Cela faisait douze heures, 720 minutes, 43200 secondes que j'étais divorcée ou du moins supposée l'être. Le soleil était déjà haut dans le ciel, il était midi sûrement et nous étions le sixième jour. Demain, j'irais errer du côté de Forks. J'espérais trouver la maison de Charlie, vide, pour m'y installer. Je pourrais prétendre être une descendante de Renée Swan, mère de Bella Swan, décédée dans de mystérieuses circonstances. Sûrement que les gens que j'avais connu avaient tous disparus. Je n'en aurais pas à mentir trop souvent. Ils devaient être six pieds sous terre aux côtés de mon père. Comme je regrettais d'avoir abandonné Charlie, comme je regrettais de n'avoir pas su lui dire adieu, de ne pas lui avoir donné de plus amples explications. J'étais partie sans un mot...J'avais tout quitté pour un monde qui m'avait rejeté. Les vampires n'avaient jamais voulu de moi, je m'étais trop imposée, j'aurais dû me contenter de ma banale vie d'humaine, je n'aurais pas tant souffert des affres des vampires. J'aurais eu un homme qui m'aurait aimé modérément, nous aurions eu des enfants, une maison loin de la ville où nous nous rendrions uniquement pour voir Charlie. Ma mère serait venue me rendre visite, m'aurait annoncé la venue d'Evan et on en aurait pleuré, des larmes de joie. J'aurais été éditrice, écrivain ou peut-être professeur...J'aimais bien enseigné. J'aurais pu être bibliothécaire ou historienne, vu la passion intenable que j'avais pour les bouquins. J'aurais pu être tant de choses que je regrettais à présent d'avoir gâché ma vie ou plutôt d'avoir laissé un homme me la gâcher. Edward Anthony Masen Cullen était l'être le plus abominable qui eut exister, le démon insoutenable, le diable sous l'habit d'un ange. Il était le pire monstre, la plus horrible abomination et je le haïssais d'une haine qui était cependant teinté d'amour, un amour qui me consumait et dont j'avais tant de mal à éloigner, à effacer, à éradiquer. Il s'agissait d'un mal, d'un poison qui coulait lentement dans mes veines, passant par chaque pore de mon être pour me laisser gisante dans ma propre douleur, mon insoutenable désespoir. Cet amour, ce mal était bien plus terrible, terrassant que le venin qui m'avait forcé à devenir celle que j'étais à présent. Celle que je détestais être.
Daniel était partit. Il avait pris sa valise, posé un baiser sur mon front et avait quitté l'appartement conjugal. C'était comme s'il s'était rendu au travail et je m'attendais presque à ce que, le soir venu, il ne rentre et me prenne dans ses bras, ne m'allonge sur notre lit et me fasse l'amour de la plus douce des manières. Je m'attendais presque à l'entendre gémir de plaisir au creux de mon oreille. Cela avant que la réalité ne me rattrape et ne me force à me souvenir que jamais plus cela n'arriverait.
Daniel était partit. Il avait pris sa valise, posé un baiser sur mon front et avait quitté l'appartement conjugal. C'était comme s'il avait reprit ce qu'il m'avait donné le soir où il m'avait trouvé. Comme s'il avait repris cette assurance dont il m'avait doté, ce sentiment d'amour qui m'avait toujours entouré. Il m'avait laissé vide sur le bord de la route, continuant son chemin sans un regard en arrière.
