Point de vue de Bella :
L'aube n'était plus très loin. Déjà ses longs doigts se faufilaient dans les jardins du domaine, éveillant tout être vivant de ses douces caresses. Son odeur embaumait l'espace, envahissait le temps. Son regard bravait les plus audacieux ténèbres, les forçant à se retirer sans faire suite. Et sur nos lèvres, nous pouvions goûter à son délicieux nectar quoique ce matin teinté d'amertume. Nous étions le septième jour. Dans quelques heures, j'allais devoir sortir et faire mes adieux aux Volturis, les remercier de leur invitation. J'allais devoir échanger des banalités avec les quelques amitiés que j'avais lié ici, ignorant encore si mon infidélité à un vampire exceptionnel me serait reproché. Ignorant surtout et toujours, bien qu'ayant cru être décidée, si je répondrais positivement à la proposition des Cullens. Celle sous-tendue d'Edward.
Tu es le plus bel crépuscule de ma vie Bella...Cette aube déchirant qui a su brisé les éclipses de ma vie en les transformant en de sublimes nouvelles lunes -Edward-.
Comment pouvait-il me dire telle chose après un siècle de silence ? J'étais déboussolée, perdue mais également furieuse. Furieuse qu'il m'eut menti, furieuse d'y avoir cru si vite tant j'avais si peu confiance en moi, furieuse surtout de ne pas avoir mieux su le retenir. J'en avais beaucoup voulu à Edward pour cette rupture brutale et à dire vrai, je lui en voulais encore immensément. Mais j'avais également eu tort. Était-ce vraiment aimé que d'accepter aussi facilement le retrait de son aimé ? J'aurais dû me montrer plus combative, il aurait peut-être flanché. J'aurais pu deviner qu'il mentait.
Cela n'excusait évidemment pas l'attitude d'Edward mais ne faisait que confirmer que j'étais également en tort.
Nous nous aimions. Cela n'aurait-il pas dû être simple ? Vampire ou Humaine, j'étais certaine que si nous avions mis un peu plus de nous-mêmes dans cette relation, si nous y avions cru davantage, si nous avions eu plus de foi en nous, nous n'en serions pas là. Mais nous étions trop emplis de doutes, d'incertitudes. De nos erreurs, nous en tirions aujourd'hui le maximum de souffrance.
Tu es celle que j'attendais, que j'ai toujours attendu. Bella, je t'aime et tu ne saurais changer cela -Edward-.
J'avais eu toute la nuit pour y repenser, pour peser sur la balance de la justice mon lot d'erreurs. Mais avais-je jugé cela suffisant pour revenir auprès d'Edward ? Non. Je ne me sentais pas à commettre davantage d'erreurs. Il nous était impossible d'être de nouveau ensemble. Je me sentais tenue d'une obligation de fidélité envers Daniel pour toutes ses années où je l'avais trompé silencieusement. Mais surtout, après toutes ses années, comment aurais-je pu vivre aussi naturellement avec Edward ? Cela me paraissait bien trop...facile ? Il m'avait détruite, me laissant quasi inerte sur le bord de la route. Ce n'était pas quelque chose que nous pouvions facilement oublié. Ce n'était pas être rancunière, c'était une question de préservation. Il pouvait m'avoir toujours aimé, il n'empêchait que j'avais connu mon lot de douleur avec Edward Cullen.
Mais il y a une chose, une simple chose qui restera en moi quoiqu'il advienne, une chose que je nourris depuis la première fois qu'on s'est rencontré à Forks High School dans ce laboratoire de biologie...la certitude de mon amour envers toi, sincère, pure et immuable -Edward-.
Mes affaires étaient soigneusement pliées dans les valises posées sagement près de la porte. Pour clôturer la convention, j'avais choisi un jean surmontée d'un corset gris et d'une paire de bottes de la même teinte. C'était une des tenues que Daniel préférait. J'avais délicatement ramené mes cheveux en une couette haute qui laissait mes épaules libres de subir l'assaut de l'aurore. J'avais surtout souhaité l'honorer une dernière fois, comme s'il avait été là. J'avais dans l'idée d'aller à Larissa, non pas pour le reconquérir mais surtout pour lui parler une dernière fois. Il m'avait assuré que nous resterions amis mais je savais que cela ne serait guère aisé. Je voulais juste le voir avant...de m'en aller. Disparaître de cette terre ? Je n'en étais pas certaine. J'avais bien trop peur de ce qu'il m'attendrait de l'autre côté, le néant sûrement. Je souhaitais d'abord voir de magnifiques paysages...Pourquoi pas entreprendre un voyage ? Faire un tour du monde avant de revenir à Volterra et me laisser détruire par les maîtres de ces lieux. Je n'avais rien connu en un siècle d'existence. J'avais été une amie, une petite amie, une épouse mais je n'avais pas eu le temps d'être habitant de la planète. Je n'avais rien vu, souhaitant tellement me reconstruire, demeurer près de mon époux. Divorcée, je voulais partir un peu plus dignement en me disant que j'avais bien vécu. J'irais d'abord à Forks puis à Larissa avant de voler un peu partout. Visiter le continent africain pourquoi pas ?
