center« Je suis un monstre. »/center
Au fond de l'enfer, il est normal de croiser un démon.
Le plus curieux, c'est que le mien avait un visage d'homme…
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21 septembre 2010, 22 H 14.
« Qu'est-ce que tu es ? »
Drago dévisageait Numéro Quinze avec intensité. Ils étaient seuls. Les gardiens devaient faire leur ronde dans d'autres quartiers. Ce qui n'était pas plus mal. Leur conversation ne souffrait d'aucun spectateur.
« Répond-moi ! »
Numéro Quinze ne dit rien. Il se contentait de regarder Drago avec une étrange lueur dans les yeux. L'ancien Serpentard n'en était pas sûr mais les pupilles de ce malade semblaient briller d'une étrange lueur rouge. Peut-être était-ce son imagination ? Ou son esprit rongé par le désespoir qui voyait en cet homme un dernier espoir de survie…
C'était pour bientôt…
Bien qu'il ignorât quelle heure il était, il savait que le moment était proche. La lumière du soleil avait disparu. Autrement dit, il devait être un peu plus de 22 heure. Autrement dit, il lui restait moins de deux heures à vivre.
iIl faut qu'il m'aide. Il le faut./i
Drago avait renoncé à l'espoir que Coffee revienne pour lui annoncer que son procès avait été rouvert et que par conséquent, il avait gagné un sursis. Non, maintenant, il était trop tard. A moins d'un miracle, il était foutu. Lorsqu'il marchera sur le couloir de la mort (les tripes de Drago se serrèrent à cette perspective), il verra la lanterne à coté de la porte. Elle sera rouge. Elle est toujours rouge. Mais il arrive des fois qu'elle devienne verte. Cela veut dire que l'exécution est reportée. Que, pour une raison ou une autre, le ministre ou le directeur du Département de Justice Magique avait annulé la mise à mort.
Pouvait-il vraiment espérer cela ? Pouvait-il vraiment croire que la lanterne va devenir verte à son approche ?
Non, il ne pouvait pas se le permettre. Plus maintenant.
Cependant, il lui restait un espoir. Un espoir qui lui faisait face. Un espoir qui le regardait. Un espoir qui lui souriait. Quelle ironie ! Cet espoir était un meurtrier.
« Comment as-tu fait ? » La voix de Drago était à peine un murmure. « Comment es-tu parvenu à utiliser la magie ? C'est impossible ici… »
Numéro Quinze ne répondait toujours pas. Assis sur sa couchette, les pieds sur le bord, il observait le blondinet avec une lueur amusée. Dans sa main gauche, il faisait tournoyer un petit objet. Drago avait mis cinq minutes à reconnaitre la plaque d'identification de Gormon.
« Ca suffit, maintenant ! cria Drago. C'est terminé, ton petit jeu. Comment as-tu fais ? »
Pas de réponse. Encore. Drago était désespéré. Sa seule chance, c'était lui. Il avait utilisé la magie, pas de doute. La première fois, c'était pour soigner ses plaies aux tempes. La deuxième, c'était ce rêve dans lequel il est apparu. Et enfin la dernière, c'était le meurtre de Gormon. Il a usé de la magie par trois fois. Trois fois ! Et pourtant, il ne devrait pas pouvoir. Les roches inhibitrices étaient là pour ça. Commet avait-il pu passer au travers ? Drago voulait le savoir, il devait le savoir. Car s'il pouvait faire la même chose, il pourrait peut-être sortir, s'échapper.
S'il faisait la même chose, il pourrait peut-être survivre.
Numéro Quinze eu un sourire encore plus grand. On aurait dit qu'il suivait le fil des pensées de Drago. Sans cesser de faire tourner la plaque, il dit :
« C'est inutile, tu n'en as pas les capacités. Et même si tu les avais, tu n'aurais pas le temps de les maitriser. »
Le Serpentard se redressa. Enfin, il sortait de son mutisme…
« Et pourquoi ? Quelle différence y a-t-il entre toi et moi ?
- Nous ne sommes pas pareil, nous sommes différents… » Il marqua un temps et ajouta avec un sourire malsain : « … heureusement pour toi. »
Drago le regarda. La lueur rouge devenait de plus en plus distincte. Elle semblait luire au centre d'un iris noir. Un frisson parcouru l'échine du Malefoy. Il avait l'impression fugace que la température de la salle avait chuté de plusieurs degrés. Involontairement, il regarda les portes du quartier comme pour vérifier si les gardiens ne revenaient pas. Numéro Quinze capta le regard et eu un petit rire.
« Inutile de surveiller, ils ne viendront pas. Du moins, pas tant que nous n'aurons pas terminé.
- Terminé quoi ?
- Notre discussion. Tu voulais des réponses, pas vrai ? »
Il eu un sourire plus grand et Drago dû se retenir pour ne pas reculer. C'était un sourire de bête féroce.
