Quitter ce lieu me ferait le plus grand bien. Ne plus revoir son visage à chaque détour d'un couloir, ne plus guetter son odeur, traquer sa présence, ne plus être aussi dépendante de lui. Oui quitter ce lieu assurerait ma survie.
Mes affaires bouclées, ma présence n'étant plus indispensable, je me rendis près des Volturi, souhaitant prendre au plus vite congé. La salle circulaire m'accueillit avec en son centre les trois hauts et dignes trônes des frères. Ces derniers attendaient ma venue, l'avaient décelé depuis le détour d'un couloir. Ainsi, Aro m'accorda son sourire presque pervers, avide qu'il n'accordait à moi. J'avais vite compris qu'il aimait collectionner les belles choses. J'espérais juste qu'il n'escomptait pas en faire de même que moi. Marcus semblait toujours aussi fermement s'ennuyer et Caïus en voulait au monde entier. Comment trois caractères aussi différents pouvaient être issus d'un même hymen ?
Me tenir ainsi devant eux, me demandait énormément d'efforts parce qu'ils savaient. Ils avaient eu connaissance de mon infidélité, des mésaventures que j'avais eu à rencontrer durant ce voyage. Ils savaient ce que je voulais avant tout préserver. Aro fut le seul à venir à ma rencontre. Il m'interpella chaudement avant de saisir ma main qu'il caressa affectueusement. J'aurais préféré la garder contre moi mais je n'avais pas le choix. J'étais en terrain miné. Il escomptait entendre ma vision des faits, mes ressentis, ma douleur. Il espérait entendre en moi les murmures assourdissants de la plaie béante qui avait prit place dans mon cœur. Ses yeux, cependant, ne reflétèrent aucune satisfaction, aucune réjouissance, juste un imperceptible agacement qu'il fit passer le plus rapidement possible. Il partit d'un grand rire qu'il fut le seul à partager alors que je demeurais sur mes gardes, légèrement méfiante quant à cette réaction.
_Votre don est fascinant. Un bouclier mental ? Quoi de plus divertissant ! Vous êtes hermétique à toutes mes attaques. Cependant, cela serait-il toujours le cas si celle-ci était de nature physique ?
Il eut un moment de réflexion où je semblais presque disparaître sous ses yeux. Une odeur flottait dans les airs, familière, envoûtante. Son odeur...Mais que faisait-elle là ? Si près de moi ? Je les avais cru parti, me réjouissant à l'idée de ne plus avoir à affronter son regard, à me confronter à sa présence.
_Isabella, vous m'intriguez. Me permettriez-vous de vous défier ? Jane ajouta-t-il d'une voix calme et posée, qui fut suffisante pour que sa servante accourt de sitôt comme si elle avait toujours été là, m'accordant un bref signe de tête avant de porter toute son attention à Aro.
Ses derniers mots m'interpellèrent, agitant mon instinct qui m'intimait de ne pas baisser ma garde et de continuer à darder les alentours avec une vigilance redoublée. J'étais au milieu de vautours, il était indispensable que cela ne fut oublier. La fragrance titilla de nouveau mon odorat alors que le bruit de pas feutrés effleurant à peine le sol me parvint quelque part derrière moi. C'était comme si j'étais son satellite, comme si mon corps répondait au sien. De sorte qu'au moment où je me tournais, il se trouvait sur le seuil de la porte, fixant son regard sur un point derrière moi, une aura sombre exhalant autour de lui. Ses poings serrés, sa mâchoire tendue et le grincement carnassier de ses canines les unes contres les autres assurèrent mon instinct de sa bonne déduction. J'ignorais en quoi consister le défi d'Aro mais cela ne pouvait que m'être préjudiciable.
_Cher Edward, j'ignorais que tu étais encore des nôtres s'exclama Aro d'une voix mielleuse et caressante.
