centerPas de réconfort pour celui qui n'a plus rien/center

Pour ne pas craquer, on fait tout pour trouver un peu de réconfort.

J'ai essayé, mais…

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20 septembre 2010, 10 H 37

Drago attendait avec impatience la venue de celle qui allait peut-être lui apporter une dernière lueur d'espoir. Assis à la table du parloir, entravé par les chaînes paralysantes, il était saisi de tremblements nerveux. Outre la volonté de s'expliquer une dernière fois, il voulait la voir, l'entendre, la toucher. Il voulait la sentir dans ses bras, il voulait sentir la douceur de ces cheveux dans ses doigts squelettiques il la voulait, il en avait besoin. Cela faisait plus d'un mois qu'il n'avait plus eu de nouvelle et lorsque Coffee lui avait dit qu'elle avait enfin accepté de le voir, un bref éclat avait fugacement illuminé les ténèbres qui lui enserraient le cœur et l'esprit.

Même s'il devait mourir, il devait la voir. Une dernière fois…

Megalyn…

La veille au soir, Drago avait demandé à Coffee une faveur. Une entrevue avec sa femme. Il ne pensait pas que le directeur accepterait après tout, pour tous, il n'était qu'un meurtrier de plus qui approchait de sa mort, mais contre toute attente, il fit suite à sa requête. Drago en fut le premier étonné. Etait-il donc si pathétique, si misérable ? Lui, l'héritier des Malefoy, réduit à l'état d'un sac d'os mû par de la chair criante leur envie de vivre, il avait suscité la pitié, la tristesse, le malheur… Quelle déchéance ! Pouvait-on encore tomber plus bas ? Drago pensait que non.

Et pourtant…

Désormais, attablé dans ce huis clos lugubre qu'ils osaient appeler parloir, Drago attendait, fébrile. Il était aussi impatient et peu sûr de lui qu'un jeunot au lit pour la première fois avec une fille. Il ignorait tout de ce qui s'était passé en dehors pendant sa détention. Qu'avait donc eu à supporter Megalyn ? La médisance, la colère, la haine… Qu'avait-elle subi, elle, la femme du meurtrier d'Hermione Weasley, meilleure amie du Survivant elle, la femme aimé d'un tueur d'enfant ? Et Scorpius ? Megalyn avait pu faire face, elle était forte, mais Scorpius… Que pouvait-il se passer dans sa tête d'enfant ? Que pensait-il de lui ? Pauvre petit de quatre ans avec un père qui attend la croix. Pauvre de lui. Pauvre d'eux.

Tout avait été détruit. Sa famille n'existait plus, disloquée par les rouages implacables d'une justice expéditive. Ce serait normal qu'ils le haïssent, ce serait même légitime. Pourtant, elle avait accepté de venir. Elle avait accepté de le voir et même si c'était pour le honnir, il la remerciait, ne serait-ce que pour lui donner un contact autre que celui des meurtriers et des matons.

La porte s'ouvrit. Drago leva les yeux. Elle était là. Il n'y croyait pas. Megalyn, sa femme, son amour, celle qui l'avait soutenu durant ces années difficiles qui ont suivi la mort de Voldemort, elle se tenait dans l'embrasure de la porte, droite, digne, belle comme un cœur avec ses longs cheveux blonds et soyeux, son teint pâle mettant en valeur ses trais fins, héritage de l'aristocratie anglaise, ses yeux bleus troublants, cette bouche un peu boudeuse… Ah, quel soulagement cela aurait été pour lui de voir ces lèvres finement ciselés s'étirer pour former un sourire de compassion (ou même de pitié, quel importance ?) et quel douleur de les voir pincées, de voir cette ligne mince et pâle l'accuser injustement ! Son cœur s'accéléra, l'entrevue commençait mal.

Megalyn avança jusqu'à la table, les yeux fixés sur le mur de gauche. Elle refusait de regarder Drago en face. Par pitié ? Par haine ? Les deux ?

Une fois assise, elle regarda le bois fatigué de la table sans dire un mot. Drago, de son coté, la dévorait des yeux, essayant en vain d'attirer son regard. La froideur de sa femme le terrifia au point de ne pas savoir quoi dire. C'était une chose de se faire haïr de Potter et des autres, c'en était un autre de Megalyn. Il déglutit difficilement et commença à dire, incertain :

« Meg…

- Ne m'appelle pas comme ça. »

La dureté de la voix surprit Drago. Elle leva alors les yeux et il les vit brillants de colère et d'amertume.

