voyait bien que je ne te laisserais jamais. A l'époque, je trouvais absurde qu'il puisse imaginer un avenir entre nous.

Il l'avait dit. Il confirmait mes soupçons. Il n'avait jamais imaginé aller plus loin avec moi. C'était douloureux, lancinant mais j'y étais habituée. Je me l'étais tant de fois répétée. Cela n'empêchait la douleur d'être là, en moi, ancré pour l'éternité. Il fronça les sourcils, levant son regard vers moi, avant de se reprendre, conscient de ma méprise.

_ Mes paroles peuvent porter à controverse mais à l'époque Bella, ton sang me tentait trop. Et puis, tu vieillissais chaque jour un peu plus. Je me disais qu'un jour ou l'autre tu aurais besoin de plus. D'une famille peut-être, ce que j'étais incapable de te donner.

_ Je n'en avais rien à faire d'une famille, je ne voulais que toi. Après cette nuit que nous avions passé ensemble…

J'aurais rougis si j'en étais encore capable aux images qui me revenaient. S'il y avait bien eu un souvenir pour résister aux assauts du temps c'était ce soir où nous nous étions unis.

_ …Je savais qu'il en serait toujours ainsi, que nous serions que deux. Mais cela me suffisait, je me serais damnée pour être à tes côtés, tu en avais parfaitement conscience.

_ Comment voulais-tu que je damne celle qui constituait l'essence de ma propre existence ? Comment voulais-tu que je te damne alors que tu étais mon Ange ? T'ôter cette âme que je n'avais pas ? Je refusais de t'arracher à la vie, de t'enlever ton innocence. C'était par amour Bella que je refusais. Je ne souhaitais pas te perdre, j'avais peur que tu me voues une haine. Peur Bella. J'avais toujours peur pour toi, pour nous. Pour cette relation qui était contre-nature…

_ Je t'interdis de qualifier ce que nous avons vécu de contre-nature. Notre amour était légitime, naturel…

_ Naturel de tomber amoureux d'un monstre ?

Un grondement s'éleva de mon torse, le faisant reculer de plusieurs pas. Oui je pouvais être menaçante. Mais je savais qu'il était plutôt surpris. Il avait encore du mal à se rendre compte que j'avais rejoins ses rangs. Pour lui, et je le voyais à l'air qui l'arborait quand j'étais trop proche d'un vampire « normal », j'étais encore cette frêle humaine qu'il avait abandonné un soir de Septembre. Je connaissaiscet air fustigateur qu'il avait à l'instant. Edward avait toujours tout pris sur lui, le blâme, et cela malgré les paroles réconfortantes que je lui avais apportées, l'amour que je lui avais donné, ce cœur que je lui avais confié. A présent, je ne voulais plus avoir à leur réconforter, je voulais qu'il soit là pour tenter de me convaincre qu'il m'aimait toujours. C'était de cela, dont j'avais besoin. Je voulais que présentement, il oublie ses propres craintes pour rassurer les miennes. Qu'il cesse d'être égoïste ! Il eut un sourire en me voyant ainsi, toute griffe dehors, prête à lui défigurer sa magnifique bouille d'ange. Sourire qui m'agaça davantage.

_ Que trouves-tu d'amusant dans mes paroles ?

_Rien. Si ce n'est la fougue que tu y mets. Tu me prouves juste que tu n'as pas oublié. Du moins, pas totalement.

Je vis ses traits s'assombrir en contemplant mon annulaire où scintillait l'alliance offerte par Daniel.

_ J'ai trouvé un homme qui a su me garder près de lui, m'aimer malgré nos différences et panser les blessures que tu avais laissé.

Son regard fourragea le mien avec force et une presque démence. Dément ! Voici ce qu'était devenue mon ancien Ephèbe.

_ Je lui serais reconnaissant de t'avoir permis de devenir aussi épanouïe mais tu ne peux pas m'en vouloir de vouer une haine féroce à celui qui a le droit de partager ta vie…A celui qui s'étend à tes côtés chaque nuit…

_ Arrêtes…murmurais-je alors que je percevais les sanglots qui étreignaient sa voix. Cela le détruisait, me détruisant davantage. Mais il ne m'entendait plus, perdu dans sa propre pensée, logique, son propre et absurde raisonnement. Ses yeux me fuyaient, s'agitant dans leurs orbites.

_ Celui qui a droit à tes sourires, à ton merveilleux rire… Celui qui a droit à ton amour, ton respect, ta considération…

_ Que cela cesse…lui intimais-je faiblement, les doigts tremblants. A présent, c'étaient ses bras qui exprimaient son désarroi, brassant l'air sans but et sans relâche, faisant perdre à chaque mouvement le peu de raison qui resta en Edward.

