center« Je suis innocent ! »/center
On raconte que mourir ignorant, c'est mourir heureux.
Moi, je serais heureux si seulement je pouvais me souvenir…
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21 septembre 2010, 11 H 38
« Est-ce tout ? »
Drago ne répondit pas à Coffee. Il n'en avait pas envie. Il s'était toujours demandé ce qui se passerait lorsque le directeur viendrait lui apporter la chemise du condamné, comment il réagirait, ce qu'il ressentirait… Et bien, il avait été étonné de ne rien éprouver de particulier. Depuis que le dernier jour de sa vie avait commencé, il avait l'impression de vivre dans un monde surréel où chaque détail était intensifié. C'était si précis, si net, si beau, que Drago parvenait à oublier sa mort prochaine. Et puis il y avait Numéro Quinze. Numéro Quinze qui ne le quittait pas des yeux…
« Malefoy ? »
Drago regarda le directeur. Il lui en voulait. Il lui en voulait même beaucoup. En venant dans sa cellule, il avait brisé son ignorance. Tout à coup, la menace de la croix était redevenue réelle et la peur de mourir était revenue fouraillée dans ses tripes. Il aurait tant voulu ne pas le voir, ne voir personne avant son exécution. La présence de Numéro Quinze lui suffisait amplement.
« Et bien quoi, dit-il à Coffee. Vous savez ce que je veux becqueter pour mes derniers repas, qu'est-ce qui vous faut de plus ? »
Coffee poussa un soupir.
« Vous allez mourir…
- Sans blague, railla Drago.
- … j'avais pensé que vous aimeriez voir quelqu'un avant l'heure de votre exécution. Vous avez droit à des visites, vous savez.
- Je ne veux voir personne, affirma Drago, de manière catégorique.
- Vous êtes sûr ?
- Certain. »
Il mentait. Il crevait d'envie de voir quelqu'un, n'importe qui, même Weasley, mais il n'osait demander. Non pas par peur de les voir, mais par peur de leur refus. Les séances avec Megalyn et Potter lui suffisaient.
« Très bien. » Coffee se leva. « Je vais donc vous laisser, Malefoy. Des gardiens vous apporteront vos repas à midi et à 18 H. En attendant… » Il hésita, peu sûr de lui. « J'espère que vous serez en paix avec vous-même.
- Foutez le camp. »
Coffee hocha la tête et se détourna. A ce moment-là, une voix se fit entendre.
« Pourquoi vous ne lui dites pas ? »
Numéro Quinze.
« Pardon ? demanda Coffee.
- Pourquoi vous ne lui dites pas, au sujet de Potter ? »
Le temps se figea. Coffee était stupéfait, il fixait avec un air ahuri un Numéro Quinze parfaitement impassible. Le blondinet fronça les sourcils.
iPotter ? Qu'est-ce que le directeur m'a caché ?/i
« Je ne sais pas de quoi vous parlez, gronda Coffee.
- Ne mentez pas.
- Vous êtes qui pour me parler comme ça ? répliqua le directeur agacé, je vous rappelle que c'est moi qui dirige ici, compris. Garde, qui est ce prisonnier ? »
L'intérêt de Drago s'en trouva décuplé. Le nom de Numéro Quinze…
Un gardien s'approcha et ouvrit un petit calepin. Il chercha quelques secondes à l'intérieur.
« Et bien ?
- Euh… » Le gardien chercha plus méticuleusement. « Je ne comprends pas, monsieur. Je ne trouve pas sa fiche.
- Ah, laissez tomber. Quant à vous (Numéro Quinze haussa un sourcil), je vous conseille de la fermer si vous en voulez pas que ces hommes vous fasse comprendre le sens du mot discipline. »
La réaction du grand noir était démesurée. Drago n'y comprenait plus rien. Numéro Quinze sourit de plus belle et continua :
« Vous devriez lui dire, vous savez.
- La ferme.
- Vous devriez lui dire que l'enquête a été rouverte.
- Quoi ? », s'exclama Drago.
