Infidèle. Je n'aurais jamais cru faire cela à Daniel. Bien sûr, des décennies durant, dans certains de mes songes, dans la plupart de mes pensées, je l'avais trahis. Mais embrasser Edward était tout autre chose. C'était du concret, quelque chose que Daniel aurait à savoir, n'ayant rien à voir avec ce que j'avais caché à mon époux durant si longtemps. Je me détestais bien plus que toute chose sur cette terre. Je me haïssais littéralement tout en maudissant ma mauvaise fortune. Comment pouvait-elle m'assigner deux âmes soeurs alors que certain peinait pour trouver la leur? Comment pouvait-elle me forcer à aimer deux hommes aussi inégalement et à aimer davantage celui qui aurait dû n'arriver qu'à la seconde place?

Cruelle et intolérable fortune pour te jouer ainsi de pauvres êtres impuissants! Je tournais en rond dans cet appartement que j'étais censée partager avec mon époux, attendant son retour. Je ne pouvais pas lui mentir, lui cacher ce qui s'était passé. Pas cette fois. Je voulais pour une fois être honnête. Je savais que je perdrais le peu d'estime que j'avais encore pour moi si je me taisais. Secrètement, j'espérais aussi que la réaction de Daniel quelque soit-elle me ferait oublier Edward et me prouverait que lutter pour garder Daniel à mes côtés serait préférable à tenter de renouer avec un passé qui m'avait par tant de fois brisée, meurtrie. Il me haïrait! Ne me le pardonnerait sûrement jamais mais je me devais de le lui dire. Et si par un hasard, il acceptait toujours de partager mon éternité alors je jurais de ne plus commettre d'écart et de continuer à tout faire pour oublier Edward. J'oublierais ses traits, son regard, ses lèvres et je vendrais mon âme au diable s'il le fallait pour oublier le baiser qu'il venait de me prodiguer, insufflant à ce corps mort, un soupçon de vivacité. Des images me revenaient comme une douce litanie, torturant, lacérant, triturant ce coeur brisé que protégeait inutilement ma poitrine. Ne plus penser à cela, ne plus penser à lui, à l'adoration que j'éprouvais à son égard. Je me devais d'arrêter tout simplement de penser...Comme si cela était possible! Je tapais du plat de ma main le mur le plus proche qui se fissura. Aro en serait vexé.

J'entendis les pas bien connus de celui à qui j'avais juré fidélité. Son odeur embauma les lieux, la pièce alors que la culpabilité me rongeant tant, vague sinueuse s'élevant peu à peu jusqu'à ensevelir ce même coeur faiblard. Il était heureux de rentrer, de me retrouver. Je devinais son aura. Je devinais ce qu'il pensait. Je le connaissais si bien. Il avait été mon meilleur ami avant de devenir mon époux. Et ce soir, je risquais de perdre les deux. Je risquais de ne plus le revoir. Ce que j'avais été stupide! Et je l'étais encore car je ne pouvais m'empêcher de penser à cet "autre". Mon choix avait été fait mais Daniel voudra-t-il encore de moi? Tolérera-t-il mon faux pas?

Je retins ma respiration lorsqu'il pénétra dans la pièce, tout sourire, lumineux. Je tentais de faire bonne figure. Un sourire, trop forcé...Une mine, trop renfrogné. J'avais toujours été une si piètre actrice. Ses traits étaient ouverts et il me contemplait comme si j'étais la huitième merveille du monde. Un coup de poignard dans ma poitrine, un ébranlement au creux de mes entrailles. Je m'en voulais tant...Je ne le méritait pas. Je ne les méritais pas tous les deux. Il s'arrêta au milieu de notre chambre, figé par l'image que je laissais paraître. Au bord d'une agonie dont je ne trouvais la fin...Je vis dans ses yeux, une lueur inquiète, méfiante...Il était prêt à me protéger de tout ce qui m'effrayait, prêt à se sacrifier pour m'ôter tout souci. Comment deux hommes pouvaient m'aimer aussi démesurément alors que j'avais tant de mal à m'aimer moi-même? J'étais un monstre, littéralement, un monstre. Je m'assis au bord du lit sans le quitter des yeux.

