« Reviens Belle tentation, je succomberais à tes charmes sans hésitation. Et si je connais de nouvelles fascinations, je t'en ferais la révélation...Mais d'ici là, laisses moi t'aimer avec ostentation ». Elyanne Davehart
La nuit était fraîche, bien que je ne saurais le dire. Je n'en sentais rien mais je supposais qu'elle était fraîche. C'était la sensation dont je tirais en sentant le vent soulever quelques mèches de cheveux mais aussi entendre la cime des arbres voleter au gré du vent. Je le pressentais également en voyant la merveilleuse Lune, Sélène comme l'avait nommé Aro, nous regarder avec tant de bienveillance. Il était étrange que les Vampires se sentent si proches d'un astre. Il n'y avait aucun lien entre les supposés mythes nocturnes des vampires et la réalité des faits qui étaient simplement que les Vampires aimaient la Lune. Peut-être est-ce sa lumière cendrée qui leur rappelait tant leur peau marmoréenne ou était-ce l'impression qu'elle serait éternelle tout comme eux? Peut-être alors les Vampires aimaient Sélène car ils s'assimilaient à elle et ils espéraient secrètement pouvoir la rejoindre? A dire vrai, ce n'était que des spéculations, des élucubrations pour ne pas faire face à la réalité, cette réalité qui faisait que je marchais près des Cullens pour rejoindre cette rivière où j'étais tombée avec Daniel, pour rejoindre cet arbre où nous nous étions maintes fois allongés. C'était des élucubrations pour oublier que je n'avais pas la moindre de ce que nous allions bien pouvoir nous dire tant j'avais l'impression que nous n'avions plus rien à nous dire. Quoiqu'il en soit, l'avenir semblait en route alors que nous nous arrêtions près de cette rivière chacun adoptant une posture différente, rejoignant un coin où l'autre de la rive. Alice trempa ses jambes dans l'eau alors que Jasper s'installer derrière elle, la recouvrant presque entièrement de ces bras. Ils étaient si attendrissant. Emmett venait de sauter dans l'eau froide, sûrement, avec Rosalie dans les bras comme l'avaient fait Daniel bien avant lui. Cette vision, la fausse colère de Rosalie, l'hilarité d'Emmett me ramena à ce jour là.
Nous avions été heureux dans l'illusion. Et puis il y avait Edward adossé au tronc derrière moi, comme s'il voulait respecter mes souhaits et s'éloigner le plus possible de moi. Paradoxalement, je me sentais vide sans lui à mes côtés. Quand on découvrait, on aimait généralement pour l'éternité qu'on soit humain ou vampire. Il est impossible de se lever un matin et de ne plus rien ressentir. Je n'avais jamais pensé que je pourrais un jour croire à de telles sornettes. Mais la preuve était là, à quelques centimètres de moi. Même si j'avais tant voulu que ce soit Daniel, mon aimé, je savais que je n'aimerais jamais plus que ce que je pouvais ressentir à l'instant pour l'invertébré à quelques pas de moi. Tout ce qui me restait était donc la mort ou l'éternelle solitude.
Face à moi Carlisle me dardait de son regard topaze, son regard paternel. Celui qu'il m'avait toujours adressé. ET qui me rappelait ce cher Charlie. Ce père fabuleux qui m'avait tant donné et que je n'avais pu remercier. Je tentais affronter son regard, espérant y voir ce qu'il pouvait voir. Une femme paumée. Une jeune naïve qui continuait à s'illusionner. Une stupide utopiste.
Enfin, Esmé. Elle qui ne cessait de nous regarder tour à tour Edward et moi en espérant que tout s'arrangerait. Que de ce simple regard, tout redeviendra comme avant.
_Le discours d'Aro était vraiment touchant...Poignant prononçais-je avec prudence, en laissant mon regard se promener un instant, espérant lui faire comprendre le sens de mes propos.