« Mais qui es-tu ? »
A peine un murmure. Et pourtant, Numéro Quinze l'entendit et une profonde lassitude traversa son regard sombre.
« Ah, mon nom… On m'en a donné tellement… »
Il pencha la tête sur le coté avant d'ajouter :
« Quelle importance cela peut avoir ? »
Drago se mit en colère.
« Non, ça ne marche pas comme ça. Tu ne suis pas les règles ! Tu…
- Et après ! » Le timbre de la voix de Numéro Quinze avait changé. Elle était devenue vibrante. Une voix de fou. « Tu feras quoi si je refuse de parler ? Tu me tueras ? »
Il eu de nouveau un petit rire. Pour la première fois, Drago prit conscience de la menace que représentait ce type. Il ne s'était jamais interroger sur ce qui l'avait amené ici. Il aurait peut-être mieux valu. Pris par la peur, il recula de deux pas.
« Pardonne-moi, Drago, dit Numéro Quinze d'une voix radoucie. Il m'arrive de m'emporter. C'est très rare et la plupart du temps, ceux qui en sont témoin disparaisse par la suite. Toi, on pourrait dire que tu es une exception… » Un nouveau rire, qui glaça Drago. « Tu veux connaitre mon nom. Je vais donc te donner celui que je porte en ce moment. Il ne te dira rien mais peu importe. Au moins, cela te tranquilliseras un peu l'esprit. Je me nomme Randall Wharton. »
Drago fronça les sourcils.
Randall Wharton…
« Satisfait ? demanda-t-il avec un petit sourire. Hum, je vois bien que non. L'être humain est une créature fascinante. Elle peut se montrer passionnée et déterminée afin de sortir de son ignorance mais une fois qu'elle y est parvenue, une fois qu'elle sait, elle est déçue, vide, insatisfaite. Elle n'a plus rien à faire. On vit tellement mieux dans la demande que dans l'accomplissement. »
Il marqua un temps. La plaque ne cessait de tourner entre ses doigts.
« Tu sais de quoi je parle, Drago. Après tout, tu as vécu ces dernières semaines dans la demande.
- Pourquoi ? »
La plaque cessa de tourner. Numéro Quinze, ou Randall Wharton si tel était son nom, regarda Drago avec un sourcil relevé.
« Pourquoi quoi ?
- Pourquoi as-tu fait ça pour moi ? J'ignore qui tu es et tu ignore qui je suis. Pourquoi as-tu rendu ma détention supportable ? »
Il éclata d'un rire franc. Drago recula, décontenancé.
« Et bien, Drago, fit-il, hilare, disons que je m'ennuyais. »
Il le regarda droit dans les yeux. Le sourire féroce était revenu.
« Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'étais un ange descendu dans cet enfer pour soulager les maux du malheureux petit Malefoy ? Ne te méprend pas, fiston. Lorsque les Aurors m'ont trouvé, j'avais encore les mains dans la poitrine de ma victime. Je serrais encore son cœur entre mes doigts et j'avais encore le sang de ces chers petits sur mes lèvres. Ils n'ont eu aucun mal à me trouver. Ils n'avaient qu'à suivre le sang qui dégoulinait de ma lame, lame qui avait au préalable égorgé le père. C'était si… satisfaisant. Le cœur de la mère battait encore quand ils m'ont désarmé. J'avais l'impression de sentir la vie, la véritable vie, pas ce simulacre dans lequel nous sommes empêtrés, palpiter dans ma main. Si tu savais à quel point c'était grandiose.
- Tu… » Drago eu du mal à parler. « Tu n'as pas…
- Et si, Drago. Je l'ai fait. Et je ne le regrette pas. Je ne pense pas ne jamais le regretter. »
Un silence gênant s'installa entre les deux hommes. Ce fut Numéro Quinze qui le rompit. Sa voix était grave.
« Je suis un monstre, Drago. Mais un monstre bien particulier. On pourrait même me considérer comme un mal nécessaire. »
L'ancien Serpentard resta bouche bée. Wharton reprit :
« Tout ce que j'ai fait ici, je l'ai fait pour tromper mon ennui. Tu m'as bien diverti, c'est vrai. Tu m'as fait passer le temps. Et je ne t'en remercierais jamais assez. »
Malefoy eu du mal à reprendre son souffle. Ce n'était pas tant ce qu'il disait qui le choquait, après tout, il avait fréquenté les mangemorts, il y a longtemps. Ce qui l'effrayait, c'était son regard, ses yeux et sa voix. On le sentait non seulement capable de telles atrocités mais également de bien pire. On le sentait capable d'en jouir.
« Non, ce n'est pas vrai…
- Je t'avais dit que je répondrais à tes questions. Mais je ne t'ai jamais dit que les réponses te plairaient.
- Non, répéta Drago d'une voix plus forte, je refuse de le croire. L'homme que j'ai côtoyé toutes ces semaines n'a pas pu commettre ces horreurs…
- Quel naïveté ! Quel genre d'homme est emprisonné ici à ton avis ?