J'avais presque envie de me défigurer à cette pensée. Non pas visiter le continent africain qui devait être merveilleux mais à la pensée que je pouvais vouloir voyager comme si je méritais encore une quiétude mais surtout comme si j'avais encore la force de vivre loin d'Edward. Je pouvais toujours rejoindre les Cullen. Demeurer dans le sillage d'Edward tout en évitant au maximum d'aller plus loin. Mais cela me paraissait bien trop improbable. Il l'avait lui-même dit.
Je te jure Bella Swan, qu'aujourd'hui et à tout jamais, je serais présent que tu veuilles de moi ou non -Edward-.
Même si je pouvais prétendre ne pas vouloir de lui, il aurait toujours besoin d'être près de moi. Comme dans les « coulisses » de ma vie. Et j'avais peur qu'en le côtoyant si souvent, je me retrouve à le vouloir au-devant de la scène. Pourquoi cela serait aussi horrible après tout ? J'étais seule, lui aussi. Plus aucun engagement nous liait. Et peut-être que dans quelques années, je lui aurais totalement pardonnée. Mais je n'arrivais pas à imaginer cela. Je n'arrivais pas à nous imaginer heureux.
L'amour que Roméo porte à Juliette n'est qu'infime face à l'amour que j'ai un jour porté. Et si moi, je n'avais pas recouru à la mort, c'était par pure pénitence. Car si j'étais mort, ma fin aurait été trop facile face aux souffrances que j'ai occasionnées -Edward-.
Nous serions comme Roméo et Juliette et nous nous porterions malheur. Séparés, nous avions plus de chance de ne plus souffrir même si nous souffririons énormément de l'absence de l'autre. Je serais dévastée, prête à mourir tant la souffrance serait intenable plutôt que de risquer d'aimer Edward et de souffrir de manière plus mesurée ? Je ne me reconnais même plus. En réalité, je ne savais plus ce que je voulais. Il avait réussi à faire cela de moi, à me rendre presque étrangère à mes propres émotions. Je ne contrôlais plus rien. Et c'était surtout cela qui me faisait peur. Avec Edward, je ne connaissais aucune limite. Je l'aimais en excès, l'adorais à en devenir boulimique. Et vampire, ce serait pire qu'étant humaine. Je dépendrais immensément de lui, le voudrais pour l'éternité et je finirais par en crever s'il m'abandonnait de nouveau.
C'était cela l'issue. La mort. Était-ce à cela que se résumaient nos vies ? A en deviner la fin ?
Il serait une part de moi, indélébile et fondue en moi.
Tu es la plus belle part de moi-même Bella -Edward -.
Et il serait la plus belle part de moi-même.
Certains vampires quittaient déjà le château et d'autres étaient déjà parties. Leur route était longue et ils espéraient arriver à destination avant que le soleil ne soit au Zénith et que le secret de leur nature ne soit trop en danger. Il serait idiot de sortir de cette convention en bons termes avec les Volturis pour y entrer en criminel et se faire lapider et massacrer par eux. Un soir, ami et l'autre, condamné.
Posant mon front contre la vitre, je regardais pour la dernière fois, le magnifique paysage qui s'étalait devant moi. Je ne souhaitais plus le revoir comme je ne remettrais les pieds en ce lieu que pour mon unique fin. En d'autres circonstances et jusque là, je ne verrais plus ce paysage. Cela m'était douloureux parce que ce n'était qu'un rappel de tout ce que j'avais pu perdre durant cette maudite convention, durant ces sept jours. Sept jours qui entamèrent mon éternité.
J'ai toujours su que c'était lui que tu rejoignais lors de tes rêveries, que c'était lui que tu aurais préféré serrer contre toi, embrasser -Daniel-.