Il avança de quelques pas, mesurés, calculés pour se trouver à mes côtés en un rien de temps. Il ne m'accordait pas un égard, bien trop concentré sur les frères derrière moi. Pourquoi était-il là ? Pourquoi tant de défiance ? Etait-il prêt à s'opposer à la puissance royale pour ma simple protection ? Je n'en avais aucun doute. Cela avait toujours été ainsi. Il avait toujours défié les plus grandes lois, dogmes et axiomes pour je demeure intacte, me savoir saine même si ce n'était à ses côtés. Il acceptait de se faire du mal, de souffrir par ma simple présence pour ne pas connaître la douleur de me perdre. Cette constatation ne faisait que renforcer l'amour que je lui vouais, que je lui avais toujours accordé et que je ne cesserais de nourrir à son égard. Il était l'homme le plus admirable du monde et il avait déposé son destin à mes pieds. Je ne m'étais tout simplement pas baissée pour le ramasser. Et pourtant, il n'avait su me haïr.
_Je ne saurais quitter votre territoire sans mon amie. Ce serait indigne d'un gentleman. Esmé ne saurait toléré cela. Je rejoindrais ma famille, une fois Bella, de retour chez elle.
Je ne pouvais détacher mon regard de ses traits, résistant à la tentation de les caresser du bout des doigts, de saisir ses lèvres qui m'appelaient avec arrogance et de ses yeux, seuil de son âme, qui me sommaient de les sonder. Il fut soulagé un instant lorsque son regard croisa celui de Jane avant de se porter sur moi, tendre et doux. Je ne savais la raison de ce changement d'attitude mais cela me ravissait de le voir ainsi, de le voir tout simplement.
_Ma chère Bella, que j'ai été navré d'apprendre votre prochain divorce. Daniel nous en a informé, mes frères et moi, nous peinant grandement.
Cette interpellation eut pour avantage de me faire détourner l'attention ostentatoire que je vouais à l'homme à mes côtés. Je tournais mon menton lentement vers la source de la voix tout en recherchant la chaleur d'Edward à mes côtés, rassurante, imposante, familière. Ses doigts effleurèrent mon dos comme un soutien tacite qu'il m'apportait à l'instant, ce soutien qu'il m'avait toujours apporté en toute circonstance. Et je fus rassurée, ravie de le ressentir parce que même s'il était la cause de ma détresse, il en était aussi le meilleur remède. Il était dit généralement que seul le mal pouvait combattre le mal. Mon mal à moi était cet homme fabuleux qui ne demandait qu'à me tenir fermement contre lui pour mieux précipiter notre fuite.
_Merci Aro mais cela ne saurait empêcher qu'une grande amitié se poursuive entre Daniel et moi. Nous avions été amis avant d'être amants et sommes convenus de retourner à l'état qui nous avait, un jour, défini.
J'avais espéré mettre assez de conviction dans ma voix pour les convaincre mais de cela, je n'en étais moi-même pas certaine. Je l'avais intimement voulu mais je trouvais injuste de devoir lui imposer cela. Ce serait maladroit, cruel et indigne de lui, de moi. Cette fois-ci, je sentais parfaitement sa main se poser entre mes reins, y déposant sur son sillage, de fines paroles réconfortantes.
_Tu es si douée ma chère Isabella qu'il te sera aisé de le remplacer. Je vois déjà que d'autres se sont déjà octroyés ce droit. Peut-être ainsi, accepteriez-vous de rejoindre ensemble notre clan ? Nous sommes avides de nouveaux membres pour agrandir notre si charmante famille.
Je me doutais bien que seul mon don intéressait le vieil homme, comme devait lui être précieux celui d'Edward bien qu'il en eut un de pareil importance. La facette qu'Aro avait choisi de montrer en ce jour-là me convint de cette nature si peu avenante qui fut la cause de ses multiples avertissements envers les Cullens. Il craignait pour leur fidélité car il savait qu'un si grand clan, si doué, ne pouvait que constituer une menace pour sa sublime dynastie. Instinctivement, je me rapprochais d'Edward aussi bien pour ma protection que pour la sienne. J'avais peur pour lui, peur des intentions des Volturis. Nous n'étions que tous les deux, en minorité si nous venions à nous défendre. En écho à mes pensées, les doigts d'Edward se refermèrent sur ma hanche, l'agrippant tendrement mais fermement comme pour me contraindre à demeurer ainsi tout comme pour prévenir nos adversaires que j'étais à lui. Uniquement à lui. Cette pensée aurait pu me révulser si elle ne reflétait parfaitement ce qui nous liait. Nous ne faisions qu'un à l'instant ce que nous avions toujours souhaité. Ne faire qu'un aux yeux du monde.