_ Que se passe-t-il Bella? Quémanda-t-il, tombant à genoux à mes pieds, tenant fermement mes mains dans les siennes.

Je retins un sanglot. Je ne devais pas pleurer. Je ne voulais pas qu'il me pardonne par pitié. Je devais être forte et ne pas lui faire croire que j'étais une victime. J'avais accepté...Je l'avais désiré...Je le voulais depuis si longtemps. Je retirais lentement mes mains de son étreinte, ne méritant pas qu'il me touche avant de lever courageusement les yeux vers lui, affrontant ses prunelles pupurines, prête à y supporter l'horreur qu'elles laisseraient bientôt transparaître. Je devais le faire. Je devais le lui dire. Il ne méritait pas d'être trompé davantage. J'espérais juste qu'il me pardonnerait. J'entrouvris les lèvres, espérant pouvoir m'expliquer mais comment pouvais-je le formuler? Depuis mon retour, je m'étais essayée à trouver les bons mots. Sans succès...Ce n'était guère aisé, guère glorieux. Le supplice que je lui causais acheva de me décider à abréger ses douleurs. Il ne méritait pas de souffrir.

_ Daniel...Je dois te parler de quelque chose.

Il fronça les sourcils, inquiet, prudent avant de hocher la tête, me faisant signe de poursuivre. Aurait-il deviné que cela avait un rapport avec Edward? Toutes mes plaies avaient été causés par les lames d'Edward Cullen. Il lui serait aisé de deviner qu'il avait encore frappé mais bien plus fort, bien plus durement car cette fois je n'avais pas su m'y préparer, ni me protéger.

_ Bella, je suis tout ouïe...

_ J'étais tellement convaincue que tu n'aurais rien à craindre de lui...

Il se redressa soudainement, prêt à bondir sur le "il". Il avait de suite saisi qu'il s'agissait d'Edward. Je sentais une rage retenue émaner de lui. Il était prêt à détruire ce château pour retrouver l'homme que j'aimais si désespéremment. Je me devais de m'expliquer vite avant qu'il n'ait recours à des conclusions bien trop hâtives. Edward pourrait revêtir à ses yeux le mauvais rôle. Ce qui était partiellement le cas. J'étais tout aussi fautive. J'en étais malade. Ma culpabilité me rendait malade car j'avais participé à ce baiser.

_ Nous étions à la bibliothèque comme d'ordinaire. Nous aimions parler de certains ouvrages. Ensuite, les choses ont dégénérées...Il...Nous...

Je vis que ce "nous" liquéfia mon époux. Passant du "il" à "nous" je prouvais que j'avais cautionné sa conduite et que de ce fait j'avais tout aussi tord. Je déglutis lentement, retrouvant un semblant de courage avant d'affronter de nouveau le regard de Daniel. Un regard devenu sauvage, reflet de ce qu'il était réellement un vampire normal. Furieux, sanguinaire...Mais l'amour qu'il me portait le forçait à faire taire la démence qui menaçait de le surprendre. Il m'aimait trop pour me faire du mal et souhaitait peut-être me laisser le bénéfice du doute. Je souhaitais me faire si petite face à lui...Face à sa droiture, son intégrité...Honteuse de lui faire tant de peine.

_ Nous nous sommes embrassés Daniel.

Il eut un mouvement de recul et je ne cherchais pas à le retenir. Le silence se fit dans la pièce comme si elle n'avait jamais été habité, comme si nous n'existions plus dans cette pièce. Comme si en avouant mon écart, mon infidélité, j'avais rompu l'harmonie qui régnait en ce lieu, ce qui était partiellement vrai. En avouant à Daniel que j'avais embrassé Edward, je venais de briser la confiance qu'il avait toujours su me porter, la confiance que j'avais cru mériter, en être digne. Seul sa respiration brisait la quiétude de la pièce, un souffle fou, saccadé et erratique. Le souffle d'un dément...Qu'osais-je lui infliger? Il passa ses mains dans ses cheveux dans un geste désespéré avant de parcourir la salle de long en large. Je le laissais encore une fois faire, ignorant quoi dire. J'aurais voulu le rassurer, lui assurer que tout cela ne signifiait rien mais j'étais si piètre menteuse que j'avais peur de ne faire qu'agraver les choses. Le silence persista, forgeant mon impuissance. Comment le raisonner? Lui intimer de se calmer et d'en entendre davantage? Fallait-il qu'il en entende davantage? Le silence devenait assourdissant. Il se taisait, parcourant la pièce à vive allure. Dehors, tout semblait comme inerte, mort. Comme si la nature, les astres, le château, le domaine faisaient silence, assistant à l'inévitable scène marquant une fin que je n'étais pas sûre vouloir imaginer. A cette simple idée, je me levais à mon tour, tentant de capter son attention mais il était ailleurs, dans un monde que je ne pouvais attendre.

