Je tiens à m'excuser auprès de mes lectrices (et lecteurs éventuels, on ne sait jamais...) pour cette longue absence.

Me voici de retour et j'espère vous retrouver pour la suite de ces aventures !

Bonne lecture :)


Chapitre 2 - … je veille sur toi…

22 décembre…

respire, se dit-elle à elle-même.

Son cœur avait cessé de battre dans sa poitrine à la seconde où elle avait vu le visage de l'homme étendu, mutilé, devant elle. Elle avait regardé avec horreur le bain de sang qui se formait déjà sous son corps.

respire, lui répétait sa conscience.

Elle se souvenait de sa voix tremblante lorsqu'elle demandé qu'on appelle une ambulance. Ses mains s'étaient pressées sur l'estomac de Mac pour tenter de stopper l'hémorragie.

respire… inspire à fond…

« Mac ! Vous restez avec moi, okay ? » lui avait-elle dit. Mais il n'avait pas répondu, il n'avait pas bougé. Au lieu de cela, ses yeux étaient restés désespérément clos. « Allez Mac, restez avec moi ! » avait-elle crié, une fois de plus, d'une voix étranglée, secouée par les sanglots qui lui prenaient la gorge. « Vous n'oserez pas mourir comme ça devant moi, Mac ! Restez avec moi, je vous en prie ! Restez avec moi Mac… »

inspire bien… respire Stella, se répétait-elle à elle-même.

Et maintenant qu'elle était seule, elle se rappelait de tout son sang sur ses mains. Elle sentit des larmes brûlantes commencer à monter et ferma les yeux tandis qu'une douleur insoutenable l'assaillait une douleur qu'elle ne serait jamais capable d'oublier. Elle essuya les larmes menaçantes et ouvrit les yeux, tentant de se concentrer ses pensées sur quelque chose d'autre.

La morsure du vent glacial sur ses joues rougies et brûlantes l'assaillit. Les étoiles brillaient de mille feux ce soir-là, remarqua-t-elle en contemplant tristement le ciel étoilé au-dessus d'elle. Mais elle sentit bientôt sa résolution disparaître. Comment pourrait-elle penser à autre chose ? Elle ravala la bile qui lui montait à la gorge et porta sa main tremblante à son visage. Elle ne serait plus jamais la même à compter de ce jour. Non. Plus jamais. Pas sans lui.

Elle était là parce qu'il était son ami, l'amour de sa vie bien qu'il ne l'ait pas su puisqu'elle avait été assez stupide pour ne jamais le lui avouer et maintenant, elle était là. Ses lèvres laissèrent échapper un souffle profond et douloureux cependant qu'elle se remémorait ce qui l'avait conduite ici…

Finalement, si elle n'avait pas insisté pour qu'il rentre chez lui, elle ne serait pas là en ce moment, et rien de tout ça ne se serait produit. Il serait toujours à ses côtés, et elle n'aurait pas pleuré encore et encore, chaque fois qu'elle pensait à lui, espérant se réveiller de se terrible cauchemar.

Ca n'aurait pas dû leur arriver. Non. Pas à eux, pas maintenant. Pas juste au moment où elle pensait que, peut-être, leur relation avait une chance d'évoluer vers quelque chose de nouveau quelque chose de merveilleux. Tout avait commencé lorsqu'elle lui avait demandé de rentrer chez lui. Pourquoi ne l'avait-elle pas accompagné ? Au moins, elle ne se serait pas retrouvée seule sous ce ciel, à attendre. Non, elle serait restée avec lui tout le temps.

Elle essaya de respirer et de se souvenir de son visage dans son bureau, avant que tout ça arrive, mais tout ce dont elle se souvenait, c'était du sang. Tout ce sang, sur tout ce qui se trouvait dans son champ de vision sur son corps battu, son visage meurtri sur ses vêtements déchirés, et même sur ses propres mains. Elle soupira. Tout ce sang, le sang de Mac… Il en avait perdu tant qu'elle ne savait pas comment il avait pu tenir aussi longtemps. Ses yeux se fermèrent un moment. Elle était si fatiguée et elle se sentait si seule maintenant. Bien sûr l'équipe était là, avec elle, pour l'aider à traverser cette épreuve, mais lui était absent. Tout ce qui comptait maintenant, c'était cet espace vide qu'il avait laissé. Il n'était pas avec elle, et pour cette raison elle ne serait plus jamais la même. Elle expira profondément. Mais il faut garder espoir, avait dit Hawkes. C'est pour cela qu'elle était là justement maintenant, sous ce vaste ciel de nuit illuminé ; pour espérer, et pour prier. Sid s'était également opposé à elle. Elle soupira en pensant au médecin légiste. S'il ne l'avait pas tirée hors de la chambre de Mac, elle serait encore avec lui, à attendre de voir ses yeux s'ouvrir, à attendre que l'espoir prévale. Mais ils voulaient tous qu'elle s'en aille, qu'elle s'accorde une pause, et elle ne pouvait pas lutter contre son équipe entière.

