Merci Mlissa !
Bon, ben, je continue la consultation alors ! :-p
- Vous êtes en colère, Doc ?
- NAN !
- Si, si, je vois bien que vous êtes contrariée…
Elle se retourna brièvement vers lui, un peu surprise de l'entendre employer ce vocabulaire. Il haussa les épaules et expliqua.
- Beth aussi, elle est parfois « contrariée »…
- En même temps, si vous lui suggérez d'inviter une de ses copines pour des parties privées… !
- Ouais, et elle, alors ? ! Y sont pas tordus ces fantasmes ? Vous voulez que je vous dise c'est quoi qu'elle kiffe, elle ?
- J'ai bien des idées… murmura Scully pour elle-même.
- Etre violée par un inconnu, mais un sympa, hein ! s'écria-t-il avec humeur. Un mec trop fort qui lui ferait que des choses qu'elle aime ! A côté de ça, je lui demande pas la lune avec ma pipe !
- Attendez. Elle vous a demandé de trouver un inconnu pour réaliser ce fantasme ? ne put s'empêcher de demander Scully avec stupéfaction.
- Ben non… mais…
- OK. Je vois.
- C'est vrai ? Vous voyez ? relança Josh, plein d'espoir.
- Je vois qu'elle aurait mieux fait de se taire !
- Bah, pourquoi vous dites ça ? Je veux bien lui faire plaisir, moi. Mais là, c'est trop chaud !
- Mais enfin, ne soyez pas si premier degré ! Un fantasme, ce n'est pas forcément fait pour être réalisé. Enfin, pas tel quel ! C'est seulement une image, une idée qui sert à fabriquer de l'excitation. Le plus souvent, ce sont des stimulateurs du désir, pas des désirs en soi !
- C'est pas fait pour être réalisé ? répéta Josh tout déçu. Mais moi, j'en veux bien deux nanas dans mon lit !
- Et Beth, elle veut bien ?
- Ben, c'est le problème. J'ose pas trop lui demander ça… J'sais pas. Elle pourrait…
- Oui ? susurra Dana.
- … Elle pourrait être un peu jalouse… Dire que j'abuse…
- Enfin, un brin de bon sens !
- Ouais, mais c'est comme vous avez expliqué, hein. La deuxième nana, ce serait pas que je l'aime comme Beth, vous voyez. Ca serait juste, comme vous avez dit, une « simulatrice de désir ». Il mima les guillemets avec application.
- Sti-mulatrice, Josh !
- J'pourrais peut-être lui dire, à ma cop, que c'est un Docteur qui me l'a conseillé…
- CA VA PAS, NON ?
- Ouais, et le violeur sympa, c'est du bon sens, Docteur ? Sans déconner !
- Non ! Un violeur sympa, c'est une oxymore.
- Euh, Doc, moi, les trucs scientifiques, j'y connais rien…
- C'est un terme littéraire. Un violeur n'est pas sympa. Ce type de fantasme est assez courant mais c'est bien la preuve qu'il n'a de sens que dans l'imaginaire, pas dans la vie réelle.
- J'veux bien mais je fais quoi, moi ?
- Une mise en scène ! Juste une mise en scène.
- Ben moi, j'ai pas trop envie de la violer, Doc.
- Encore heureux ! Sept ans de prison pour abus sexuel aggravé et une rupture, c'est tout ce que vous gagneriez !
Il y eut un silence pendant lequel on n'entendit plus que le bruit du bitume qui défilait sous les roues.
- Les femmes, c'est trop compliqué, soupira le jeune homme découragé.
- Il a pas tort…, reconnut Mulder avec sollicitude.
Elle jeta un coup d'œil sur les deux hommes et se recentra sur la route. Au fond d'elle, elle était assez d'accord avec eux. Elle hésita et finalement, résolut de se lancer.
- Bon, écoutez attentivement parce que je ne le redirais pas deux fois, prévint-elle.
Ils se redressèrent immédiatement en la dévisageant avec fascination.
- Mec, t'as de la chance d'avoir une meuf qui explique, murmura sentencieusement Josh à l'oreille de Mulder.
- Et pas que ça, lui chuchota l'agent en retour.
- C'est bon les messes basses ? Je peux y aller ?
- Oui, Doc ! annonèrent-ils en élèves appliqués.
Elle ne put s'empêcher de sourire. Et se lança.
- Bon, derrière l'idée du violeur sympa, on retrouve souvent le fantasme de la soumission et de la domination…
Ils buvaient ses paroles comme du petit lait.