Qu'allais-je faire ? Qu'adviendra-t-il de moi ? Avais-je réellement envie de mourir ? De tout quitter ? Ne serait pas fabuleux, de retourner là où tout avait commencé et prendre un nouveau départ ? Je n'aurais pas Edward mais j'aurais une famille...Ce dont j'avais été privé durant si longtemps. Je pourrais habiter dans la maison de mon père. Si elle avait été venu, je la rachèterais. Je ne serais pas loin des Cullen et je serais à Forks. Là où j'aurais dû m'éteindre. Cette petite bourgade était devenu mon chez moi. Et c'était là où je souhaitais retourner. Mais j'étais si hésitante. Comment pourrais-je y demeurer tout simplement en omettant le siècle qui s'était écoulé ? Siècle où j'avais évolué à Larissa, j'avais aimé Larissa et m'étais sentie comme chez moi. Mais en réalité, Larissa n'était pas chez moi. C'était la demeure de Bella Morandini. De cette femme qui avait tout eu mais qui n'avait pas su le conserver. Et je n'étais plus cette femme. J'étais redevenue une Swan (du moins je le redeviendrais). Et Bella Swan appartenait à Forks, là où elle avait connu ses premiers jours, son premier amour, sa première déception, sa première mort, sa première (et dernière renaissance). Forks était ma maison. Et personne n'avait le droit de m'empêcher de retourner chez moi. Et je voulais retourner chez moi. Je voulais me rappeler de Charlie, me souvenir de ces silences maladroits, de ses attentions adorables tout en regrettant de n'avoir pas été davantage là pour lui et d'avoir cru qu'il était éternel. Je voulais retourner à Forks et retrouver celle que j'avais laissé et que j'avais tant besoin de retrouver. Bella Swan était une fille banale, une enfant sage, une élève moyenne, une petite amie médiocre et une amie assez effacée. Mais elle avait eu une vie. Pas parfaite mais une vie. J'aimerais ravoir cette vie. Aller au lycée, faire mes devoirs, sortir avec des amis, discuter avec des voisins, me disputer avec le facteur ou le laitier ou le livreur de journaux, faire les courses, être bénévole dans une association à but non lucratif, étudier, changer le monde, rêver, sourire, rire...Vivre.
Même si je ne pouvais avoir tout cela, même si je serais condamnée à faire attention à chacun de mes pas, à dissimuler mes faux pas et ma nature, je voulais retrouver cela. Ce ne serait pas facile mais...Au final, il y avait forcément quelque chose de juste et de bon qui m'attendait. J'avais longtemps vécu exilé à Larissa, je pouvais vivre de manière moyennement exposée à Forks. Cela sonnait merveilleusement bien. Mais j'avais appris à me méfier du merveilleux. Je faisais plutôt partie du mauvais côté du merveilleux.
Dans un réflexe acquis, il y avait de cela bien longtemps, et tout à ma réflexion, j'avais souhaité triturer mon alliance comme je le faisais auparavant. Caressant mon annulaire nu, je me souvins de ces mots qu'il avait prononcé.
Bella… Si je t'avais fait ma demande ce soir là où nous nous sommes unis comme je pensais le faire, aurais-tu accepté ? Aurais-tu consentis à unir ta vie à la mienne ? -Edward-
Si Edward avait déposé un genou à terre pour me demander d'être son épouse, de vivre éternellement à ses côtés ? J'aurais accepté. J'aurais été réticente quant au mariage. Mais j'aurais finalement accepté tant j'aurais été heureuse de demeurer à ses côtés.
Je me souvins alors de notre première fois. Les Cullen avaient souhaiter faire une énorme partie de chasse qui devait durer toute la nuit. Ils étaient excités par cet aventure et Jasper et Emmett s'étaient énormément renseignés sur les lieux disponibles non loin de Forks, proposant des carnivores et n'étant pas fréquentés par les humains. Tous étaient du voyage sauf Edward. Il avait préféré demeurer avec moi à Forks, souhaitant faire quelque « chose d'humain pour une fois ». Il n'avait évidemment pas prévu cela. Il pensait juste à une soirée pop corn (pour moi) et cinéma. L'idée était bonne, je fêtais mon anniversaire dans quelques jours. Et le sujet de ma transformation était ce qui nous séparait depuis quelques temps. Me retrouver seul avec lui était ce dont nous avions besoin. Emmett nous avait charrié mais ce fut sans conséquence. Nous savions que rien ne se passerait. Edward était entreprenant mais excessivement prudent.
