Forks, mon chez moi. Ce lieu qui m'avait vu naître et renaître de toutes les manières humaines ou vampiriquement possibles. Ce lieu qui avait enterré mon père, détruit la fille et maintenant qui pouvait s'amender en permettant toute reconstruction.

La maison de mon père était inhabitée. Personne n'ayant le courage de la faire céder tant ma présence était omniprésente. Les cadres, les portraits, les diplômes...Tout y était. Mon père avait fait de sa maison, un autel pour ma pensée, un lieu de commémoration où il se repliait avec acharnement. Des affiches prévenant ma disparition s'étalait sur les tables, quelques pans de murs également. Il m'avait recherché sans relâche. Au fil du temps, il en était même venu à traquer mon corps.

Des larmes invisibles souhaiter se déverser sur mes joues alors que de bruyants sanglots disposaient de mon corps.

J'avais détruit mon père. Je l'avais laissé seul, je l'avais abandonné pour son propre bien.

J'étais entrée dans sa vie pour en ressortir brusquement et de manière irrévocable. J'avais fait le malheur de mon père, la pire chose qu'une fille puisse infliger à ses parents. Avait-il conclu à une fugue ? A un meurtre ? J'étais curieuse de savoir ce que les collègues de mon père avait pu choisir comme excuse pour soulager l'esprit de ce dernier.

L'odeur du bois des meubles me ramenait à ce temps, si loin dans ma mémoire, où je rentrais en ces lieux pour le trouver devant un match de baseball ou maladroit, il me demandait comment s'était passé ma journée, s'efforçant à me rendre la vie en ce lieu la plus parfaite possible. Les murs rendus crasseux par le temps conservait cette teinte de mon enfance. L'escalier tombait en lambeau, chaque latte crissant de manière dangereuse sous mes pas. Rongée par les mites sûrement. Je pouvais en apercevoir quelques unes sur la rambarde. A l'étage, je passais par la chambre de mon père. La poussière édulcorait un peu son odeur mais celle-ci demeurait encore présente malgré tout ce temps. Et il s'agissait toujours de son unique odeur. Il n'avait jamais eu d'autres femmes, aucune personne pour lui tenir compagnie. Mon père avait du mourir seul.

Je m'allongeais sur son lit, caressant du bout des doigts les replis du tissus effrité, y appréciant les souvenirs qui y remontaient. Son odeur avait toujours été rassurante et je regrettais de n'avoir pas davantage profité de sa présence. J'étais trop vite tombée amoureuse. Et un autre homme avait conquis toute mon attention au point que j'en dénigre mon père. C'était le lot quotidien de toutes les femmes amoureuses dans ce monde. Mais maintenant que je l'avais perdu et que je portais son deuil depuis si longtemps, je ne pouvais m'empêcher de me sentir coupable d'avoir aimé trop tôt et d'avoir trompé mon premier amour. L'amour d'une fille à son père était inconditionnel. C'était le premier homme qu'elle connaîssait, celui qui lui donnerait une idée générale de tous les autres du même sexe. Et mon père avait été un parfait exemple à défaut d'un parfait époux. Il avait été un extraordinaire père à défaut d'un fabuleux époux. Il m'avait aimé et chéri d'une manière peu commune, d'une manière bien trop grande. Et je regrettais de n'en avoir fait de même, de le lui avoir prouvé davantage. J'étais son unique petite fille. La seule qui comptait et je l'avais trahi comme toutes les autres en le faisant souffrir d'atroces manières.

_ Bonsoir Papa, cela fait si longtemps...Je ne me souviens même plus de la dernière chose que j'ai pu te dire. Je regrette de n'être pas venu plus tôt. Cela aurait-il changé quelques choses ? Aurais-je trouvé les mots plus facilement ? Je suis un Vampire Papa. Une chose que je n'aurais pu t'avouer de ton vivant. Edward en est un également. C'est un peu grâce à lui que je suis dans ce monde. Je suis un monstre selon l'idée générale mais je peux t'assurer que je ne bois que le sang des animaux préférant ne pas assassiner, ne pas retirer la vie de pauvres hommes et femmes. Tu m'as bien enseigné. Tu étais un très bon policier.