Il opina lentement, en se rapprochant de moi, m'intimant du regard un silence alors qu'un sourire prenait place sur ses lèvres.
_Aro est un excellent orateur. Il trouve toujours les mots pour se faire comprendre.
Aro avait donc bien souhaité avertir les Cullen. De quoi s'agissait-il? Etait-il arrivé quelque chose durant ce dernier demi-siècle. Pourtant, les relations entre les deux clans m'avaient paru harmonieuse durant la Convention. Est-ce encore le fruit de mon imagination? De cette faculté que j'avais de constamment m'illusionner. Il se contenta de jeter un regard vers le château me signifiant silencieusement, de ne pas poursuivre mon interrogation. Après tout, quelques oreilles malveillantes pourraient nous entourer. Je me contentais d'acquiescer imperceptiblement. Légèrement froissée, tout de même. Même si je savais qu'ils ne me devaient rien, je me sentais mise à part. A l'écart de leur monde, cela même alors que j'en faisais aujourd'hui partie.
-Elle est en colère déclara Jasper, provoquant le silence de tous, comme si quelque part, quelqu'un avait arrêter le temps. Tout semblait s'être figé. L'écoulement de l'eau, le bruit des feuillages et même Sélène, semblait ne plus vraiment s'imposer au paysage. Toute la nature attendait une réponse quelque part, attendait que les choses se remettent en marche.
-Tu n'as pas le droit de simplement m'analyser Jasper déclarais-je lentement, en le fusillant tout de même du regard. Il eut pour réponse qu'un sourire arrogant, provoquant, presque défiant. Il était injuste qu'il puisse lire si facilement en tout ce qui l'entourait sans que personne ne puisse lui rendre la pareille, lui fasse goûter de la médecine qu'il nous administrait. Paradoxalement, je le plaignais. Je le plaignais de pouvoir tout ressentir, de subir la douleur insatiable qui me tenaillait.
-Tu as toutes les raisons du monde de nous en vouloir Bella. Nous t'avons abandonné en espérant que tu oublierais nous avoir un jour rencontrés. J'ai pensé faire ce qu'il y avait de mieux pour ma famille. Quand je parle de ma famille Bella, je parle également de toi. Tu as toujours été un membre des Cullens, même humaine, quand bien même Edward aurait mis fin à votre histoire, nous avons continué à te considérer comme notre fille, Esmé et moi, au même titre qu'Alice ou Rosalie. Et nous avons espéré que tu te construirais une vie...normale, que tu aurais eu des enfants sûrement. Mais mon intention, notre intention, n'a jamais été de te faire du mal.
Le discours prononcée par Carlisle me toucha profondément et ne faisait que me conforter dans l'idée que je m'étais toujours faite de lui. La figure paternelle par excellence. Cette figure qui m'avait tant manqué ces dernières années. Mon coeur se serra à cette idée. Charlie me manquait encore atrocement. Mais Carlisle se fustigeait pour une chose dont il n'était en rien responsable. Il n'avait pas pris la décision de son fils, il n'avait fait que suivre ce choix, supportant ce dernier comme l'aurait fait tout père. Surtout, il n'avait pas à justifier ses actes. Il ne me devait rien. Esmé poursuivit, saisissant mes mains, les liant aux siennes. Sa peau était si tiède contre la mienne ce qui contrastait outrageusement avec son si chaleureux regard. Un regard empli de tendresse dont elle seule, était capable. Le simple fait de l'avoir face à moi suffisait à m'émouvoir. J'allais flancher s'ils continuaient ainsi. J'étais à peine résistante face à Edward, comment diable étais-je censée résister à Esmé?
_Nous aimerions t'avoir parmi nous. Nous voudrions que tu reprennes la place qui te revient de plein droit.