« Je ne suis plus ta Meg, Drago. Je suis Megalyn Woodscroft. Ne te permet plus ce genre de familiarité avec moi. »

Chaque mot était un coup au cœur. Le pire était le nom de jeune fille de sa femme. Elle l'avait déjà rayé de sa vie.

« Megalyn, dit-il avec une peine qui l'aurait répugné il y a quelques semaines, s'il te plait, ne fait pas ça…

- Ne fait pas quoi, Drago ? demanda-t-elle avec hostilité, tu crois quoi ? Que c'est une partie de plaisir pour moi de te voir dans cet état. Tu me fais pitié, Drago. Tu ne peux pas savoir à quel point…

- Mais… Tu es venu pourtant…

- Oui, je suis venu, uniquement parce que je voulais savoir.

- Sa… Savoir…

- Oui, la vérité, sur ce qui c'est passé, là bas. Tu as refusé de le dire aux autres. Je pensais qu'à moi, tu le dirais. A moi, ta femme, celle qui t'as toujours soutenu.

- Mais… Mais je n'ai rien à dire… Je…

- Arrête, je ne te crois pas ! »

Le cri alerta les gardes qui entrèrent précipitamment dans le parloir. Megalyn leur fit un signe et ils sortirent sans un mot. Drago était anéanti. Il avait espérer un peu de réconfort, un peu de chaleur il avait même pensé bêtement qu'elle était venu pour ça. Mais tout ce qu'elle voulait, c'était la vérité. Comme Potter. Comme Wealey. Comme beaucoup d'autre. Ils voulaient la vérité, cette maudite vérité dont il ne conservait aucune trace. Ne comprenaient-ils donc pas ? Il ne pouvait leur avouer une chose dont il ne gardait aucun souvenir. Il ne pouvait avouer une chose qu'il n'avait pas commise. Il en était intimement persuadé, il n'avait rien fait et que ce soit pour se condamner ou pour se disculper, il ne pouvait rien faire sans souvenirs clairs de cette nuit.

Et les yeux accusateurs de Megalyn ne mentaient pas. C'était bien le pire.

Pour elle, il était coupable.

Incapable de dire quoi que se soit, Drago ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, lui donnant un air grotesque. Megalyn avait détourné les yeux. Une larme unique s'échappa de ses paupières closes. Le cœur de Drago se serra.

« Meg, je t'en supplie… Il faut que tu me croies. Toi plus que les autres, tu dois croire à mon innocence…

- Que veux-tu, Drago ? » Cette fois, il y avait de la lassitude dans la voix. « Pourquoi m'as-tu demandé ?

- Je… » Drago, pour le coup, ne savait pas quoi répondre. « Je… Je ne sais pas… Peut-être… Peut-être pour te revoir, c'est tout…

-Me revoir ? » Elle le regarda avec incrédulité. « Me revoir ? Tu te moque de moi ou quoi ! »

De rage, elle se leva et cracha de toutes ses forces ses paroles :

« Comment oses-tu ? Je suis quoi pour toi, un doudou que l'on sert pour oublier ses soucis ? Tu attends quoi, du réconfort, de la compassion ? Eh bien, tu n'auras ni l'un, ni l'autre, Drago Malefoy ! Tu n'auras rien de ma part ! Rien, rien et rien !

- Arrête ! »

Drago dût crier au moins aussi fort qu'elle pour arrêter cette litanie. Il ne comprenait pas d'où venait une telle haine. Ils s'étaient aimés, ils s'étaient disputés, ils s'étaient réconciliés mais jamais encore il n'y avait eu une haine aussi corrosive entre eux. Quelque chose s'était brisée. Irrémédiablement.

Le visage en larme, Megalyn le regarda avec une répugnance sans borne. Sans détourner les yeux, elle ajouta :

« Comment as-tu pu ? Comment as-tu pu nous faire ça ? Je t'aimais, Drago, je t'ai tout donné. Tout, tu m'entends. Et toi, tu m'as fait ça. Comment… »

Cette fois, Drago était désemparé.