Avec un soupir, je pris un peu de courage et regardais vers le plafond comme si je m'attendais à le voir apparaître, venir vers moi, me prendre dans ses bras, un genre de spectre blanchâtre.

_Je suis destinée à vivre éternellement sauf à vouloir me suicider. Cela doit paraître ingrat que je te parle de suicide alors que tu n'es plus là. Mais tu me connais, je n'ai jamais fonctionné correctement.

Un sourire traversa mes lèvres à cette pensée et je me levais de mon support pour me diriger vers son armoire, là y résidait quelques vêtements, personne ne pensant faire les placards. Je souris en trouvant la plupart de ses chemises de bûcheron, rapiécées et embaumées de cet odeur de renfermé qui caractérisait les endroits trop longtemps restés clos.

_Je me suis mariée Papa mais je suis à présent divorcée. J'ai suivi votre chemin à Maman et à toi. Involontairement, je tiens à le préciser. Ce n'est pas la faute de mon ex mari. C'est un homme formidable. C'est la mienne. Je lui ai été infidèle. Je dois énormément de décevoir...A dire vrai, c'est à cause d'Edward que mon mariage a pris fin. Mais peu importe. Peut-être n'avait-il que hâter l'inévitable échéance ? Je dois le retrouver tout à l'heure pour lui dire je ne sais trop quoi, le lui avouer je ne sais trop comment. Les relations amoureuses sont les pires choses qui puissent exister. Et je comprends ton aversion à en entamer une nouvelle.

J'eus un nouveau un sourire mélancolique en regardant alentour, voyant sur l'une des tables de chevet un cadre poussiéreux où mes traits étaient discernables. Je soupirais en y caressant le cadre et l'image qu'elle reflétait. Cet enfant n'existait plus. Elle était devenue ce monstre qui était à présent face à elle. Je n'étais même pas certaine qu'il m'entende mais je souhaitais lui dire encore quelques mots, porter jusqu'à la fin mon deuil. Etre capable pour une fois d'exprimer ces choses que je n'avais jamais su ou pu dire à mon père.

_Pardonnes moi Papa de n'avoir pas été la fille idéale, d'avoir été la cause de ta douleur, de ta détresse et finalement de ta mort. Je n'ai jamais voulu cela. Crois-moi, mon égoïsme n'aurait atteint de tels sommets. Pardonnes moi Papa de t'avoir ainsi maltraité, de t'avoir réduit à l'état de cendres. Je suis une fille exécrable. Mais je voulais que tu aies la certitude que je t'aimais et que je continuerais à le faire aussi longtemps qu'il me sera possible de porter des sentiments. Je suis ravie d'avoir emménagée chez toi Papa, d'avoir appris à te connaître même si ce fut un si court moment. Venir à Forks fut la meilleure idée que j'aurais pu avoir. Etre auprès de toi, te côtoyer et apprendre à t'aimer chaque jour davantage fut une chose si naturelle, si aisée.

Je déposais le portrait et me dirigeais à présent vers la porte, sachant que j'en avais terminé pour cette fois. C'était ce que j'avais souhaité lui dire, toutes ses choses que je lui avais tu. Il me restait quelques lignes à lui accorder avant de quitter ce lieu pour un long moment. Je terminais alors, la voix emplie d'émotions, de chagrin mais surtout attristée que cela se finisse ainsi, que cette relation à laquelle je tenais tant se termine de cette manière.

_Je t'aime Papa. J'aurais voulu que tu sois là mais je peux t'assurer que de nous deux, tu es le plus chanceux. Tu as vécu pleinement et tu t'es retiré dignement. Je ne pourrais jamais me retirer dignement. Ma fin ne saurait exister. Je suis destinée à l'immortalité. Plus que tout Papa, je ne pourrais prétendre te revoir un jour, te retrouver prochainement. Parce que ma place ne sera jamais au paradis où je sais que tu reposes car c'est là où doit être un ange tel que toi. Un monstre ne peut prétendre courtiser un ange. Alors ce ne sera qu'un adieu maintes fois renouvelé que je t'adresserais. Tu me manqueras Papa éternellement. Ton absence sera l'instrument de ma torture. Pardonnes moi une dernière fois.