Alice avait réussi à convaincre mon père de me laisser dormir chez elle. Une sorte de pyjama party. La soirée se passait très bien, nous avions ri, beaucoup ri de ce que je me souviens à travers le voile sombre de mes souvenirs. Mais celui-ci était marquant, important et j'avais souhaité le conserver en moi, pour toujours. Nous étions à l'aise ensemble. Plus tard, nous étions montés dans sa chambre, tout aussi innocemment. J'y avais trouvé un lit. Il m'avait expliqué que c'était pour toutes les fois où je demeurerais ici, il souhaitait que j'eus une couche que je méritais. Je l'avais remercié, nous nous étions embrassés. J'avais perdu pied, lui non. J'avais souhaité aller plus loin, lui non. Il m'avait blessé par son rejet, j'avais souhaité me retirer. Il avait tenté de s'amender, arguant qu'il ne souhaitait pas me blesser. Je lui avais alors intimer de me transformer et tous nos problèmes seraient réglés. Une nouvelle dispute avait éclaté. Moi têtue, lui borné. Stupide et bouleversée, je me suis mise à pleurer. Et Edward, mon Edward attentionné s'est mis à me consoler. Il s'était longuement tu, perdu dans ses pensées. Il avait alors promis d'essayer tout en fixant la table de chevet à mes côtés. Et nous avions essayé.
Cela avait été fantastique même si mon visage était baigné de larmes, qu'il se retenait au départ. Cela avait finalement été merveilleux. Après cela, notre relation m'était parue idyllique. Nous n'arrivions pas à être l'un sans l'autre. J'avais ce besoin de lui constamment.
S'il m'avait demander de l'épouser, j'aurais accepté. S'il avait eu le courage d'ouvrir le tiroir de sa table de chevet, j'aurais déposé mon destin à ses pieds.
Point de vue d'Edward :
Je l'aimais.
Cela avait été ma plus grande faiblesse: L'aimer jusqu'à en perdre la raison. La nouvelle de sa mort m'avait anéantie quelques années auparavant, je n'avais plus aucune raison de poursuivre cette éternité sans elle, sans la savoir saine et sauve quelque part dans ce monde. J'avais cru qu'elle m'oublierait, qu'elle se ferait une nouvelle vie, qu'un autre homme l'aimerait même si cela me brûlait de l'intérieur, la douleur ne me laissait aucun répit. Mais apprendre qu'elle n'était plus, que le monde ne bénéficierait plus de son sourire, de sa présence et de sa sublime personnalité m'anéantissait, qu'elle ne respire plus le même air que le mien, bien qu'il me fut inutile, qu'elle ne puisse plus voir le crépuscule, me détruisait.
Et j'aurais tant souhaité la rejoindre dans le trépas mais cela serait trop aisé. Cela me serait trop facile alors que j'avais été la cause de sa mort. Alice m'avait avoué l'avoir vu succombé aux canines d'un vampire. Elle avait péri de l'assaut de celui dont je voulais tant la protéger, de la créature la plus monstrueuse qui puisse exister, l'ultime prédateur.
Et la voici, aujourd'hui, quelque part dans ce château, à se replier dans une douleur dont j'étais de nouveau la cause. Lorsque je l'avais aperçu dans cette convention, c'était comme si chaque partie de celui que j'étais reconnaissait son exacte réplique, sa parfaite sœur. Et tout ce que j'aurais souhaité ce fut de la prendre dans mes bras, de sentir de nouveau la sensation de sa personne contre la mienne, l'entendre vivante même si ce n'était plus vraiment une vie.
Je voulais démesurément la retrouver, m'excuser d'avoir été si piètre amoureux, amant. De l'avoir tant détruise. J'avais souhaité mettre un genou à terre et l'implorer de me laisser déposer à ses pieds, mon destin tout entier.
Mais elle n'avait pas été seule.
Mariée. Cela avait été la pire chose qui puisse nous arriver. Et son époux n'y était pour rien. Il était charmant et j'aurais aimé ne pas lui en vouloir. Mais il détenait les plus nobles sentiments de celle que j'adorais. Alors je m'étais mis à le haïr d'une haine qui avait teinté ma vie dans cette convention d'amertume. Je m'étais mis à le jalouser de manière si humaine que cela en frisait l'ironie. Je m'étais mis à l'envier de pouvoir vivre cette histoire qui m'avait été autant interdite, que je n'avais su maintenir.