« Que… Qu'est que j'ai…

- Arrête, fais pas semblant de ne pas comprendre.

- Je te jure que…

- Tu peux me le dire maintenant…

- Mais j'ai…

- Je te jure que ce ne sera pas pire…

- Mais quoi…

- Dis-le !

- MAIS QUOI ? fini-t-il par crier, QUOI ? QU'EST-CE QUE J'AI FAIT ?

- TU L'AS VIOLEE ! »

Le sang de Drago se gela. Il sentit à peine les picotements des chaines paralysantes, il se sentit à peine choir sur la chaise. Le teint monstrueusement pâle, les oreilles bourdonnantes, il essayait d'assimiler ce qu'elle venait de dire.

Comment avait-on pu lui cacher ça ? Ca n'a jamais été abordé au procès…

Non, c'est impossible, jamais je n'aurais…

Le visage ruisselant, Megalyn reprit :

« Ca n'est jamais apparu au tribunal parce que Potter l'avait effacé du dossier et il m'a fallu les récriminations de Weasley pour que je l'apprenne. Et oui, Drago, Hermione Weasley a été violée. Tu l'as violée. Ils ont trouvée des résidus du sortilège de Condensation. Tu sais, le sortilège des violeurs, comme ils l'appellent. Pas de sperme, mais les lésions étaient toujours là, elles. Et tu sais quoi…

- Non…

- La baguette qui a lancé ce sort….

- Non…

- C'était la baguette qu'ils ont retrouvée…

- Non…

- Cette baguette qui ne portait que tes empreintes.

- NON ! »

Dans un mouvement de rage désespéré, Drago voulut prendre la table et la jeter de toutes ses forces contre le mur mais les chaînes paralysantes l'en empêchèrent. A peine avait-il amorcé le geste que leur pouvoir entrèrent en action et rendirent ses bras aussi inertes que deux bâtons de guimauve. Il s'écroula sur la table, le visage plaqué sur le bois vermoulu. Il ne vit qu'à moitié Megalyn faire un pas en arrière.

« Comment as-tu pu ? répéta-t-elle en pleure. Après tout ce que nous avons vécu… Comment as-tu pu faire ça à Scorpius ? Après ce qu'elle a fait pour lui… Comment… »

Elle fut incapable de continuer. La bouche pâteuse, toujours affalé sur la table, Drago murmura :

« Non, Megalyn, ce n'est pas ce que tu crois…

- Oh, si, c'est parfaitement ce que je crois. Je vois très bien, ce qui c'était passé. Tu avais une aventure avec elle, pas vrai ? Avoue ! Je sais que vous vous êtes vu ces derniers mois, ne me mens pas. Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit-là ? La vertueuse petite Weasley s'est refusée à toi et c'est pour ça que tu l'as violé. Hein, dis-moi ! Mais réponds-moi, bon sang ! »

Drago se jeta en arrière en criant « non ! ». En équilibre précaire sur sa chaise, il regarda sa femme, les bras ballant, le visage anéanti.

« Non, non et non… Meg, je te jure que je n'ai rien fait… Sur tout ce que j'ai, je te le jure… Sur mon père malade, sur toi, sur Scorpius… Je ne me le rappelle pas, mais je sais que jamais je ne pourrais accomplir une telle horreur. Tu le sais, hein ? Tu me connais, tu sais que je ne ferais jamais ça ? »

Elle ne répondit pas, le visage haineux. Drago se fit suppliant.

« Pas vrai ? »

Elle ferma les yeux et mit une bonne dizaine de secondes à répondre. Et lorsqu'elle parla, le ton qu'elle employa brisa les derniers espoirs de Drago.

« Tu n'es qu'une ordure, Malefoy. Tu as détruit notre famille pour cette Sang-de-Bourbe de pacotille. Jamais je ne te le pardonnerais ! Jamais !

- Non, je t'en pris, Meg…

- J'espère que tu brûleras en enfer. »

Elle se détourna et tambourina sur la porte. Dans un dernier geste désespéré, il se lança à sa poursuite, le visage en larme.