La porte se referma sur mes pas alors que mes sanglots demeuraient intarissables. Posant mon front contre cette dernière, incapable de faire un pas de plus, je fus saisie par le poids de cette unique considération. Je ne reverrais jamais mon père. Et cette négation prenait pleinement son sens à cet instant alors que ne demeurait de lui, que son odeur, quelques images et la preuve de son amour inconditionnel envers moi. Je ne pouvais haïr la fortune, la destinée de me l'avoir enlevée. C'était le cours normal des choses, le cycle de la vie. Mais il me manquait atrocement, douloureusement.

En un même temps, j'étais incroyablement en colère contre moi pour ne pas avoir trouvé un moyen de sauver mon père de son chagrin, contre Edward d'être à l'origine de tout cela bien qu'au fond de moi, je savais qu'il n'avait aucunement conscience des conséquences de ses actes. Il pensait agir pour le mieux. Il m'était ainsi moins difficile de lui en vouloir.

oOo

Ma chambre d'adolescente était telle que je l'avais laissé. Mes bouquins étaient sagement rangés sur une étagère, une liasse de papiers reposait sur mon bureau poussiéreux. Mon lit était parfaitement fait et le même édredon d'un tendre violet recouvrait le tout. Je m'attendais à un moment ou à un autre, entendre la porte de l'entrée se refermer sur mon père, rentrant du travail. Le temps était passé à si folle vitesse que j'en avais encore le tournis. Trop de souvenirs me revenaient d'un coup, me perturbant plus que de mesure. Je n'étais restée là que quelques mois tout au plus et pourtant, on aurait pu croire que j'avais grandi en ces lieux. Où était la jeune fille qui habitait cette chambre ? Où était passée la simple vie dont elle aspirait ? Où étaient passées toutes ces années ? Comment avais-je pu la laisser partir ? Elle m'était devenue quasiment étrangère. Elle était courageuse bien que banale, sérieuse bien que peu formidable. Elle était simple, ne cherchant davantage. En cet instant, j'aurais sacrifié ce caractère fantastique qui s'appliquait à moi pour redevenir cet enfant tout juste banale, à peine origin ale.

Je suivrais alors une vie on ne peut plus normale où Charlie serait toujours en vie et où je serais devenue quelqu'un de plus respectable. J'aurais aimé un homme, il m'aurait donné de beaux enfants et j'aurais vieilli avant de finir six pieds sous terre. J'aurais vécu.

En ces lieux, une odeur que trop familière s'attarda dans l'air alors que j'imaginais parfaitement les pas atteindre la branche d'arbre face à ma fenêtre que j'ouvrirais d'un instant à l'autre comme je l'avais tant de fois fait auparavant. Sans me retourner, sans m'arrêter ne serait-ce qu'un instant, je levai le loquet, me dégageant pour laisser apparaître le fabuleux crépuscule. J'aurais dû être étonnée qu'il sache que je sois là, j'aurais dû en être agacée mais en réalité, je n'en avais plus la force. Cette lutte constante que je m'étais infligée cette semaine durant ne m'intéressait plus à présent. Je voulais juste un peu de quiétude. Je voulais juste un soupçon de tranquillité. Je voulais que tout cela cesse.

Mes prunelles rencontrèrent leur exacte réplique d'une douce teinte mordorée. Et c'était replonger des années en arrière lorsque cette chambre nous servait d'arrière-plan, c'était retrouver le lycéen dont j'étais amoureuse. C'était le revoir à travers les lueurs du somptueux crépuscule et craindre qu'il disparaisse à tout instant. C'était subir de nouveau ces sentiments si humains qu'étaient la peur, l'angoisse et l'excitation. Comment pouvait-il me rendre aussi humaine alors qu'il ne l'était pas lui-même ? Comment arrivait-il à faire resurgir en moi ce que j'avais de plus « femme » et non « femelle » ?

_Comment as-tu su que j'étais là ?