Bella Swan était la plus belle erreur de ma vie. Celle que je n'aurais jamais souhaité rectifier et qu'à chaque nouvelle vie, j'aurais souhaité continuer à commettre tant que ce fut elle et tant que ce fut nous. C'était cette sublime part de moi-même, cette mirifique essence de mon essentiel. Si la damnation m'avait paru obscure et détestable, avec elle, mon éternité me paraissait bien plus belle. Je redevenais humain entre ses mains et mon cœur semblait battre à vive allure à ses côtés.
Bella Swan était mon unique et éternel amour. Et dans l'autel des amoureux, je continuerais à lui vouer la plus vive admiration. Elle était celle que je voulais. Humaine ou Vampire, peu m'importait. Je voulais l'aimer à chaque nouvelle aube sans aucun scrupule ni retenue. Je voulais lui offrir un avenir, une destinée. Je voulais la protéger, être ce rocher sur lequel elle pouvait se reposer. Je voulais qu'elle puisse croire en moi, se confier à moi. Je voulais tout savoir d'elle. Je la voulais, elle.
En ce septième jour, j'en étais là, dans les appartements conférés par les Volturis, appréciant la magnificence du domaine sous mes yeux. L'aube était proche. Non. Elle était déjà là. Bientôt, ma famille et moi devrions quitter le somptueux domaine.
En une nuit, nous n'avions eu aucune nouvelle d'elle. Et Alice ne pouvait savoir ce qu'elle eut décidé. Ce qui me frustrait intensément.
Elle ne viendrait pas, je le savais au fond de moi même si je ne pouvais m'empêcher de le souhaiter grandement, prêt à me plier au joug du destin s'il pouvait la placer dans mon éternité. Mais elle ne viendrait pas parce que je la connaissais, que c'était ce que j'aimais en elle. Son esprit buté, sa détermination mais surtout sa loyauté. Celle qui avait fait qu'elle porte des prunelles aussi dorées, qu'elle souhaite retourner à Forks faire ses adieux à son père, celle qu'elle vouait à son ancien époux et qui l'empêchait de me suivre aveuglément. Mais surtout la loyauté qu'elle se portait à elle-même, du moins à celle qu'elle avait été et que j'avais tant détruite. Elle ne pouvait oublier toutes ses années comme je ne pouvais me pardonner.
J'espérais néanmoins qu'elle m'eut crû sur un point. Je voulais être certain que de mon amour, elle ne doutait point. De ma passion, elle n'en pensait moins. Je voulais qu'elle sache tout simplement que même si elle ne souhaitait de ma présence, je la suivrais par-delà le monde pour l'empêcher de le quitter.
J'avais connu la sensation de sa perte une fois. Cette folie me suffisait. Il n'y aura pas de prochaine fois à moins que je ne l'y suive sans aucune once d'hésitation car où qu'elle soit, cela ne saurait être autre que mon paradis. C'était la définition que je donnais de cette croyance. Mon paradis était là où reposerait éternellement Bella Swan.
Il nous faut partir, Edward. *Carlisle*
Il était temps. Tout se jouerait dans nos ultimes instants. Elle pouvait souhaiter notre présence ou ne souhaitait que celle de ma famille ou ne souhaitait ni l'une ni l'autre et me condamner à subir son absence et voir défiler son éternité en tant que spectateur. Ce qui me paraissait tant insupportable. Cette simple idée me révulsait même si je me savais d'aucun droit sur son existence. J'en avais bien assez fait. Elle l'avait souligné. Mais c'était comme avoir eu un immense trou béant durant près d'un siècle, légèrement recouvert par l'illusion de sa présence ces derniers jours avant de se rouvrir d'une manière si outrageuse et douloureuse en cet instant. Les lèvres de mon unique plaie s'amusaient, dans l'attente de ce qu'il adviendrait de mon existence, à se déchirer davantage comme un bout de tissu, une faible membrane, se promenant à leur aise à l'intérieur et à l'extérieur de ce gouffre qu'avait laissé mon cœur là où Bella Swan l'avait un jour recomposée.
Le vide que je ressentais suffisait à remplir ce trou béant là où mon cœur avait péri, décomposé.
