centerLa Fin/center
C'est arrivé ainsi.
C'est ainsi que mon histoire s'acheva.
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21 septembre 2010, 23 H 40
« Ouverture cellule 16 »
La grille glissa dans un chuintement discret. Drago ne réagit pas. Devant l'ouverture se tenait Stephen Coffee encadré par trois matons dont deux portaient des brassards de couleur bleue. Le directeur toussota. Là non plus, Drago ne fit pas un geste. En fait, il n'avait plus bougé depuis sa discussion avec Numéro Quinze, alias Randall Wharton. Il n'en avait plus l'envie. Il n'en avait plus la force.
« Il est l'heure, Drago. »
C'était la deuxième fois que le directeur d'Azkaban l'appelait par son prénom.
i… c'est le cas pour Coffee. Il doit douter, ce qui explique qu'il soit si tourmenté…/i
Wharton. Avait-il raison ? Se pourrait-il qu'il culpabilise ?
Drago releva la tête. Il était toujours assis par terre, à coté de sa couchette. Il n'avait pas bougé depuis que Numéro Quinze lui avait révélé sa véritable nature. Numéro Quinze… Ce taré était en train de le regarder. Avec son rictus habituel. Avec cette petite lueur écarlate dans les yeux. Il semblait se moquer de lui. Non, il ne semblait pas… Il se moquait de lui.
« Coffee… »
Il avait à peine élevé la voix. Le directeur le regarda. Il y avait de la pitié dans ce regard. Oui, Coffee ne voulait pas faire ce qu'il s'apprêtait à faire…
« Qu'y a-t-il ? »
Drago fixa Numéro Quinze. Il avait envie de hurler son innocence, de briser son apathie et de faire de ce fou l'instrument de sa libération. Mais…
i…si tu te sers de moi pour te libérer… je te tue…/i
Il avait été clair. Terriblement clair. Sous la couchette, des couinements se faisaient entendre, les mêmes petits couinements que Gormon a probablement perçus lorsque ces petits monstres sont venus pour le tuer.
i… je te tuerais comme j'ai tué Gormon…/i
Salopard.
« Drago ? »
Le Serpentard reporta son attention sur le directeur. Quelques secondes à peine s'étaient écoulées et pourtant, il avait l'impression d'avoir perdu des heures. Le temps semblait s'être dilaté. Il avait l'impression de prendre enfin la juste mesure des choses. Quelle ironie !
« Potter a-t-il donné des nouvelles ? »
Il ne voulait pas dire ça à la base. Numéro Quinze devait s'en douter car son sourire ironique se fit plus grand.
Coffee soupira.
« Je suis désolé, Drago. »
Désolé…
Il eu brusquement envie de rire. Désolé ? Il allait le tuer, et il était désolé ? Drago baissa la tête pour cacher le sourire qui était apparu sur ses lèvres et réprima avec difficulté le rire hystérique qu'il sentait monter en lui.
Coffee soupira une nouvelle fois.
« Nous devons y aller. Veuillez mettre votre chemise et levez-vous. »
Drago ne bougea pas d'un cil. Il serrait ses genoux à s'en faire mal. Il parvenait avec difficulté à se contenir.
« Drago Malefoy, je ne le répéterais qu'une fois. Levez-vous et mettez votre chemise. »
Pas de réponse. Le sourire désespéré sur son visage était aussi pitoyable que ses yeux embués.
« Monsieur ? fit le seul gardien à ne pas avoir de brassard en tapotant sa montre.
- Je sais. » Un nouveau soupir. « Si vous ne voulez pas coopérez, ces hommes devront utiliser la force. Et j'aimerais éviter d'en arriver là. »
Pas de réaction. Coffee secoua la tête et fit un signe aux deux autres matons qui s'avancèrent dans la cellule tandis que le troisième tenait le blondinet en joue.