« Non, je n'ai rien fait, je suis innocent, innocent… »

Il ne parvint jamais jusqu'à elle. Les chaines le paralysèrent totalement et il s'écroula tel un pantin désarticulé. Quel naïf ! Il l'avait espéré mais comme il l'avait craint, il n'y a pas de réconfort pour celui qui n'a plus rien. Il parvint néanmoins à murmurer un dernier mot avant que la paralysie ne touche ses cordes vocales :

« … innocent… »

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20 septembre 2010, 19 H 00

« Je peux savoir pourquoi c'est moi qui m'y colle ?

- Parce que je l'ai décidé, répondit sèchement le gardien en chef, maintenant, tu la ferme le temps que l'on vérifie les attaches.

- N'empêche, cela fait la troisième fois…

- La ferme, j'ai dit.

- Messieurs, fit la voix basse de Coffee, un peu de tenu, voulez vous. »

Les deux matons se turent, un peu penauds. Coffee les surveillait avec son air sombre habituel. Il passait de l'officier (celui qui dirigera l'exécution de Drago Malefoy) au gardien prisonnier de la croix en passant par les techs. Bien que fastidieuse, la procédure était suivie à la lettre. Avant chaque exécution, la croix était nettoyée, réparée (au besoin) et pour finir, testée. Et cela trois fois d'affilé. Le premier test avait lieu ce soir-là, les deux autres seront effectués le lendemain à midi et à 18 heure. Coffee s'était demandé à ses débuts à quoi pouvait bien servir autant de vérifications qu'il jugeait inutiles. Il a très vite compris au bout de quelques mises à mort. Si la croix était efficace, elle était également très fragile et il fallait constamment vérifiée son bon fonctionnement avant chaque exécution. Cette fragilité était probablement due à la magie utilisée, qui rongeait en partie le métal et bloquait le mécanisme…

« Défaillance sur la deuxième attache droite, lança un des sorciers chargés de la maintenance d'Azkaban.

- Quelle type ? demanda Coffee.

- Rouille. Il faudra la changer au plus vite. »

Coffee regarda avec indifférence tout ce petit monde s'affairer autour la croix. Outre ceux qui seront présent au moment de l'exécution (à savoir, l'Ordonnateur, les deux Exécuteurs et Coffee), il y avait cinq types de la maintenance (les techs, comme ils sont surnommés) en train de passer en revue la croix sous ses moindres détails et le maton qui jouait temporairement le condamné à mort sur le point de recevoir la charge mortelle. Il était par ailleurs étonnamment détendu, il sifflotait même en regardant les techs travailler autour de lui. Comme si l'engin sur lequel il était allongé n'était qu'un simple support, et non une machine de mort. Plus d'une fois, Coffee eu envie de laisser le type sur la croix et de charger cette dernière. Naturellement, il n'aurait pas libérer le sort, c'était juste pour voir son expression changer, juste pour lui faire comprendre la gravité de la situation. Mais Coffee ne donna jamais cet ordre. Outre le fait que c'était contre la procédure, c'était sadique et le directeur n'était pas comme ça.

Les techs tournèrent autour de la croix une bonne dizaine de minutes avant de s'arrêter. Coffee demanda :

« Verdict ?

- Excepté la deuxième attache droite, il n'y a rien de très grave. L'anneau ventral commence à se fendiller mais ce n'est pas très conséquent et la pierre part en poussière à certain endroit. Mais comme je l'ai dit, pas de problème. Elle peut supporter une exécution.

- L'attache endommagée peut tenir le temps de la répétition ?

- Je pense, oui.

- Bien, allons-y alors. »

Il fit un signe de tête à l'un des Exécuteurs (gardien à brassard bleu) qui abaissa le premier des deux leviers qui se trouvait derrière la croix. Cette dernière, qui se trouvait à l'horizontale jusqu'à présent, commença à se redresser.

Voilà comment cela allait se passer. La salle d'exécution était une pièce circulaire coupée en deux. D'un coté, une estrade séparée de l'autre partie par une cloison vitrée incassable. C'était la zone réservé au public, aux quelques rares qui assisteront à l'exécution : famille des victimes, journalistes et autre. Cette zone pouvait accueillir une vingtaine de personne. Pour le moment, le rideau était tiré. On ne l'ouvrait qu'après avoir placé le condamné sur la croix et on le tirait quelques secondes après, juste avant de rendre la sentence. L'autre zone, la plus grande, était la salle d'exécution même. Au centre trônait la croix, engin de mort conçu par le savant Kallius Jauffre, la référence dans tout ce qui concerne les roches métamagique. Il avait trouvé là une propriété étonnante de sa création, la Jauffrine, ce minéral composite qui avait déjà tué plus de deux cents prisonniers à ce jour.