Le pire dans tout cela, c'était que j'étais l'unique fautif. Mon avenir aurait pu être radieux si j'avais su la transformer à tant, si j'avais été moins réticent à l'inclure complètement et légitiment dans ma vie. Si je lui avais fait ma demande. Pour ma défense, j'étais amoureux. Comment vouloir la perdition de celle que j'adorais ? Comment aurais-je pu imaginer lui retirer son âme ? La condamner à une éternité de froid et de glace ? La soustraire au joug de la Divinité ? La Damner tout simplement. Comment aurais-je pu être encore plus monstrueux que je l'étais déjà ?
Edward, elle viendra j'en suis certaine *Alice *
_Non Alice...Pourrais-tu pardonner à Jasper s'il avait commis tant d'infamies, t'avait infligé une telle douleur ?
Evidemment *Alice *
Il faudrait que la folie se soit épris d'elle *Rosalie *
Oui Rosalie. Ne m'épargnes pas encore une fois. Tu commences à l'apprécier. Mais surtout, tu as déjà eu à souffrir. Un homme t'a déjà fait souffrir. Tu as été transformé contre ta volonté. A présent, le destin de Bella Swan te paraît étrangement uni au tien.
Je me détournais des hautes vitres de mes appartements et me saisis de la veste, nonchalamment déposée sur le lit inutilisé. Elle recouvrit mes épaules, mes bras, là où les doigts de Bella s'étaient déposées, là où son contact m'avait électrisé.
Comment allais-je pouvoir vivre sans ce contact après l'avoir tant savouré ? Comment supporterais-je de la perdre à nouveau à peine quelques jours après l'avoir retrouvé ?
Je rejoignis les miens sans leur accorder un véritable regard, parcourant le dédale des couloirs du château sans m'en rendre compte, passant devant divers portraits sans m'attarder. Les pensées des miens fourmillaient de questionnements, de réponses maladroites, douloureuses. Ils auraient souhaité rendre leur esprit plus imperméable pour une fois mais cette incertitude qui s'éprenait de moi avait d'étranges réactions sur eux également.
Acceptera-t-elle de venir avec nous ou sinon nous rendra-t-elle au moins visite durant son éternité ? Comment trouvera-t-elle le bonheur sans Edward ? Et lui, comment le trouverait-il ? Ils sont destinés à être ensemble. Pourquoi le destin compliquait-il tant les choses ? Je ne veux pas perdre une fille mais surtout je veux retrouver mon fils *Esmé *.
Je me retins de lever les yeux vers elle, ne souhaitant pas lui faire prendre conscience que j'avais tout entendu. Elle s'en voudrait de l'avoir pensé, de peur de me blesser. Esmé était une bonne mère. J'étais un piètre de fils.
Que décidera-t-elle ? Après nous, n'avait-elle pas toujours eu d'étranges réactions ? *Carlise *
Il mettait bien trop d'espoir dans ces mots et mon cœur absent n'avait pas le droit d'exulter tout autant. Je ne souhaitais pas être défaitiste mais je le savais. Elle ne viendrait pas. Alors Carlisle, épargnes moi telle souffrance qu'était celle d'espérer.
Vivre avec Bella ! Ce sera la fête à la maison.* Emmett*
L'optimisme d'Emmett était encore plus déstabilisant que celui de Carlisle parce que dans le monde enfantin d'Emmett, tout finissait forcément bien. Il n'était pas envisageable que nous nous quittions, que Bella refuse de se lier à nous, à moi.
Il n'y survivra pas. Tant de désespoir était bien trop pour une personne. Tant de culpabilité et de douleur mêlées, tout cela n'était pas sain. Il finirait par disparaître ou devenir fou comme il le fut ces dernières années. Bella est son seul remède, je le crains tant que je l'espère. *Jasper *
Mon frère avait raison. Je n'y survivrais pas et je le savais. La savoir loin de moi me détruirait. Je préférerais être près d'elle sans ne rien représenter à ses yeux, quitte à être ignorer plutôt que de pouvoir la voir à ma guise.
Je suis certaine qu'elle viendra. Cela ne pouvait se finir autrement. Ceux sont deux esprits butés qui ne pouvaient que se retrouver. *Alice *
Alice avait toujours eu bien trop foi en nous, en moi surtout. C'était ma meilleure amie, mon éternel comparse et complice. Mais en cet instant, je n'arrivais pas à lui faire totalement confiance et je regrettais qu'elle ne puisse voir ce qui allait se dérouler, ce que Bella déciderait tout en considérant que si sa décision n'était pas celle attendue, espérée, je ne répondrais plus de moi-même.