Il aurait pu le faire. Drago aurait pu tenter de s'enfuir. Jamais il n'avait eu une si belle occasion. Les deux matons avaient rangé leur baguette pour le relever, le mettre torse nu et lui faire enfiler de force la chemise du condamné. Il était apathique, un bon point pour lui. Ils ne verraient pas le coup arriver s'il se lançait en avant et s'emparait de la baguette du troisième homme. Un droite et hop ! le voilà armé. Il n'aurait plus qu'à se retourner, éliminer les deux autres (qui ne se seraient toujours pas remis de l'effet de surprise), stupéfixer Coffee (il ne méritait pas la mort) et s'enfuir. Et après ? Eh bien, il n'aurait plus qu'à grimper vingt étages en évitant les autres matons et en espérant que la roche inhibitrice n'anéantisse pas ses pouvoirs, sauter dans l'océan déchainé et espérer atteindre le continent. Et après ? Une fois sur le continent, qu'est-ce qu'il aurait fait ? Et bien, il serait retourné à Londres, il aurait tout expliqué à sa femme qui, à coup sûr, lui pardonnerait et il pourrait reprendre une vie normale, tout en prenant soin de ne pas se faire choper par les Aurors, bien entendu.
Ce serait bien, pas vrai ?
Drago en eu un sourire. Qu'est-ce que ce serait bien ! L'air libre…
L'élucubration éclata comme une bulle de savon. Inutile de rêver. Un geste mal placé et la paralysie se déclencherait. Non, inutile de se bercer d'illusion. Il n'avait plus le luxe de rêver. Plus maintenant. Avant, il pouvait. Il pouvait croire que sa vie avait encore un sens, qu'il pouvait encore retrouver l'amour de sa famille et l'estime de ses amis. Maintenant, il savait ce qu'il en était. Il avait été idiot mais après tout, c'est normal d'être idiot.
Il s'en rendait compte à présent. Sa vie avait pris fin le jour où il était entré ici.
Quel abruti ! pensa-t-il avec amertume. Il n'y a rien qui m'attend dehors. Il n'y a rien qui ne m'attend nulle part…
Il se laissa donc faire. Les matons mirent deux minutes à lui faire enfiler la chemise du condamné, ce bout de tissu morbide qui lui tiendrait lieu de linceul. Le troisième homme fit un demi-cercle avec sa baguette et des chaines apparurent le long de ses fers. Drago songea fugacement que ce serait la dernière fois qu'il les porterait. Et chose curieuse, cela l'attrista encore plus.
« Allons-y, Drago. »
Les deux matons qui se tenaient derrière lui posèrent une main sur ses épaules et Drago, docile, déjà mort, avança. Coffee se mit à sa droite, le maton à sa gauche et les deux autres derrière. D'un même pas, ils commencèrent à marcher.
Drago ne s'arrêta qu'une fois pour jeter un dernier coup d'œil à Numéro Quinze. Ce dernier, lui, ne le regardait pas. Il avait fermé les yeux et joint les doigts. Ses lèvres bougeaient en une psalmodie inaudible.
i… lorsque ton tour viendra, je prierais pour toi…/i
Drago serra les dents.
iRandall Wharton, Numéro Quinze, tu es un malade. Et j'espère que lorsque ce sera ton tour, tu souffriras le martyr./i
Ce que Drago ignorait, ou plutôt ce qu'il savait sans vouloir l'admettre, c'est que Randall Wharton ne connaitra pas le supplice de la croix. Son évasion restera la plus spectaculaire depuis celle de Sirius Black.
L'ancien Serpentard se détourna.
Commença alors la plus longue marche de toute sa vie.
Il était 23 heures et 46 minutes.
Il n'y avait que quarante mètres entre le quartier des condamnés et la salle de la croix.
Pour Drago, c'était des kilomètres.
Derrière lui, une porte, celle du quartier où il ne remettrait jamais les pieds. Devant, à une dizaine de mètre, une autre porte, celle du parloir où tour à tour, Potter et Megalyn lui avaient craché leur hargne. A mi-chemin, un nouveau couloir qui partait sur la gauche. Un nouveau couloir délimité par une ligne noire. Le couloir de la mort.
Drago fit un pas, puis un autre. Il s'efforçait de rester digne. Maintenant qu'il approchait de la mort, il refusait de craquer, de s'écrouler. Il montera sur la croix en tant qu'homme et non en tant que loque.