J'ignorais le contenu des pensées des trois frères mais elles alarmaient mon ami, grinçant des dents, un air carnassier défiant quiconque de se mettre au travers de notre chemin. Ce fut cependant par une voix grave mais calme qu'il s'adressa à eux.
_Votre intérêt à notre égard nous touche profondément, Aro. Mais notre famille nous attend. Je ne suis resté en arrière que pour m'assurer que nous la rejoindrions, Bella et moi, ensemble.
Il me jeta un regard incertain, me demandant d'appuyer ses propos, de mettre de côté ma rage et mon aversion pour que nous formions un front commun face à l'adversité. Ses prunelles fourragèrent dans les miennes avec insistance et je me trouvais plier sous le joug de ses délicieuses étoiles qui étaient la source de clarté de ma propre vie.
_En effet, Aro. Bien que votre proposition soit alléchante, je souhaiterais retourner auprès des miens.
Ce fut ainsi qu'Aro nous donna congé, réitérant une nouvelle fois à l'égard d'Edward, un avertissement dont je ne pouvais que deviner le sens. Mais tout cela fut dérisoire, tout cela semblait se fondre dans un paysage dont je n'avais cure. Je n'arrivais à me souvenir de la manière dont nous avions quitter Volterra, le domaine des Seigneurs. Je n'arrivais à revoir les splendides rayons solaires traversant les imprudents nuages pour parcourir la vallée, les feuillages, se plonger dans les rivières. Tout cela était secondaire. Je ne me souvenais plus de la couleur des murs, de l'odeur des couloirs, des caresses de la bise. Tout cela me semblait éphémère. Car toute mon attention, toute la portée de mes actions se concentrait sur un être qui craignant pour ma seule sûreté avait accepté de subir moult foudres. Elle était concentrée sur l'être formidable qui tenait le volant à mes côtés, qui portait sur le bout de ses doigts chaque note qui constituait la mélodie de mon existence.
Elle était enivrée par le seul être que je ne pouvais oublier, que je ne pouvais omettre. Focalisée sur mon unique amour.
Combien de gens pouvaient prétendre avoir trouvé l'âme sœur si jeune et la retrouvait à chaque nouvelle horizon ? Comment pourrait-on comprendre une telle action ? Un tel emportement ? Comment saisir la vérité dans le doute et comment ne plus laisser le doute nous éloigner de la vérité ? Comment aimer sans condition, à tous les temps et éternellement ?
Comment ne pas succomber une nouvelle fois à Edward quand la destinée elle-même me forçait à ne jamais lui tourner le dos ?
Sa main avait tenu à tenir la mienne, à continuer à le faire même si nous étions bien éloignés du domaine royal, même si aucun autre danger ne subsistait entre nous que celui que nous choisissions de nous imposer. Quant à moi, je n'avais même pas cherché à la retirer, à m'en défaire parce que j'en étais incapable. Je souhaitais ce contact, je l'avais attendu.
_Tu as toutes les raisons de m'en vouloir. Je t'avais promis de ne plus m'immiscer dans ta vie et pourtant me voilà, encore une fois, prisonnier de ton sillage. Pour ma défense, j'avais réellement souhaité honorer mes engagements et m'en allais dès l'aube venu en observant ton absence. Mais je craignais juste pour ta sûreté. Alice était incapable de m'assurer que tu ne courais aucun danger et je me doutais que Aro serait intrigué par ton pouvoir. Je me devais de rester. Je n'avais pas le droit de m'en aller tant que je n'étais certain de te savoir saine et sauve. C'était là toutes les motivations qui m'ont poussé à demeurer non loin de toi. Alors lorsque j'ai entrevu l'intention d'Aro de te soumettre au test de Jane que tu as magnifiquement réussi, je n'ai su contenter ma raison et ai préféré suivre aveuglément mon cœur mort.
_Je ne t'en veux pas. Tu n'as fait que me montrer quel être formidable tu étais.