_ Celui qui n'aura de cesse de te caresser, de t'embrasser…De t'aimer…

_ Cela suffit ! Hurlais-je, soudainement inapte à garder la douleur en moi.

_ N'ai-je donc pas le droit de le haïr ? Répliqua-t-il sur le même ton, me foudroyant du regard. Je voyais dans ses yeux briller toute la douleur qu'il ressentait, il se perdait comme l'errant enfant abandonné. Et je le voyais perdre pied à chacune maudite seconde sans pouvoir le rattraper. Je me rapprochais de lui, osant après maintes tergiversions à saisir son délicat visage, le forçant à retrouver son sang froid, à revivre et espérant qu'il sorte de cet état léthargique qu'il lui faisait dire ce qu'il n'avait pas le droit de dire.

_ Cela suffit…repris-je plus lentement.

Il respirait difficilement, de manière saccadée, même si je savais qu'il n'en avait nullement besoin à l'instant, elle ne faisait que m'indiquer l'état de ses sentiments, les affres de cette torture que je lui infligeais à mes dépens. Il agrippa mes poignets fortement mais je n'en ressentis aucun mal et ne reculais pas. J'étais si absorbée dans ma contemplation de ses traits qu'il devait lui être aisé d'en profiter. Qu'avions-nous fait de nous ? Comment aimer pouvait-il tant blesser ? Comment Edward et moi en étions arrivés là ? C'était là toute la question. Je me disais que si je parvenais à y répondre, à trouver ce pourquoi nous n'arrivions pas à être ou ne pas être ensemble, je ne réussirais jamais à choisir, à départager. Je devais savoir pourquoi Edward et moi n'arrivions pas à nous séparer, à ne plus penser l'un à l'autre. Qu'est-ce qui faisait notre lien ? L'amour certainement mais se pouvait-il que l'amour soit si puissant ? Si dévastateur ?

_ Bella… Si je t'avais fait ma demande ce soir là où nous nous sommes unis comme je pensais le faire, aurais-tu accepté ? Aurais-tu consentis à unir ta vie à la mienne ?

En réalité, je l'ignorais. J'ignorais ce que j'en aurais pensé à l'époque. J'étais bien trop répulsive à toute idée de mariage. Et si cette proposition était venue d'Edward, cela aurait-il changé quelque chose ? J'en doutais. Je lui aurais mené la vie dure et n'aurais accepté qu'à force de compromis. Mais je savais que s'il me le demandait à l'instant et si je n'avais eu aucun autre engagement, j'aurais accepté tant que j'aurais la certitude qu'il m'aimait. Ce dont je devenais de plus en plus sûre au fur et à mesure des mots qu'il prononçait à l'instant. C'est pourquoi, il aurait été plus sage que je m'en aille à l'instant sans en entendre davantage mais la vérité était que je voulais être persuadée. Je voulais qu'il réussisse à me convaincre de l'exactitude de ses propos.

_ A quoi cela servirait-il que j'y réponde ?

_ Dis-le tout simplement.

_ Edward…

_ Réponds moi.

Je relâchais son visage bien que mes poignets demeuraient étreints et tenter de ne rien laisser paraître. Cela nous blesserait tous les deux de trop en dire et en même nous nous devions cela. Nous avions tant partagé. Edward a eut droit à mon premier je t'aime, il fut mon premier amant, ami. A la fois ce protecteur et celui que je devais protéger. De quoi une frêle humaine pouvait protéger un immortel ? Je me devais de le protéger de lui-même. C'était ce rôle qui m'avait été incombé et auquel je me dévouais corps et âme. Edward était cette faiblesse assez puissante pour vous faire tomber.

_ A l'époque, je ne sais pas ce que je t'aurais répondu Edward. C'était il y a bien trop longtemps. Une autre ère. Celle où j'étais humaine et où j'avais déposé à tes pieds les clés de mon existence. Aujourd'hui, je ne suis plus humaine et….

Je détournais les yeux, incapable d'affronter son regard plus longtemps et refusant d'y voir une nouvelle douleur qui m'aurait obligé à flancher davantage.

_ Je ne suis plus à toi. A présent Edward, je te demanderais une chose. Si tu me portes une once d'amour comme tu le prétends (je ne tins guère de son grondement ni de sa poigne qui saisissait mes bras à présent, me rapprochant de lui), laisses moi vivre avec lui.

_ Mais l'aimes-tu Bella ?

_ Evidemment.

_ M'aimes-tu Bella ?

Etre ferme, convaincante, ne pas se laisser aller, se pas se vendre et échouer.

_ Non Edward. Je ne t'aime plus.