_Oui Bella! Et puis, imagines-toi toutes ses séances de shopping qu'on pourrait se faire s'exclama Alice, tapant vivement des mains tout en éclaboussant de ses jambes son époux. Ce dernier se contenta de lever les yeux au ciel avant de sourire, attendri. Il était rare de le voir si calme, si ce n'était à ces côtés. Je ne pus m'empêcher de rire en la voyant aussi extatique à cette perspective. On aurait dit une enfant à qui l'on promettait une friandise. Et pourtant, cela me semblait tout à fait une raison de ne pas emménager avec eux. Le shopping était une chose que Daniel aimait me faire faire mais dont j'aurais pu m'en passer. Je tenais juste à lui faire plaisir, à lui faire honneur. C'était un moment qui nous était réservé. Il m'arrivait de maugréer mais finissait souvent avant de finir par capituler par égard pour lui. Il m'emmenait alors dans le centre ville et me contemplait, admiratif, essayer tour à tour chaque oeuvre que nous présentait son styliste préféré. Daniel était un époux parfait. Celui dont aurait pu rêver toute jeune femme. J'avais tout simplement été indigne de lui. Mon sourire s'effaça sur cette pensée alors que le souvenir de ces moments me revenait à l'esprit.
_Cela me semble être davantage une raison pour qu'elle ne vienne pas déclara le magnifique ténor derrière moi, tentant d'être léger.
Je n'arrivais pas à supporter qu'il ait des pensées si similaires aux miennes, que l'on soit si complémentaires. Je refusais de voir nos similitudes, de voir combien ce qui nous avait un jour différencié, n'avait plus lieu d'être. Nous étions à présent si destinés à être ensemble que cela frisait l'hérésie mais c'était moi qui m'y refusait. Je ne pouvais supporter de nous imaginer ensemble. Je ne pouvais pas être avec celui qui avait brisé tant de fois mon existence.
_J'avais coutume de m'y rendre avec Daniel. Il avait réussi à me faire apprécier cette activité.
Je perçus son grognement s'élever à la mention de mon ex-mari. La jalousie l'étouffait, l'empêchait de penser rationnellement. Cela ne me ravissait que davantage.
_ Un homme doté très bon goût opina Alice.
Je lui souris, reconnaissante. Je me souvenais encore de sa réaction lorsqu'elle avait eu l'occasion de jeter un coup d'oeil sur ma garde robe. Ils étaient même censés s'y rendre ensemble. Le temps demeurait toujours aussi figé, aussi artificiel. Les paysages étaient stoïques, craignant de se manifester de nouveau. Peut-être tout cela, n'était que le reflet de ce qui se déroulait en moi. Je m'éternisais, m'enlisais dans mon propre désespoir.
_ Les choses changent Edward. Tu devrais le savoir mieux que quiconque continuais-je en me retournant lentement vers l'intéressé, serrant légèrement les poings. Je sentais les membres de sa famille se rapprocher silencieusement autour de nous, de peur que je ne commette l'impair. Quel sorte d'impair aurais-je pu commettre? N'étions-nous pas censés être immortel? De plus, je n'aurais jamais pu avoir la force de le détruire, la force qu'il avait eu de me faire subir les plus atroces souffrances. Toute son attention était fixé sur moi alors qu'il quittait son tronc et ne fasse quelques pas vers moi. Instinctivement, je reculais simultanément. Que nous était-il arrivé pour que nous en arrivions là? Son regard ambre, délicat laissa refléter une secrète panique ce que prouva ses gestes. Ses doigts firent mine de me retenir avant qu'il ne referme son poing.
_Certaines choses restent cependant immuables, tu en as également conscience reprit-il.
_Parles-tu de ton incroyable égoïsme, ton insupportable arrogance ou de ton imperturbable orgueil? M'enquis-je comme si nous conversions du bon temps. Je réussis même à ponctuer cette pique, d'une légère inclinaison de la tête sur le côté, presque innocente. Mais il les reçut comme si j'avais vociféré de véritables invectives et je vis ses sourcils se froncer alors qu'il passait une main dans ses cheveux. C'était une mimique qui lui était propre et qui me ramenait, à travers le voile de mes souvenirs d'humaines, dans une splendide clairière, un tantinet insouciant.