Il glissa un regard interloqué vers moi, rassuré en me voyant sérieuse et en pleine possession de mes esprits. Son pouce caressa le dos de ma main ce qui lui fit se rendre compte qu'il tenait toujours celle-ci, qu'il relâcha subitement comme si elle était en feu. Je ris intérieurement à sa réaction, ne m'en offusquant nullement parce que je le connaissais, je savais qu'il faisait ce qu'il faisait pour mon bien-être, ma tranquillité d'esprit.
Le même silence maladroit que nous avions toujours connu depuis le début de cette convention s'installa de nouveau entre nous alors que j'observais le fabuleux paysage italien qui défilait sous mes yeux. Je n'avais même pas eu le temps de m'y imprégner. J'étais dans l'une des plus belles contrées du monde et je n'en avais pu profiter tant plonger dans mes problèmes conjugaux, mes infidélités physiques ou mentales. Ce voyage ne serait certainement pas dans mon top ten des meilleurs voyages bien qu'il ne saurait avoir le titre du plus déplorable. Je l'avais revu, je l'avais aimé. J'avais appris la vérité, Daniel également. Les choses étaient rentrées dans l'ordre même si ce n'était pas celui que j'aurais choisi. Il n'en restait pas moins que je ne pouvais regretter d'être venue. J'avais compris que le monde était plus vaste que ce que j'aurais cru, que les Vampires étaient partout même là où nous les attendions le moins. Mais j'avais surtout appris qu'il était intolérable de mentir aux autres mais encore plus à soi-même surtout lorsqu'on était une si piètre menteuse.
La vérité triomphait toujours même si cette idiote n'était pas désirée. Cependant, je savais qu'il me fallait dire autre chose, que nous ne pouvions terminer ce voyage en si bonne entente. Pas de faux d'espoirs, pas d'espoirs du tout, c'était ce que je préférais.
_Je ne suis pas venue à l'aube.
_J'en ai conscience et je sais ce que cela implique. De ce fait, nous allons nous rendre tous les deux à l'aéroport et...
_Nos chemins se sépareront terminais-je d'une voix que j'espérais assez ferme pour ne pas laisser transparaître la douleur que je ressentais à l'instant, une insoutenable perte, une insurmontable déchéance.
oOo
Ce fut ainsi que s'acheva notre noble histoire, celle de la fragile et impétueuse humaine et du fougueux et imprudent Vampire. Deux amants aux astres défavorables comme l'avaient été Roméo et Juliette. Aucune fin heureuse n'était possible. Après tous les plus belles histoires d'amours avaient-elles un jour eu une belle fin ? L'amour apportait-elle toujours joie et bonheur ? Les multiples exemples que nous ont apportés ces dernières décennies, siècles nous prouvent évidemment le contraire. Je me devais donc de me réjouir de nous savoir malheureux, cela voulait dire que nous nous étions trop aimés.
Dans ce cas, pourquoi faire exister l'amour ? Pourquoi ne pas périr tout simplement sans en connaître une parcelle ? Il était vrai que l'amour valait la peine d'être connue mais pas de connaître la peine de connaître ce qu'était l'amour.
J'avais trop aimé. J'étais trop peinée. J'avais trop perdu. A présent, Edward était Forks parmi les siens et moi de retour à Larissa, pour prendre congé de celui qui avait fait parmi des « miens ». Bella Cuore, même si je trouvais assez hypocrite de l'appeler encore ainsi alors qu'elle ne m'appartenait plus et qu'elle ne pouvait plus constituer ce foyer, ce cœur que j'avais un jour cru pouvoir lui attribuer. Elle n'était que le symbole de décennies de non-dits, de faux semblants. Cette maison conservait en son sein de merveilleux souvenirs qui devaient malheureusement y demeurer. Je n'étais là que pour quelques affaires, signer les papiers de mon divorce avant de reprendre ma route vers Forks, loin de mon ex époux.
Chaque pas qui me menait vers cet antre me semblait plus lourd que le précédent. J'allais le revoir, le confronter une dernière fois pour l'éternité.