Elle expira, les poumons serrés par la souffrance. Comment pouvait-elle abandonner son ami ? Ca faisait deux jours maintenant. Les jours les plus horribles qu'elle avait vécus. Même lorsqu'elle était en familles d'accueil, la vie avait été dure mais elle ne s'était jamais trouvée sur le point de perdre quelqu'un d'aussi proche.

La face mutilée de Mac et la faible lueur de vie au fond de ses yeux lui apparurent il y avait tant de souffrance dans ses yeux bleu océan. Lentement, ses pensées revinrent à cette nuit sordide, cette nuit qui avait tout changé pour elle, et pour lui. Elle déglutit comme les images lui revenaient lentement elle, attendant l'ascenseur, toute excitée, enthousiaste à l'idée de la surprise qu'elle lui préparait, et puis cet horrible bruit de verre cassé lorsque son corps avait heurté la baie vitrée.

Elle entendait encore le son de leurs pneus, crissant sur la route gelée, quand ils avaient délivré leur horrible paquet. Elle se souvenait de la peur qui avait envahi son corps lorsqu'elle avait découvert avec horreur que c'était lui, et non pas un quelconque mannequin envoyé comme menace.

Ses mains compressant son estomac pour limiter les saignements, elle l'avait appelé, prononcé son nom en vain pendant ce qui lui avait semblé être une éternité, le suppliant de tenir bon…

Deux jours plus tôt…

Ses yeux finirent par s'ouvrir lentement aux appels pressants. Un large sourire s'étendit sur les lèvres de Stella dès qu'elle aperçut la lueur de vie dans les profondeurs de ses yeux bleu-vert il était en vie. Ses lèvres blessées frémirent mais sa voix était si faible qu'elle ne put pas entendre ce qu'il lui disait. Toutes les pensées de la jeune femme étaient focalisées sur ses blessures les plus graves. Mon Dieu, il saignait de tout son corps, elle ne savait pas si elle réussissait réellement à stopper le sang au niveau de sa principale blessure. Elle inspira un peu d'air froid et lui offrit un sourire timide pour le rassurer.

« Ca va aller, Mac, » dit-elle, sa propre voix s'étranglant comme la panique la submergeait. « Tenez le coup, okay ? »

Il acquiesça d'un léger signe de tête il ne voulait pas l'effrayer. En fait, il était heureux que ce soit lui et pas elle qu'ils aient pris pour leur plan brutal. Il regrettait simplement de ne jamais lui avoir avoué à quel point elle comptait pour lui. Il voulait bouger mais ses mains étaient encore liées dans son dos. De petits morceaux le coupèrent aux poignets et aux bras cependant qu'il gisait immobile au milieu du verre brisé recouvrant le sol. Il essaya de parler mais sa langue était engourdie dans sa bouche, et seul un long gémissement s'échappa de ses lèvres tandis qu'une douleur vive lui brûlait le flanc.

Son râle d'agonie déchira le cœur de la jeune femme lorsque leurs regards se croisèrent. Il ne voulait pas la quitter des yeux. A ce moment-là, c'était la seule chose qui lui permettait encore de rester conscient. Mais, au fond de ses yeux bleus, elle pouvait voir la douleur criante monter en flèche cependant que son corps était secoué de lentes convulsions. Il est en état de choc, réalisa-t-elle comme sa main, pressée sur la blessure, glissa sous les violents tremblements de son corps. Elle repositionna rapidement sa main et plus de sang encore filtra entre ses doigts. Ca ne peut pas arriver ! lui criait son esprit. C'est impossible ! Le sang suintait depuis une large plaie béante qui s'enfonçait profondément sous ses côtes gauches.