_ Votre proposition me touche énormément, déclarais-je en me tournant vers Esmé et Carlisle, m'arrachant aux vortex qu'étaient les yeux de cet Apollon. Mais je ne saurais accepter. Il y a certaines choses qu'il me reste à faire.
_ Tu pourrais t'installer chez nous et te rendre où bon te semblera, tu n'auras même pas à te justifier répliqua Esmé, inquiète au plus haut point. J'étais si désolée de lui faire subir cela mais je savais que c'était nécessaire. Une rupture brutale était exactement ce qu'il nous fallait surtout pour ce que je comptais réellement faire. Cette femme si bonne ne méritait pas que je lui inflige cela, que je l'ampute d'un de ses enfants comme elle me considérait. Mais l'éternité ne m'intéressait plus. Je ne saurais en supporter davantage. Ce que j'avais cru impossible était arrivé.
_Elle a tout simplement décidé de mettre fin à ses jours. C'est cela qui hante constamment ses pensées gronda Edward, ses yeux s'assombrissant soudainement.
De fabuleuses onyx faisaient paraître encore plus proéminente, les cernes qui soulignaient ses yeux. Depuis quand ne s'était-il pas nourri? Depuis quand n'en avais-je fait de même? Cela me semblait être une éternité. Etrangement, je ne ressentais rien. Aucune faim. Comme si j'étais réellement morte de l'intérieure. Je le dardais du regard, indifférente à ce qu'il venait d'énoncer, comme si cela ne m'affectait pas. De toute manière, quoiqu'ils pouvaient en dire, je n'en aurais cure. Il espérait peut être qu'ils sauraient me faire changer d'avis, là où il avait lamentablement échoué.
_De quoi parle-t-il Bella ? Releva Alice, en apparaissant soudainement à mes côtés. Elle ne sut détourner mon attention de son Éphèbe de frère. Nous étions dans une sorte de bataille silencieuse, nous défiant simultanément, nous narguant ostensiblement.
_Après le départ de son...Daniel, elle a prit cette résolution, pensant être saine d'esprit en agissant de la sorte poursuivit ce dernier, toujours aussi incisif.
_Et comment comptais-tu faire cela ? Répliquait Rosalie avec ironie.
_Je pourrais toujours demander aux Volturis.
Un silence suivit cette déclaration alors que je voyais dans le regard d'Edward, de l'ébahissement. Se souvenait-il de ce jour-là? De ce que nous nous étions dit? Savait-il qu'il m'avait donné inconsciemment le remède à toutes mes blessures?
_Qui a pu te mettre une telle idée dans la tête? M'interrogea Carlisle.
Je pouvais parfaitement imaginer son regard se fixer sur celui de son fils. Il connaissait la réponse qui n'était donc que purement rhétorique. Leur affairement me confortait dans l'idée que les Volturis seraient capables de me détruire. D'une seule demande, cela me paraissait tout du moins impossible. Ils ne me tueraient pas si facilement. Ils allaient sûrement attendre quelque chose en retour. Une contrepartie.
_De tous ce que j'ai pu te dire, ce fut tout ce que tu as retenu... Le moyen de mettre fin à tes jours. Bon sang! Tu ne t'étais donc rendu compte de rien Bella. L'amour que je te portais, et que je continue à te porter, aurait pu me pousser aux pires retranchements.
Il s'était rapproché de plusieurs pas, quasi-dément alors que sa fureur n'avait d'égale que sa propre hystérie. Il semblait si effrayé que je ne m'exécute, si peur de me perdre.
_Tu es la plus belle part de moi-même Bella. Tu l'as toujours été, humaine ou vampire. Rien ne m'aurait affecté tant que tu demeurerais à mes côtés. Ces dernières décennies, je n'étais qu'un simple cadavre errant, plus rien ne m'habitait. Il a suffit que...que tu sois là, simplement là pour me rendre...