A mon entrée dans cette maison, je vis que rien n'avait changé, et je crus un instant que rien ne s'était passé, l'illusion que cette convention n'avait jamais eu lieu, que Daniel n'avait jamais reçu l'invitation, que nous n'étions pas allés. Un ensemble de minuscules changements qui auraient pu s'opérer et nous auraient empêcher d'en arriver là même si c'était la seule issue possible. Nous nous pouvions continuer à être marié si tous les deux n'étions pas d'accord sur les fondamentaux. On ne pouvait pas aimer deux hommes à la fois de manière si inégale et préférer l'amant à son époux. Ce n'était pas sain. Cela allait à l'encontre de l'institution même du mariage. Une institution qui n'avait revêtu une importance que quand j'avais rencontré Daniel. En pensant à ce dernier, je l'appelais, son prénom résonnant, se répercutant contre les murs sans réponse. Il était bien là, je le percevais. J'avais juste tenu à signifier ma présence. Fait inutile car il me savait là. J'entendais sa respiration émanait de l'étage du dessus et je compris soudain pourquoi ce silence. Il était dans mon antre. Là où mes dessins reposaient. Non...Mieux encore là où des siècles d'infidélités venaient soudainement d'être découvert. Je fus à l'étage en un instant, sur le seuil en un éclair pour le voir, les mains dans les poches, contemplait les rares peintures, fresques, portraits que j'avais conservé à l'effigie d'Edward. Des souvenirs auxquels j'étais particulièrement attachée. Notre clairière à Forks, ses sourires, son regard... Après l'avoir côtoyée aussi longtemps, je pouvais affirmer ne lui avoir porté aucunement justice.
J'avais l'impression assez humaine que mon cœur battait férocement dans ma poitrine alors que mon souffle se faisait plus saccadé. Daniel était là, débout au milieu de cette salle, calme, pensif. Un autre aurait souhaité ma mort, m'aurait traqué sans remords. Mais Daniel n'avait pas son pareil. Il était un homme formidable. Celui que toute femme aurait rêvé d'avoir. Mais je n'avais su mesurer ma chance. J'aurais voulu dire quelque chose mais rien ne pouvait être dit. Tout était là sous nos yeux. Tout était là tout simplement. Je restais un moment, interdite avant de me décider à rompre ce silence qu'il s'efforçait à entretenir.
_Je t'aime Daniel. N'en doutes jamais. Mais Edward est mon premier amour. Celui à qui je ne peux tourner le dos. Durant toutes ces années, tu as fait de moi l'une des épouses les plus heureuses du monde. Tu m'as donné ce que nul autre n'aurait pu me donner. Tu as été mon meilleur ami, mon mari. Et je ne peux cracher sur tout cela. Cependant, il était là...Dans ma tête...Constamment. Je pensais qu'en le dessinant, je l'en ferais sortir, qu'il cesserait de me hanter, que je ne souhaiterais plus ses bras, n'attendrais plus ses sourires ou ses regards, n'escompteraient plus ses étreintes, ses caresses.
Je voulais juste t'être entièrement dévouée mais...Il était là. Tout simplement là terminais-je en posant ma main sur ma poitrine bien que je sus qu'il ne pouvait me voir. J'espérais qu'il eut deviner à quoi je faisais référence.
Je n'eus aucune réponse de nouveau. Ce qui me fit me demander s'il allait bien...S'il ne faisait pas une crise même si cela me paraissait improbable. Je me rapprochais de quelques pas lorsque ses épaules se mirent à bouger de nouveau, lui rendant une posture moins stoïque.
_Je ne peux prétendre en être surpris. C'est de ma faute tout cela. J'ai souhaité être aveugle et à présent, la violence de la lumière de la vérité me déstabilise totalement.
_Je t'interdis de te blâmer Daniel. Cela ne me ferait que culpabiliser davantage.