_ Daniel, cela ne signifiait rien...

Un grondement s'éleva de son torse m'interrompant sur ma lancée.

_ Ne me dis surtout pas cela Bella. Ne me mens pas murmura-t-il en me faisant face soudainement, la démence laissant place à une vive douleur.

Je n'eus le temps d'intervenir qu'il poursuivait déjà.

_ Tu n'as jamais pu l'oublier alors ne me dis surtout pas que tout cela signifie rien. J'aurais dû m'y attendre...Cependant, j'avais tant confiance en toi, en ce que tu disais, en cette assurance que tu avais et que tu mettais en m'avouant tes sentiments et dénigrant ceux que tu avais à son égard...

_ Daniel, je t'aime. Je regrette ce qui s'est passé...

_Permets moi d'en douter s'exclama-t-il.

Je le forçais à affronter mon regard, fourrageant dans ses prunelles tentant d'y mettre le plus de conviction possible. Il se laissait faire, mettant cependant une infime résistance.

_ Je t'en prie, il faut que tu me croies. Edward est mon passé et ce qui s'est passé dans cette bibliothèque n'aurait jamais dû avoir lieu. C'est de ma faute, j'en ai conscience. J'aurais dû mettre un terme à cette mascarade depuis bien longtemps. J'aurais dû être plus présente pour toi... Je veux juste que tu comprennes que je t'aime Daniel et que ce baiser n'avait aucune importance à mes yeux...Edward est mon passé répétais-je, insistant sur chaque mot.

_ Un passé qui te hante encore Bella...acheva-t-il si bas qu'humaine je ne l'aurais entendu. Ses prunelles étaient emplies de douleur et il écarta mes mains de son visage. Je laissais mes bras retomber mollement le long de mon corps. Nous étions face à face mais c'était comme si tout nous séparait. Il avait mis une telle distance entre nous.

_ Daniel, je me déteste pour ce que je te fais subir mais ne croies pas une seule seconde que je ne désire être à tes côtés. Je t'ai juré de t'aimer éternellement...

_ Non Bella, c'est en cela que réside tout le problème. Tu as juré d'être à mes côtés éternellement mais de là à m'aimer...

_ Mais je t'aime...

_ Tu l'aimes également. Et cela tu ne saurais le nier.

Il était inutile de tergiverser sur ce point, c'était une constatation, non une interrogation. Il était sûr de lui, sûr de ses propos, de leur véracité. Il soupira, passant une main sur son visage avant de se tourner vers la fenêtre. La nuit était tombée depuis bien longtemps et seule une brise fraîche nous provenait de l'extérieure, extérieure où le silence continuait à s'installer avec une telle aisance, un tel savoir faire. Je croisais les bras, ne sachant plus quoi dire. Je sentais que je le perdais à chaque maudite seconde et mon coeur se serra à cette pensée. Je ne voulais pas que tout s'arrête, je voulais que notre histoire se poursuive encore et pour toujours. Je voulais que nous retournions à Larissa où nous retrouvions un semblant de normalité, de tranquillité. Je voulais tout oublier et pouvoir tout effacer. Mais vouloir une chose n'entraînait pas forcément sa réalisation. Je l'avais appris à mes dépens. Et Larissa me semblait s'éloigner de plus en plus de mon future, m'abandonnant sur le bas côté. Au bout d'un moment qui me parut si long, il reprit parole.