- Il y a longtemps que je ne me fais plus d'illusion. Mais aucun homme ne…
- Justement, il y a longtemps que je ne suis plus un homme… »
Drago se tût à nouveau. Dans les yeux de son interlocuteur, il y avait un nouveau sentiment, incongru de la part d'un tel homme : la nostalgie.
« Laisse-moi te raconter une histoire… »
Numéro Quinze inspira un grand coup et commença :
« Il y a longtemps, j'ai rencontré un homme.
Des êtres comme lui, on n'en rencontre qu'un par décennie. Il était de ceux qui n'avaient qu'à bouger le petit doigt pour transfigurer le monde. Il était de cette race qui défie les dieux et les règles. Il était unique. Et lorsque je me suis retrouvé devant lui, Drago, j'avais l'impression d'être un apôtre à genou devant le messie. Cet homme n'avait pas la puissance, il était la puissance. Même si, pour beaucoup, il était le visage du mal. Cet homme s'appelait… » Il eu un grand sourire. «… Gellert Grindelwald. »
Le visage de cire de Wharton (si tel était son nom) fut ébranlé par l'émotion. Il avait l'air de revivre l'un des plus beaux moments de sa vie. Drago, malgré lui, était fasciné. A la seconde où il avait commencé à parler, il était sous le charme, sa voix était devenue hypnotique. Et lorsqu'il parla, la sienne de voix dépassa à peine le stade du murmure.
« Tu mens, enfoiré. »
Numéro Quinze le regarda avec l'expression de celui qui a vu la magie de l'instant se briser. Il le fixa même avec une lueur assassine. Malgré cela, le blondinet continua :
« Grindelwald a vécu il y a plus de quatre vingt ans. Il a vécu avant toi. Tu n'as pas pu le connaitre. »
Randall eu un petit rire. « Grindelwald a été toute ma vie. »
Lentement, il passa sa main droite dans la manche gauche de sa veste et en ressorti un objet. Drago le reconnu aussitôt. Il s'agissait du chapelet.
« Lorsque je suis arrivé à lui, reprit-il en levant la croix de fer, j'étais perdu. Je n'étais qu'un pauvre hère vivant de la misère du monde. Je vivais uniquement parce que je devais vivre. Je ne savais rien faire d'autre, même si au fond de moi, je savais que je méritais mieux. Tu ne peux pas comprendre ce que j'ai vécu, Drago. Toi, tu as toujours connu le luxe et la richesse. Tu ignore ce que c'est que de se battre pour survivre. Moi, si. Jamais je n'ai abandonné, jamais je n'ai cessé de me battre. Parce qu'il fallait que je vive, comprend-tu ? Il fallait que je vive pour que j'accomplisse mon destin. »
Il leva la main et caressa le tatouage qu'il avait à la jugulaire. La croix percée du triangle, du trait et du cercle. Le symbole de Grindelwald.
« Sais-tu pourquoi les gens croient en Dieu ? Ce n'est pas par dévouement, ni même par amour. C'est par crainte. Les gens ont peur, Drago. Ils ont peur d'être seul, ils ont peur de ne rien trouver après la mort, ils ont peur que leur vie en ce bas-monde n'ai aucun sens. C'est pour cela qu'ils veulent croire au Divin. Quelle meilleure preuve de l'existence d'une réalité qui les transcende et qui les guide que l'existence de Dieu ? Même toi, tu dois le comprendre. Moi, je sais. Du fond de ma misère, j'ai eu la preuve que Dieu existe. Dieu était un homme. Et aussi paradoxal que cela puisse être, je savais que si je voulais accomplir mon destin, il allait falloir que je le tue. Pour vivre ma vie, je devais tuer Dieu. »
Drago l'écoutait avec stupeur. Plus il parlait et plus s'ancrait en Drago une certitude : cet homme était fou. Ce qu'il racontait ne pouvait être vrai. S'il avait vraiment connu Gellert Grindelwald, il aurait plus de cent ans. Non, c'était impossible.
Fou, il était complètement dément.
iPar Merlin, et dire que j'ai fait confiance à ce genre d'homme./i
« Je l'ai vénéré, pourtant. N'est-ce la nature même des dieux ? D'être vénéré ? Je l'ai vénéré, je l'ai aimé, uniquement parce qu'il représentait un espoir, mon espoir. Il m'a permis de sortir de cette vie honnie et il m'a tout enseigné. Il m'appréciait, je crois même qu'il me considérait comme un fils. Tu entends ça, Drago ? Moi, le fils de Dieu. N'est-ce pas grandiose ? »
Il éclata de rire. Drago n'osait pas l'interrompre.