Piètre mensonge que je venais de proférer, le pire des blasphèmes. Mais je n'avais pas le choix. C'était à moi de « rompre ». De détruire ces espoirs que nous fondions inutilement. De détruire ces liens invisibles qui nous liaient misérablement. Contrairement à ce que j'aurais cru, sa poigne s'adoucit alors qu'il déposait son front contre le mien. Nous étions trop proches. Je sentais même son souffle contre mes lèvres. Je devais bouger. Je devais le faire…Je le savais mais ne le voulais pas. Ne le voulais plus.

_ Tu mens si mal.

_ Je ne mens pas Edward. Tu n'es plus à rien à mes yeux. Je…

Je ne puis continuer. Ses lèvres s'étaient posés contre les miennes sans que je n'eus la décence de l'éviter. Et sentir ses lèvres contre les miennes….C'était revivre ! Revoir la lumière après une trop longue période d'obscurité, aimer après une longue ère d'abstinence. C'était se retrouver…Nous retrouver. Ce que nous étions. Elle était là la réponse. Evidente dans ses bras. J'étais irrémédiablement destinée à l'aimer jusqu'à ce qu'on m'ôte de cette terre, qu'on m'arrache le cœur et qu'on l'émiette au compte goutte. C'était ce sentiment transcendant qui faisait que j'étais incapable de m'éloigner de lui. Qui faisait que j'étais à lui. Mes mains, immondes traitresses, se glissèrent dans ses cheveux, approfondissant notre baiser alors que j'avais vaguement conscience de ses bras qui me barricadait contre lui, unissant nos corps en une parfaite symbiose. Mon homme. L'autre part de moi-même. La plus belle part de celle que j'étais. Sentir ses boucles cuivrées entre mes doigts…Retrouver la douceur de ses lèvres, aussi douces que dans mon souvenir. Il était avec moi….Contre moi. Notre passion nous emportait, nous consumer. Je me rendais compte alors que durant bien longtemps il s'était retenu. Retenu pour ne pas blesser l'humaine que j'étais. A présent, ses baisers recelaient de force, de promesse mais également d'une profonde détresse. Nos respirations mêlées étaient saccadés mais nous savions tous deux que nous n'aurions jamais besoin de respirer et que seuls nos désirs sauraient nous raisonner. Mais désirerais-je un jour de cesser de l'aimer ?

Mon humanité n'avait pas su lui rendre justice. Ses lèvres n'avaient jamais été aussi douces, ne m'avait jamais paru aussi délicieuses. Il était délicieux. Un grondement s'éleva de son torse, grondement qui me rappela un autre…Moins satisfaisant à mes yeux. Qui me éveilla Isabella Morandini, épouse fidèle et conquise. Je repoussais violemment Edward qui évita de justesse l'âtre de la cheminée. J'étais essouflée, paniquée mais plus que tout écoeurée. J'avais été infidèle. J'avais été infidèle à mon époux…J'avais écouté ma déraison. Comment avais-je pu faire cela ? Comment pouvais-je encore le vouloir ? Comment pouvais-je tant ignorer mon bon sens ? J'avais gouté à ses lèvres, seuil du péché originel, autel de la divine profanation. Comment aurais-je pu résister aux attraits d'un ange ? A qui avais-je été infidèle ? Mon cœur ou mon honneur ? J'étais divisée, dégoutée par ma propre personne. L'amour que nous éprouvions l'un pour l'autre causerait notre perte. Nous ne pouvions pas… Je n'avais pas le droit de l'aimer. Je n'avais plus le droit de l'embrasser…D'y consentir. Je tins ma tête, retenant de lourds sanglots. Découvrir qu'il m'aimait toujours, qu'il me voulait toujours et savoir malgré tout ne pas pouvoir y consentir. Navrée d'avoir si peu de contrôle dans mon existence. Je l'aimais bien plus que je ne saurais le dire et je pouvais deviner qu'il en allait de même de son côté. J'avais passé tout ce temps à croire qu'il me haissait que j'en étais venue à le haïr également. J'avais passé tant de temps à croire qu'il s'était joué de ma personne sans pouvoir m'imaginer qu'il pouvait encore m'aimer aussi passionément. Je me glissais le long de la bibliothèque en me rendant compte de cela. Edward Cullen n'avait jamais cessé de m'aimer. Edward Cullen n'avait eu que ma personne en tête, tout son corps le hurlait. Ses baisers, ses gestes…Ses paroles. Je devrais peut-être me méfier de ce qu'il disait, je m'étais assez faite avoir mais une part de moi, celle qui était sienne, le croyait si désespéremment qu'elle arrivait à envahir tout mon esprit, ne me laissant aucune chance de me protéger. Je le sentis approcher avant que sa main n'effleure mon épaule. Je sursautais, atterrissant à l'autre bout de la bibliothèque.