_ J'ai toujours su que c'était lui que tu rejoignais lors de tes rêveries, que c'était lui que tu aurais préféré serrer contre toi, embrasser...Mais j'ai voulu être aveugle, me convainquant qu'avec le temps tout changerait. Qu'avec le temps, je réussirais à prendre sa place mais il était toujours présent. C'était comme vouloir se battre contre la tempête, un ouragan à main nue. L'image n'est peut-être pas claire mais c'est ce que je ressens à chaque fois que je t'imagines penser à lui. Depuis que nous sommes là, j'ai tout fait pour ignorer les regards qu'il posait sur toi et ceux que tu lui rendais en dérobée. J'ai souhaité être aveugle pour ne pas avoir à souffrir de cette réalité qui était pourtant évidente. Edward est ce cadavre dont tu veux me cacher l'existence. Nous n'avons jamais pu former un couple, à part entière car il était toujours entre nous prenant une prépondérance qui m'étouffait. Mais je passais outre car je voyais les efforts que tu faisais pour me dissimuler tes sentiments, pour me combler en tant qu'époux...Tu es une bonne épouse Bella, tu l'as toujours été. Je me rends compte que j'ai été un mauvais époux...

Sa voix était égale, atone, presque éteinte. Il se prononçait comme s'il récitait un article de loi dont il connaissait par coeur la prose. Je devinais alors que ses réflexions n'étaient pas issues de ma révélation mais plutôt d'années de frustration. La frustration de me voir physiquement à lui mais mentalement à un autre. Je ne pouvais cependant supporter qu'il ne se fustige et l'arrêtai donc.

_ Tu es un parfait époux! Répliquais-je

Il eut un rire sans joie. Un rire triste et las.

_ Non Bella, j'ai été égoïste, stupide et naïf. J'aurais dû savoir que tu lui appartenais indéfiniment.

_Non Daniel, je suis ton épouse et je le resterais. Edward ne représente rien à mes yeux...

Il se retourna lentement, me jaugeant avec incrédulité. Comme s'il était effaré par mes propos, comme si en niant l'évidence, je ne faisais que l'agacer davantage.

_ Tu ne peux pas affirmer cela et le penser simultanément. Bella, tu aimes Edward. Plus que tu ne m'as jamais aimé.

_ Même si c'était le cas Daniel, je désire être à tes côtés pour l'éternité.

_Je ne peux pas te faire subir cela. Ce serait une torture pour toi de n'avoir que la seconde main...

_ Arrêtes...Je t'en prie, ne dis pas cela, le suppliais-je, effaré.

Non, je ne voulais pas que cela s'arrête. Je ne voulais pas le perdre. Mon débit s'accéléra face à l'angoisse qui me submergeait.

_Je suis prête à tout pour me faire pardonner, pour te prouver que tu seras le seul à occuper mes pensées. Laisses nous une seconde chance Daniel.

_ Ce serait malsain mais surtout inutile. Bella, je ne veux plus être aveugle. Et l'ami que j'ai toujours été me force à ouvrir les yeux pour une fois.

Il avança lentement, prenant délicatement mon visage dans ses paumes moites et tièdes. Des paumes tremblantes...Ces paumes que j'avais cru si forte, capable de tout supporter. Ses traits étaient prudents mais aussi impassible. Comme si je n'avais plus le droit d'avoir accès à ses pensées. Mais dans son regard, je pus voir l'étendu de sa douleur. Une douleur que je souhaitais tant abréger.

_ Je ne suis pas celui dont tu as besoin Bella.

Ses mots martelèrent mon cerveau, reprenant une litanie que j'avais tant de fois voulu éloigner de mon esprit. Je n'avais pas besoin d'Edward Cullen. Je n'avais pas besoin de lui. Et J'étais si désespérée, si effrayée à l'idée de le perdre. Alors je fis ce que toute femme, dans la crainte de perdre celui qu'elle aimait, ferait. J'approchais lentement mon visage du sien. Il demeura stoïque alors que je posais mes lèvres sur les siennes. Le baiser qu'on échangea me sembla si platonique, comme embrasser du marbre sans rien ressentir. Si différent de...Comment pouvais-je les comparer? Où en trouvais-je la force?

Cette image me poursuivra-t-elle éternellement?