Lorsque le garde s'approcha pour l'aider, elle lui ordonna, sans même le regarder, de fouiller dans sa poche pour en sortir la clé de ses menottes et libérer les poignets de Mac. Il la trouva rapidement et fit rouler Mac sur son flanc cependant qu'elle maintenait ses mains contre la blessure. Les pans de la chemise déchirée s'écartèrent et le cœur de Stella manqua un battement à la vue des entailles macabres sur son torse. Couverte par un mélange de sang et de sueur, la chair tendre de son buste était gravée d'un score : 'COPS 0, US 1'. La colère la submergea. Elle avait envie de hurler et de tenir le salopard qui avait fait ça à son ami en face d'elle. Une rage profonde et brûlante consumait son cœur. Elle aurait voulu tuer ce connard, l'écraser !

Le garde ouvrit les menottes, libérant bientôt les mains de Mac. Ses bras retombèrent vaguement le long de ses côtés et sa tête roula contre les jambes de Stella comme il s'affaissait sur son dos.

« Tenez le coup, Mac, » l'encouragea Stella comme elle avait perdu le contact avec son regard pendant une minute. Elle pensait l'avoir perdu. Mais l'ombre vitreuse qui s'était installée dans les yeux de Mac disparut aussitôt qu'il reporta son regard sur elle. « Tenez bon, » répéta-t-elle doucement.

« J'ai besoin que vous m'enleviez mon manteau, » déclara-t-elle au garde.

Comme il la regardait d'un air surpris, elle dut se répéter, « Faites-le, maintenant ! »

Peu sûr de ce qu'il était en train de faire, le garde lui ôta une de ses manches tandis qu'elle maintenait son autre main fermement pressée sur la blessure de Mac. Lorsqu'il lui eut retiré son manteau, elle lui demanda de le rouler et de le déposer sous ses mains. Cela fait, elle souleva ses mains en hâte et plaça le manteau contre la blessure, espérant que le vêtement suffirait à arrêter l'épanchement sanguin.

Les lèvres de Mac bougèrent encore, mais sa voix n'était rien de plus qu'un faible gémissement et elle le fixa cependant qu'il s'étranglait à vouloir parler. Comme il persistait à essayer de prononcer quelques mots, elle couvrit sa joue mutilée de sa main ensanglantée, caressant sa joue du pouce comme pour tenter de soulager sa souffrance et de le calmer, mais son regard s'affaiblissait toujours plus bien qu'elle ait pu voir une ferme résolution cachée derrière ses yeux bleus. Tout en gardant sa main contre la blessure, elle se pencha doucement au-dessus de lui, approchant son oreille.

« Qu'y a-t-il Mac ? » murmura-t-elle, l'encourageant à parler.

Son souffle chaud caressa sa joue tandis qu'il parvenait à prononcer quelques mots dans un faible murmure.

« Pardonne-moi Stell… J'aurais… dû… » Sa voix s'étrangla comme du sang s'échappait par sa bouche.

Elle essuya délicatement l'épais liquide rouge qui coulait depuis ses lèvres mutilées. Il poussa un soupir las en clignant des yeux sous la douleur lancinante qui parcourait tout son corps. Sa vision se troubla pendant une seconde et son regard se perdit sur un point invisible derrière l'épaule de Stella.

« Ne parlez pas, Mac. Tenez simplement le coup pour moi, okay. »

Elle repoussa une petite larme qui avait coulé depuis les yeux de Mac et venait se mélanger au sang qui couvrait son visage. Elle sentit sa tête s'appuyer contre la paume de sa main, sa joue froide et ensanglantée se réchauffer contre sa peau. Ses yeux profonds, océan, rejoignirent les siens s'ancrant en eux comme s'ils avaient été son seul point d'attache à ce monde. Le cœur de Stella frémit dans sa poitrine quand elle réalisa que c'était, en fait, la seule chose qui l'empêchait de sombrer dans l'inconscience.

« … J'aurais dû… te demander… » Il expira, ses paupières tremblant faiblement. « Désolé… »

« Je vous en prie Mac, restez avec moi, » murmura-t-elle à son oreille, la voix noyée de sanglots. « Tout va s'arranger. » De chaudes larmes lui brûlaient à présent les yeux tandis qu'elle réalisait qu'il ne pouvait pas tenir plus longtemps. « Je vous en supplie… » Des larmes salées roulèrent le long de ses joues et tombèrent sur le visage ensanglanté de Mac.