Il avait dû mal entendre. L'enquête était rouverte… Potter avait repris le dossier. Comment… Pourquoi… Se pourrait-il qu'il y ait d'autres indices, se pourrait-il qu'il soit…
Coffee se frotta les yeux. Il avait la tête de celui qui voyait son secret divulgué aux yeux de tous. S'en même rouvrir les yeux, il fit un signe aux gardiens et pour la première fois depuis son arrivé, Numéro Quinze fut emmené pour une séance de « relaxation maison ». Il se laissa mener docilement. Avec le sourire même. Après le meurtre de Gormon, Drago s'était attendu à autre chose. Enfin… Pour l'instant, son attention était fixée sur le dos de Coffee.
« Pourquoi ne pas me l'avoir dit ? cracha-t-il avec colère.
- Malefoy, commença le directeur en se tournant vers le condamné.
- Vous auriez dû me le dire.
- Non, il aurait mieux valu que non.
- Et pourquoi ça ? Il s'agit de…
- Rien n'est sûr, l'interrompit Coffee. Rien. L'exécution n'a même pas été reportée, encore moins annulé. »
Drago se tût. A cet instant, il ne savait plus quoi dire, il se sentait parfaitement idiot.
« Ecoutez, reprit le noir, il semblerait que Harry Potter ait rouvert le dossier, je l'ai appris il y a quelques heures. Pourquoi, je n'en sais rien. Il y a peut-être un nouvel élément ou un nouveau témoignage, je ne sais pas. Tout ce dont je suis sûr, c'est que votre exécution n'a pas été annulée. Seul le ministre et le directeur du Département de Justice Magique peuvent vous gracier et pour l'instant, ni l'un ni l'autre ne s'est manifesté. »
Drago ne savait plus quoi pensé. Ce qu'il murmura par la suite, il n'en était même pas convaincu.
« Vous auriez dû me le dire… »
Coffee secoua la tête. Il fit signe au gardien restant de fermer la cellule.
« N'ayez pas trop d'espoir, Drago. »
Le directeur se détourna, laissant Drago seul avec lui-même. Pour la première fois, il était vraiment seul. Pas de gardien, pas de Numéro Quinze, il n'y avait que lui. Lui et son esprit bouillonnant de question. Pourquoi Potter a-t-il rouvert le dossier ? Qu'a-t-il bien pu voir lors de leur entrevue pour faire cela ? Est-ce qu'il a enfin compris qu'il était innocent ? Vont-ils le faire sortir ? Va-t-il enfin revoir la lumière du soleil ? Et Megalyn, va-t-il lui pardonner ? Oui, au moins pour cette question, il connaissait la réponse. Il lui pardonnera, ne serait-ce que pour revoir le petit Scorpius, ne serait-ce que pour serrer son fils dans ses bras. Oui, ils vont le faire sortir, mais quand ? Et comment ? Va-t-il y avoir un autre procès ? Va-t-on s'excuser auprès de lui ? Est-ce que…
Subitement, il prit conscience d'une chose. Son regard se porta sur la chemise du condamné qui attendait comme une bête à l'affut sur sa paillasse tandis qu'une question germait dans son esprit enfiévré :
Est-ce que tout cela est vrai ?
Il était toujours là, son exécution était toujours prévu à minuit, rien n'avait changé, rien. Drago comprit alors pourquoi le directeur n'avait rien voulu lui dire. Ce n'était pas par cruauté, mais par compassion.
Car si jamais Potter ne trouvait rien et qu'il devait marcher ce soir vers sa mort, Coffee venait de faire la pire chose que l'on pouvait faire à un condamné : lui donner de l'espoir.
Drago serra les dents en empoignant les barreaux.
« Maudit soit-tu, Numéro Quinze. »
La déception est le pire des maux. C'est comme si un gamin sadique lui retirait le verre d'eau au dernier moment alors qu'il crevait de soif. A cette seconde, il souhaita les pires horreurs à celui qui avait pourtant rendu ces dernières heures supportables.
Les mains serrés sur les barreaux, il se posait inlassablement la même question, question qui n'a rien à voir avec du soulagement ou du dépit.
Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé ?
Drago aurait bien donné tout ce qui lui restait pour avoir la réponse.