Daniel était partit. Et je n'avais pas le droit de lui en vouloir. A dire vrai, je l'avais poussé à me
quitter. Des années durant, je lui avais fait croire qu'il était le seul hantant mes pensées. Je lui avais mentit, le déshonorant. Aujourd'hui encore, je l'humiliais car son départ, je le savais avait fait courir pas mal de bruit. Je les entendais à travers l'épaisse vitre de ma chambre, à travers la lourde porte de cette salle devenue ma prison. Ma cage dorée. Certains avaient eu vent d'une violente dispute entre les époux Morandinis mais la cause demeurait mystérieuse. D'autres prétendaient qu'une affaire urgente avait rappelé Daniel et qu'en bonne épouse, je continuerais à le représenter dans cette convention. J'étais certaine que la deuxième version était du fait des Volturis dans l'espoir d'empêcher un quelconque blâme de se poser sur mon ancien époux. La vérité était que tous spéculaient. Ils ignoraient tous simplement ce qui avait pu arriver à l'un des couples les plus idylliques de cette convention. Mon refus de quitter ma chambre, mon refus de me mélanger aux autres faisaient bien sûr pencher la balance des rumeurs vers la première version. Et pourtant, peu m'importait ce que tous pouvaient penser. Ils ne pourraient pas me haïr plus que je ne me haïssais à l'instant. Ils pourraient continuer à spéculer, ils pourraient même deviner, je ne me sentirais pas plus honteuse que je ne l'étais à l'instant, je ne me sentirais pas plus malheureuse que je ne l'étais à présent. Tout m'indifférait...Je m'étais laissée aller à la tentation, lui permettant de me dévorer sans vergogne. Je m'étais vendue, corrompue.
Daniel était partit. C'était tout ce qui comptait.
C'était comme si son départ avait rouvert ce trou énorme de ma poitrine, trou qu'il avait su recouvrir quelques décennies auparavant. Un trou dont les lèvres s'embrasaient au moindre souffle de vent, à la moindre inspiration. C'était comme s'il s'élargissait davantage à chaque seconde qui s'écoulait. Comme un bout de tissu qui se déchirait à chaque respiration. Une musique me revenait en tête, légèrement trouble derrière le voile de mes souvenirs d'humaine. Une musique remontant à plusieurs décennies, une époque où j'étais encore une humaine...C'était une mélodie aux inflexions douloureuses...Le cri d'un coeur abandonné, celui que poussait le mien à l'instant. Sans que je ne l'eusse réellement voulu, comme si je n'avais plus aucune maîtrise sur mon corps, mes lèvres se mirent à se mouvoir, fredonnant cette litanie, d'une voix chevrotante et brisée...Si peu digne d'un Vampire.
_I'm... not... a stranger
.No I am yours...
Oui, j'étais à lui. Le problème avait toujours été que j'étais incapable de mettre un visage fixe à ce « lui ». Edward ou Daniel. Je n'avais jamais été capable de mettre un nom à cette abstraction. Le destin avait alors décidé à ma place. Et face à mon incertitude, à mon hésitation, à mes doutes, il avait tranché. Ce ne serait plus ni l'un, ni l'autre. J'avais eu deux âmes soeurs...Je n'en avais plus aucune.
With crippled anger
And tears that still drip sore
Comme j'enviais cette humaine! Elle pleurait, elle avait ce droit et ce privilège. J'en étais totalement dépourvu...J'en étais incapable. A présent, j'étais condamnée à pleurer silencieusement sans pouvoir libérer mes yeux de leurs pièges de cristal.
_ A fragile... flame aged...is misery
And... when our-r... hearts meet
Je caressais la soie sous mes doigts, l'empoignant fermement. A peine quelques heures auparavant, nous étions alongés là, nous enlaçant, nous aimant fougueusement. Il caressait mon épaule, les courbes de mon corps en gémissant contre mes lèvres. Il déposait de tendres baisers sur mon cou, mon ventre. A peine quelques heures auparavant, il m'aimait toujours. Et maintenant, j'étais toute seule. Et je le serais à jamais. L'immortalité m'avait fait don d'un fabuleux époux que je n'avais pas su garder à mes côtés. J'avais été trop gourmande et en avais trop demandé. J'avais désiré deux hommes bien trop goulument. J'avais eu à en payer le prix.
_I-I...do not want to... be afraid
Malgré cela, il me faudrait me relever un jour. Il me faudrait reconstruire une nouvelle vie, sans époux. Je n'avais jamais vraiment été seule. Peu de temps après ma transformation, Daniel était entré dans ma vie. Il avait toujours été là...Comment pourrais-je vivre sans lui? Je n'avais connu que lui, qu'une vie avec lui. Je ne savais rien d'autre. Je ne saurais faire rien d'autre. Comment pourrais-je y arriver? Comment m'en sortirais-je?