Il se tourna enfin vers moi avec une lenteur insoutenable, comme si chaque mouvement lui demandait un effort surhumain, comme si ce simple acte le vidait de toutes ses forces. Enfin, je pus apercevoir ses prunelles sanguinaires et purpurines, si ternes, sans vie. Ses traits s'étaient affaissés, son regard perdu à travers moi. Il était tel un enfant désemparé. Tout cela par ma faute. J'aurais voulu le prendre dans mes bras, le rassurer mais je n'en avais plus le droit. Il n'était plus à moi. Je croisais les bras contre ma poitrine pour ne pas succomber à la tentation. Il glissa sa main dans la poche interne de sa veste en ressortant quelques papiers agrafés et pliés en quatre. Il me les tendit un stylo à la main. Je les saisis, sachant parfaitement de quoi il s'agissait et en eus la confirmation lorsque sous mes yeux apparurent les lettres en gras annonçant notre désunion. Ce fut comme un poignard qui me transperça de toute part. C'était la fin. La fin d'un tout.
_Nous pourrions tergiverser des heures sur la garde des biens mais je n'en ai pas la force et je me doute que toi non plus. Je te donnerais tout ce que tu désires. Je ne demande rien.
Il m'avait aimé, rendu heureuse et continuait à le faire même à la toute fin. Je me haïssais de lui faire subir cela. D'une main peu assurée, je me saisis de son stylo, signant sans aucune autre forme de cérémonie avant de lui tendre le dossier, désemparée de l'intérieur.
_Je ne souhaite rien. Tu m'as déjà énormément donné. Je me contenterais de récupérer mes affaires et de te demander pardon pour ce mal que je t'ai infligé, involontairement.
Il secoua la tête avant de lever les yeux au ciel. Tout à coup, je fus dans ses bras, son visage plongé dans le creux de mon cou, humant pleinement mon odeur. Je passais mes bras autour de lui, le rapprochant totalement de moi. Quelques sanglots lui échappèrent ce qui éveilla la même réaction en moi.
_Je déteste sentir son odeur sur toi. Le simple souvenir de cette odeur sur toi me tue littéralement de l'intérieur. Je déteste qu'il soit celui qu'il te faut, que tu te sentes aussi dépendante de lui. Je déteste le fait que tu ne sois pas à moi, entièrement et que tu ne l'ais jamais été. Mais surtout je te déteste de ne pas me laisser te haïr suffisamment pour te refuser un quelconque bonheur. J'aimerais presque t'enfermer dans une prison reculée pour qu'il ne puisse plus te toucher et que je ne puisse le sentir sur toi.
_Je suis désolée Daniel, tellement désolée. Je peux juste te promettre que cette odeur ne sera plus sur moi, qu'il ne m'approchera pas. Je t'en fait le serment si tant est que tu puisses y croire suffisamment murmurais-je contre son oreille.
Il se détacha de moi qu'une fois ses mots parfaitement assimilés. Son regard était torve, son attitude hésitante et méfiante. Il m'éloigna de lui au point où mes bras tombèrent le long de mon corps. J'étais désarçonnée par sa réaction, ne comprenant pas ce que j'avais pu dire qui aurait pu déclencher une telle réaction.
_Que veux-tu dire par là, Bella ?
_Je ne comprends ta réaction lui répondis-je, perdue à présent.
_J'ai quitté cette convention pour te libérer de mon joug, pour que tu puisses le retrouver. Je t'ai délié de ce mariage pour que votre histoire puisse se poursuivre. J'ai tout fait Bella pour que tu lui reviennes. Et cet odeur me prouve que c'est le cas. Pourquoi me mentir ?
Je pouvais presque percevoir la colère émaner de lui ce qui me décida à le détromper au plus vite.
_Je ne te mens pas. Cet odeur est juste la preuve que c'est la dernière fois qu'elle se dépose sur moi. J'ai refusé de le rejoindre. Je ne te l'avais pourtant promis à Volterra. Crois-tu si peu en moi ?
_Je pensais que c'était des paroles en l'air. Parce que j'étais là, parce que je t'annonçais que je partais. Je ne t'ai pas cru sérieuse.
_Je l'étais pourtant. Je ne reviendrais pas avec Edward.
Parler ainsi avec Daniel me paraissait presque paradoxale. Mon futur ex époux s'inquiétait de ma relation avec mon ex petit ami et « amant ». J'en aurais ris si je ne trouvais sa réaction aussi démesurée. Je ne comprenais pas où il en voulait en venir, ce qu'il souhaitait entendre, ce qu'il escomptait. Il passa une main sur son front avant de se tourner vers moi.