« Je n'ai cependant jamais cessé de penser à notre prochain affrontement. Je crois qu'il l'avait deviné lui aussi. Il savait comment ça marchait. Après tout, si on y regarde bien, chaque prière est teintée d'hypocrisie. On se veut vertueux mais au fond de nous, nous tenons le couteau prêt à frapper. C'est la vertu des serpents. Nous sifflons des flatteries élogieuses à ceux qui nous domine et dans l'ombre, nous nous préparons à nous détendre et à mordre. Nous ne vivons que pour ça. Nous ne vivons que pour surpasser nos aînés. Et Dieu n'est-il pas l'Ainé par excellence, celui qu'il nous faut flatter, surpasser et tuer ? »
Drago ne répondit pas.
« J'ai donc été patient. J'ai tété le lait du savoir avec avidité, je suis devenu fort, je suis même devenu le meilleur parmi les faibles. Le jour approchait. Il le savait, tous les tyrans le savent. Lorsque l'on est au sommet, on n'a qu'une peur, c'est de chuter. Et ils craignent comme la peste la venue de celui qui les poussera. Pour Gellert Grindelwald, cette personne, c'était moi. J'ai donc été patient, je me suis amélioré et enfin… »
Il eu un sourire féroce qui glaça Drago.
« … le jour est arrivé. »
Numéro Quinze, ou Randall Wharton s'il n'avait pas menti, caressa la croix de métal avec une nostalgie nauséeuse, la même qu'à dû éprouver Judas après avoir trahi le Christ.
« Nous nous sommes affronté. C'était un beau duel, il faut le reconnaitre. Le maitre contre l'élève. J'aurais dû échouer, je ne pouvais rien faire face à la Baguette de Sureau (Drago haussa un sourcil à ce nom, comme s'il évoquait un souvenir lointain), mais ce que Grindelwald n'a jamais su, c'est qu'il existe des abysses encore plus intense que les siennes au cœur des profondeurs. Et dans des noirceurs indéfinissables, il y a un pouvoir difficile à concevoir. Un pouvoir qui m'a traversé ce jour-là. Un pouvoir phénoménal, unique, contre-nature. C'est ainsi que j'ai affronté Dieu, Drago. Et c'est ainsi que je l'ai vaincu. »
Cette fois, le blondinet sortit de son mutisme.
« Tu mens, espèce de taré ! Tu me prends pour qui, un imbécile ! Grindelwald a été vaincu, c'est vrai, mais pas par toi. C'est Albus Dumbledore qui l'a défait en 1945 il l'a ensuite enfermé à Nurmengard pendant près de 53 ans et lorsqu'il a trouvé la mort, il était seul dans sa cellule. Pauvre malade. Si tu n'a pas envie de répondre à mes questions, alors tais-toi. Ferme-la plutôt que sortir des énormités pareilles… »
Wharton éclata d'un rire fou. Il serrait dans son poing la croix de métal. Lorsqu'il se calma, ces yeux étaient injectés de sang.
« Et comment crois-tu qu'il y soit parvenu ? Grindelwald, Dieu, possédait la Baguette de Sureau, le bâton qui rend invincible. Malgré tout son talent, et Merlin sait qu'il en avait, Dumbledore ne pouvait rien faire face à lui. Moi si. L'Histoire m'a oublié, ce qui est normal. Mais sache une chose, Drago, si Albus Dumbledore a réussi à survivre face à Grindelwald, c'est uniquement grâce à moi. Lorsqu'il est venu pour son dernier duel, Dieu était déjà amputé de ces deux ailes. »
Drago était pâle. Il avait du mal à le croire. Ce qu'il disait était dément. Et pourtant…
Il serait presque tenté d'acquiescer à ce qu'il disait. Et cela le terrifiait. Cela, en plus du fait que plus il le regardait et moins il lui paraissait humain.
« Je ne dis pas que Dumbledore était un minable, loin de là. Bien au contraire, je crois qu'il est l'un des rares sorciers à ne pas avoir usurpé sa réputation. Et le plus ironique, c'est qu'il ne s'en vantait même pas. C'est dans ce bois que sont taillés les grands hommes, il parait. » Numéro Quinze secoua la tête. « Quoi qu'il en soit, il aurait dû perdre. Il n'était qu'un homme. Et que peut un mortel face à la puissance destructrice de la Baguette de Sureau ? Cela donne à réfléchir, non ? Si je n'avais pas été là, Dumbledore n'aurait sans doute jamais connu les guerres contre Voldemort. Je me demande ce que cela aurait donné ? Tu en pense quoi, Drago ? »
Il regarda le blondinet avec un œil vaguement interrogateur. Il ne s'attendait pas à une réponse. Il savait qu'en face de lui, le condamné bataillait pour savoir ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas, si son interlocuteur était fou ou non.
« Mais pour en arriver là, il m'a fallu faire tout les sacrifices. Il m'a fallu renoncer à la seule partie de moi qui pouvait mourir. Il m'a fallu renoncer à mon humanité pour acquérir la puissance et devenir l'un d'eux.
- Eux ? » Cela avait presque échappé à Drago.