Elle se courba et glissa un bras sous sa nuque pour supporter son corps meurtri, le serrant contre elle.

« Restez avec moi, Mac, » répéta-t-elle encore, espérant qu'il l'écoutait toujours. Mais lorsqu'elle reporta son regard sur lui, les yeux de l'expert étaient quasiment clos. La souffrance se peignait dans les moindres traits de son visage et elle le sentit trembler entre ses bras comme elle resserrait son étreinte. L'étincelle de vie qui brillait encore dans ses yeux devint vitreuse cependant qu'il sombrait lentement dans l'inconscience, la voix de Stella l'appelant désespérément comme sa tête s'affaissait contre elle.


Elle se souvenait combien elle s'était sentie perdue avant que l'un des urgentistes ne lui dise que le cœur de Mac battait encore faiblement. Puis ils avaient placé un masque sur sa bouche et déposé son corps inerte sur une civière.

L'angoisse, la terreur ne l'avaient pas quittée durant le trajet vers l'hôpital, cependant qu'elle observait les urgentistes s'activer pour maintenir l'expert en vie après que son cœur se soit arrêté de battre, à deux reprises. Chaque fois, la jeune femme avait senti son propre cœur se geler. Les mains martyrisées de Mac, en sang sous les coups que ses assaillants avaient osé lui assener, retombaient à présent mollement sur le drap blanc de la civière. Les urgentistes avaient couvert sa poitrine de linges blancs, d'ores et déjà souillés de tâches sombres, cramoisies, et de larges hématomes violacés, presque noirs, apparaissaient sur ses flancs. Son visage, sous le masque, était couvert de sang séché autour de sa tempe gauche et au niveau de la mâchoire. Stella sentait encore la bile lui remonter dans la gorge au souvenir de ces instants, quand elle avait réalisé que la peau de Mac était plus pâle encore que le drap… Il avait perdu tant de sang…

Et puis, après un interminable trajet, ils étaient enfin arrivés et Mac avait été conduit en chirurgie. L'atroce attente avait alors commencé, uniquement troublée par la visite régulière des infirmières, venant s'assurer qu'elle allait bien. Bien sûr que non, ça n'allait pas son meilleur ami avait été poignardé et tabassé quasiment à mort par elle-ne-savait-quelles brutes ! Comment aurait-elle pu se sentir bien ? Elle avait alors réalisé que l'équipe n'était même pas au courant. Oh mon Dieu… Elle devait leur dire. Elle les avait donc appelés. Cela faisait déjà plus de deux heures qu'elle attendait lorsqu'elle était sortie appeler Flack. Le coup de fil avait été bref. Elle ne voulait en aucun cas risquer de manquer le médecin qui s'occupait de Mac lorsqu'il sortirait de chirurgie. Lorsque le jeune détective avait appris la terrible nouvelle, il lui avait demandé doucement si les autres étaient au courant. Elle lui avait expliqué qu'il était le premier qu'elle avait joint pour le moment et il s'était aussitôt proposé pour prévenir les autres, la laissant ainsi retourner attendre des nouvelles de Mac. Ta place est à ses côtés en ce moment Stell, lui avait-il dit doucement. Je m'occupe de l'équipe, okay ? Ta place est avec lui, tu m'entends ! Elle lui avait été reconnaissante de s'être ainsi chargé du reste, même si cela aurait dû être son propre boulot. Mais sans Mac, elle avait senti qu'elle ne serait plus capable de se concentrer sur quoi que ce soit. Plus rien n'importait vraiment de toute façon…

Quelque temps plus tard, elle ne se souvenait plus exactement combien de temps après avoir appelé Flack, elle était dans la salle d'attente, plongée dans ses pensées, quand elle avait réalisé, en relevant les yeux dans l'espoir d'avoir des nouvelles de Mac, que Lindsay était assise à ses côtés, Danny près d'elle, son bras entourant les épaules de la jeune scientifique aucun d'eux ne parlait. Portant son regard à travers la pièce, elle avait aperçu Sid en train de parler avec Hawkes, et Flack faisant les cent pas dans la pièce tandis qu'Adam arrivait les bras chargés de tasses de café brûlant. L'équipe au complet était réunie là. L'équipe de Mac. Cela avait réchauffé le cœur de Stella de les voir tous ainsi, inquiets pour lui.