Oui, il aurait renoncé à ses privilèges pour savoir comment il en était arrivé là.
i********/i
Que s'est-il passé ?
Drago Malefoy a-t-il véritablement tué Hermione Weasley et la petite Rosie ?
Que s'est-il vraiment passé cette fameuse nuit ?
Qui a raison et qui a tord ? Il est difficile de le savoir. Car en réalité, tous ont raison et tous ont tord.
Retour en arrière.
Megalyn avait raison sur un point. Effectivement, Drago et Hermione se voyaient assez souvent. Mais elle avait également tord. Ils ne se voyaient pas parce qu'ils étaient amants. Ils se voyaient à cause de Scorpius.
Car le petit Malefoy était malade, très malade.
Ce n'était un secret pour personne. Tous le monde connaissait la santé fragile de Scorpius. Il souffrait de la même maladie que celle qui rongeait son grand-père c'était une tare génétique qui ne s'était pas encore déclarée chez Drago. Cette maladie n'était pas une condamnation, loin de là. L'hôpital St Mangouste savait la guérir, si tant est que la maladie était prise à temps. C'était justement le cas grâce à une jeune médicomage qui a su détecter le mal après que ce dernier se soit cassé la jambe en tombant d'un arbre, suite au malaise et elle a pu lui administrer les premiers soins nécessaires à la guérison. Drago lui en a été extrêmement reconnaissant, malgré le passé houleux qu'il avait avec elle. La médicomage en question s'appelait Hermione Weasley.
Il serait difficile de qualifier la relation qui s'installa entre Drago et Hermione par la suite. En un sens, les doutes de Megalyn étaient légitimes. Après tout, Drago l'avait déjà trompé, une erreur qu'elle avait pardonnée très difficilement et dont Drago en portait encore la honte. Mais le Serpentard était malgré tout quelqu'un d'honorable qui avait expié ses fautes de jeunesse et qui essayait depuis de mener une vie correcte, ne serait-ce que pour Scorpius. Cette erreur d'un soir a failli lui couter sa famille et il s'était promis de ne jamais recommencer. Ce qu'il ignorait, c'est qu'une autre erreur d'une nuit allait cette fois lui couter la vie.
Pour en revenir à notre sujet, disons que leur relation était assez complexe. Au début, c'était strictement professionnel. Hermione et Drago ne se voyait que pour planifier la guérison de Scorpius. Et puis, ça a changé… Ils ont fini par se voir en dehors de St Mangouste, ils allaient boire un verre dans des bars ou ils discutaient simplement en se promenant dans la rue. Bref, une certaine amitié s'était installée entre eux. Une amitié très chaste. Etant tout les deux mariés, ni l'un, ni l'autre ne cherchait à aller plus loin. C'est difficile à croire mais pourtant c'est vrai. Hermione dans sa bonté et sa gentillesse découvrait un nouveau visage chez celui qui l'avait tant insulté dans le passé et cela lui donnait envie d'en savoir plus. Quant à Drago, il n'aurait su dire pourquoi il faisait cela. Par intérêt ? Par reconnaissance ? Oui, c'est probablement par reconnaissance, même s'il ne s'en serait jamais cru capable. Et qui sait, peut-être qu'avec le temps, cela aurait pu aller encore plus loin.
Je vous l'ai dit, personne n'a tord, personne n'a raison.
Puis tout a basculé.
Vous vous en doutez, leur relation était très mal vu, notamment par Ron et Harry. Entre autre chose, c'est cette animosité qui a joué durant le procès. La colère et le chagrin sont mauvais conseillers et même les plus honorables se laissent piégés. Vous allez comprendre.
17 juillet 2010, 21 H 58
Ce soir-là, Drago se rendit dans la demeure des Weasley situé dans la banlieue londonienne. S'il allait chez eux aussi tard, c'était pour deux raisons : la première, c'était Scorpius : Drago était sortie tard du travail et il lui fallait des médicaments pour son fils Or, comme la pharmacie de St Mangouste était fermée à cette heure-là, Hermione avait proposé à Drago de passer chez elle pour récupérer les remèdes. La seconde raison, c'était Ron : comme Weasley ne pouvait pas le saquer, Drago avait choisi cette heure tardive car il savait que le rouquin ne serait pas là (Hermione lui avait dit que Ronnie devait travailler tard au ministère). Une aubaine, pensa Drago. Il n'aurait qu'à récupérer les médocs et se tirer. Personne n'en saurait rien.