Les Volturi dans une salle circulaire adjacente à celle de bal où reposaient les trônes des trois rois. Ces derniers escomptaient notre arrivée mais seul Aro nous accueillit avec chaleur, du moins en apparence.
Le Clan des Cullen au complet* Aro*
Une telle union est presque exclusive au sein d'un même clan*Marcus *
Celui-ci semblait toujours s'ennuyer fermement. Comme si une guerre pouvait éclater à l'instant qu'il ne s'y formaliserait pas. Et je me fis la réflexion que cela ne pouvait être due qu'à la perte de son unique amour. Cela avait provoqué son peu d'intérêt face à la vie, à son immortalité. Et je ne pouvais que le comprendre. Perdre Bella Swan m'avait rendu tout aussi amorphe et inconsistant. C'était comme si nous avions été vidés de notre essence au point où il ne restait de nous que de vides et encombrantes carcasses, ballottés par le flot de la vie, par le flot de la mort.
_Mes chers amis
_Bonjour Aro. Nous venons te remercier de ton hospitalité. Ce séjour fut bien plaisant pour ma famille et moi-même.
Ils se firent une poignée de main, supposément amical mais nous tous étions conscients qu'Aro ne faisait que vérifier la sincérité des propos de mon père. Les images filèrent dans l'esprit du vieil homme que je suivis avec attention. Le brouhaha de conversations, des éclats de rires, des disputes étaient perceptibles à travers le tourbillon des souvenirs. Aro s'attarda sur les discordes qui nous séparèrent Bella et moi. Et j'assistais avec effroi à notre dernière conversation, la revivant comme si elle n'avait jamais vraiment eu lieu alors que je ressentais encore en moi les traces de l'intenable brûlure qu'avaient insufflé ses mots. Voir cette détresse dans les prunelles de celle que j'adorais, l'écho de mon propre mal-être dans le sien ne faisait que me convaincre que nous devions être ensemble pour notre bien, pour le sien. Près de cette rivière, je ne pouvais fermer les yeux sur l'ostentatoire. Nous étions comme deux aimants, nous ajustant à la posture de l'autre. Nous étions les deux arcs d'un même cercle. Indicibles et immuables.
Le trou béant se manifesta de nouveau dans ma poitrine me rappelant qu'il détestait ces souvenirs, qu'il ne souhaitait revivre. Me rappelant que je n'avais pas le droit de lui faire subir cela de nouveau. Je me retins de passer une main sur ma poitrine pour en calmer les assauts meurtriers de mon nouvel ami, vieux d'un siècle. Aro s'extirpa de la tête de mon père comme j'aurais en faire autant avec la jeune Vampire qui occupait la mienne. Il se tourna alors vers moi, laissant un certain étonnement apparaître sur ces traits avant que de nouveau son sourire avenant ne reprenne le dessus.
Que c'est charmant, jeune Edward ! Tu as retrouvé ton amour perdu au sein de ses lieux ! Rien n'aurait su me faire plus plaisir. * Aro*
Il n'eut aucune réponse car aucune ne me venait à l'esprit. Je détestais qu'il eut connaissance de tout cela mais ce n'était pas comme si Carlisle pouvait le lui dissimuler. A mon tour, je jouais donc les hypocrites en opinant lentement un sourire figé pesant sur mes lèvres. Il eut la décence de faire une tête de circonstances, de prétendre que cette situation ne le réjouissait pas, qu'il n'appréciait pas l'idée que nous fûmes éternellement séparés. Je connaissais les ambitions d'Aro, même s'il ne les cachait pas réellement. Il était avide de grands pouvoirs et jalousait férocement Carlisle pour avoir sous sa main de si précieuses œuvres d'Art. Les pouvoirs que nous détenions Alice et moi le charmaient particulièrement. Mais il savait également que tant que le clan des Cullens survivrait, nul d'entre nous ne le rejoindrait. Il se fourvoyait sur un point c'était que Cullen ou pas, nous refuserions d'être des leurs. En cet instant, Aro poursuivait les mêmes objets mais il pensait que l'abandon de Bella suffirait à me faire quitter les miens et rejoindre son armée. Encore une fois, il se fourvoyait. Je ne viendrais à Volterra que pour une unique autre raison, suivre Bella dans son trépas.