Elle avait baissé les yeux, faisant semblant de se concentrer sur le carrelage noir et blanc. Elle n'aurait pas pu leur parler. Pas en cet instant, pas comme ça. Elle n'aurait eu aucune réponse à leur apporter. Mac absent, il était évident qu'ils se seraient appuyés sur elle, pour savoir quoi faire, mais en cet instant elle était bien trop perdue sans lui pour leur répondre. Dans son esprit, une seule chose importait vraiment est-ce que Mac s'en sortirait ?

L'horloge avait continué à battre les secondes, inlassablement, et pour la énième fois elle avait juré contre ce damné carillon. On était au vingt-et-unième siècle ! Tout le monde avait une montre ! Personne n'avait rien à faire d'une énorme horloge martelant chaque seconde, vous rappelant à chaque instant que la mort approchait, inexorablement ! Tout lui semblait ridicule, de toute façon… Elle ne pouvait tout simplement plus supporter cette maudite attente. Toute sa vie avait été ainsi, et elle en avait marre attendre d'être adoptée, de savoir quand ses parents adoptifs en auraient assez d'elle et s'en débarrasseraient en la rejetant au beau milieu du système, attendre pour apprendre qui elle était vraiment, attendre pour avouer à Mac qu'elle l'aimait, attendre de savoir si l'homme de sa vie s'en sortirait vivant… Ca la rendait malade. Toutes ses erreurs, tous ses tourments étaient nés de l'attente…

Elle était sur le point de se lever pour aller décrocher cette maudite horloge et la réduire au silence, espérant faire ainsi passer sa rage brûlante et sa peur, lorsqu'un médecin en blouse verte avait poussé la porte de l'unité de soins intensifs. Il s'était lentement dirigé vers eux, ôtant son masque pour révéler une barbe poivre et sel, le front en sueur, le visage figé dans une expression neutre. Ils doivent apprendre ça en école de médecine, avait-elle pensé, à ce moment-là.

Les mains du chirurgien s'étaient jointes en un petit mouvement crispé avant qu'il ne demande si une Madame Taylor se trouvait là. Flack avait déjà rejoint le médecin comme Stella se levait.

« Il n'y a pas de Madame Taylor, » avait-elle répondu doucement. « Je suis sa coéquipière, détective Bonasera. Comment va-t-il ? »

Le chirurgien avait pincé les lèvres dans une expression sinistre avant de parler d'un ton professionnel. Il avait commencé à faire la liste des blessures de Mac…

« Détective Bonasera, je suis le Docteur Shen, le chrirugien du Lieutenant Taylor. » Il avait marqué une pause et un regard sévère avait parcouru son visage. « Votre partenaire a subi un très grave traumatisme, » avait-il dit d'une voix grave tout en se raclant la gorge. « Sans parler d'un rein perforé et de multiples mauvaises blessures au niveau du torse et dans l'estomac, nous avons réussi à ressouder ses trois côtes cassés et à stopper tous les saignements internes… » Sa voix s'était abaissée tandis qu'il haussait les sourcils.

Tous les saignements internes, s'était-elle répété à elle-même cependant que son cœur avait cessé de battre dans sa poitrine. Ils ne lui donnaient pas la moindre chance de survie… Elle avait fermé les yeux une seconde en réalisant combien elle avait été proche de le perdre cette fois. Et puis son visage s'était à nouveau crispé dans la crainte au ton employé par le médecin, et elle avait attendu la mauvaise nouvelle à venir…

« Ce qui m'inquiète réellement, c'est sa tête, » avait continué le chirurgien. « Le détective Taylor a subi une très violente commotion cérébrale et le côté gauche de son cerveau a été touché. Les coups qu'on lui a infligés à la tête ont causé de nombreux dégâts que nous ne pouvons mesurer dès à présent. Je vais devoir procéder à des examens complémentaires pour être sûr. »

Il avait soupiré, laissant quelque temps à Stella pour accuser la nouvelle. Comme elle ne disait mot, il avait poursuivi, s'adressant à l'équipe toute entière qui s'était réunie autour de l'experte, comme pour la protéger, lui éviter d'avoir plus mal encore. « De plus, nous avons tenté de stabiliser son état, mais… nous ne pouvons être certains avant au moins quarante-huit heures. »

« Que… que voulez-vous dire ? » avait-elle demandé d'une voix étranglée dans sa gorge, craignant le pire.