_I-I.. do not want to die inside just..Just to breathe in
Peut-être étais-ce la solution? La mort? Il suffirait que j'aille voir les Volturi, que je commette un impair et tout serait réglé. Il m'assassinerait sur le champs, sans état d'âme. Je pourrais provoquer un autre Vampire. Je serais libérer...Je n'aurais plus à supporter toutes ses douleurs, ses pertes. Je n'aurais plus à supporter cette longue solitude qui m'attendait que je ne souhaitais pas aborder. La mort était la véritable solution. Directe, brève, indolore. Je devrais essayer, tenter la chance, provoquer le destin. De toute façon, être vampire était contre-nature. Les humains étaient destinés à mourir un jour ou l'autre...Je ne ferais que répondre à l'appel de la nature et à en respecter les lois. Ce serait si simple.
Et si les Volturi refusaient et que nul ne répondait à ma provocation, je chercherais d'autres moyens, ferais le tour du monde pour trouver un moyen de périr. Je savais qu'il était dur pour un Vampire de se suicider. Cela me faisait penser à un vague souvenir, bien trop trouble derrière le voile entourant ma vie passée. Un souvenir pourtant similaire... Edward et moi étions en train de regarder Roméo et Juliette et il m'avait avoué avoir envisagé de se suicider lorsqu'il avait cru me perdre...J'avais tant cru en lui...Il avait tout détruit, il m'avait détruite encore et encore...Il me serait impossible de lui
pardonner.
Je mordis fortement ma lèvre de granit pour retenir un gémissement de douleur. Mes dents pointues lacérèrent ma lippe à l'en faire signer. Mon propre sang se déversa dans ma bouche avant que la cicatrice ne disparaisse quai-directement... « Les joies du Vampirisme » songeais-je avec ironie.
_ I-I feel alone... here...and cold...
Though I don't want to die
J'avais déjà trépassé et pourtant c'était comme si je sombrais de nouveau. Je connaissais cette douleur, j'avais eu à la ressentir quelques décennies auparavant. J'avais perdu un homme une première fois. J'en perdais un autre cette fois-ci tout en chassant celui que j'avais cru perdre. Tant de douleur dans ce coeur. Tant de malheur... durant une si courte existence. J'aurais cru m'en sortir plus
forte à travers toutes ses expériences, je n'en étais que plus faible, fragile...Inerte.
Des coups portés à la porte troublèrent mon isolement, mon pèlerinage sur l'autel des Infidèles, sous l'antique acropole de l'abandon. Une odeur qui me parut si faible embauma l'air que j'inspirais et je n'eus aucun mal à la reconnaître. Mon sang ne fit qu'un tour alors que j'entrai dans une colère sourde. Une sorte de voile rouge m'aveugla sous les assauts de ce sentiment que je n'avais jamais connu dans de telles ampleurs. Que je n'avais jamais eu à connaître aussi fortement. Un quinzième de secondes plus tard,je me trouvais debout, les poings serrés, prêt à attaquer celui qui oserait pénétrer dans cette chambre, seuil de mon ancien foyer conjugal. Je ne lui permettrais pas de souiller de sa personne, davantage ce lieu déjà empreint de ma propre infidélité. Il était hors de question qu'il revienne dans ma vie. Quoiqu'il soit venu chercher en ce lieu, il ne trouverait nul refuge. Edward Cullen...Celui que j'avais aimé et que je continuais malgré tout de vénérer n'aurait plus impact sur ma vie. Je ne le lui laisserais plus l'occasion. Il n'aura plus le droit de m'approcher, d'avoir le droit de me côtoyer. J'avais cru pouvoir lui offrir une amitié, il avait détruit mon mariage.
C'était comme si mon coeur battait deux fois plus vite et que tout mon corps pulsait sous le rythme qu'il insufflait. J'étais prisonnière de ma rage. Et je foudroyais du regard cette si fragile porte qui était, contre toute volonté, le seul obstacle qui me sépara de mon ennemi. De celui que je considérais comme tel. D'un geste, ce faible obstacle pourrait disparaître, laissant ma victime sans défense. Oui. C'était ainsi que je le voyais désormais. Comme un vampire se devait de voir une proie, une victime, un nuisible.