- … Entendons-nous bien, je ne vous parle pas de vrai sadomasochisme qui est un fantasme nettement plus minoritaire. Faire l'amour, c'est accepter de s'abandonner et ce n'est pas le plus facile. Jouir, c'est d'une certaine façon se soumettre au plaisir, l'accepter, le recevoir, le laisser phagocyter son corps, ses pensées jusqu'à sa pudeur. Le plaisir est un envahisseur, encore faut-il lui laisser le droit de nous envahir. Une femme qui jouit se soumet au plaisir, ce qui au passage n'est pas la même chose que de se soumettre à un homme.
Ils hochèrent la tête avec conviction. Elle poursuivit.
- Lorsqu'on a l'obsession de la maîtrise dans sa vie, cela peut parfois paradoxalement nuire à cet abandon nécessaire. Les pressions de la vie familiale, professionnelle ou simplement les évolutions de la société peuvent amener une femme à montrer d'elle une image forte, presque masculine, pour pouvoir s'imposer, pour gagner des droits qu'on ne devrait même pas avoir à conquérir…
- Ah ouais, c'est bien Beth, ça. Une battante…
Mulder ne répondit pas. Il dévisageait Scully avec émotion. Elle devinait son regard sur elle. Elle continua sur le ton le plus neutre possible en fixant son attention sur la route.
- Alors parfois, une femme peut souhaiter s'abandonner complètement à un homme en qui elle a confiance, rêver à la possibilité qu'un inconnu lui commanderait cet abandon et la conduirait à un plaisir décuplé. Dans ce fantasme, elle s'autorise une situation impensable, impossible à maîtriser dans la réalité. C'est ça qui est libérateur. Elle n'a qu'à obéir, et ressentir avec le frisson du danger, mais dans la réalité, elle ne peut le concevoir qu'en toute sécurité. Vous n'avez pas à chercher un autre homme, Josh : c'est vous qu'elle veut. Vous en qui elle a confiance. Quant à l'inconnu, symbolisez-le autrement. Déguisez-vous, dissimulez-vous ou bandez-lui les yeux. Variez la tonalité de votre voix. Ne lui parlez pas comme vous le faites habituellement. Il suffit de quelques détails pour que l'imaginaire se déploie…
- Et pour le viol, alors ?…
- Le viol, c'est en réalité l'idée qu'on la conduise à accepter le plaisir malgré elle. A être possédée au-delà de ce qu'elle se sent capable de donner, du moins, c'est probablement ce qu'elle croit.
- Mais comment je « symbolise » ça, moi ?
- Si vous êtes sûr que c'est bien ce qu'elle veut, soyez, disons, « viril »… Ayez des gestes larges, des caresses plus appuyées. Mettez en scène l'amour impromptu, contre un mur, par terre ou dans des endroits inhabituels. Montrez votre puissance. Nouez-lui les mains à la tête du lit mais assurez-vous qu'elle ne pourra pas se blesser. Et soyez très à l'écoute de ses réactions pour sentir si vous n'allez pas trop loin. Au besoin, adoptez un code qu'elle emploiera si elle veut que ça s'arrête…
- Putain, c'était ça alors ? !
- Probablement quelque chose comme ça, oui…
- Doc, j'aurai du vous rencontrer lorsque j'étais encore puceau. J'aurai été moins con avec les nanas…
- Ne dites pas ça, Josh. Tout s'apprivoise. Et puis, rien n'est jamais acquis dans ce domaine. Ce que je vous ai dit est peut-être valable pour Beth, mais ça ne l'est pas pour toutes les femmes, ni à tous les âges…
- Je me fous des autres femmes, Doc. Moi, c'est Beth que j'aime.
- Et moi, c'est toi ! articula silencieusement Mulder en souriant à sa partenaire. Qui rosit comme une jeune fille.
- Merci, Docteur ! Vous êtes cool… C'est facile de parler avec vous.
- Je vous en prie, ce fut un plaisir ! Mais pensez surtout à parler à Beth la prochaine fois.
- C'est clair !
Il se tut un instant. Et après quelques minutes de réflexion, décréta :
- J'ai jamais parlé comme ça avec ma mère.
Elle tressaillit et serra les dents. Mulder pouffa sur le siège d'à côté.
- Je ne crois pas avoir déjà l'âge d'être votre mère, Josh, articula-t-elle lentement.
Mulder sentit venir l'orage et intervint en affectant une voix sévère.
- Fils ! On ne parle pas de sexe ainsi avec sa mère.
- Mulder !
- C'est la voix de l'expérience, pas la voix maternelle qui te parle…
- Pas compris, lâcha Josh en haussant les épaules.
- L'inverse m'aurait étonné, persifla Scully.