Il avait laissé échapper un lourd soupir. « Nous ne pourrons nous prononcer avant que l'hématome ait réduit, et nous pouvons procéder à des tests complémentaires, mais pour l'instant… j'ai le regret de vous annoncer que le Lieutenant Taylor est dans le coma. Je suis désolé… »

« Coma… » Le mot avait quitté ses lèvres comme un acide brûlant. « Que… qu'est-ce que… Il ne peut pas… Ce n'est pas vrai… » avait-elle bredouillé. « Pas Mac… Il ne peut pas… Il est trop robuste. Ce n'est rien… » La voix de la jeune femme s'était brisée tandis que Flack posait une main apaisante sur son épaule.

« Stell, » avait-il murmuré, tentant tant bien que mal de la réconforter.

Les yeux verts, brillants de larmes, avaient croisé ceux du détective. Elle avait pu voir la souffrance se refléter dans la profondeur des yeux bleus du jeune homme également. Elle s'était retournée vers le Docteur Shen.

« Pouvons-nous le voir ? »

Le médecin avait jeté un coup d'œil à l'infirmière qui l'avait rejoint et qui acquiesçait silencieusement.

« On l'a remonté dans sa chambre, mais… » Il s'était arrêté, s'assurant qu'il avait bien toute leur attention. « Vous devez savoir que nous avons eu besoin de le relier à de nombreux appareils, afin de l'aider à respirer. »

Le cœur de Stella avait défailli comme elle écoutait la description. Qu'avait-il bien pu se passer de si terrible ? Elle ne cessait de se ressasser la question.

« Nelly, » avait continué le médecin, s'adressant à l'infirmière qui était à ses côtés. « Elle va vous conduire à sa chambre. Nous procèderons probablement aux premiers tests demain. »

« Merci Docteur, » avait répondu Flack, resserrant légèrement sa poigne sur le bras de Stella pour s'assurer qu'elle se rendait compte de sa présence.

De la douleur, de la tristesse, voilà ce qui émanait de l'émeraude de ses yeux lorsqu'elle s'était retournée vers lui. « Je vais bien Don, merci. »

« Tu veux que l'on te laisse une seconde avec Mac ? »

Elle avait doucement hoché la tête et suivi l'infirmière en silence, incapable d'articuler un seul autre mot tandis que l'équipe la regardait disparaître derrière les portes de l'unité de soins intensifs. Ses talons résonnaient pesamment dans les couloirs crème et noirs de l'hôpital. L'odeur âcre du chloroforme lui irritait les narines tandis qu'elles s'enfonçaient toujours plus loin. Quelques plateaux vides traînaient, bien rangés, sur des étagères, cependant que des draps blancs étaient roulés en balles de linge et entreposés dans des boîtes jaunes. C'était tellement silencieux…

Dans quelle aile de l'hôpital sommes-nous ? » avait-elle demandé, se demandant quelle pouvait être la raison de ce pesant silence.

L'infirmière lui avait lancé un regard triste. « Je suis désolée, nous sommes dans un département spéciale de l'unité de soins intensifs, réservée aux patients n'ayant que peu de réactions. »

« Que voulez-vous dire par… » Sa voix s'était soudain brisée, lorsqu'elle avait réalisé que seules les personnes dans les états les plus graves, qui étaient les plus proches de la mort, se trouvaient réunies dans cette partie de l'hôpital. Que s'imaginaient-ils ? Elle avait senti la colère l'envahir. Mac n'abandonnera pas. Jamais. Son cœur avait accéléré dans sa poitrine. Ils s'étaient forcément trompés, Mac ne pouvait pas avoir été mis dans cet endroit. Il allait se réveiller, il irait bien. Il n'avait rien à faire là.

« Vous ne pouvez pas le mettre ici… »

« Par ici madame, » s'était contentée de répliquer l'infirmière, ignorant les paroles de Stella tandis qu'elles tournaient sur leur droite et s'engouffraient dans un autre lugubre couloir.

Quelques minutes plus tard, l'infirmière avait stoppé devant une porte de couleur crème. « Nous l'avons relié à différents appareils. Il est intubé, respire artificiellement… Ne soyez pas surprise si tout cela vous semble plus effrayant que ça ne l'est réellement. »

Stella avait acquiescé, puis elle avait poussé la porte, retenant son souffle, l'infirmière restant juste derrière elle.