- Oui, eux. Ils sont partout et ils ne sont nulle part. Nous les connaissons mais nous préférons les oublier. Ce sont les meurtriers, les régulateurs immortels impossibles à arrêter, ce sont ceux qui maintiennent constamment l'humanité au bord du précipice. Ils forment un mal nécessaire. » Il ferma le poing et broya la croix de métal. « Ce sont les pourvoyeurs. »
Un silence marqua ce dernier mot. On aurait presque pu entendre les mouches volées. Drago regardait Numéro Quinze avec une expression indéchiffrable. S'il fallait la qualifier, on aurait dit l'expression que prenaient les gens normaux lorsqu'ils regardaient des malades mentaux piqués leurs crises.
Numéro Quinze ne semblait pas en faire cas. Il laissa pendre la croix toute tordue et eu un petit rire contrit.
« Je dois me faire vieux, murmura-t-il. Voilà que je viole le Serment, maintenant. Ca doit être l'âge, ou la certitude que tu ne sortiras jamais d'ici vivant. »
Drago accusa le coup mais ne dis rien.
« Cette petite discussion m'a beaucoup plu. Il y avait longtemps que je ne me suis pas penché sur cet aspect de ma vie. Je te remercie pour ça, Drago. Comme à chaque fois que nous perdons quelque chose d'important, j'éprouve une certaine nostalgie à mon humanité dissoute. Merci. Merci beaucoup. »
Un temps, puis :
« Espèce de malade. »
Plus un souffle qu'une parole. C'était tout ce que pouvais générer Drago pour le moment.
« Espèce de salaud ! (sa voix s'était raffermi) Tu crois vraiment que je vais croire toutes ses salades ? Tu crois vraiment que je vais te croire ? Que tu es un immortel qui a combattu et vaincu l'un des plus grands mages du 20ème siècle et qui se trouve être aujourd'hui un… un « pourvoyeur » (le mépris qu'il injecta dans ce mot était presque indécent), un meurtrier nécessaire à l'humanité ? Non mais tu me prends pour qui, connard ? Tu me prends pour qui ? »
Drago ne pouvait plus se retenir. La colère bouillait en lui depuis le début de cette conversation absurde. Il n'arrivait pas à croire que cela lui arrivait. Après tant de temps, tant d'interrogation, il se moquait de lui. Ce connard se foutait de sa gueule. S'il n'y avait pas les barreaux, il aurait déjà étranglé trois fois ce salaud et histoire de faire bonne mesure, il aurait arraché sa langue mensongère et perfide.
Numéro Quinze soupira.
« Les gens ne croient jamais ce qu'ils ont sous les yeux. C'est navrant.
- La ferme ! Ton histoire minable ne vaut rien. Si tu étais véritablement celui qui a battu Grindelwald, je ne crois pas que ni des barreaux pourris, ni des gardiens sous-payés, te retiendraient prisonnier. Tu veux savoir ce que je crois, « Randall » ? Moi, je crois que tu es un taré, un foutu psychopathe doublé d'un schizo qui prends son pied à serrer les tripes sanguinolentes de malheureux dont le seul tord a été de se trouver sur ta route. Un beau mythomane également. Ton histoire de débile est assez élaborée, il faut le reconnaitre. J'ai même failli y croire pendant un moment. Mais à moi, il ne faut pas me la faire. Tu t'es bien foutu de moi, tu dois bien te marrer. Et dire que je te faisais plus ou moins confiance. Mais dis-moi, si toute cette histoire aberrante est vrai, si tu es vraiment ce grand sorcier que tu dis, alors dis moi, pourquoi je t'intéresse ? Pourquoi t'as fait ça durant tout ce temps ? »
Numéro Quinze éclata d'un rire franc qui déconcerta Drago.
« Tu n'es pas un Malefoy pour rien. Tu crois toujours être le centre du monde. Si je suis là, ce n'est aucunement pour toi. Pour être honnête, tu n'as aucune valeur à mes yeux. »
Le Serpentard en resta bouche bée. Wharton poursuivit :
« Si je suis là, c'est pour quelqu'un d'autre. Une personne qui va bientôt arriver dans ce quartier. Une personne que je vais éliminer aussi facilement que Gormon. »
A cette seconde, un gros rat sauta sur sa paillasse puis sur son ventre. Numéro Quinze le caressa tendrement et le rat semblait se blottir dans le creux de sa paume. Il y eu d'autres couinements. Trois autres rats sortirent de sous la couchette et flairèrent le sol avec avidité.
« Les rats… J'ai toujours eu une étrange affinité avec eux. Je les apprécie et ils m'apprécient en retour. Parfois, ils font même ce que je leur demande, comme étouffer un homme en se faufilant dans le gosier ou lacérer la gorge d'un larron afin d'en perforer les artères. Ils le font sans sourciller. Je crois même qu'ils y prennent du plaisir. »
Numéro Quinze leva les yeux sur Drago. L'éclat rouge au fond des pupilles n'avait jamais été aussi intense.