_Tu as détruit ce que j'avais de plus cher Edward, l'interrompis-je brusquement, émettant à haute voix ce que je lui avais tant tût. Mes paroles claquèrent dans l'atmosphère silencieuse qui se traînait depuis que nous étions arrivés en ce lieu aussi sinistre qu'éprouvant. J'en avais assez de tout cela, de ces faux semblants, de ces mots dépourvus de sens. Peu m'importait que les centaines de vampires tout près de moi entendent mes éclats. J'en avais assez de m'effacer devant Edward Cullen, de me taire face à ses agressions. Je voulais mettre un terme à tout cela, à ce qu'il y avait eut et ce qu'il pensait pouvoir y avoir.
_Edward, ce que je suis devenue, c'est à toi que je le dois. Une vampire divorcée, esseulée. Tu as détruit la moindre once de joie que j'ai pu connaître, m'enlevant d'abord ma famille, mes amis et Daniel. Il n'était pas toi, Edward. C'était ce que je lui avais toujours reproché. Je n'arrivais pas à être pleinement son épouse puisque mon être tout entier t'était dévoué. Je n'arrivais pas à être totalement satisfaite de cet époux sensationnel tant mon désir d'être près de toi était omniprésent. Je t'ai aimé Edward d'un amour sans limite, au point que cela frisait la folie, l'hérésie. Cet amour transcendant me brisait à chaque seconde et pourtant je continuais à le porter aveuglément, naïvement.
Je t'ai aimé Edward... immensément. Aujourd'hui encore, j'ai dû mal à te regarder dans les yeux sans sentir chaque atome de mon corps tendre vers toi, sans que mon cœur silencieux ne se débatte de toutes ses forces, sans que mon âme ne reconnaisse la sienne...Mais il m'est impossible de t'aimer sans te haïr...Ma vie avant toi n'était pas parfaite mais elle valait le coup d'être vécu...A présent...L'éternité ne m'intéresse plus. Quoique je décide de faire, je te demanderais de ne pas intervenir. Si tu m'aimes Edward, comme tu le prétends, retournes avec tes parents, ta famille à Forks et laisses moi faire mes propres choix pour une fois. Laisses moi décider de mon sort...S'il te plaît Edward...Va-t-en murmurais-je à mi-voix avant de détacher mes yeux de ses prunelles onyx, emplies de désespoir et de prendre lentement le chemin qui me ramènerait au château. Les sanglots d'Esmé et Alice n'avaient pour seul réponse mes propres sanglots...Des sanglots saccadés et douloureux...Inhumains.
_Cela ne peut pas se finir ainsi Bella...
Il apparut soudainement devant moi, saisissant brusquement mes épaules et me secouant sans leste. Peu lui importait de me faire du mal, de me voir souffrir tant il était obnubilé par sa propre douleur. Il avait peur...Peur de me perdre. Il souffrait mais cela ne me satisfaisait plus. Le jeu était terminé et aucune des parties ne voulait le relancer. Elles avaient toutes deux bien trop perdus.
_Que dois-je faire Bella pour t'en dissuader ? Veux-tu me voir périr ? Veux-tu être celle qui me démembrera ? J'y consentirais Bella sans discussion. Prends donc mon éternité, elle ne vaut rien si tu n'existes plus. Trouves le bonheur auprès d'autres hommes si en cela réside ton désir. Je suis prêt à te mener près de Daniel et de disparaître tant que tu es en vie...
