Encore une nuit à poireauter, à s'ennuyer seul devant le dépôt, et cette fois il n'avait plus de réserves de tabac pour passer le temps - la drogue lui étant interdit pour la nuit pour des raisons évidentes - ce soir serait encore plus long que les autres. Mais il était payé, bien payé par ses employeurs. Si ne rien branler pouvait lui offrir une condition financière décente, qu'en avait-il à foutre de ne rien branler, sinon à se branler pour son bon plaisir avec sa main droite. Encore une fois, ses sombres pensées dû surtout au manque de substance illicite dans son sang, dont il avait de plus en plus de mal à se passer, à chaque jour qu'il engluait sa langue de sables rouges récemment acquis, se muèrent en un long soupir résigné. Suivi immédiatement alors, pour la première fois, d'une réaction d'alarme. Quelqu'un venait, approchait dangereusement du périmètre, bien que d'une manière incertaine et prudente, tout sauf menaçante.

Qui va là ? tança t-il fortement dans le noir, empoignant sa récente acquisition dans sa hanche, une arme de poing standard Predator. Une voix féminine, presque apeurée lui répondit immédiatement.

- Par.. pardon, je me suis perdue, j'ai besoin d'aide.

Malgré sa surprise initiale, le chien de garde resta sur le qui-vive, observant les alentours. Mais la soudaine présence féminine paraissait seule.

- Tu te trouves sur une zone privée, idiote. Approches, dépêches toi, que je te vois.

- Pardon, je.. je ne sais pas où je suis. Probablement saoul, j'ai dû m'égarer et dériver avant de tomber comme une masse sur le sol, sans connaissance. Je cherchais désespérément quelqu'un dans ces ruelles vides.

Le chien de garde, contempla, non sans étonnement, et un feu d'appétit dans ses yeux, la jeune fille qui apparaissait clairement à présent devant lui, à quelques pas. Une jeune adolescente, ou plutôt devenue femme récemment à en juger par un second regard plus appréciateur sous tous les angles. Dans l'obscurité il pouvait voir ses yeux bleus d'une intensité extrême briller, des yeux qui lui firent manifestement de l'effet. Ainsi donc s'était-elle perdue, après avoir fait un peu trop la fête... Elle aimait donc s'amuser... Ca tombait bien, lui aussi. La soirée commençait à devenir plus qu'intéressante. Rangeant, son arme pour le cacher à la vue de celle-ci, pour ne surtout pas effrayer la jeune femme qu'il voulait mettre en confiance et dans sa poche, en jouant l'homme protecteur, il s'approcha doucement d'elle tandis qu'elle tremblait.

- Je peux peut être t'aider, dis moi d'abord comment tu t'appelles.

- Shella. Vous pouvez m'aider à retrouver mon chemin ?

- Ca peut se faire. répondit-il avec un grand sourire, à présent qu'il se trouvait face à face avec la petite, une jeune femme inoffensive, observant les alentour pour s'assurer que nul autre était sur les lieux, témoin de la scène. Sa large main poilue et moite vint se poser mollement sur son épaule.

Mais que peux-tu m'offrir en échange ? Je peux être très généreux si on se montre très amicale. Puis tu sais je m'ennuie ce soir, de la compagnie ne me ferait pas de mal.

Tandis qu'il présentait à peine subtilement son exigence à la jeune fille qu'il dépassait d'une bonne hauteur, il remarqua soudain ce qu'il n'avait pu apercevoir dans le noir à distance, un tatouage entachant son cou, une espèce de cobra rouge enroulé autour d'un 10. L'homme ne connaissait pas ce tatouage, mais il était assez au courant des moeurs dans les milieux interlopes de Vancouver, pour se douter qu'il appartenait à une faction, un groupe dangereux. Immédiatement, l'alarme se fit dans sa tête, la jeune fille ne paraissait plus être ce qu'elle prétendait tout d'un coups, - où plutôt ce qu'il avait prétendu lui-même - et sa main vint serrer l'épaule de celle-ci.

Attends un peu ma jolie d'où tiens-tu ce... AAargh.. s'écria t-il soudain, une atroce douleur sur le front, et au niveau des tempes le saisit, l'homme titubant en arrière, complètement hagard. Quelque chose de solide, métallique l'avait durement cogné à la tête, il ne savait d'où ça provenait. Un regard flou et plié de douleur, levé sur la face de la jeune fille suffit à lui donner la réponse à sa question. Celle-ci tenait serrée à la main, une matraque qu'elle avait caché on ne sait où.

Mais l'homme loin de se concentrer sur l'arme en sa main, fut surtout subjugué par les yeux bleus, qui étaient d'une férocité saisissante, une dureté azur transmettant le reflet de sa propre défaite. Mais la jeune fille qui l'avait attaqué pour de mystérieuse raisons le sous-estimait si elle avait cru qu'un coups de matraque suffirait à le plonger dans l'inconscience. Faisant fi à demi de la douleur, alors que son adversaire s'apprêtait à frapper à nouveau, le chien de garde l'en empêcha en lui fonçant dessus, et en l'empoignant à la gorge, serrant comme un forcené, la poussant contre un mur. Il pouvait voir dans ses yeux bleux la surprise et la peur, mais la dureté ne disparut pas de ses pupilles.

A nouveau, l'employé des trafiquants, sentit une douleur inexplicable au niveau de ses entrailles, quelque chose l'avait frappé au ventre. Et avant qu'il ne réagisse vraiment, encore sonné par le coups de matraque, une autre douleur aigu le saisit à l'estomac. Cette fois, au supplice, et le souffle coupé, il lâcha la gorge de la jeune fille et tomba sur un genoux en se tenant le ventre. Un dernier regard levé en l'air, et l'homme s'aperçut que l'agresseur féminin avait frappé avec son autre poing libre enroulé dans un redoutable enchevêtrement de métal, un poing américain. L'éclair de la matraque brillant sous la nuit, fut la dernière chose qu'il vit avant qu'il ne fut à nouveau frappé au crâne et qu'il ne sombre définitivement dans le noir.

Mais Shepard ne s'arrêta pas pour autant de frapper. Elle savait qu'elle serait condamnée si sa victime était encore dans la capacité de se relever, c'était une question de survie. La matraque de métal ne cessa de fesser le pauvre gars immobile au sol, jusqu'à ce que le corps ne réagisse à plus aucun coups. Certaine d'être hors de danger, Johanna put enfin respirer, souffler, encore un peu tremblante de nervosité. Elle avait réussi. Ne souhaitant pas tout gâcher par une idiote réaction d'immobilité par un sur trop d'émotions, elle se résolut à rejoindre ses camarades au pas de course pour leur annoncer la nouvelle.

Ceci fait, arrivée parmi eux, ceux-ci vinrent lui donner une tape dans le dos en la félicitant et en se faufilant à leur tour dans l'endroit dégagé.

Lukas accueillit la nouvelle, en l'entourant de ses bras et en lui offrant un bref baiser sur la bouche, qu'elle accueillit étrangement comme un réconfort après tant d'émotions et en même temps avec une certaine répulsion pour tous les risques que Lukas lui avait fait courir, sans qu'il ne se soucie de son sort. Elle aurait tout aussi bien avoir pu échouer et se retrouver morte à l'heure actuelle. Mais l'heure n'était pas à de telles pensées, il y avait encore à entrer dans la zone ciblée. Alors une quinzaine de jeunes armés, dont Shepard faisait partie, foncèrent vers celle-ci, déterminés.