Je serrais davantage les poings lorsque je l'entendis soupirer, que je sentis son front s'appuyer contre la porte et ses mains, douceurs granitiques, caresser l'ébène qui nous séparait. Je le détestais...Je le haïssais et pourtant...Cette haine, vivace, était teintée de cet insensé amour que je lui avais toujours porté. Et cet amour forçait trop souvent mon coeur à fléchir. Je devais alors retenir les assauts de mon corps au profit de ceux de ma colère. Je ne devais pas fléchir. Il ne devait plus avoir d'impact sur moi.
_ Bella...murmura-t-il.
Son ténor, malgré la distance, sembla se poser sur ma peau, comme d'innocentes lèvres, faisant frissonner le moindre centimètre de peau que je supportais. Je retins un gémissement, détestant ce ténor, son propriétaire. Tout ce qu'il représentait. Tout ce qu'il était.
_ Eloignes toi de moi, immédiatement, Cullen clamais-je, d'une voix forte et déterminée.
Je ne laisserais pas m'avoir. Je ne lui laisserais plus l'occasion de me torturer davantage. Son odeur demeurait cependant. Il ne m'écoutait, bien trop têtu et borné. Qu'avais-je fait pour mériter cela?
_ J'aimerais te dire que je suis désolé, que je regrette qu'il t'ait quitté...Mais ce serait mentir...Et je ne saurais te mentir davantage...
Il l'avait fait tant de fois pourtant. Il avait menti, nié, omis tant de choses que j'avais encore du mal à distinguer le vrai du faux. Aujourd'hui, encore, à cet instant, je savais que les paroles qu'il prononcerait ne serait que mensonges à mes yeux.
_Tu es l'être le plus vil que j'aie eu à rencontrer dans ma vie, Cullen. Si tu savais comme je te hais, comme ta simple présence me retourne le ventre...
_Je ne me porte pas dans mon coeur non plus en ce moment plaisanta-t-il d'une voix atone.
Il pensait vraiment que je le plaindrais, que je lui accorderais une once de pitié. Je grondais, folle de rage. Presque hystérique à cette idée. Son égoïsme n'avait d'égal que son arrogance, comment avais-je pu aimer un tel être? Un monstre? Comment pouvais-je continuer à l'aimer malgré tout?
_ Sais-tu quoi? J'aurais vraiment que tu n'aies jamais existé, j'aurais adoré ne pas t'avoir rencontré...Et en ce moment, une vie sans toi me paraît des plus idylliques. Pourquoi existes-tu Edward? Quel dieu immonde sers-tu? Tu es l'être le plus détestable, le plus arrogant et le plus sournois que j'aie eu à connaître. Si tu savais comme je regrette ce jour où je t'ai vu à Forks, si tu savais comme je maudis mon père de ne pas m'avoir interdit de te côtoyer, comme je maudis James de ne pas m'avoir tué, bien plus tôt...Comme je te maudis Cullen...Tu ne peux pas avoir la moindre idée de combien j'aimerais que tu disparaisses pour de bon...
_ Arrêtes...Supplia-t-il avec douleur.
J'étais presque extatique qu'il ressente cela, qu'il souffre. J'aimais entendre la peine et le trouble dans sa voix, j'aimais savoir que la tristesse emplissait ses traits, j'aimais savoir que la souffrance terrassait toutes ses pensées, n'épargnant nullement son coeur. Je me sentais sereine à la moindre de ses supplications. Je ne faisais que reprendre ce qui me revenait de droit, le prix des années qu'il m'avait volé en empiétant mon esprit, hâtant la fin de mes noces. Je me rapprochais de la porte, espérant entendre encore ses hurlements, sa douleur, son chagrin...Oui. Je voulais qu'il pleure, qu'il souffre.
_ Va-t-en Edward...Tu ne m'apportes rien de bon. Poursuis ta route et ce sera comme si tu n'avais jamais existé, comme si je n'avais jamais existé, comme si rien entre nous n'avait existé. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerais plus.
Ma voix était calme, froide, indifférente. Elle n'avait plus rien d'humaine alors que je laissais le monstre en moi prendre possession de moi. Je ne voulais pas que mes sentiments parlent, je voulais juste qu'il paie pour tout. Pour le départ de Daniel, pour ce trou béant dans ma poitrine, ce bruit de tissu qui se déchire.