Seulement…
Lorsque Drago arriva devant la maison, il trouva la porte d'entrée entrouverte. Cela l'intrigua. D'autant plus que la maison semblait déserte. Pas un bruit, pas une lumière, rien. Prudemment, Drago s'avança. Il poussa la porte et trouva le vestibule désert. Sur la gauche, le salon et plus loin, la cuisine. De là où il était, Drago voyait les médicaments posés sur la table basse. Il aurait pu les prendre et s'en aller, ni vu, ni connu, mais quelque chose ne tournait pas rond. Hermione ne serait pas partie seule en laissant la maison ouverte. D'après ce qu'il sait, il n'y avait que la petite Rose avec elle (Hugo était chez ces grands parents apparemment) et elle n'aurait jamais laissé seule une gamine de quatre ans à peine. De plus, en admettant qu'elles se soient tiré toutes les deux, jamais Hermione n'aurait laissé les médicaments en évidence. Non, quelque chose clochait. Drago s'avança un peu dans la maison et entendit un gémissement étouffé en provenance du premier étage. Hermione, pensa-t-il. Ni une, ni deux, il se précipita dans l'escalier. Il remonta le couloir du premier étage et s'arrêta devant la seule porte sous laquelle filtrait de la lumière. Un nouveau gémissement. Drago dégaina sa baguette et défonça la porte.
En l'espace d'une seconde, Drago vit la scène dans toute son horreur : Hermione en sang, le visage tuméfié, gisant sur le lit, ses vêtements en lambeaux éparpillés par terre, la main d'enfant qui dépassait du placard ouvert. Il n'eut pas le temps de comprendre ce que tout cela appliquait que la porte de la chambre se referma violemment sur lui. Drago se prit le bord de la porte en plein sur la tempe et perdit sa baguette. L'agresseur, qui se tenait derrière, en profita pour sortir de l'ombre et lever de nouveau sa baguette. Drago, aveuglé par la douleur, se jeta sur lui et parvint par un incroyable coup de chance à le désarmer. Mais cela n'arrêta pas l'agresseur. De rage, il assena une droite mémorable au blondinet qui fut jeté par terre. A genoux, Drago sentit l'enfoiré l'agripper afin de l'étrangler. Dans un dernier élan, Drago lança sa tête en arrière et fit mouche. L'agresseur le lâcha, la bouche en sang. Drago se leva à moitié, le crâne en feu, et vit sa baguette dans un coin. Il se jeta en avant pour la récupérer mais en vain. L'agresseur avait été plus rapide et avec la baguette du Serpentard, il le stupéfixa. Drago s'écroula.