« Tu voulais savoir qui je suis, Drago. Maintenant, tu le sais. La réponse ne te plait pas, je m'en moque totalement. Tu voulais savoir d'où me viens mes pouvoirs. Maintenant tu le sais, de même que tu as forcément compris que tu ne pourras jamais les avoir. La réponse ne te plait pas, une fois de plus, je m'en moque éperdument. Tu croyais que je faisais ça par compassion, tu te trompe, je ne l'ai fait que pour tromper mon ennui, rien de plus. Ma présence ici rentre dans les exigences de mon existence. Je dois y attendre ma cible et lorsqu'elle viendra, je serais sans pitié. Et puis, je partirais. Tu l'as compris, aucun barreau, aucun mur, aucun gardien, ne peut m'arrêter. Voilà, je crois que tu sais à peu près tout ce que je peux te dire sans que tu deviennes fou. Ah, si, il y a une chose que je peux préciser. C'est légitime, il est humain de ce demander pourquoi une personne fait ceci pour moi. Le désintéressement n'est qu'un mythe, après tout… Je t'ai dit que j'ai faisait ça pour me distraire, pour tromper mon ennui. C'est vrai, mais pas seulement. Après tout, je t'ai soigné. J'ai même tué pour toi. »
Drago fut surpris par la suite :
« Il faut que tu comprenne. Je suis un assassin mais je ne suis pas un sadique…
- Pas un sadique ? répéta le blondinet incrédule avant d'éclater de rire. Va dire ça à cette famille que tu as massacrée ! »
Un regard de Randall suffit à le calmer. Tout sourire avait disparu du visage du monstre. Son ton était devenu extrêmement sérieux.
« L'homme que j'ai égorgé était un malfrat qui avait autrefois travaillé pour les mangemorts. Un salaud doublé d'un raciste qui prévoyait une purge en règle de la communauté turque de Southampton. Rien que pour les préparatifs, 23 personnes devaient trouver la mort, et ce uniquement pour éviter qu'une quelconque information ne transpire chez les Aurors. Ensuite, il aurait commis son petit jeu de massacre avec ses potes et là, c'est 356 moldus innocents qui seraient tombés sous le coup de leurs sortilèges. Soit pour le mari, un total de 379 morts répartis sur une durée de trois semaines. Ensuite, il y avait la femme. Une salope bien assortie à son homme. Outre son application dans le projet de son mari, elle avait monté une arnaque, tu le savais ? Elle gagnait la confiance de vieux couples sorciers qu'elle taxait jusqu'à la moelle avant de les faire mourir dans un pseudo-accident et toucher leur assurance. Durant les deux semaines qui suivait sa mort, elle avait prévu 8 « accidents », soit 16 meurtres, et ce, c'est là le plus ironique, pour financer la purge monstrueuse que préparait son connard de mari. Ainsi, si on fait le calcul, on arrive 395 morts en l'espace de trois semaines. Voilà le nombre de vie qui aurait disparu si je les avais laissé vivre. »
Drago était choqué. Ce qu'il disait était aberrant. Il mit une bonne dizaine de secondes avant de lâcher un :
« Tu n'en savais rien ?
- Je le sais toujours.
- Tu as tué ces gens… uniquement pour éviter que 395 innocents ne meurent ?
- Ainsi sont les pourvoyeurs.
- Et les gosses ? cracha soudain l'ancien Serpentard, qu'est-ce qu'il allait faire, les gosses, hein ? C'étaient des salauds, eux aussi ? »
Il y eu de nouveau de la lassitude dans les yeux de Numéro Quinze. De la lassitude, mais en aucun cas du regret.
« Trois vies sacrifiées contre trois cent quatre vingt quinze autres sauvées. Le choix est vite fait. »
Drago était estomaqué. Sans même en tenir compte, Numéro Quinze poursuivit :
« Vois ça autrement. Dis-toi que je leur ai épargné une vie d'orphelin. De plus, ils n'ont pas souffert. Je ne m'acharne jamais contre les enfants.
- Espèce de monstre. »
Numéro Quinze eu un sourire triste et dénué de toute pitié. Drago sentit la rage l'envahir de nouveau.
« Juge moi, si cela peut te faire plaisir. Il y a bien longtemps que les normes humaines ne me sont plus applicables. » Il soupira. « Mais je crois que nous avons légèrement dévié de notre sujet principal. Je te disais donc que j'étais un assassin et non un sadique. Cela est très important car…
- La ferme ! éclata Drago, je ne veux rien entendre. Je ne veux même plus savoir savoir pourquoi t'as fait ça, ni pourquoi je t'intéresse. Je m'en tape ! Tu es un fou furieux, une malade psychopathe, et tout ce que je souhaite, c'est que tu connaisses une mort effroyable sur la croix. Fous-moi la paix, je n'ai pas envie de passer ma dernière heure à discuter avec un monstre.
- Tu devrais m'écouter, pourtant, répliqua Wharton en caressant doucement son rat.
- Ta gueule !