J'avais tant de mal à le contempler, dévasté devant moi. Il nous faisait du mal à tous les deux en réagissant ainsi. Il signait notre arrêt de mort en réagissant de la sorte. Il fallait que l'un de nous deux arrêtent l'autre ou que l'un de nos spectateurs interviennent. Nous n'en sortirions de toute façon pas indemnes. Je sentis sa poigne sur ma peau mais n'arrivais pas à percevoir de douleur tant j'étais obnubilée par son contact, sa tiédeur...Par Edward, bon sang. Il était si près de moi que je pouvais sentir son souffle, que son odeur m'embaumait, que son contact m'électrisait. Cette proximité me détruisait...Mais j'en avais besoin. J'étais une droguée qui ne pouvait et qui ne voulait se voir priver de sa dose d'héroïne.
_Edward...
Ma voix se mit à flancher au plus mauvais moment, révélant mon trouble à cet amant.
_Je t'aime Bella...s'exclama-t-il en me prenant soudainement dans ses bras, me barricadant au plus près de son cœur, rassemblant les morceaux disséminés de mon être. Et comme à chaque fois que j'étais à ses côtés...Je revivais.
L'air autour de nous soufflait dans mes cheveux, les ébouriffant davantage alors que le ruissellement de l'eau nous était plus percevable. Quelques animaux se promenaient dans le paysage alors que je renaissais au sein du plus adorable des détestables. Mon corps, retrouvant ses marques, répondit à cette étreinte et mes bras, incontrôlables, enlacèrent son cou.
J'étais censée lui en vouloir, le haïr de tout mon être. Mais comment être capable lorsque vous étiez face à l'être que vous aimiez plus que vous-même, que vous avez toujours attendu et que vous espériez ne jamais quitter ?
Comment l'être quand je le sentais humer la peau de mon cou, là où une cinquantaine d'année auparavant, une morsure m'avait été administrée ? Quand je sentais ses muscles se tendre au moindre de mes gestes de peur que je ne le repousse ? Quand je sentais son parfum se mélanger parfaitement avec le mien ou sa chaleur s'imposer contre mon corps ?
Comment lui en vouloir alors que je ne voulais que l'aimer ?
Aussi puissant était l'amour que je lui portais...Je ne pouvais pas. Je relâchais lentement son cou, laissant ma peau s'attardait le plus longtemps possible contre la sienne avant de poser mes mains sur ses bras et l'obliger à me relâcher...Il comprit mon intention et au lieu d'y faire suite, il resserra son étreinte, me rapprochant totalement à lui alors que son autre main se faisait un trajet jusqu'à mon visage. Fronçant les sourcils, je tentais de me débattre mais il ne semblait vouloir fléchir.
_Edward, que fais-tu ?
Ses doigts caressèrent la ligne de ma mâchoire se dirigeant vers ma tempe avant de faire le chemin inverse, laissant dans leur sillage, une tracée de feu, incontrôlable.
_Relâches moi immédiatement assénais-je alors qu'il se saisissait de mon menton.
Je plantais mes ongles sur son torse, espérant lui faire lâcher prise. Mais il tint beau, relevant mon menton pour que je ne puisse me détacher de ses yeux. Il savait parfaitement l'effet qu'il me faisait et il en usait indécemment. Je fermais les yeux pour ne pas le satisfaire, alors que mes poings heurtaient son torse en un rythme irrégulier.
Soudain... Tout fut fini...
Tous mes efforts pour ne plus aimer Edward, pour ne serais-ce que penser à lui furent réduit à néant dès l'instant où ses lèvres s'emparèrent des miennes, dès l'instant où j'entendis un soupir de contentement franchir mes lèvres, dès le moment où mes mains fourragèrent dans ses cheveux, où son corps se pressa davantage contre le mien.
Car dès l'instant où je sentis ses lèvres envelopper les miennes...Je sus que je ne saurais m'en passer désormais, que c'était ainsi que je voulais être réveillé chaque matin, avec cela « m'endormir » chaque soir, que c'était de lui que j'avais besoin.
Plus rien n'aurait eu d'importance à l'instant tant j'étais absorbée par le plaisir qu'il me procurait, tant j'étais alerte aux sensations qui m'éveillait. Je les revoyais à travers le voile sombre de mes souvenirs mais elles semblaient tant altérés par rapport à ce que je vivais à l'instant, à ce que je sentais maintenant.