A cet instant, il était à la merci de son adversaire. Ce dernier aurait pu le tuer, après tout, pourquoi pas, il n'était pas à un cadavre près. Mais tandis qu'il serrait la baguette de Drago, une idée germa dans son esprit de malade. Dans la vie, tout n'est qu'affaire de détail. Et avec un peu de doigté, il n'aurait aucun mal à livrer aux Aurors le coupable de cette abomination. Ah, si seulement cette salope n'avait pas commencé à crier, il ne l'aurait pas brutalisé et si cette saleté de gosse ne s'était pas mêlé de ce qui la regardait pas, elle serait encore en vie à jouer avec sa poupée plutôt que froide sur le sol de la chambre de sa mère… Ah, ces femmes, que des idiotes ! Enfin, il faut préparer ce crétin de blondinet, maintenant…
Pour lui, c'était facile. Après tout, c'était un pro dans son domaine. Il était même admiré et respecté par ses pairs. Pour commencer, il cautérisa sa plaie à la bouche avec la baguette du blondinet et fit disparaitre toutes traces de son sang ainsi que les trois morceaux de dents. Il n'aurait aucun problème à tout faire repousser le moment venu mais pour l'instant, il avait mieux à faire. Une fois cette besogne achevée, il se pencha sur le blondinet et referma la plaie qui s'était ouverte lorsqu'il l'avait frappé. Un autre coup de baguette magique et hop ! plus de sang dans les cheveux. De toute façon, les Aurors n'iront jamais là. Ils ne penseront jamais à une confrontation, ou alors, ils penseront que le blondinet à dû se battre avec Weasley pour la soumettre, ce qui était tout à fait crédible. De plus en plus satisfait par ce qu'il faisait, le violeur en profita pour effacer les bleus sur le visage du type (des fois que les Aurors fassent une comparaison avec les poings de Weasley et qu'ils se rendent compte que cela ne corresponde pas). Une fois qu'il eut terminé, il s'approcha du corps à peine vivant de Weasley. Elle lui faisait presque pitié. Mais bon, il n'avait pas le temps de s'apitoyer. Sans même la regarder en face, il se pencha sur ses mains et fit disparaitre son sang sous ses ongles (elle l'avait griffé, la salope). Il se servit ensuite d'un sortilège simple pour prendre les marques de ses ongles et faire des griffures sur les avant bras du blond. D'un geste bref, il récupéra le sang qui coulait et le mit sous les ongles de la demoiselle. C'était parfait. Tout était en place. Lorsque les Aurors les trouveront, ils penseront que c'est le bon samaritain le coupable. D'autant qu'il avait pris soin de faire toutes ses manipulations avec la baguette de cet abruti, baguette qui va finir en bois pour le feu dès qu'il rentrera chez lui. Mais d'abord, il lui fallait se servir de sa propre baguette encore deux fois. La pointant sur Weasley, il lança le sortilège de condensation (plus de trace ADN maintenant) puis il la pointa sur le blondinet. Le sortilège d'Amnésie qu'il lança fut si fort que Drago se retrouva avec une hémorragie mineure sur le lobe frontal. Mais l'important, c'était qu'il ne se souvienne de rien. Avec un sourire, le meurtrier leva pour finir la baguette du blond et s'en servit pour effacer ses empreintes sur sa propre baguette. Il la glissa ensuite entre les doigts du blond. Désormais, le destin de cet idiot qui voulait jouer les héros était scellé. Il était sur la scène du crime avec la baguette qui renferme l'Avada Kedavra responsable de la mort de la fillette, le sort de condensation chargé de cacher le viol de la mère, et enfin le sortilège d'Amnésie que les Aurors prendront pour une tentative de dissimuler sa culpabilité.
C'était parfait.
Absolument tout accusait ce crétin.
Et même histoire d'en rajouter un peu, le meurtrier déboutonna le pantalon du blondinet. Comme ça, si jamais les Aurors le prenaient sur la scène du crime, ils penseront que le blondinet était en pleine action. Le pied ! Rien ne pouvait remonter à lui. Le blondinet était fini. Il en ressentit un peu de remord. Après tout, il détruisait la vie de ce type. Et puis, non, ce n'était pas la peine de se morfondre. Si ce type était là à cette heure-ci, c'est qu'il avait dans l'idée de faire des choses pas très vertueuses avec la pas si vertueuse Mme Weasley. Un bon point pour lui.
Veillant à ne laisser aucune trace derrière lui, le meurtrier approcha de la sortie. Entretemps, Weasley avait rendu son dernier soupir. Il n'avait pas voulu la tuer, mais elle l'avait obligé. Si seulement elle s'était tût…
Enfin…
Avant de disparaitre dans la nuit, le violeur leva une dernière fois la baguette de Drago et le réveilla en douceur. Lorsque le blondinet reprit ses esprits, il était déjà loin.
Drago mit une bonne minute à se rappeler où il était. Désorienté, il se leva avec un monstrueux mal au crane et tituba en direction du lit. C'est alors qu'il vit une silhouette dans ledit lit. Une femme nue et en sang. De toute évidence, elle était morte. De fait de la confusion généré par le sortilège d'Amnésie, Drago ne reconnaitra Hermione qu'au moment où Ron tentera de le tuer. Pour le moment, ce n'était qu'une femme inconnue. Il la regardait avec horreur et incompréhension.