- Je t'ai dit que je ne suis pas un sadique. C'est exact. Je ne m'en prends pas aux innocents et je ne supporte pas que l'on s'en prenne à eux.
- Qu… Quoi ?
- Mais tu vois déjà ce que je veux dire, pas vrai ? »
Drago agrippa les barreaux de sa cellule pour ne pas s'écrouler. Il avait l'impression qu'une chape de glace le traversait, des cheveux jusqu'aux orteils. Ses oreilles bourdonnaient, ces lèvres tremblaient tandis qu'il fixait Numéro Quinze avec des yeux exorbités.
« Tu sais, parvint-il à articuler, espèce d'enculé, tu sais. Tu sais que je suis innocent ! »
Un rictus fut la seule réponse de Randall.
« Espèce de salopard, tu savais pendant tout ce temps, tu savais que je n'avais rien fait et tu m'as laissé croupir dans ce trou ! Espèce d'ordure, enculé, bâtard, Sang de Bourbe, je vais te massacrer, t'entend ? Je vais t'arracher les yeux ! »
Le blondinet secoua les barreaux de sa cage comme un fou. Jamais il n'avait ressenti une telle rage. A cette seconde, il se moquait de mourir. Tout ce qu'il voulait, c'était le faire souffrir il voulait le massacrer, le voir ramper à ses pieds comme une misérable larve. Et faire disparaitre ce sourire horripilant de sa gueule de con.
« Inutile de t'acharner, dit Wharton en calmant son rat affolé par tant de bruit, tu vas te faire mal.
- Comment tu sais ? cria Drago en se jetant sur les barreaux, comment tu peux savoir ça, co… »
Une certitude le pétrifia sur place. Il ne pouvait y croire et pourtant ce serait logique.
Si Randall Wharton savait pour lui, cela vaudrait dire que…
Le meurtrier au tatouage eu un petit rire.
« Je sais ce que tu te dis. Est-ce que par le plus grand des hasards, l'homme en face de moi ne serait pas le véritable coupable ? Hum… Je pourrais continuer mon petit jeu et ne pas te répondre mais il est trop tard. Aussi je vais t'enlever d'un doute. Non, ce n'est pas moi qui ai tué Hermione Weasley et la petite Rosie. »
Curieusement, cela n'enleva pas le poids qu'avait Drago sur la poitrine. Il aurait voulu que ce soit lui. Il aurait voulu lui faire payer ses cinq semaines de détention à l'ombre de la mort.
« Par contre, je peux te dire une chose. »
Drago releva la tête.
« Avant que la mort ne vienne te prendre, tu le verras, le véritable coupable.
- Quoi ?
- C'est tout ce que je peux te dire. »
Drago s'était effondré sur les barreaux. Sa crise l'avait vidé. Il ne savait même pas s'il allait pouvoir se redresser. Il ne savait même pas s'il en avait envie.
« J'ai su dès notre première rencontre que tu étais innocent, reprit Randall avec une voix étonnamment douce, je n'avais même pas besoin de mes dons pour le voir. Il me suffisait de te regarder. Si nos gestes peuvent mentir, notre regard, lui, transparait toujours la vérité. Il suffisait à n'importe qui de croiser ton regard et il aurait su qu'il se trompait. Je pense que c'est le cas pour Coffee. Il doit douter, ce qui explique qu'il soit si tourmenté. Et puis, il y a Potter, aussi. Potter… Il a compris, je pense. C'est pour ça qu'il a voulu rouvrir l'enquête. Pour eux, ce n'est qu'une impression, alors que pour moi, c'est une certitude. Tu es innocent. C'est pour ça que j'ai fait tout cela. Il est injuste qu'une âme innocente se retrouve en enfer. Ca l'est encore plus qu'elle se fasse torturé. J'ai donc fait ce que j'ai pu.
- Pourquoi… »
Wharton se tût et regarda le blondinet affalé sur les barreaux. Drago était à bout. Ses nerfs commençaient à lâcher. Il avait cru que savoir l'aiderait à surmonter, à supporter cette épreuve. Mais bien au contraire, cela le minait. Le fait de savoir qu'il n'y est pour rien, pire, que le véritable assassin va probablement s'en sortir, le rongeait et lui donnait envie de hurler. Il s'était fait à l'idée qu'il était coupable, comprenez-vous ? Et maintenant qu'il sait, tout ce qu'il avait construit, tout ce à quoi il s'était accroché, s'écroulait comme un château de carte. Il aurait voulu sombrer dans l'oublie, que son esprit le précède dans les bras rassurant de la Mort et qu'au moment de son exécution, il soit en paix, indifférent à tout ce qui l'entoure. Comme Chikliss.
Une larme coula. Une larme douloureuse qui dévala son visage ravagé par la peine et alla s'écrasa sur le sol de pierre. Il ne releva même pas la tête pour demander d'une voix grondante :
« Pourquoi n'as-tu pas parlé ? »
Et pour le coup, Numéro Quinze ne trouva rien à répondre.