Les poings serrés, Drago s'arrêta un instant au niveau de la ligne noire. Il regarda la porte en face de lui. Derrière se trouvait la croix. Derrière se trouvait la mort. Drago serra les poings encore plus forts. Le sang jaillit de ses paumes meurtris. Il se répétait la même chose, inlassablement. Il se disait qu'il serait fort, qu'il ne leur donnerait pas la satisfaction de s'écrouler, de pleurer et d'implorer qu'on lui accorde la vie sauve. Il était un Malefoy, et non un minable. Il sera fort, il…
Mais à mesure qu'il avançait sur ce dernier couloir, il sentait sa détermination se fendiller. La peur augmentait à chaque pas qu'il faisait. A droite de la porte, il y avait la lanterne, cette saloperie de lanterne rouge, qui le narguait dans son coin. A chaque battement de cil, Drago espérait qu'elle passe au vert, mais non, cette saleté restait désespérément rouge. Rouge comme le sang sur ses mains. Rouge comme la faucheuse qui l'attendait derrière cette porte.
Drago baissa la tête. Il prit conscience d'une chose. A la fin, nous sommes tous égaux. Peu importe qui nous sommes, face à la mort, nous réagissons tous de la même façon. Face à la mort, nous voulons tous vivre.
i…as-tu peur de mourir ?... /i
La voix de Numéro Quinze. Il aurait voulu ne pas l'entendre à cet instant. Mais il n'y pouvait rien. Il n'y pouvait rien parce qu'il avait dit un mensonge à ce moment là, même si sur le coup, il avait cru que c'était la vérité.
i…non…/i
Il avait menti.
Il avait menti parce qu'il croyait à l'époque qu'il était coupable et que seul la mort pourrait le libérer de cette souffrance ignoble qu'est le remord. Il s'était cru coupable, ils l'avaient tous cru coupable.
Potter.
i…quel que soit l'enfer qui t'attend, tu y brûleras bien assez tôt…/i
Megalyn.
i…jamais je ne te pardonnerais…j'espère que tu brûleras en enfer…/i
Il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il serra les dents pour ne pas montrer à son escorte ce spectacle pitoyable. Il avait dit qu'il serait fort et il tiendrait parole, coute que coute. Mais c'était dur. Il avait pensé n'avoir rien vécu de pire que de se croire coupable et de ne pas s'en souvenir. Il se trompait. Il y avait pire. Se savoir innocent et ne pas pouvoir le prouver. Il aurait tant voulu qu'ils le sachent. Megalyn, Potter, Weasley… Il ne voulait pas mourir comme un assassin. Il ne voulait pas mourir et voir le véritable meurtrier d'Hermione s'en tiré.
Je suis innocent ! avait hurlé Drago il y a des siècles de cela. Ils ne l'ont pas cru. Aujourd'hui, ils ne croiront pas plus.
Et le plus étrange, c'est que d'une certaine manière, il les comprenait. Et plus particulièrement, il comprenait Weasley. Il lui fallait un coupable et le destin a voulu que ce soit Drago Malefoy. Il était prêt à parier que même si on lui présentait des preuves de son innocence, il refuserait d'y croire. Il voulait sa mort. Il voulait le tuer pour pouvoir faire son deuil. Drago le comprenait parce que s'il avait été dans sa situation, il aurait réagi de la même façon.
Cinq mètres…
Drago souffla. Il devait se calmer s'il ne voulait pas craquer. Chaque pas qu'il faisait accélérait son cœur. Il commença à se sentir mal, il avait l'impression qu'il allait tourner de l'œil. La salive qu'il avala lui brûlait la gorge, les larmes qu'il réprimait lui brouillaient la vue, le sang sur ses mains attisait la douleur. Le maton à coté de lui semblait comprendre ce qui lui arrivait car il l'empoigna à l'épaule. En aucun cas, il ne souhaitait le voir s'écrouler. Cela aurait fait désordre, pas vrai ?
Deux mètres…
Drago ouvrit la bouche pour prendre un peu d'air. La morve lui bloquait les sinus. Il se mettait à trembler légèrement. Il avait cru que le plus terrible pour un condamné, c'est l'attente. Il se trompait, le plus terrible, c'est ça. C'est ce couloir, c'est cette porte, c'est la croix. Et à mesure qu'il avalait les derniers centimètres qui le séparaient de son funeste destin, la petite voix dans sa tête commença à murmurer inlassablement une autre phrase :
…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…
Coffee tendit le bras et empoigna le loquet de la porte. Elle s'ouvrit dans un grincement assourdissant. A l'intérieur, la lumière se fit et Drago la vit.
Il était 23 heures et 51 minutes.
Elle était là.
La croix.
Drago sentit ses tripes se nouer. L'étourdissement allait crescendo. S'il tenait encore debout, c'était en grande partie grâce au gardien qui le portait à moitié.
