J'hésite à le laisser avec elle, me ravise en reprenant la direction de la réception.

- Excusez-moi. Serait-il possible de faire monter un repas dans la chambre du Dr Reid ?

- Bien sûr, monsieur. Que souhaitez-vous ? m'interroge le réceptionniste.

- Hamburger, frites et soda. C'est possible ?

- Oui. Combien de couverts ?

Je me retourne vers mes collègues. Il me regarde droit dans les yeux. Sûrement depuis un bon moment, à en juger par son assurance. Je saisis la supplication muette.

- Pour deux. Combien de temps ?

- Une demi heure, tout au plus. Monsieur désire autre chose ?

- Merci, j'ai tout ce qu'il me faut.

Je reprends ma marche, d'un pas assuré cette fois. Je me plante devant mes collègues, bien droit. Oubliée la maladresse. Emily me lance un sourire, elle me remercie de ses grands yeux sans que je sache pourquoi.

- Je suis contente que vous alliez bien tous les deux. Hotch m'a dit que tu étais blessé à la main. Ça va?

La remarque fait sursauter Spencer.

- Tu es blessé, et tu ne me l'as pas dis. C'est grave ?

- Mais non. Juste une écorchure. J'ai trébuché en venant te chercher, j'enfouis un sourire de satisfaction.

- Ah oui ? Une égratignure ? Montre. Quand je pense que tu m'as obligé à faire ces examens.

Je le laisse prendre possession de ma main droite. Il la tourne entre ses doigts, détaille les petites écorchures dans ma peau. Un peu plus profondes que je ne le laisse entendre. Il s'en aperçoit. Il sait que je ne suis pas du genre à « trébucher » sans raison. D'autant plus quand mon écorchure ressemble à la marque d'un coup de poing que j'aurais donné dans un arbre. Il remonte son regard sur mon visage, serrant ma main plus que nécessaire.

Je reprends le contrôle de la situation.

- Bonne nuit, Emily. Reid est fatigué. Je le raccompagne à sa chambre.

- Eh bien, euh… oui, bonne nuit. A demain Reid. Morgan.

Elle s'éloigne sans poser les questions qui se bousculent dans sa tête.

Je relève mon ami. Il s'appuie à mon bras, nous marchons doucement blottis l'un contre l'autre. Notre étrange procession prend fin sur le pas de la porte de sa chambre. Je lui tends la clef. Il hésite. Il semble avoir pris une décision.

- Ouvre.

Je m'exécute. Attendant la suite.

- J'ai peur.

J'attends toujours.

- Reste avec moi, s'il te plaît.

- Ne supplie pas, je reste.

J'entre en écoutant son soupir de soulagement. Sans hésiter je me dirige vers la salle de bain où je fais couler l'eau chaude. Je fouille dans son sac de voyage qu'il n'a pas déballé, comme d'habitude. J'en extrais des vêtements propres que je dépose près de la douche. Je le guide vers celle-ci. Je retire la cravate tachée, déboutonne la chemise. Je me baisse pour dénouer le lacet de son unique chaussure. Son trouble perce dans sa voix.

- Comment je vais faire pour rentrer demain ? Avec une seule chaussure ?

- Je te proposerais bien une des miennes mais je doute qu'elle soit à ta taille.

J'écoute son rire avec délectation. Je reprends.

- Dis moi ta taille et demain matin j'irai t'acheter une paire, pour le voyage de retour.

- 42. Mais attention hors de question que tu me ramènes une paire de rangers pseudo militaires comme tu mets d'habitude.

- Je sais, je sais. Tu préfères les baskets pré ado, je lui réponds sans contenir mon sourire.

- Eh, c'est la deuxième fois que tu te moques de moi ce soir. Je vais finir par me vexer.

- Toutes mes excuses, Dr Reid. Je ne voulais pas vous manquer de respect.

Il me rejoint pour un rire bienvenu. Un début de détente après des heures terribles.

- Allez, douche-toi. Je t'attends à côté.

Je m'éclipse vite, sûrement pas suffisamment. Je crains qu'il ait remarqué mon émotion à la vue de son corps. Secrètement j'espère qu'il l'a attribué à la vision des hématomes sur son torse. Je m'étends. Je cherche à capter ce qui se passe dans la pièce attenante. Mais rien, pas un bruit hormis l'eau s'écoulant… S'écoulant le long de son corps, caressant les petites plaies et hématomes. Dégoulinant inexorablement sur les parties de son corps que je voudrais laver de ce contact traumatisant.