« Pourquoi n'as-tu rien dit ? hurla-t-il en relevant ses yeux rouges, si tu sais que je suis innocent, si tu sais qui est le vrai coupable, pourquoi l'as-tu fermé ? Tu peux me sortir de ce trou, tu peux encore me sauver la vie. Si jamais bordel, tu en as quelque chose à foutre, alors va chercher les gardiens et dis leur tout ce que tu sais. Fais-le, putain ! Je t'en pris merde, ne les laisse pas m'emmener à la croix. Si tu as encore une once d'humanité, fais-le, SORS-MOI DE LA ! »
En d'autre lieu, en d'autre temps, Drago se serait maudit. Jamais il n'avait paru aussi pitoyable, aussi misérable. Cela pouvait se comprendre, il lui restait peu de temps, et dans un tel lieu, où chaque minute de vie est essentielle, on serait prêt à faire n'importe quoi pour gagner un sursis, y compris s'abaisser à ça. Randall Wharton pouvait le comprendre, même s'il ne pouvait le ressentir. Pour la première fois de sa longue existence, pour la première fois en fait depuis qu'il est devenu un pourvoyeur, il éprouva une réelle empathie pour cet homme.
« Désolé, Drago… »
Numéro Quinze soupira et secoua la tête. Drago serrait les dents l'espoir d'une autre réponse. Mais tout était fini. L'illusion ne tenait plus.
« Je suis désolé. Je pensais que tu aurais compris en partie quelle était ma situation. Je suis un pourvoyeur et mon existence est régie par des lois immuables. Je peux interagir avec vous mais en aucun cas, je ne peux influer sur votre destin. Et ton destin, Drago, pour l'instant, est de mourir. Je ne ferais donc rien. Tout ce que j'ai fait pour l'instant était dans les limites de mes possibilités. Je ne peux rien faire d'autre, désolé. »
Drago baissa la tête avec un rire désespéré. « Et si je leur dit, moi ? Et si je disais aux gardiens, à Coffee, tout ce que tu viens de me dire ? Tu feras quoi ? »
Randall secoua la tête avec un sourire amusé. « Je nierais, bien sûr ensuite, je te tuerais. »
Cela stoppa net la réplique cinglante que s'apprêtais à dire le blondinet. Numéro Quinze enchaina :
« Voilà comment va se passer les choses. Si tout se déroule comme prévu, Coffee et trois gardiens vont arriver, t'emmener sur la croix et à minuit et 49 secondes, tu seras de l'autre coté. Mais il est possible que tout soit annulé. Dans ce cas, tu vivras et moi, j'effacerais de ta mémoire tout ce que je viens de te dire. Tu redeviendras Drago Malefoy et il t'appartiendra ensuite de recoller les morceaux de ta vie brisée. Quant à moi, je ne serais plus qu'une ombre que tu auras tôt fait d'oublier, ce qui est le mieux pour tout le monde. Il y a également une troisième possibilité. Tu te sers de moi pour te sortir d'ici et tu dévoile à tout le monde ce que je viens de te dire. Mais, dans ce cas… »
Brusquement, les trois rats qui se trouvaient sous la couchette bondirent en direction de Malefoy. Pris de frayeur, ce dernier recula vivement.
« … tu connaitras le même sort que Gormon. Sache que la distance n'a aucune valeur pour moi. Où que tu sois, je saurais te retrouver et mes rats se feront un plaisir de te réduire au silence, toi et tout ceux à qui tu auras parlé. » Il fit un geste et les rats se calmèrent. Redevenus dociles, les bestioles rebroussèrent chemin. « Je ne sais pas si tu vas vivre ou non, j'ignore encore ce que va faire Potter. Mais si tu vis, en aucun cas, ce ne seras de mon fait. Car tel est la loi. »
Drago se recula au fond de sa cellule. Il semblait anéanti. Plaqué contre le mur, il se laissa glisser à terre sans regarder quoi que se soit en particulier. En face, Randall Wharton ferma les yeux et murmura un nouveau « désolé » inattendu. Près des portes du quartier, on entendait les matons revenir. L'entretien était terminé.
« Je ne veux pas mourir, dit Drago d'une voix pitoyable.
- Je sais. » Il soupira et ajouta : « Rappelle toi ce que je t'ai dit lorsqu'ils t'emmèneront. Cela t'aidera peut-être à supporter.
- Je ne veux pas mourir, répéta Drago.
- Je sais, répéta Numéro Quinze. Mais lorsque l'on est sain d'esprit, peut-on vraiment le vouloir ? »
Ce fut leurs dernières paroles.
Les gardiens sont ensuite entrés dans le quartier et les deux condamnés se sont murés dans le silence.
Drago ne voulait plus rien. Il ne souhaitait plus rien, il n'avait plus d'espoir.
Il ne faisait plus qu'attendre.
Attendre jusqu'à la fin…