_Je t'en prie...Bella...Ne dis pas cela dit-il, d'une voix de plus en plus faible et haletante. J'entendis ses griffes lacérer le bois.
Durant un moment, je ne pus m'empêcher de me rétracter...Je n'avais pu supporter cet air torturé qu'il abordait. Je n'avais jamais pu supporter de voir de la peine sur ses prunelles. Mais je n'en avais pas terminé avec lui. J'étais la plus à blâmer et pour la première fois de mon existence, j'étais prête à accepter sa douleur en échange de la mienne. Je ne voulais rien que pour une fois être égoïste et le faire passer après moi. Il avait toujours été le centre de mon univers, à tel point, que je faisais tout en fonction de lui. Mais à présent, je ne pouvais plus...Il avait tout détruit alors que je lui avais tant permis. J'avais été si miséricordieuse en lui permettant d'être mon ami malgré toutes les souffrances qu'il m'avait occasionné.
J'avais été si naïve envers ses intentions pensant que même s'il m'aimait d'un amour aussi demesuré qu'il le prétendait, cela n'empêcherait le fait qu'en me voyant heureuse, il aurait renié ses propres sentiments. Pour mon bonheur, la prospérité de mon mariage. La preuve de son profond égocentrisme se trouver présent dans cette annulaire désertée de tout anneau qui était le mien.
_ Je continuerais alors ma vie en m'efforçant de faire comme si tu n'y étais jamais rentrée. Je trouverais un être homme, humain ou vampire, peu m'importe...Et bien, je lui ferais goûter les délices de l'immortalité. J'ai entendu dire par tes cousines Denali, que c'était grisant de tenter la chose avec des humains. Mais j'y pense Edward, tu y connais un rien. Tu l'as toi-même essayé. Si je ne me trompe pas, tu as été assez bon manipulateur à l'époque...Me faisant croire que tu m'aimais, me désirais, tu as eu le toupet de me dire que tu m'aimais avant de profiter de ma naïveté...J'aimerais à mon tour essayer cela...Prendre un humain, le torturer et le laissant ainsi sur le bord de la route alors que j'enchaînerais de nouvelles conquêtes.
Je ne savais plus ce que je disais, je n'avais plus de contrôle sur mes propos mais j'aimais pouvoir le poignarder à chacune des paroles que j'émettais. J'émets entendre le grondement qui s'échppait de sa poitrine à la simple idée qu'un autre ne me touche. J'aimais profiter de cette ascendance que j'avais soudain sur lui...Je lui faisais payer. Et j'aimais cela. Je croisais les bras, démente tout en laissant un sourire sadique prendre place sur mes lèvres. Je tournais le dos à la porte, symboliquement et laisser mon regard errer vers la fenêtre close. Il faisait encore jour. Nous n'étions que le sixième jour. Ce soir, j'irais voir les Volturi, leur exprimant mes profonds regrets d'avoir gâché une telle convention. Je me rendrais à la dernière soirée de cette convention, digne de Daniel. J'agirais une dernière fois en bonne épouse. Je mentirais sûrement...De très nombreuses fois. Mais je l'assumais. Plus tard, je chasserais et enfin, je partirais à l'aube, quittant tout ce qui demeurait en ces lieux.
_ Sais-tu ce qui sera le plus formidable, Edward? Ce sera, une fois ma vengeance accomplie sur la gente masculine qui m'a tant de fois détruite, retourner à Forks, dans le domicile de mon père. Je monterais ces marches grinçantes jusqu'à sa chambre et à genou près du lit qui l'a supporté, je lui ferais mes excuses. Je lui demanderais de me pardonner de ne pas avoir été la fille idéale, de ne pas lui avoir permis d'avoir des petits-enfants, un gendre. Je lui demanderais de m'excuser de l'avoir déçu en rejoignant un monde qui ne voulait pas de moi. J'irai voir mon père, symboliquement, pour avoir sa bénédiction pour le dernier acte que je commettrais sur cette Terre. Le seul acte qui aura vraiment été de mon ressort, le seul acte émanant de mon indépendante et libre volonté.