_ Comment as-tu pu… ? M'exclamais-je, brisée, les doigts tendus. Comment as-tu pu me faire ça ? Pourquoi revenir maintenant…me dire cela maintenant ? J'étais heureuse Edward…Je me suis mariée…J'ai construit ma vie loin de toi…Sans toi…Pourquoi revenir Edward ? Pourquoi tout bouleverser…Maintenant ?

Je tremblais de toute part, désespérée par ce qui se jouait en moi. J'étais certaine que les vampires les plus sensibles devaient se douter de ce qui se passait dans cette salle, ce mélange de désir, de colère, d'amour et de haine. Ils étaient les témoins de mon infidélité. J'espérais juste que Daniel était assez loin de moi pour ne pas comprendre. Du moins, pas avant que je le lui dise. Lui révèle ce que j'avais osé faire…du moins laisser faire. Il s'approcha de nouveau.

_ N'avances pas un pas de plus ou je te promets que tu ne marcheras plus droit.

_ Que voulais-tu que je fasse Bella ? Que je te laisse avec lui en ignorant les sentiments que tu portes à mon égard, les regards que tu essaies de contenir, les gestes que tu te refuses ? Voulais-tu que je te laisse dans un débat intérieur où j'avais la plus grande place et que j'étais apte à résoudre ? Bella, Jasper ressentait tout et même s'il n'était pas là…Je le percevais de ton regard. Je te connais Bella bien mieux que tu peux le croire. Tu es celle que j'attendais, que j'ai toujours attendu. Bella, je t'aime et tu ne saurais changer cela.

_Arrêtes, je t'en prie…Laisses moi le retrouver, retrouver ma vie. Edward, si tu m'aimes…

Je m'interrompis, peu sûr de ce que je voulais vraiment. Saurais-je capable de retourner à mon ancienne en sachant ce qu'il ressentait ? Le pourrais-je vraiment ? Je resterais sûrement à l'attendre chaque jour sur le palier. Je pinçais l'arête de mon nez avant de répondre avec ce que j'espérais suffisant de courage. Mon regard foudroya ses désespérantes prunelles d'or.

_ Si tu m'aimes Edward…Va-t-en…

Les sanglots qui étreignirent ma poitrine à cet instant rendirent mes dernières paroles caduques. Je n'avais aucune envie qu'il s'en aille. Je voulais juste rester contre lui pour l'éternité.

_ Je ne pourrais jamais le faire Bella…Je n'en ai plus la force… Surtout pas en te voyant comme cela…Si attachée à moi.

_Je suis mariée…

_ Je le sais.

Il s'approcha de moi lentement avant de me prendre délicatement dans ses bras, prêtant son épaule à ces larmes qui ne voulaient cesser de couler. Qu'allions-nous faire ? Que pouvions-nous faire ? Je pouvais retourner vers Daniel en espérant qu'il excuse cet écart et continuer à vivre aussi longtemps qu'il m'était permis de le faire ou je pouvais rester ainsi avec Edward et ce doute qu'il ne me quitte de nouveau. L'un me relevant l'autre me dégradant. Edward en avait trop fait, trop dit. Je n'étais pas prête à tout recommencer, à supporter de nouveau la douleur qu'il avait laissé en moi, marque indélibile. J'avais vu ce qu'avait provoqué Edward, ce que j'avais subi et fait subir. Edward ne m'apportait rien de bon. Même si mon cœur hurlait le contraire, je savais que mon choix était déjà fait. C 'était un choix raisonné, le choix que j'aurais dû faire depuis le début de cette convention. Nous devions mettre un terme à tout cela. A cet amour qui nous lacérait tout deux. Il n'était pas couper notre lien. Il était de mon devoir d'y remédier.

Je m'éloignais de quelques pas, me composant une figure impassible à défaut de sereine et jeter un dernier regard vers ce visage tant aimé avant de signer notre pénitence à tout deux.

_ Je retournes auprès de mon mari, Edward. Acceptes le.

Il parut paniqué un instant et chercha à retrouver mon contact, sachant que je flanchirais dès que nos deux corps étaient liées mais je ne lui en laissais plus l'occasion. Mon choix était fait, je devais m'y plier.

_ Tu ne peux pas faire ça Bella…

_ Nous nous retrouverons dans le courant de la soirée….Je suis certaine que Daniel agrémentera la soirée de quelques anecdotes. Je… te souhaites une bonne éternité Edward.

Je quittais les lieux, le cœur lourd et la poitrine pesante, incapable de souffler ou d'émettre le moindre son. Je devais rejoindre une autre réalité et affronter la destinée que je m'étais choisie. Je ne jetais aucun regard en arrière de peur de flancher et échappais à l'atmosphère de désespoir que nous nous étions crées. Adieu Edward étaient les mots que j'aurais dû lui souffler. « Adieu Mi Cuore » comme dirait Daniel. Mon amour….L'autre, éternel, part de moi-même.