La croix faisait 2 mètre 20 de haut. Semblable (dans la forme) à celle qui sur laquelle Jésus fut cloué il y a deux millénaires, elle était composée de bois, de métal et de roche. Le bois constituait la structure principale. Le métal renforçait les jointures et les bordures et composait également les différentes attaches qui enserraient le condamné. Quant à la Jauffrine, il n'y en avait qu'au centre. En réalité, elle formait une mince bande qui suivait le tracé de la croix. Elle recouvre également les compresses digitales ainsi que le socle. La chemise que les prisonniers devaient mettre était conçue afin que la peau soit en contact direct avec la pierre et que la mort s'effectue dans les temps. Il y existe des impondérables que l'on ne peut ignorer et le fonctionnement de la Jauffrine en faisait partie.

La croix acheva sa monté. Le gardien prisonnier était maintenant à la verticale, les pieds nus sur le socle, les bras tendus le long de la croix, les mains ouvertes. Il ne pouvait faire le moindre geste. Trois attaches lui bloquaient chaque bras : une au niveau du biceps, une autre au niveau du poignet et la dernière au niveau des doigts. De plus, il avait une autre attache qui lui serrait le ventre et une dernière qui clouait ses pieds au socle. Impossible de bouger, impossible de s'enfuir. Pris au piège jusqu'à la fin. Ironiquement, le maton fit un sourire au rideau tiré. Coffee eu envie de l'étrangler.

« Bien, commençons. »

Coffee fit signe à l'Ordonnateur. Ce dernier ouvrit le rideau d'un coup de baguette, révélant une estrade vide à un maton à présent ennuyé sur sa croix. L'Ordonnateur se plaça ensuite sur la droite et commença son speech :

« Drago Malefoy, vous avez été condamné par la cours pénale du magenmagot à la peine capitale pour les meurtres de Hermione Weasley et Rose Weasley. Vous allez donc être soumis à l'aura dévastateur du sortilège mortel jusqu'à ce que mort s'ensuive. Avez-vous une déclaration à faire avant que l'on rende la sentence ?

- Ouais, fit le faux condamné avec la tête de celui qui va sortir une énormité plus grosse que lui, je…

- C'est bon, faisons comme si le condamné avait parlé, l'interrompit Coffee. La suite, Ordonnateur…

- Bien, nous allons maintenant rendre la sentence. »

Il fit un autre geste de la baguette et le rideau fut de nouveau tiré. L'Ordonnateur hocha alors la tête en direction de l'Exécuteur qui se tenait près des leviers. Ce dernier tira sur le second levier et les compresses digitales se plaquèrent contre les doigts du faux condamné.

Et ce fut tout.

La répétition s'arrêta là pour la vérification des détails techniques et humains. L'Ordonnateur avait été parfait, l'Exécuteur de même et les mécanismes de la croix semblaient tenir la route sans problème.

Il ne restait plus qu'une chose à vérifier.

Son efficacité.

« Bon, descendez-le. On va tester la croix. »

Les techs ouvrirent les attaches et le maton sauta de l'engin de mort presque avec soulagement. Ils refermèrent ensuite les entraves afin que les conditions soient identiques à une vraie exécution. Sauf que la croix était désormais vide.

« Exécuteur, à vous. »

Le second gardien portant un brassard bleu s'avança alors et se plaça à l'arrière de l'engin. A la base de la croix se trouvait un petit creuset tapissé de Jauffrine. Il pointa sa baguette sur le centre du creuset et formula le nom du sortilège impardonnable :

« iAvada Kedavra/i. »

Le rayon vert fusa et emplie le creuset d'une lueur morbide. Presqu'aussitôt, tout le Jauffrine répandu sur la croix devint verte. De petit éclair s'échappait par moment de la pierre mais Coffee savait que c'était sans risque, qu'il pouvait toucher le minéral sans craindre la mort. Enfin, pour l'instant, il ne craignait rien, mais une fois le système fermé…