On y est, pensa-t-il, et chacun de ces trois mots était un coup au cœur. Il tremblait, une sueur froide coulait dans son dos. Jamais il ne s'était senti aussi terrifié, aussi petit, aussi malheureux. Il se sentait également vide. Il n'avait plus aucune force et lorsque le maton l'entraina vers l'instrument de sa mort, il ne fit rien pour s'y opposer.
…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…
Il s'arrêta. La croix était étendue devant lui. Le gardien qui le tenait fit un geste avec sa baguette et les chaines qui l'entravaient disparurent. Un autre geste et ce furent les fers qui tombèrent. Il essaya de faire s'allonger Drago mais ce dernier ne bougea pas. Arrivé à ce stade, il ne pouvait plus faire un geste. Son corps acharné refusait de se soumettre alors que l'âme s'était résignée depuis longtemps. Peu importe. Un autre gardien vint lui prêter main forte, et ensemble, ils forcèrent Drago à s'allonger sur l'appareil.
iLa pierre est froide./i
Ce fut sa première pensée. La pierre sur son dos et ses bras nus était froide. Aussi froide que la mort…
…je ne veux pas mourir…
Les trois gardiens chargés de son exécution s'approchèrent de lui. Deux d'entre eux maintenaient ses bras plaqués contre la Jauffrine tandis que le troisième fermait les attaches une à une.
iLeurs mains sont moites./i
…je ne veux pas mourir…
Le maton fit un dernier geste et deux grosses attaches se fermèrent sur son ventre et sur ses pieds, achevant de l'immobiliser.
iLe métal fait mal./i
…je ne veux pas mourir…
Drago tourna la tête. Il vit Coffee à coté d'un rideau tiré. Il ne le quittait pas des yeux. Comme s'il ne voulait pas perdre une miette du spectacle. Ou plutôt, comme s'il ne voulait pas le laisser seul. Drago ne savait pas.
…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…
« Ordonnateur, en place. Exécuteurs, allez-y. »
Le maton sans brassard alla de l'autre coté du rideau et attendit. Les deux autres se positionnèrent derrière la croix, à côté de deux leviers. L'Exécuteur empoigna l'un des leviers et tira.
La croix se leva alors lentement.
Drago était immobilisé mais s'il l'avait pu, il aurait serré les poings en plus des dents. La tension l'écrasait, le dévorait. Il soufflait pour calmer les palpitations effrénées de son cœur. Les tremblements étaient devenus violent, seules les attaches les réprimaient. Son esprit devenait fou, une seule pensée tournoyait dans le maelstrom de son âme.
…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…je ne veux pas mourir…
La croix s'immobilisa. Il était maintenant à la verticale et il faisait face au rideau.
« Deuxième Exécuteur, à vous. »
Le second maton à brassard s'avança et pointa sa baguette dans un creuset que ne pouvait apercevoir l'ancien Serpentard. Il ne prononça que deux mots. Deux mots définitifs.
« iAvada Kedavra/i. »
La pierre, jusque là translucide et glacée, devint verte et chaude. Il sentait les effluves du Sortilège Impardonnable lui caresser la peau. Douloureux mais pas insupportable.
Il était 23 heures et 56 minute.
« Nous pouvons y aller. »
…je ne veux pas mourir…
i… évade-toi, Drago…/i
Le seul son de la voix l'apaisa un peu. Ce n'était pas une voix désespéré. C'était celle de Numéro Quinze.
i…les gens se font une fausse idée du paradis. Ce n'est pas un lieu, ni des personnes. C'est une époque. Retourne à cette époque, Drago…/i
Coffee fit un geste avec sa baguette et le rideau fut tiré.
Il se retrouva alors devant un public. Directement en face de lui se trouvait Ronald Weasley. Le regard haineux qu'il lui lançait était horrible il n'aurait jamais cru que le garçon qu'il avait côtoyé à Poudlard puisse avoir une telle expression. S'il l'avait su à cette époque, il y aurait certaine chose qu'il n'aurait probablement pas faite. A sa droite, sa sœur, Ginny Potter, qui lui tenait la main avec compassion. Elle ne regardait pas Drago. Elle ne semblait même pas le voir. Et enfin à gauche de Weasley, il y avait Potter. Lui le regardait en face mais contrairement à ce que c'était attendu Drago, il n'y avait pas de la colère dans ses yeux, mais de la douleur. Il avait le regard de celui qui s'excusait. Le Serpentard était déconcerté. Comment… Se pourrait que Potter sache… mais alors, que faisait-il sur cette croix ? S'était-il trompé ? Cela a-t-il un rapport avec le bleu qu'il avait à la mâchoire ?