« Mon dieu… »
Il toucha la peau encore chaude de la femme et ce seul contact suffit à le déconnecter de la réalité. Son mal de tête, de plus en plus intense, intensifiait sa confusion et il avait un mal inouï à comprendre ce qui se passait autour de lui. Les questions tournoyaient dans son esprit : qu'est-ce qu'il faisait là ? Qui était cette femme ? Pourquoi sa peau devenait de plus en plus froide ? … Il était tellement pris dans ses réflexions qu'il n'entendit pas le cri venant du palier, ni les pas précipités dans l'escalier. Par contre, il se tourna vers la porte lorsque celle-ci fut défoncée.
Six hommes entrèrent dans la chambre. Encore confus, Drago les reconnut néanmoins comme étant des Aurors. Ils pointaient tous leur baguette sur lui. Le blondinet ne comprenait rien, les autres non plus manifestement, car ils le regardaient comme s'il était une bête curieuse. Il n'y en avait que deux qui ne le fixaient pas. Il n'eut aucun mal à les reconnaitre : Harry Potter et Ronald Weasley. Tout deux regardaient la femme morte. Ils étaient plus pâles qu'un cadavre.
« Her… Hermione… »
Brusquement, ce fut le déclic pour Drago. Il savait désormais qui était la femme mais surtout il savait pourquoi les Aurors le tenaient en joue. Il avait pris conscience de sa position : il était à coté de la victime, la baguette à la main et le pantalon sur les chevilles. N'importe qui comprendrait que…
Non…
« Ce… ce n'est pas… bredouilla Drago dans un murmure terrifié, ce n'est pas ce que vous croyez… Je… »
Weasley se tourna alors vers lui avec une rage terrifiante. Ses lèvres étaient étirées en un rictus de haine, inondé de larme. Les poings serrés, il tremblait littéralement en regardant Drago.
« Toi… tu…
- Non, répliqua immédiatement Drago, non, ce n'est pas moi… »
En vain.
« QU'AS-TU FAIT, ESPECE DE CONNARD ! »
Ron se jeta sur Drago et essaya de l'étrangler. L'ancien Serpentard se sentit partir. La force du rouquin, boosté par le chagrin, était impressionnante il avait de plus en plus de mal à rester conscient. Ses oreilles bourdonnaient, il entendait de vagues clameurs ses yeux qui se voilaient percevaient des ombres se jetant sur la silhouette qui l'écrasait. Puis subitement, il ne sentit plus rien. Le poids sur sa poitrine et la pression des mains sur sa gorge avaient disparu. A la place, il sentait les Aurors le remettre sur ses pattes et des cordes lui comprimer la poitrine. Ces oreilles cessèrent de bourdonner et il put de nouveau entendre correctement. Ce dont il regretta profondément.
« LACHE MOI, HARRY, gueula Ron en se débattant dans les bras de Potter, LACHE MOI, JE TE DIS, JE VAIS LE TUER ! JE VAIS LE TUER, TU M'ENTENDS ! JE VAIS LE MASSACRER !
- Emmenez-le, ordonna Harry, vite ! »
Les Aurors entrainèrent Drago à l'extérieur. Pour le blondinet, tout cela était surréel. Il ne se rendait pas encore compte que les Aurors le menaient en prison, que son destin était tout tracé, qu'il n'échappera plus à la mort. Pour le moment, il n'y avait que les cris de Weasley, des cris qui lui broyèrent le cœur.
« HERMIONE, NON, MA CHERIE, REVEILLE TOI ! JE T'EN PRIS, NON, HERMIONE ! HEEEERRRMIIIOOONNEEE ! »
Ce cri fut le dernier que Drago entendit ce soir-là. Et cela le hanta jusqu'à le fin de ses jours.
19 aout 2010, 17 H 15.
« Accusé, levez-vous. »
Drago et son avocat se levèrent de concert. Il s'était résigné. Pour lui, c'était terminé. Le jugement avait été rendu. Il était coupable. Toutes les preuves qu'avaient laissées le vrai meurtrier pour le faire accuser avaient été retrouvées et les Aurors ont abondé dans ce sens.