- Moi, je disais juste que j'aurai bien aimé vous avoir comme maman. Vous êtes belle, gentille. Vous assurez pour les conseils…
Elle se radoucit. Il termina d'une voix sourde.
- … Ma mère, elle est morte quand j'avais deux ans. C'est mon père, mon oncle et mon grand frère qui m'ont élevé. Alors, vous comprenez, les filles, elles me plaisent mais je les connais pas bien…
Elle avala sa salive avec une désagréable sensation de culpabilité. Il faisait presque nuit. Ils arrivaient sur le parking d'un motel miteux. Elle gara la voiture, détacha sa ceinture et se tourna vers la banquette arrière.
- Josh ?
- Mmm.
- Vous êtes un chic type. Je n'aurai pas du me moquer.
- Vous faites pas d'bile. J'suis pas susceptible.
- Vous avez tout pour devenir un homme bien dont votre mère serait fière. Et votre Beth, je crois qu'elle a de la chance de vous avoir…
- Vous croyez ? rayonna-t-il.
- Faites un petit effort de psychologie et ce sera parfait.
- De psy-quoi ?
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A l'accueil, un type crasseux se curait les ongles les deux pieds sur le comptoir. La casquette sur la tête et les yeux vitreux, il était fasciné par un match de catch qui passait sur la petite télé encastrée dans le mur face à lui. Mur qui avait été blanc et qui tirait aujourd'hui vers une chaude couleur vomi.
Il se releva à peine lorsque les trois voyageurs passèrent la porte.
- Ouais, c'est pour quoi ? ronchonna-t-il.
- Trois plats du jour et votre meilleur champagne, je vous prie, commanda Mulder, d'excellente humeur.
- Ouah. Un comique… grommela l'autre en se redressant. Désolé, les rires enregistrés sont pas compris dans le tarif. Alors ?…
Mais son attention fut soudain retenue par une sollicitation autrement plus importante.
- Qu'est-ce que… ? Ah saloperie de gras !
Il retira son cure-dent de ses ongles et le fourra entre ses molaires.
- Aaaah ! triompha-t-il en extirpant un amas blanchâtre de sa bouche. Je t'ai eu, gros lard !
Scully eut un haut le cœur.
- Donc ? Vous voulez quoi comme chambres ? revint-il à la charge.
- Trois chambres individuelles, s'il vous plaît, demanda précipitamment Dana pressée de s'éloigner de cette vision cauchemardesque.
- C'est bon, Doc. Vous fatiguez pas pour moi. Les docteurs aussi, y z'ont le droit à des « consultations privées »… Vous pouvez prendre une piaule pour vous deux, j'cafterai pas…
- Merci Josh, mais je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, déclara-t-elle en relevant un sourcil réprobateur.
Il écarquilla les yeux et se pencha vers Mulder avec un ton de conspirateur.
- Elle fait toujours ça, dites ?
- Souvent, pouffa Fox.
- Mais comment vous savez quand… ?
- Quand ?
- Ben, passer à l'attaque, quoi !
- J'ai un sixième sens ! affirma-t-il avec sérénité.
- Mince ! C'est vrai ? !
- Ouaip !
Le jeune le regardait avec dévotion. L'agent du FBI eut un peu honte d'abuser de sa naïveté. Scully prenait les clefs et signait le registre. Il précisa en chuchotant à l'oreille de leur témoin.
- Elle change d'odeur quand elle a envie. Elle sent un peu la mer. Et puis ses pupilles s'obscurcissent. Elle a la chair de poule alors que sa peau est brûlante. Elle passe plus souvent sa langue sur ses lèvres. Elle penche la tête sur le côté. Tout plein de signes, quoi.
- Vous êtes trop fort.
Par honnêteté, Fox précisa.
- Parfois, je me prends des gros vents.
- Pffff. Vous me rassurez là !
- Josh, Mulder ? C'est pas bientôt fini ces cachotteries ?
Le jeune homme prit d'autorité sa clef des mains de Scully.
- Vous savez quoi, Doc ? J'vais cachoter tout seul dans ma piaule et vous laisser jouer entre grands.
- Vous ne voulez pas dîner ? demanda-t-elle un peu surprise.
- Ca ira. J'ai déjà des tas de trucs à bien digérer, ce soir.
- Bon. C'est vous qui voyez.
- Ben… Bonne nuit, alors… Il adressa un monumental clin d'œil à Mulder dans le dos de Scully.
- Que… ?
- Z'avez pas un peu froid, Doc ? On dirait que vous avez la chair de poule…
Mouais... c'est bien beau la théorie hein... mais...
* sifflote *
... 'chais pas... J'hésite...
:-p