Potter dû voir l'éclat de l'espoir dans les yeux de Drago car il baissa subitement la tête. A cette seconde, Drago savait qu'il était mort.
Il n'y a pas de réconfort pour celui qui n'a plus rien.
Anéanti, il ne regarda même pas les autres personnes présentes. S'il l'avait fait, il aurait vu plusieurs journalistes avec leurs Plumes à Papote ainsi que des sorciers tout ce qu'il y a de plus banal. L'un des journalistes fixait particulièrement le malheureux Serpentard pour la seule raison qu'ils étaient de la même promo, sauf que lui était un ancien Pouffsouffle et non un Serpentard. Quant aux autres personnes présentes, c'était des inconnus attirés par le sang, des individus lambda qui venaient voir mourir l'héritier des Malefoy. En tout, ils étaient dix neuf.
Drago gardait les yeux fixé sur le mur. Il évitait le regard de Weasley. Il ne pouvait le supporter. Tout ce qu'il attendait maintenant, c'était la Fin.
i…Evade-toi, Drago…/i
Numéro Quinze, encore.
i… Retourne auprès de ta femme et ton fils. Retourne auprès d'eux tant qu'ils t'aiment encore…/i
Megalyn… Elle n'était pas venue. Drago s'y attendait mais cela lui fit mal. Terriblement mal. Il aurait tant voulu la voir, au moins une dernière fois.
Scorpius… Son fils. Quelle image va-t-il avoir de lui ? Son père, un meurtrier, un violeur, un tueur d'enfant. Non, non…
Megalyn… Scorpius…
Il serra les dents.
iPardon…/i
Avant qu'il n'ait pu la retenir, une larme coula le long de sa joue.
iJe vous demande pardon pour tout…/i
Et devant les vingt trois personnes présentes, Drago Malefoy pleura.
Coffee fit alors un signe à l'Ordonnateur. Lequel commença son discours.
« Drago Malefoy, vous avez été condamné par le cours pénale du magenmagot à la peine capitale pour les meurtres de Hermione Weasley et Rose Weasley. Vous allez être soumis à l'aura dévastateur du sortilège mortel jusqu'à ce que mort s'ensuive. Avez-vous une déclaration à faire avant que l'on rende la sentence ? »
Drago ne répondit pas tout de suite. Les mots se bloquaient dans sa gorge. L'émotion l'étreignait, les larmes coulaient sans retenu. C'était un spectacle déchirant.
« Je… »
Le temps passa. Coffee allait ordonner la fermeture du rideau lorsque les dernières paroles de Drago jaillirent en un hurlement :
« Potter ! Trouve-le. Je t'en supplie, trouve le salaud qui a fait ça à Hermione. Je… Je t'en pris… »
Sa voix se brisa. Drago baissa la tête, le visage ruisselant. Il ne vit la surprise dans les yeux de Potter, ni la rage stupéfaite chez Weasley. Il n'attendait plus qu'une chose : que le coup fatal arrive.
« Fermez le rideau. »
Le rideau glissa. Il était 23 heures, 59 minutes et 35 secondes.
« Préparez vous, Drago. »
Le Serpentard releva la tête. La voix de Numéro Quinze résonna une dernière fois en lui.
i… Retourne à cette époque, Drago, cette période béni où tu étais libre, où ta femme t'aimait et où tu étais un héros pour ton fils. Retournes-y et tu supporteras la pression. Si tu y parviens, tu n'auras plus peur de la croix. Tu y monteras même avec le sourire…/i
23 heure, 59 minutes, 45 secondes.
Megalyn, Scorpius…
Un sourire apparut sur le visage ravagé de Drago.
Megalyn, Scorpius, j'arrive…
23 heure, 59 minutes, 55 secondes.
Papa rentre à la maison.
Une dernière larme coula.
Et le deuxième levier fut tiré.
Il y eu la douleur, abominable, interminable…
Puis les ténèbres…
… et enfin la lumière.
Papa est là.
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22 septembre 2010, Minuit et 49 secondes.