Aux yeux du monde, Drago Malefoy était le meurtrier de Hermione Weasley et de sa fille.
A présent, il attendait de savoir combien de temps il allait passer à Azkaban. Il s'était préparé à cette éventualité depuis que le verdict avait été rendu il y a deux jours. Toutefois, il ne s'attendait pas à ça.
L'honorable juge Joshua Vallangher leva son papier et regarda Drago sans une once de pitié.
« La cour a délibéré. Pour les meurtres de Hermione Weasley et Rose Weasley, nous vous condamnons à la peine capitale. »
En deux phrases, le juge l'avait anéanti. Il le regardait avec une incompréhension totale. C'était impossible, il devait forcément se tromper. Il eu brusquement la tête qui tourne. Ses oreilles bourdonnantes n'enregistrèrent pas les dernières paroles du juge.
« Vous serez incarcéré dans le quartier des condamnés d'Azkaban en attendant votre exécution. La séance est terminée. Aurors, vous pouvez l'emmener. »
Les Aurors s'approchèrent.
« Non… »
Ce fut à peine un murmure. Les Aurors s'approchaient toujours. Derrière lui, les gens se levaient.
« Non, non… »
Il se tourna vers son avocat. Ce dernier évitait de le regarder, il prenait carrément la fuite. Drago n'en croyait pas ses yeux. Les Aurors firent apparaitre des chaines.
« Non, non, NON ! »
Il avait hurlé son désespoir en direction du juge qui se levait. Ce dernier le regardait et le silence lourd qui s'était installé fut rompu par le murmure vrombissant d'une foule qui s'étonnait de tout cela.
« Non, vous ne pouvez faire ça ! cria Drago.
- La décision a été prise.
- Non, vous ne pouvez pas, vous n'avez pas le droit.
- Emmenez-le.
- Non, non, pas ça. Lâchez-moi, salopards. Lâchez-moi. »
Mais les Aurors l'entrainèrent impitoyablement dehors. Drago se débattait en hurlant au juge qu'il ne pouvait faire ça, qu'il n'en avait aucun droit, que c'était une erreur, une erreur horrible. Paniqué, il regarda le public. Il avait espéré un peu d'aide, de réconfort, il ne trouva qu'hostilité et indifférence. Weasley le regardait avec une lueur sauvage. A ces coté, Potter évitait tout simplement son regard. Drago ne se faisait aucune illusion : si Potter avait empêché Weasley de le tuer il y a un mois, c'était uniquement pour éviter que son meilleur ami ne devienne un meurtrier. Il n'y avait aucun réconfort. Il était coupable à ses yeux. Il était coupable aux yeux de tous. Il ne pouvait se réfugier dans sa famille, aucun d'entre eux n'était là.
Il était seul, terriblement seul.
Et tandis que les Aurors l'emmenaient, il jeta un dernier cri de désespoir :
« Je suis innocent ! »
Et les portes claquèrent.
Voilà comment Drago en est arrivé là. La rancœur, l'ignorance et le chagrin ont eu raison de lui. Tout ce temps, il n'a été qu'un pion. Et aujourd'hui, le pion va être éliminé.
Mourir ignorant, c'est mourir heureux.
Drago aurait donné n'importe quoi pour savoir.
N'importe quoi…
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21 septembre 2010, 18 H 09.
Une rumeur sourdait des murs. Un peu comme des cris suraigus. Les gardiens vérifiaient la croix.
Pour lui.
Pour bientôt.
Drago avait vécu cette journée dans l'attente. Il espérait voir Coffee apparaitre pour lui dire que Potter avait enfin la preuve qu'il était innocent et qu'il allait le libérer. En vain. Pour l'instant, les seules personnes à être entré dans le quartier, c'était les deux gardiens qui ramenaient Numéro Quinze de sa séance de « relaxation maison ». Drago ne le regardait pas, il ne regardait plus personne. Il n'avait plus envie de rien.
Les yeux rivés sur le mur, il ne faisait plus qu'une chose.
Il attendait…
… et il espérait.