En terme moldu, on pourrait dire que la croix de Jauffre fonctionne comme un circuit électrique fermé-ouvert et ce sont les compresses digitales qui font office de bouton pression. Normalement, ce que venait de faire le second Exécuteur s'effectuait avant que l'on ouvre les rideaux, mais pour des raisons évidentes, il s'en était passé pour la répétition. Car maintenant que la croix était chargée, le seul moyen de la décharger était de libérer le sort. C'était là le terrible pouvoir de la Jauffrine. Cette roche assimilait la magie et pouvait la libérer lentement. La croix suivait ce principe. Au début de l'exécution, les compresses digitales, des barres de métal recouvertes de Jauffrine en fait, se tenaient à un centimètre de la peau du condamné. A ce moment là, le système était ouvert et donc inopérant. Mais une fois que l'Exécuteur tire sur le deuxième levier, les compresses s'abaissent et se plaquent sur les doigts du malheureux. Alors le système est fermé et le sortilège de la mort est lentement libéré. Ce genre d'exécution est horrible. Entrant par la peau du dos et des bras et ressortant par les pieds, le sortilège ne tue pas sur le coup. La mort est même terriblement longue. D'après Jauffre, c'est comme sentir son âme se faire arracher hors de son corps. Sur le plan de la douleur, cela équivalait à se faire arracher la peau avec une pince à épiler chauffée à blanc. Une véritable torture. Coffee ressentait un frisson à chaque fois qu'il y pensait.

« Allez-y. »

L'Exécuteur tira sur le levier et les compresses s'abattirent sur des mains inexistantes. Aussitôt, le sortilège se libéra, créant une multitude d'éclairs qui jaillirent de la pierre en émettant un bruit particulièrement strident. Coffee ne savait pas trop à quoi le rapprocher. Il hésitait entre le cri de terreur d'une femme ou le vol terrifié d'un millier d'oiseau. Quoi qu'il en soit, c'était désagréable. Il n'y avait que là que l'on pouvait l'entendre. Généralement, le condamné criait plus fort que cette mélopée d'outre tombe.

Le directeur garda un œil sur la pendule et plus particulièrement sur l'aiguille des secondes. Le temps de libération, c'était le seul intérêt à ce qu'ils faisaient. Il compta avec l'aiguille les secondes qui s'égrainaient et s'arrêta à quarante neuf lorsque le sortilège et son bruit dérangeant cessèrent. C'était parfait, tout était en ordre.

N'empêche…

Quarante neuf secondes. La mort ne venait qu'au bout de quarante neuf secondes.

Cela doit être interminable pour le condamné.

Vraiment interminable…

« Bien, je vous remercie, messieurs. On se revoie demain à midi pour la seconde vérification. »

Coffee attendit que tout le monde soit sorti pour s'approcher de la croix et poser sa main sur le bois froid. C'était un rituel, il le faisait à chaque fois, et à chaque fois, il avait l'impression de toucher une horreur contre nature. Combien d'âme sont passées à travers ce bois et cet acier ? Combien de prisonniers ont connu cette mort affreuse ? Coffee se souvenait de pas mal d'exécution et certaines l'ont marqué. Ces dernières étaient par ailleurs les seuls où il était convaincu que les condamnés méritaient ce sort, voir même plus. Il ne se rappelait pas de tous les noms, les seuls qui lui revenaient à l'esprit pour le moment étaient Dolohov, Rawghall, Carrow, Lestrange… beaucoup de mangemort en fait. Cela le fit réfléchir. Après tout, Drago Malefoy avait été un magemort, non ? Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que cette mise à mort semblait le gêner ? Pourquoi avait-il l'impression qu'il ne le méritait pas ? Pourtant, ce qu'il avait fait était impardonnable. Tuer est en soi quelque chose d'ignoble mais tuer un enfant d'à peine cinq ans était impardonnable. Oui, s'il fallait en croire le magenmagot, Drago Malefoy méritait son sort.

S'il fallait en croire le magenmagot…

Peu importe, pensa le directeur, de toute façon, il est trop tard.

Il sortit alors de la salle d'exécution, devenu oppressante, tout en se demandant fugacement ce que pouvait bien ressentir Drago Malefoy en ce moment même.