Harry avait fermé les yeux lorsque le cri avait retenti. A ses cotés, Ron serrait les poings et fixait le rideau comme s'il voulait voir au travers. Ginny le tenait fermement par le bras mais à l'instar de son mari, elle avait fermé les yeux.
Le cri était abominable. Harry comprenait pourquoi ils ne laissaient pas les spectateurs observer la mise à mort. Il n'osait même pas imaginer ce que le directeur et les gardiens voyaient en ce moment.
Brusquement, le cri cessa.
Quarante neuf secondes s'étaient écoulées.
Harry ouvrit les yeux. Le rideau s'ouvrit une fois de plus. Ce que Harry vit alors le répugna.
Le cadavre de Malefoy pendait sur la croix, uniquement retenu par les attaches. Le corps fumait et de là où il était, Harry voyait les brûlures aux endroits où la peau avait été en contact avec la roche. Un filet de sang s'écoulait en continu de sa bouche, de son nez et des commissures de ses yeux. Harry tourna la tête. Il en avait vu dans sa carrière mais il n'avait jamais pu se faire à une exécution. C'était la troisième fois qu'il assistait à une mise à mort et pour la troisième fois, il eu envie de vomir. C'était véritablement atroce.
D'autant plus atroce que depuis deux jours, un doute terrible le hantait.
iEt si Malefoy avait raison ? Et si nous nous étions trompés ?/i
Il faisait tout pour dissiper ce doute. Il le fallait. Il en était sûr, s'il n'y avait pas eu Ron, il aurait rouvert l'enquête et demandé un sursis. S'il n'y avait pas eu Ron…
Harry regarda son ami et vit l'expression de haine sauvage qui le défigurait tandis qu'il se délectait du spectacle. Cela le dégouta encore plus que le cadavre. En deux mois, Ron avait énormément changé…
Autour d'eux, les journalistes rangeait leur matériel et s'apprêtait à partir. Harry lança un regard à Ginny et tout deux relevèrent Ron avec prudence. Ce dernier se montra docile et se laissa faire. Pas une seconde, il ne lâcha le cadavre de Malefoy des yeux.
« C'est terminé, Ron, dit Ginny d'une petite voix.
- Oui, justice a été rendue… »
Il se tourna alors vers Harry avec une lueur dangereuse.
« Et ne t'avise plus jamais d'en douter. »
Harry soutint son regard sans broncher. Après dix secondes passés à se défier du regard, Ron détourna la tête et passa à côté de Harry pour sortir. Ginny le suivit après avoir fait comprendre à son mari qu'il valait mieux ne pas le laisser seul.
La salle se vidait. Harry se retrouva seul devant le cadavre de l'ancien Serpentard.
Ne t'avise plus jamais d'en douter.
iEt si je m'étais trompé ?/i
Après sa rencontre avec Malefoy le 19 septembre, Harry était rentré chez lui furieux, convaincu à cette seconde que le Serpentard lui avait de nouveau menti afin de sauver sa peau. Il avait fallu la journée entière pour se calmer. Puis lorsque le soir était venu, un doute avait commencé à germer dans son esprit. Malefoy lui avait dit quelque chose qui le gênait :
iC'est débile, même toi, tu dois t'en rendre compte. /i
L'amnésie de Malefoy l'avait toujours intrigué. En effet, pourquoi donc s'était-il cramé la mémoire ? C'était idiot et Malefoy était tout sauf idiot.
Il se demanda alors…
Et si ce n'était pas lui qui avait lancé ce sort ?
Et si…
Le lendemain, Harry alla au ministère pour vérifier les preuves dans le dossier Malefoy. Cela le hantait littéralement. Il y pensait à chaque seconde. Il voulait avoir sous les yeux la preuve que Malefoy était coupable, que l'homme qui allait mourir sur la croix était bien celui qui a violé et tué Hermione et Rose. La rumeur a commencé à courir comme quoi, Harry avait rouvert le dossier. C'est ainsi que Coffee apprit la nouvelle. C'est également comme ça que Ron s'en trouva informé.
Harry s'en rappellera toujours. Il se trouvait dans son bureau en train d'analyser les preuves afin de trouver n'importe quoi qui pourrait peut-être accréditer la version de Malefoy. Il pensait avoir trouvé quelque chose, une note de St Mangouste qui disait avoir trouvé des marques de dents sur le cuir chevelu du blond, lorsque Ron a débarqué. Il était furieux.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
Harry le regarda sans ciller et répondit prudemment.