Daniel ne fut pas dupe et ce fut lui qui mit fin à notre baiser. Je n'avais rien ressenti, ni le brasier infernale qui m'avait incendié lorsqu'Edward m'avait pris dans ses bras, ni le plaisir extrême de retrouver ses lèvres. Je ne le retins pas, me contentant de m'affliger moi-même. Je ne pourrais pas continuer ainsi. Etre en deux hommes...Mais ce qui s'était passée me forcer, en cette soirée, à être plus proche de l'un que de l'autre, plus proche d'Edward, sublime Ephèbe, que de Daniel, l'Eternel Ami. Je n'osais même plus lever les yeux vers lui. Tout était bien trop évident. Je n'avais jamais aimé Daniel comme j'aurais dû l'aimer. Il avait toujours été l'ami. J'avais tant voulu croire que je pourrais l'aimer que je m'en étais convaincu. Aujourd'hui, mon erreur nous avait tous brisée. Je m'effondrais sur le lit...Bouleversée. C'en était fini...De mon mariage...De cette vie à Larissa...De "Bella Cuore". J'avais tout perdu en cette soirée.

Je l'entendis soupirer avant de s'installer à mes côtés. Je ne me tournais même pas vers lui, n'ayant pas la force de feindre, n'ayant plus cette force. Il prit ma main dans la sienne avant de soutenir mon menton et de me forcer à affronter son si beau visage.

_ Je t'aime Bella. Je ne regrette en rien ces dernières années. Je ne regrette en rien tout ce que nous avons vécu. Tu as été une merveilleuse épouse.

_Et toi un merveilleux époux murmurais-je.

_ Je resterais toujours ton ami mais...je n'ai plus la force d'être un époux.

_ J'aurais aimé que tout se passe différement, de n'être jamais venu dans cette convention, de t'avoir empêché d'y venir également et nous aurions été heureux éternellement.

_ Certes Bella mais je n'aurais jamais eu l'emprise qu'il a sur toi, qu'il a toujours eu sur toi.

Je redevins silencieuse. Je ne pouvais rien ajouter à cela. Il avait raison. Il déposa un baiser sur mon front avant de se relever et de contempler à nouveau la nuit sombre. Il devait être minuit. Nous étions le sixième jour.

_ Demain, sera la fin de la convention. Je partirais dès ce soir...

_ Non Daniel, c'est à moi de m'en aller. Tu as du travail, des amis...

Il m'interrompit d'un geste avant de me sourire.

_ J'en avais fini des affaires et je pensais que nous pourrions passer un agréable moment en Italie tous les deux. A présent, plus rien ne me retient ici. Je vais me rendre en Grèce et préparer notre désunion.

Divorce...Ce mot résonnait inlassablement dans ma tête. A l'instar de ma mère autrefois, j'allais moi aussi connaître un échec marital. Je ne pouvais rien y faire. Nous n'avions pas d'autres issues.

_ "Bella Cuore" te revient Bella de plein droit. Cette maison t'appartient...

_ Non Daniel, ce ne sera pas utile. Je penses retourner à Forks...

Il frémit et je perçus un grognement qu'il tentait de dissimuler par un hochement de tête. Il se méprenait, pensant que j'avais déjà choisi.

_ Ce n'est pas ce que tu crois. C'est juste que je ne me voies aller nulle part d'autre. C'est là où j'aurais dû être ces derniers années, près de mon père, de ces amis que j'avais abandonné. Je ne retournerais pas pour...Edward.

_ Tu es libre Bella à présent. Rien ne t'empêche de ...

_ Si je ne puis plus être une Morandini, permets moi de rester une Swan tentais-je avec un sourire forcé.

Il me le rendit, maladroitement. Je m'avançais lentement de lui et lui demandant l'autorisation du regard, je le pris dans mes bras, posant ma tête au plus près de son coeur. Il me serra fortement contre lui et nous demeurâmes un long moment ainsi. Silencieux. Ce fut les premières lueurs de l'aube qui nous perturbèrent dans notre stoïcisme. Il se mouva, m'éloigna légèrement avant de déposer une nouvelle fois un baiser sur mon front.

_ Je m'en vais prévenir les Volturi de ma décision. Ils sauront pour nous. Aro est télépathe, ne l'oublions pas.