Je laisse mon esprit vagabonder, je le laisse pénétrer cette petite pièce, entrouvrir la cabine de douche, je laisse mon regard se promener sur ses épaules, descendre vers son dos fin et osseux. Je l'imagine lui aussi couvert d'hématomes, je dérive vers son ventre mince où se dessinent facilement ses côtes. Je secoue énergiquement la tête. Je sais pertinemment où mon regard va se poser ensuite. Je m'y refuse, je ne dois pas.

Avec ce qu'il vient de vivre, je ne veux pas le reléguer au rang d'objet de désir comme je le fais souvent dans mes rêves.

Trop perdu dans mes pensées, je n'ai pas remarqué que l'eau ne coulait plus. En posant une main sur mon épaule, Spencer me tire de mes sombres désirs. J'esquisse un mouvement de recul qui le surprend. Je me ressaisis en lui tendant un sourire. Celui-ci se fige sur mes lèvres. Spencer est intrigué, il se regarde, cherchant l'origine de mon trouble.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis vraiment si affreux à regarder. Il ne m'a pas loupé.

- Non, dis-je balbutiant.

Je cherche une façon élégante de détourner la conversation, de sorte que je n'aie pas à lui expliquer l'effet que peut produire la vue de son corps à demi nu.

- Il est vrai que tu es plus tôt bien amoché. Ne t'inquiète pas, les filles adorent les gros durs couverts de cicatrices.

- Ah, oui. C'est comme ça que tu les fais tomber.

Il lâche ces mots entre ses dents. Presque en colère. Je ne saisis pas la raison de son emportement.

- Qu'est-ce-qui te prend ? Je ne voulais pas dire…

- Laisse tomber. Je crois que tu m'avais promis un hamburger.

Excellent timing. Un coup léger à la porte me permet de m'échapper. J'ouvre, m'effaçant pour laisser entrer le chariot. Je glisse un billet au serveur.

- J'ai remplis ma part du contrat, maintenant tu manges.

- Tu restes? S'il te plaît.

- Je t'ai déjà dis de ne pas supplier. Je resterai jusqu'à ce que tu n'aie plus besoin de moi.

- Ok. Alors ferme la porte à clefs.

Je reste interloqué face à cette réplique. Je le regards, cherchant mes mots. Je ne parviens qu'à lâcher un malheureux « Pourquoi ».

- Parce que je veux que tu reste ici cette nuit. J'ai peur de rester seul.

-Tu veux que j'appelle Gideon ou Hotch?

- Sûrement pas. C'est toi que je veux.

Je marque un temps d'arrêt, j'hésite, je fini par exécuter l'ordre. Le cliquetis de la serrure résonne dans mes oreilles, il me semble que tout l'hôtel l'a entendu. Je le rejoint, m'assois à ses côtés. Il me tend un soda. Je le bois, plus pour lui plaire que par envie. Il me surprend en parlant.

- Comment vous avez fait pour me trouver?

- C'est Hotch. Tu devrais lui demander .

- Demain. Pourquoi es tu si tendu? C'est moi qui ai été enlevé et torturé, dit il, se forçant à sourire.

- Je ne risque pas de l'oublier. J'aurais tout donné pour être à ta place.

Il m'écoute attentivement, mangeant rapidement. Il a déjà englouti les deux hamburgers. Je ris avant de reprendre.

- Je suis devenu fou quand je t'ai vu sur cet écran. Tu n'imagine même pas. Tu étais là, attaché sans défense. A la merci de ce salop. Et j'étais là, inutile, impuissant. J'ai cru mourir étouffé par la rage.

- Tu aurais mieux résisté que moi. C'est pour ça que tu…..

- Non. Tu as été d'un courage prodigieux. J'aurais voulu souffrir à ta place, éviter qu'il te touche, te frappe. Je …. Je m'en veux tellement. Tu aurais pu y rester et ….

- Ce n'est pas de ta faute. C'est moi qui est insisté pour y aller avec JJ. J'ai voulu qu'on se sépare et je me suis fait avoir comme un bleu. Voilà, le responsable c'est moi.

- J'en reviens pas, c'est toi qui a souffert et c'est moi qui me fais consoler.

- Je ne cherche pas à te consoler, je ne fais que dire la vérité. C'est ma faute.