« Je vérifiais certaines preuves, c'est tout.
- Tu ne crois tout de même pas ce qu'il raconte ? demanda Ron en s'approchant.
- Bien sur que non. Mais au cas où, il… »
Harry ne vit pas le coup partir. Il s'affala contre le bureau, la mâchoire douloureuse. Ron le regarda les yeux brillant, le bras tendu.
« Drago Malefoy a tué Hermione, il a tué ma fille. Sa culpabilité a été prouvé, alors n'essaye pas de le sortir de là ! »
Harry se redressa en se frottant la mâchoire.
« Je sais tout ça. Mais, si jamais il y a le moindre doute…
- Il n'y a pas de doute, répliqua Ron catégorique.
- T'en sais rien.
- T'es de quel coté, Harry ? Tu veux que je te rafraichisse la mémoire ?
- Qu'est-ce que tu crois ? Tu crois que je veux sauver la vie du meurtrier d'Hermione ? Elle était comme une sœur pour moi. Et Rose… Rose était ma nièce, bon sang, et elle n'avait que quatre ans, et…
- Alors qu'est-ce que t'es en train de foutre là ?
- J'enverrais un meurtrier avéré sur la croix, pas un innocent… »
Le bras de Ron se tendit une nouvelle fois mais Harry l'évita. Cela aurait dégénéré si Seamus n'était pas intervenu à ce moment-là. L'Auror voulait récupérer un dossier à Harry et les deux « amis » s'étaient aussitôt calmé, ne voulant pas déclencher un scandale.
A la seconde où Seamus sortit, Ron tendit le bras, récupéra le papier que tenait Harry (la note de St Mangouste) et le broya dans son poing.
« S'il s'en sort à cause de toi, je te tue. Je te jure que je le ferais. »
Sur ce, il sortit de la pièce à grand pas.
Harry resta un moment immobile à se demander que faire. Plus tard, il finira de regarder le dossier Malefoy mais il ne trouvera rien. Il ignorait que la preuve qu'avait emmenée Ron était la seule qui aurait pu sauver le Serpentard.
Beaucoup plus tard, alors qu'il descendait les escaliers qui menaient à la salle d'exécution, Harry se rappela une phrase qu'avait dite Drago. Il s'était alors demandé pourquoi il ne s'était pas plus intéresser à l'affaire, pourquoi il ne s'était pas interroger plus tôt, pourquoi il s'était contenté du sommet de l'iceberg alors que la plupart du temps la vérité se cachait en dessous. Malefoy l'avait résumé en une phrase. Et aujourd'hui, face à son cadavre, cette phrase le dégouta de lui-même.
iSi ce n'avait pas été elle, et si ce n'avait pas été moi, tu aurais fait ton boulot, Potter. /i
Harry sortit de la salle. Il était le dernier à la quitter. Alors qu'il pensait être seul, il vit un homme qui l'attendait. La cinquantaine, les cheveux gris en brosse, il lui était vaguement familier.
« Monsieur Potter. »
Il tendit la main à Harry.
« Je suis sincèrement désolé pour Hermione. Au moins maintenant, justice a été rendue. »
Harry cherchait qui ça pouvait bien être lorsque le déclic se fit.
« Je vous connais. Vous travaillez à St Mangouste, vous dirigiez le service d'Hermione.
- Ah, je vois qu'elle vous a parlé de moi. »
Et pas en des termes très élogieux, pensa Harry. Il s'en souvenait encore.
Adipeux, obséquieux, dragueur, susceptible, voilà comment est mon chef.
Un brillant chirurgien, mais un vrai porc, avait-elle ajouté.
L'autre secoua la tête.
« Hermione nous manquera à tous. »
Harry le regarda avec tristesse.
« Merci beaucoup. »
Il lâcha alors la main du meds et passa à coté de lui sans un au revoir. Le moral à zéro, il alla rejoindre sa femme et son beau-frère.
Il ne vit pas le sourire pervers qui défigura le médicomage, ni la lueur vicieuse dans ses yeux plissés. Le meds regarda l'Auror partir avec satisfaction puis il se rappela où il était et ferma la bouche.
Il valait mieux que personne ne voient ses trois dents de devant fraichement refaites.
Cela pourrait être problématique ?
Vous ne croyez pas ?
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