J'opinai lentement.

_ Je préparerais tes affaires murmurais-je.

_ Ce n'est pas utile...

_ Je le ferais. Considères cela comme un dernier service rendu par ta "si parfaite" petite femme.

Il sourit sincèrement, pour la première fois depuis le début de cette conversation.

_ Ti Amo, Amore mio.

_Ti Amo, Mi Cuore répondis-je, mélancolique.

Il eut un dernier sourire à mon égard avant de quitter la chambre, ma vie, mon future. Je reniflais silencieusement avant de me diriger vers notre armoire. J'en sortis son sac et me tournais vers ses affaires. Je me saisis d'une de ses chemises, son odeur si embaumante me coupant le souffle. Je la serrais longuement contre moi avant de la plier amoureusement et de la déposer dans le sac. Un sanglot m'échappa mais je poursuivis ma tâche, redoublant d'effort pour ne plus penser. Mes yeux me piquaient et je regrettais tant de ne plus être humaine pour ne pas pourvoir hurler ma douleur. Je détestais à l'instant mon état. Un nouveau sanglot avant que je ne m'effondre sur le lit, mes mains recouvrant mon visage. J'avais besoin de faire le deuil de cette part de moi si fidèle à Daniel. J'avais besoin de faire le deuil de ce mariage dans lequel nous nous étions tant investi. Tout à ma colère, je n'entendis pas les pas légers se rapprochant du lieu où je me trouvais, je ne fis guère attention à l'odeur qui venait de s'immiscer dans la pièce. Je ne sentis que ses fins bras me prendre dans ses bras et me serrer fortement contre elle, qu'humaine j'aurais succombé. Un détail insignifiant me vint à l'esprit et je m'en enquis entre deux sanglots.

_ Je pensais que tu ne pouvais pas me voir murmurais-je.

_ Cela n'empêche que je te sens Bella. Tu as toujours été ma meilleure amie. Je sentais que tu aurais besoin de moi répondit-elle.

A son odeur, se mêlaient bien d'autres. Celle de Carlisle, dont la droiture m'avait tant inspirée, celle d'Esmé, dont la compassion n'eut jamais de pareille, celle d'Emmett, dont la joie de vivre avait fait écho à la mienne, celle de Rosalie, dont la souffrance n'aurait d'égale que la mienne, celle de Jasper, bien plus présente, dominante sur les autres, dont la force et la loyauté n'aurait pu être plus symbiotique. Mais surtout, et cela ne pouvait être étonnant...Il y avait son odeur, dont je devais être imprégnée. Une odeur que Daniel avait pris coutume de sentir sur moi, de tolérer sur moi. Son odeur, aussi parfaite que son détenteur, aussi enivrante que son auteur, aussi savoureuse que son possesseur.

L'odeur de cet amant revenant du passé...Cet amant qui m'avait tout pris...Avait tout brisé...Me détruisant une nouvelle fois. Cela m'arracha une nouvelle plainte. J'avais perdu l'un et haïs l'autre au mauvais moment. Pourquoi avais-je laissé Edward prendre tant possession de moi? J'aurais dû intervenir plus tôt. Je plantais mes ongles sur la peau d'albâtre de mon amie, heureuse qu'elle ne ressente rien.

_ Je le hais Alice. Je le hais tant m'exclamais-je alors qu'elle caressait mes cheveux.

_ Shtt! Tu ne penses pas sereinement. Tu ne peux pas le haïr et tu le sais.

Elle avait raison, j'en avais conscience mais je me sentais mieux en le haïssant.

Je savais qu'il me verrait dans cet état, Alice lui communiquerait l'information quand bien même elle ne le souhaiterait pas. Cependant, j'avais besoin de ma meilleure amie. Car ce soir, je cessais d'être une Morandini, je cessais d'être une épouse comblée dont la sublime demeure s'élevait à Larissa. Je redevenais Bella Swan, l'humaine frêle et fragile, stupide et naïve qui était tombée sottement amoureuse d'Edward Cullen. Ce foutu cadavre dans le placard dont je n'ai jamais su, quand bien même je l'aurais voulu, ensevelir totalement.