_Tu dis cela à cause de moi. Tu l'as refoulé par égard pour moi, pour mon souvenir, pour mon honneur. Cela te ressembles bien Bella. Mais comprends-tu pas que je te donne le feu vert pour retourner auprès de lui ?
_Je ne peux pas Daniel. Cela est impossible.
_Pourquoi ? S'exclama-t-il, ahuri.
Je cherchais mes mots, me demandant comment lui expliquer cela sans trop l'impliquer bien que je me rendais compte qu'il était l'obstacle numéro 1.
_Il m'a fait énormément souffrir, je ne veux plus connaître cela.
_C'est une piètre excuse que voilà, Bella. La femme qui a dessiné ses portraits était prête à se jeter corps et âmes sur sa muse si celle-ci le lui demandait. Et je l'ai vu...Il t'aime suffisamment pour ne plus te faire souffrir. Sinon, il en répondrait avec moi.
_Daniel, je ne peux pas l'expliquer. Je sais juste que je te le dois. Je t'ai trompé toutes ses années, involontairement, je tiens à le préciser. Mais les faits sont là. Je ne peux pas retourner aussi simplement vers lui, aussi grand est l'amour que je lui porte.
Ses mains glissèrent sur mes joues, fixant mon regard contre le sien. Il était doux, compréhensif, à l'écoute. Daniel était parfait à bien trop d'égards. A cet instant, remontaient en moi tous ses sentiments que je lui avais porté, me foudroyant en un instant. J'aurais été prête à rester là éternellement s'il m'y autorisait.
_Bella, je t'aime. Je continuerais à t'aimer. Mais je ne peux pas supporter l'idée que tu l'aimes encore plus. J'ai le droit d'être aimé comme tu aimes Edward. Je trouverais un jour une femme qui me donnera ce que tu ne peux pas me donner. Je te rends ta liberté Bella pour ton bien mais aussi pour le mien. Parfois, l'amour ne suffit pas pour combler une personne. Mon amour n'a pas suffit à te retenir,quand bien même tu l'aurais souhaité. Tu étais destinée à le retrouver. Je suis heureux d'avoir pu contribuer à te mener à lui. A présent, il te faut le retrouver.
_Ce n'est pas si simple Daniel. Cela fait cinquante ans que j'ai appris à ne plus aimer Edward Cullen.
_Sans succès m'interrompit-il en désignant les dessins derrière lui.
Il replongea son regard plus profondément contre le mien, un sourire amusé sur les lèvres face à ma moue renfrognée. J'étais heureuse à l'instant de retrouver ce meilleur ami, celui que j'avais toujours connu avant cette convention. Le farceur, l'agaçant, l'hilarant, l'attachant.
_Retournes à Forks auprès de lui. Il te faudra du temps pour te donner complètement mais saisis cette chance. La vie peut être horrible parfois mais elle nous offre tant d'occasions pour l'embellir, nous nous entêtons à ne pas l'écouter et à conserver cet esprit buté qui nous caractérise tant.
_Cet esprit buté nous préserve contrais-je, essayant de me défiler mais il me rattrapa, anticipant le moindre de mes mouvements, m'agaçant profondément.
_A force de vouloir te préserver, tu perdras la chance de retrouver ce que tu as toujours voulu. Ce bonheur est entre tes mains, saisis-le.
_Daniel...
_Non, Bella. Ce que nous avons vécu était extraordinaire et je ne regrette rien. A présent, je te demande de t'en aller à Forks. Soit heureuse avec Edward.
Je m'étais posée de questions, je m'étais tant de fois remise en question et voilà que Daniel, celui qui avait le moins d'intérêt dans cet histoire, formulait les choses plus simplement. Il suffisait que je le retrouve, que je cesse de craindre, de prendre des risques, de me redonner le droit d'aimer, ce droit que je m'étais enlevée. Cela ne serait pas simple évidemment mais je pouvais essayer. Je pouvais concrétiser ce que j'avais passé des siècles à imaginer. Nous pouvions être ensemble, plus rien ne me retenait en théorie. J'avais même l'approbation de Daniel. Il suffisait que je me laisse aller. Je ne savais même pas si j'en étais capable, où tout cela nous mènerait mais je me rendais compte que c'était le lot quotidien de toute relation amoureuse. On ignorait énormément de choses, on prenait des risques, on se perdait, on se retrouvait, on sacrifiait. C'était violent, douloureux mais indispensable.