La première chose qu'elle avait remarqué, c'était combien il était difficile de le voir. Son corps était couvert de différents linges et de nombreux fils couraient sur et autour de lui, reliés à son torse, à ses bras… La seconde chose, c'était le crissement du respirateur auquel il était relié via un long tube qui gagnait son visage et s'enfonçait dans sa gorge. Il y avait tant de choses entourant son corps mutilé, qu'il semblait enfoui, étouffé sous tout cet équipement il était difficile de le reconnaître. Mac… Le cœur de Stella s'était serré. Ce ne pouvait pas être là le policier résistant, l'ancien marine, son ami fort et obstiné. Ce ne pouvait pas être lui qui gisait sous tous ces câbles et ces bandages qui le maintenaient en vie… Elle avait fermé les yeux, incapable de faire un pas, envahie par la peur de faire quoi que ce soit qui eut pu blesser davantage ce corps meurtri. Pendant une seconde, elle avait pensé qu'elle allait s'écrouler au sol et ne jamais pouvoir se relever. Mais le chaud sourire de Mac était lui était revenu à l'esprit, et elle s'y était accrochée, trouvant la force de s'approcher de lui. Quelles que fussent les terribles choses qui les entouraient, il avait besoin d'elle. Elle serait forte pour lui, pour eux, quoi qu'il arrive.

Les bips lents et réguliers du moniteur s'étaient répandus en échos dans la pièce silencieuse lorsque la porte avait été refermée derrière elle, l'infirmière l'ayant laissée seule. Tandis qu'elle s'approchait du lit, elle avait remarqué la main de Mac, émergeant de dessous les draps blancs. Tendrement, elle avait pris ses doigts gelés entre les siens tout en serrant les lèvres. Il était si dur de le voir ainsi. De sombres marques pourpres s'étiraient sur sa mâchoire et autour de ses yeux. Le côté gauche de sa tête était entièrement couvert sous un épais bandage et elle pouvait voir une tâche sombre de sang traverser le tissu blanc. Mais ce qui lui avait fait le plus peur, c'était ce long tube, inséré dans sa bouche, maintenu par des scotchs, et son buste se soulevant et s'affaissant au rythme lent du respirateur. Mac semblait si faible, si vulnérable, l'ombre de l'homme puissant et tenace qu'elle avait eu l'habitude de côtoyer chaque jour.

Pourquoi ? n'avait-elle cessé de se répéter. Pourquoi lui avait-on fait ça ? Toute sa vie, il avait aidé les gens, servi son pays et ses amis, et il en était là à présent… pourquoi ? La vie est trop injuste. Il ne méritait pas cela, et elle non plus. Après tout ce qu'ils avaient déjà dû enduré, pourquoi le destin ne pouvait-il pas leur accorder une trêve ? La vie avait été si dure envers eux.

Elle se souvenait être restée assise auprès de son lit sur une chaise dure et froide, ses mains dans les siennes, à attendre. A attendre qu'il se réveille elle serait encore dans cette chambre si Sid ne l'en avait tirée, prétextant qu'ils avaient tous besoin de rester un peu aux côtés de l'expert et qu'il fallait qu'elle aille respirer un bon bol d'air. Il lui avait doucement rappelé qu'elle se devait d'être en forme lorsque Mac se réveillerait, et elle avait accepté de sortir se dégourdir les jambes, prenant soin de s'assurer auparavant qu'on la prévienne aussitôt si un quelconque changement s'opérait dans l'état de Mac, ou s'il se réveillait, car ils savaient tous qu'il se réveillerait, tôt ou tard. Il n'avait jamais laissé tomber aucun d'entre eux. Cette fois ne ferait pas exception. Mac va se réveiller, se repéta-t-elle une fois encore à elle-même tout en levant les yeux vers le ciel qui s'étendait au-dessus d'elle.