_J'aurais aimé te dire que mes pas m'ont mené à toi, qu'il a suffit que mon cœur dicte la route qui m'emmènerait vers toi mais ce serait te mentir. Alors je serais moins noble et plus honnête en te répondant que Daniel m'en a averti.

Même divorcé, même trompé, il continuait à veiller sur mon bien-être. Daniel ne saurait me prouver être davantage celui qu'il me fallait et pourtant, ce n'était pas lui que je désirais. Je me contentais d'opiner, regardant un moment les alentours. Tout était exactement comme nous l'avions laissé si ce n'était que nous n'étions plus les mêmes. Je n'étais plus la banale jeune fille qui patientait rêveuse que son amoureux ne franchisse le seuil de cette fenêtre, je n'étais pas non plus la rêveuse naïve qui avait cru pouvoir renier bon nombres de conventions pour maintenir près d'elle son premier grand amour.

_Je me retrouve dans la même position qu'un demi siècle auparavant. J'ai peur de ce qui adviendra de nous, de ce que je pourrais faire et des conséquences de mes actes. Je me revois penché sur ton corps étendu sans savoir s'il m'était possible d'en faire davantage.

_Je n'aurais pas broncher à l'époque

Un court silence suivit mes propos, un silence embarrassé, gênant. Nous en avions l'habitude. Je finissais par le trouver presque reposant, ce qui était le comble du paradoxe. Contemplant ses traits incertains, je compris qu'il n'en dirait davantage car il en avait déjà trop dit. Il avait également lutté sept jours pour me reconquérir. Il ne souhaitait en faire davantage. Mais sa venue en ces lieux me déterminait qu'il pensait notre histoire encore possible. Et c'était cela qui m'intriguait davantage.

_Que t'a-t-il Daniel ?

_Que tu arrivais prochainement sur Forks, que tu comptais porter le deuil de ton père un moment. Il a aussi souligné qu'il me dépècerait si je m'avisais de te faire souffrir de nouveau, qu'il escomptait que je pourvois à tous mes engagements puisque je l'avais empêché d'en faire de même. Il a ajouté qu'il savait perdre cette guerre, qu'il s'avouait vaincu tant que j'étais apte à faire ton bonheur, tant que j'étais celui dont tu avais besoin. Il y eut de nombreux jurons italiens que je t'épargnerais.

Nous eûmes un sourire de connivence, juste pour l'apparence. Ses doigts, presque tremblants se dirigèrent vers ma joue dans l'espoir de l'atteindre. Il eut ce moment d'incertitude où j'ignorais si c'était vraiment ce que je souhaitais, cet zone de no man's land où l'irréparable n'avait pas été encore commis mais déjà amorcé. Son regard m'envoûta, le rythme de sa respiration se cala sur la mienne, vive et saccadée. Nos odeurs se mêlaient dans le fin espace que nous avions inconsciemment laissé entre nous.

_Il t'aime énormément.

_J'en ai conscience. Il était celui dont j'avais réellement besoin sans qu'il s'en rende vraiment compte.

Cette interpellation ne l'arrêta pourtant pas. Il savait que je bluffais. J'étais une si piètre menteuse. Dès l'instant où ses doigts m'effleurèrent, j'en perdis le souffle. C'était viscéral, comme renaître de ses cendres. Plus de trou béant à l'intérieur de la poitrine, plus de douleur. Juste un moment de profonde adoration, de plénitude.

_Que dois-je faire à présent ? J'ai besoin que tu me dises ce que tu veux que je fasse, ce que j'ai le droit de faire. Ai-je le droit de t'aimer ou seulement de demeurer dans ton sillage ? Ai-je le droit de respirer ou me condamnes-tu à errer, brisé ?

J'aimerais te redonner cette vie que je t'ai enlevé par mégarde. J'aimerais que tu retrouves ton père, ton innocence. Je me damnerais sans jeu de mot si cela m'était possible.

_Edward...

_Je t'aime Bella, c'est mon plus bel argument. Je ne peux en dire davantage comme je ne peux te promettre de te rendre parfaitement heureuse comme tu l'aurais été avec Daniel mais je m'efforcerais à chaque seconde de notre éternité à te prouver combien tu comptes pour moi, combien tu m'es essentielle. Je me contenterais de t'aimer inlassablement jusqu'à ce que la mort ait eu raison de moi. Je serais ce que tu voudras de moi.