L'aimer pourrait me détruire, me malmener mais pourrait également me permettre de me reconstruire, de me rassembler. Il pouvait être mon remède si je lui en donnais l'occasion. J'avais le choix. Il était entre mes doigts.
Mon regard se perdit sur ses traits, s'attendrissant face à ses prunelles, deux rubis en ébullition. Et je ne pus m'empêcher de sourire en le voyant ainsi, en comprenant l'évidence. Daniel était mon meilleur ami. Cela ne saurait être remis en question. Cela ne serait jamais remis en question.
_Je t'aime Daniel. Promets-moi qu'à défaut d'être ta femme, tu m'accepteras en tant qu'amie.
_Cette promesse sera aisée à tenir mais pas maintenant. Dans quelques années, les plaies béantes dans ma poitrine se refermeront. Je redeviendrais celui que tu as toujours connu. Pour l'instant, nous poursuivrons notre route chacun de notre côté. Je pourrais t'écrire.
_Je n'attendais que cela ajoutais-je avant de le prendre dans mes bras, fortement.
Une boule se formait dans ma gorge à l'idée qui se faufilait au loin. C'était un Adieu pour une période indéterminée mais un adieu quand même. Je ne le reverrais plus avant longtemps. Mais j'attendrais une éternité s'il le fallait, le traquerais par-delà le monde et le retrouverais. Je ne pouvais passer une existence sans être à ses côtés. Je ne pouvais passer une éternité sans l'avoir près de moi. C'était égoïste certes. Mais c'était ainsi. Ma vie était intrinsèquement liée à la sienne. Il se détacha lentement de moi déposant un baiser sur mon front puis sur chacune de mes paupières closes se penchant bien trop dangereusement vers mes lèvres qu'il saisit avec une tendresse qui l'avait toujours caractérisée. Tout en Daniel était tendresse. Et cette dernière passion qu'il nous accordait était une sorte de brèche dans la promesse qu'il s'était faite à lui-même, celle de me faire partir sans histoire. J'acceptais ce qu'il me donnait sans broncher. Je le lui devais.
Sur une dernière caresse sur mes lèvres, il affronta mon regard, craignant ma réaction mais je me contentais de lui sourire avant de lui donner une bourrade amicale.
_Je dois y aller murmurais-je.
_Bonne éternité Bella. Au plaisir de te revoir.
_Je t'aime Daniel.
_J'aurais aimé que cela suffise.
J'opinai avant de lui tourner le dos, arpentant les marches, couloirs de cette immense maison à un rythme mesuré d'abord avant d'utiliser ma vitesse vampirique pour décamper au plus vite. Je me rendis compte que je n'avais eu besoin de rien d'autres. D'aucune autre affaire parce que Bella Morandini n'existait plus. Et c'était elle seule qui avait eu le droit de vivre et de s'épanouir en ces lieux. L'approbation de Daniel suffisait à me combler, à m'alléger de tout fardeau parce que cette approbation me libérait de mes devoirs en tant que Morandini et me laissait Swan. Et c'était tout ce qu'il me fallait.
Larissa avait été mon petit bout de paradis sur terre. Je m'y étais installée, y avait aimé, m'étais reconstruite. Ce lieu revêtirait toujours une importance particulière à mes yeux mais je n'étais plus autorisée à y demeurer. A présent, ce lieu faisait parti d'un passé qu'il m'était impossible d'oublier ou d'omettre car il était lié à Daniel. Mais un passé que je me devais d'accepter, que je commençais tout juste à tolérer.
Je regretterais Larissa et ses somptueuses contrées, Bella Cuore et les magnifiques souvenirs qui y étaient liés mais surtout Daniel, mon deuxième amour.
Je regretterais de ne m'être pas davantage voilée la face, avoir plus ardemment encourager mes aveuglements car il avait su de sept jours pour que mon éternité s'effondre et se reconstruise en un instant. Sept jours pour une éternité.