_Nous sommes heureux de vous voir si loyaux, ami Carlisle. Que notre entente ne soit ternie par aucune stratégie malencontreuse des deux côtés !
La menace était subtile mais parfaitement entendue. Il était clair que notre clan, par son si grand nombre, suffisait à effrayer celui des Volturi. Il craignait que nous eussions le désir de prendre leur place, de gouverner sur la communauté des Vampires. Il ignorait que nous étions une famille et nous aimions comme tel. Il ignorait que nous souhaitions juste poursuivre une éternité tranquille, vivre et aimer de manière simple et égale. Que nous voulions uniquement savourer chaque seconde comme si il n'y en aurait aucune autre et passait une éternité à nous complaire dans ce bonheur que nous imaginions. Que nous voulions être des humains qui vivraient pour toujours.
Directe le vieux * Emmett*
_Cela ne saurait me faire plus plaisir répondit avec conviction Carlisle, serrant une nouvelle fois la main du vieil homme, prouvant la véracité de ses propos.
Ce fut à cette condition que nous pûmes finalement nous retirer. Aro baisa la main d'Esmé, d'Alice, de Rosalie avant de nous adresser à nous autres un signe de tête. Arrivé à moi, il m'adressa une dernière pensée, fixant son regard au mien.
J'espère te revoir très vite Edward avec ou sans ta compagne *Aro *
Il n'eut encore une fois aucune réponse. Et il n'en attendait aucune. Nous nous retirâmes en silence, heureux de quitter ses lieux, de plus à ressentir cet étrange épée Damoclès qui talonnait notre clan, signe que nous n'étions pas désirés mais que notre présence était attendue. Les voitures que nous avions loués étaient déjà avancées.
Je ne pus m'empêcher de jeter un dernier regard sur l'immense château, dans l'espoir de la voir apparaître à sa fenêtre, dans l'espoir qu'elle m'intima de l'attendre, qu'elle nous rejoignait à l'instant. Cela me semblait si impossible de la laisser là, seule parmi eux. Que lui arriverait-elle ? Que feront-ils d'elle ? Je ne pouvais pas. C'était mon rôle de protecteur de veiller sur elle. Et cet instinct de protecteur m'intimait de rester auprès d'elle. Je ne pouvais pas lui tourner le dos, je n'en aurais jamais la force. Pas tant qu'elle serait là. Je ne serais pas celui qui l'abandonnerait une nouvelle fois. Je le lui avais promis. Je resterais dans l'ombre même si elle ne voulait plus de moi. Et ce cas que j'avais cru irréalisable se déroulait à l'instant. Elle ne viendrait plus. J'en avais conscience. Et je ne lui en voulais pas. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Comment en vouloir à son âme, à son unique raison d'exister ? Je me contenterais de veiller à celle qu'elle ait effectivement quitter le château, saine et sauve avant de retourner à Forks. Sa survie était ce qui m'avait toujours importé et ce qui m'importerait toujours.
Je refermais la portière du conducteur, signifiant ainsi ma décision à ma famille. Une nouvelle fois, leurs esprits bouillonnèrent de questions.
Que fais-tu ? *Esmé *
Où vas-tu ? *Carlisle *
Ne pleures pas Eddie, on reviendra bientôt ici si tu le souhaites. L'été prochain pourquoi pas ? *Emmett *
Je leur expliquerais. C'est une bonne décision. Je ne vois pas Bella, ni son avenir. Et cela me rend toujours aussi nerveuse *Alice *.
Tu es idiot Edward. Laisses-la tranquille. Ne t'a-t-elle pas ainsi signifiée qu'elle ne souhaitait plus te voir dans sa vie ?
*Rosalie *
Je jetais un dernier regard à ma sublime et sculpturale sœur, fixant mon regard topaze sur le sien de la même teinte. Nous ne nous étions jamais compris, ne cherchant pas à le faire mais pour une fois, j'aurais voulu qu'elle comprenne. Ce n'était pas d'elle dont il s'agissait. Ce n'était pas son histoire qui se répétait. C'était la mienne que je réécrivais. Et même si, je n'avais le droit d'être l'écrivain de ma vie, je souhaitais avant tout que l'un des principaux personnages de ce dernier ne succombe à la tragédie qu'il aspirait à s'infliger.
Je l'aimais.
Cela avait toujours été ma plus grande faiblesse : L'aimer démesurément.