- Ouais…. Tu devrais appeler Hotch et Gideon. Pour leur dire qu'on est rentré et que tu vas bien.

- Emily a dû leur dire.

- Peut être. Rassure les quand même.

- D'accord.

Il se lève, boitant légèrement. Cherchant son portable des yeux.

- Tu n'as pas ramené mon téléphone?

- Nous l'avons retrouvé explosé à la ferme. Tiens, prends le mien.

- Merci.

Il cherche dans le répertoire le numéros de Hotch, la réponse est rapide. Il s'assoit sur le lit, je prend place à ces côtés.

Pendant qu'il explique les étapes de notre passage aux urgences, je prend possession de son poignet libre. Je remonte la manche de sa chemise jusqu'au coude. J'étudie les striures laissées par les liens sur sa peau. Il me regarde un instant, puis son avant bras entre mes mains. Un léger rictus aux lèvres, il reprend sa conversation.

Doucement je masse la petite plaie à l'aide de l'onguent fourni par son médecin. Il grimace légèrement. La chemise entre ouverte me laisse apprécier l'étendu des dégâts. Un largue hématome recouvre son torse. Les traces du massage cardiaque brutal qui lui a sauvé la vie. J'ose un regard vers son visage. Je m'aperçois qu'il m'observe depuis le début.

Il me sourit et incline la tête, m'autorisant à poursuivre mes soins sur son torse.

Je soupire en commençant à dessiner de petits cercles sur l'hématome. Il trésaille. Je veux retirer ma main, il l'a retient et la replace sur sa poitrine.

Je ne bouge pas, retenant mon souffle. Une nouvelle pression sur ma main m'incite à agir. Je l'entend terminer sa conversation.

- Oui, si j'ai besoin je vous appelle. Non. Je vais me coucher. Je suis fatigué. A demain, Hotch.

Il referme le téléphone et le pose sur le lit. Je garde les yeux rivé sur mes mains. Il se bascule légèrement en arrière, offrant un peu plus son torse à mon regard.

Je retire ma main décidant que le contact avec sa peau à déjà suffisamment duré.

- Tu vas te coucher. Je reste ici, je commence mon rapport.

- Hum…. Je crois que j'ai une blessure dans le dos. Tu veux bien la masser aussi?

- Oui,…. Eh bien, enlève ta chemise.

Il s'exécute, dévoilant un largue hématome au milieu de son dos, allant de droite à gauche.

- Je crois que c'est la marque du dossier de la chaise quand je suis tombé.

- Oui, il est impressionnant celui là. C'est douloureux?

- Un peu, je crois que je vais dormir sur le ventre. Ce sera plus confortable.

Doucement j'effleure la peau meurtrie. Je trace de petits cercles le long de son dos. Remarquant une petite éraflure j'agrandis mes gestes. Je le sens se raidir.

- Je peux arrêter si c'est trop douloureux.

- Non, continu. J'ai eu mal aussi aux autres mais maintenant je les sens moins.

Je poursuit donc essayant d'alléger au maximum le poids de mes mains. Au final la totalité de son dos y est passé. J'arrête mes caresses, le sentant sur le point de s'endormir.

-Tu devrais te coucher. Tu dort debout. Enfin assis.

- D'accord. Si tu me promet de rester.

- J'ai dis que je resterai avec toi tant que tu aurai besoin de moi.

Il se lève, étouffant un bayement. De son sac entre ouvert, j'extrais un maillot de corps blanc à longue manche. Je lui lance, il l'attrape, esquissant un sourire satisfait.

- Tu vois y a pas que les balle que tu me lance gentiment que j'arrive à rattraper!

- Bien joué, Dimagio. Maintenant tu le mets et tu te couche. Je vais m'assoir dans le coin là bas, comme ça la lumière ne te gênera pas trop.

- Non, non, s'écrit il. Je me couche à droite du lit, et tu t'assois à gauche. Il y a une lampe de chevet, tu peux rédiger ton rapport à côté de moi. La lumière ne me gêne pas, je dors toujours avec une lampe allumé…..

Il s'interrompe brutalement, comprenant le sens caché de ses paroles ou effrayé à l'idée d'avoir dévoilé un secret honteux. Il ne semble même pas remarquer que ma respiration s'est stoppé net lorsqu'il m'a demandé de m'allonger avec lui.