Mes derniers mots ne furent que murmures alors que je m'imaginais déjà à cent milles lieues de là. La porte s'ouvrit avec fracas alors qu'il me saisissait les poignées, à son tour dément.
_Non je te ne laisserais pas faire. Je m'en irais s'il le faut, je me tuerais avant mais tu ne quitteras pas ce monde...Tu m'entends! Je préfère donner ma vie pour sauver la tienne.
Je fronçais les sourcils. Comment ose-t-il croire que sa vie m'importait d'une quelconque manière? Je venais de lui dire que sa simple existence me dégoutait. Il aurait dû comprendre que sa mort n'aurai aucun impact sur la mienne. Si je mettais fin à mes jours, c'était pour ne plus souffrir et non pas pour lui. Même si indirectement, c'était le cas. Je tentais de me détacher de sa poigne mais vampire, il demeurait toujours plus fort. Je vis rouge en voyant qu'il me touchait, qu'il se pensait encore en droit de le faire. Je pensais pourtant avoir été suffisamment claire.
_ J'avais pourtant cru que tu aurais compris...Peu m'importe ce que tu feras ta vie Edward Cullen...Tu. Ne. Représentes. Plus. Rien. Pour. Moi déclarais-je, en détachant chaque syllabe, laissant mes paroles le bousculer une par une.
Ses yeux se plissèrent alors qu'une grimace ornait ses lèvres. Il ne détourna cependant pas les yeux, les laissant fourrager les miennes, de manière insolente et provocante. Il laissa un silence planer, court et pesant avant de tenir mon visage entre ses mains, me faisant horriblement mal et humaine, je serais déjà à terre. Il était, à son tour, fou de rage mais sa douleur prédominait sur ses traits.
_ Tu peux me haïr, me rejeter. Tu peux m'enlever le droit de te côtoyer, tu peux profiter d'autres hommes, tu peux même saisir ce coeur qui ne bat pourtant plus mais qui t'appartient irrémédiablement, tu peux nier notre amour, ce que nous avons vécu. Tu peux faire tout cela d'un mot, d'un geste...Mais il y a une chose, une simple chose qui restera en moi quoiqu'il advienne, une chose que je nourris depuis la première fois qu'on s'est rencontré à Forks High School dans ce laboratoire de biologie...la certitude de mon amour envers toi, sincère, pure et immuable.
Bella, je t'aime bien plus que tu ne saurais le concevoir et je continuerais à t'aimer même si je n'aurais en retour que ta haine. Et mon amour me forcera à te préserver chaque fois que tu te mettras en danger. Je te jure Bella Swan, qu'aujourd'hui et à tout jamais, je serais présent que tu veuilles de moi ou non. Je resterais là, non loin de toi. Et le jour où tu souhaiteras achever ta vie, tu devras pour cela, achever la mienne...
_Je n'hésiterais pas Cullen.
_Qu'il en soit ainsi dans ce cas! Murmura-t-il, en me relâchant lentement.
Je m'éloignais de plusieurs pas, faible face aux paroles qu'il avait émises, totalement déboussolée. Il n'insista pourtant pas, ne cherchant pas à me sortir de ma torpeur. Il se retira après avoir affronté une dernière fois mon regard. Je ne pus me détacher le regard de la porte close, ébahie et pourtant toujours aussi en colère. En colère contre lui, contre moi, contre le fait que ses paroles continuent à avoir un impact sur moi, sur ma vie, sur mes pensées. Le fait que j' appréciais toujours sa façon possessive de me vouloir qu'à lui, le forçant à faire et dire des choses insensés. J'étais en colère contre le destin de toujours vouloir nous réunir alors que nous étions incapables d'être ensemble. Je m'en voulais tout simplement parce que je me rendais compte que plus Edward acceptait mes remontrances et mon blâme, acceptait les horreurs que je lui disais, plus cela me poussait à admettre que ses sentiments étaient sincères. Et je refusais cela. Il était hors de question que je pardonne à Edward Cullen. Il était tout simplement hors de question que je le laisse m'aimer de nouveau.