_S'il te plaît...

_Je ne te demande pas de me croire maintenant mais permets moi une éternité pour te le prouver.

Comment tout simplement résister à cela ? Il m'offrait en quelques tirades ce que je voulais absolument entendre. Il savait comment m'atteindre et j'étais bien trop faible pour paraître indifférente ou peut-être n'en avais-je tout simplement pas envie ? Peut-être qu'il était temps que je nous accorde cette seconde chance, que j'accepte que notre passé fut douloureux, semé d'embûches mais quelle relation n'en avait connu de pareilles ? Peut-être que nous en avions assez souffert et qu'après un demi-siècle de repentance, le temps était venu pour nous deux, de connaître les délices d'un avenir si ce n'était parfait du moins le plus prometteur possible. Je continuerais à douter de lui, certainement, à craindre pour moi-même mais je souhaitais prendre ce risque. Était-ce si mal de vouloir saisir la nouvelle chance qui nous était accordée ? Ce fut sur cette ultime pensée que je me penchais sur ses lèvres, lentement lui laissant le soin de faire le dernier pas. Il ne se fit pas prier et soudain, ce fut sous ses lèvres salvateurs que je revivais, sous sa fougueuse étreinte que je m'abandonnais. Je me souvenais n'avoir plus aucune raison de m'éloigner. Je n'étais plus épouse, je n'étais plus promise, plus contrainte. J'étais juste Bella Swan, vampire à mes heures perdues et terriblement et irrévocablement amoureuse d'Edward Cullen.

Et c'était dans ses bras que je me retrouvais, que je me reconstruisais car il ne suffisait que de cela. J'aurais pu passer une éternité à chercher les bribes de ma personne qu'avait dispersé le vent des Soupirs mais il avait fallut d'un instant à Edward Cullen pour me rendre plus complète que je ne l'avais jamais été.

Et c'était dans ses bras que la peur s'évaporait, que je n'avais plus à craindre pour ce qui adviendrait.

C'était avec lui que je me devais de demeurer.

Souhaitant lui faire part de cette dernière idée, je me détachais de ses lèvres pour l'entendre grogner, ce qui ne fit que m'amuser davantage. Je tins son visage entre mes mains, fixant son regard dans le mien avant de lui murmurer à quelques centimètres de ses lèvres à quel point je l'aimais et à quel point il m'était nécessaire.

_Il m'a fallut cinquante ans pour me remettre de mes blessures. Arranges toi pour ne plus les provoquer.

_C'est une promesse que je ne serais que trop ravi de tenir tant qu'elle implique que tu demeures à mes côtés et c'est là tout mon désir.

Sur ces derniers mots, il m'embrassa de nouveau, m'enivrant davantage à chacune de ses portées.

Et c'était sur ses lèvres que je me rendais compte de ce que nous engagions. Cela nous était nécessaire d'être ensemble. Il en allait de notre survie. Nous ne pouvions envisager un seul instant de prendre une route différente, une décision divergente. Je me devais d'être avec lui. Il se devait d'être avec moi. Nous ne saurions exister sans cela.

Pendant cinquante ans, j'avais cru pouvoir me guérir d'Edward Cullen comme s'il était possible de trouver un remède qui nous soignerait de la plus belle part de nous-même. Je m'étais crue assez forte pour ne jamais plus succomber à ses charmes, ne plus croire en son amour. Il avait fallut de sept jours, cent soixante-huit heures et six cent quatre milles huit cent secondes pour bouleverser toutes mes croyances, mes supposées oppositions, pour réaménager mon éternité à sa convenance.

Que pouvait être sept jours comparer à l'éternité ? Combien l'éternité devenait faible et fragile quand elle est remise en cause par sept journées tout autant de matinées et de soirées !

Et pourtant, il avait suffit de sept journées pour que mon éternité se voit renforcée et invincible.

C'était sur cette vision de mon éternité que s'acheva notre baiser, emportée par le doux sourire de celui que je n'aurais pu cesser aimer.