Je n'avais pas eu conscience que nous avions bougé que lorsque je sentis mon dos heurter doucement le tronc d'un arbre à nos côtés. Ce fut à ce moment là que les lèvres d'Edward quittèrent les miennes pour parcourir mon cou alors que sa main remontait avec assurance ma jambe pour la placer contre son flanc. Je dus mordre ma lèvre inférieure pour retenir le gémissement qui menaçait de franchir mes lèvres lorsqu'il mordit le lobe de mon oreille.
Cependant, un certain malaise s'éprit de moi lorsque sa main se fit plus entreprenante sur ma cuisse, remontant de plus en plus. Un malaise qui me ramena à la raison de notre présence ici, que me fit me remémorer les instants précédents et qui ramena cette animosité que je portais envers mon amant. Je le repoussais lentement d'abord avant d'y mettre davantage de force ce qui le fit reculer de plusieurs pas...Il me fallut du temps pour reprendre mes esprits, me détachant de l'arbre et jeter un regard alentour. Nous étions seul...D'où l'emportement d'Edward. Quand nous avaient-ils laissé ? Bon sang ! Ils avaient dû se faire de fausses idées, pensant que nous nous remettrions ensembles, que cela n'était qu'un prolepse de l'avenir radieux qui nous attendait. Mais cela était impossible...Impossible...Pas après toutes ces années.
Cela me força à faire face à Edward...Celui-ci me contemplait toujours avec à présent une note d'appréhension. Je savais si bien lire en lui...Nous étions si parfaits ensembles...si complémentaires. J'aurais dû m'emporter...Lui hurler les pires insanités. Il s'attendait à cela peut-être...Mais je ne pouvais pas...Je ne pouvais rien dire après avoir vécu tout cela. Je me rapprochais lentement de lui, me laissant le temps de déterminer ma réaction. Je levais la main gauche, celle du cœur, dans l'espoir d'être capable de le gifler, de lui faire du mal mais je ne pus que la poser sur sa joue comme une sorte de tape amicale avant d'avoir un sourire navré.
_Nous aurions pu être parfaits ensemble...
_C'est de ma faute...Je n'ai pas su te retenir. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée.
_Oui...C'est de ta faute. Nous aurions pu être heureux.
_Viens vivre auprès de nous. Je serais moins inquiet de te savoir à nos côtés.
_Je ne peux pas Edward...
_Rien ne se passera entre nous, je te le promets. Je n'essayerais plus rien...Je veux juste te savoir saine et sauve.
J'allais répliquer lorsqu'il apposa un doigt sur mes lèvres, m'en empêchant, avant de caresser ma lippe inférieure de son pouce, s'y attardant davantage. Je le contemplais, circonspecte dans le cas où il tenterait quelque chose. Il se contenta de me sourire, de son si parfait sourire.
_Nous quittons demain à l'aube. Rejoins nous si tu le souhaites... Sinon...Je te dis Adieu, ici, dans ce jardin d'Italie. Je t'aime Bella. Je ne chercherais pas à te faire changer d'avis. Je tenais juste à te dire que quelque soit ta décision...Je ne serais pas loin. Si tu décides d'attenter à tes jours, je te suivrais. Dans le cas contraire, je te laisserais mener ta vie comme tu l'entends en gardant un œil sur toi, à distance. Très grande cette distance. Tu es le plus bel crépuscule de ma vie Bella...Cette aube déchirant qui a su brisé les éclipses de ma vie en les transformant en de sublimes nouvelles lunes.
Il s'en alla sur ces derniers mots, retournant au château et me laissant, ébahi dans « ce jardin d'Italie ». Mes genoux touchèrent le sol en un bruit mat alors que mes mains recouvraient mon visage étourdi par Edward...Bouleversé par mon amant.