La nuit était claire, quoique sans lune. De grandes étoiles illuminaient le ciel comme autant de petites étincelles d'espoir, se détachant sur le voile noir de l'univers. Oui, Mac se réveillerait. Elle laissa échapper un lourd soupir. Il se réveillerait, et tout reviendrait à la normale. Elle se redressa et se redirigea vers l'hôpital, laissant derrière elle le petit parc. La neige qui couvrait l'étroit chemin crissa sous ses talons comme elle avançait. Prenant une profonde inspiration, elle entra à nouveau dans le large couloir, passa devant le sapin de Noël qui avait été érigé pour les enfants malades, puis elle gagna sa chambre. Sans même un regard. Elle connaissait le chemin.


Une atmosphère étrange emplissait la pièce, éclairée par une lumière diffuse. Le silence. Stella jeta un coup d'œil à Sid qui venait de se lever et ôtait ses lunettes, posant son livre sur le chevet de Mac.

« Que lui avez-vous lu cette fois ? » demanda-t-elle, tentant de faire la conversation, espérant que Sid ne remarquerait pas qu'elle avait pleuré bien que le faible éclairage n'ait pas vraiment permis au légiste de voir ses yeux.

Depuis que Mac était dans ce lit, elle avait fait de son mieux pour parler à chacun de ceux qui étaient venus. Elle espérait que, peut-être, il pouvait les entendre, et que leurs voix le ramèneraient jusqu'à elle. Il n'avait pas réagi, jusqu'alors, mais il était hors de question qu'elle désespère. Non, pas avec Mac.

Sid sourit, « Oh, c'est juste une histoire que j'ai lu à ma petite-fille la nuit dernière. Comme j'en avais parlé à Mac, j'ai pensé que cela l'amuserait peut-être d'entendre ces contes, ces histoires de mystères. Vous savez combien il aime faire surgir la vérité ! » Il grimaça d'un air fatigué et ses yeux rencontrèrent ceux de la scientifique. « Comment allez-vous ? »

« Ca va Sid, merci. »

« Vous lui ressemblez un peu plus chaque jour, » constata-t-il simplement, de la tristesse dans la voix. « Et je ne parle même pas de cette habitude obstinée qu'il a de mentir lorsqu'il ne va pas bien. »

Stella déglutit en reportant son regard sur le visage de Mac.

« Il s'en sortira, » murmura doucement le légiste. « Mac est un battant, il reviendra pour vous. »

Elle sourit d'un air narquois. « Pourquoi reviendrait-il pour moi ?... Je veux dire, il n'y a rien… Nous… » Sa voix lasse se brisa cependant que Sid lui rétorquait qu'il était inutile de répliquer, pas avec lui.

« Stella, » commença-t-il tendrement. « Ce qu'il y a entre vous, ce lien spécial, appelez-le comme vous voulez, de l'amitié, de l'amour, peu importe, c'est entre vous et lui. Mais il y a bien une chose dont je suis sûr. Bien que nous soyons de très bons amis, lui et moi, il ne s'accrocherait pas autant à la vie si c'était pour moi ! Pour vous c'est une autre histoire… » continua-t-il dans un triste sourire. « Alors croyez-moi quand je vous dis qu'il sait la souffrance que vous ressentez, et que lorsqu'il se réveillera, ce sera pour vous. »

Il se leva et marcha jusqu'à elle. Elle croisa son regard tandis qu'il passait un bras autour de sa taille et la serrait contre lui. En temps normal, elle aurait grogné et se serait dérobée, histoire de faire croire à tout le monde que tout allait bien, que quoi qu'il arrive elle était prête à faire face. Mais pas cette fois. Non, cette fois, elle était vidée. Toute sa force s'était évanouie à l'instant même où les yeux de Mac s'étaient fermés tandis qu'il gisait au milieu des débris de verre. Elle s'accrocha donc à ce bras qu'on lui tendait, heureuse de savoir qu'elle pouvait toujours s'appuyer sur ses amis. Mais, au fond d'elle-même, elle mourait d'envie de sentir les bras de Mac autour d'elle, la seule étreinte capable à la fois de la rassurer et de lui donner à chaque instant plus de force qu'au moment précédent. Elle vint nicher son front sur l'épaule de Sid.

« Il va s'en sortir, » répéta-t-il doucement à son oreille tout en lui caressant lentement le dos. « Ca va aller pour lui mais… pour vous ? » Il s'écarta légèrement d'elle et ancra son regard dans les yeux verts, brillants de larmes continues, noyés sous la douleur.

« Je ne pourrais pas vivre sans lui Sid, » lâcha-t-elle tout en reculant d'un pas et en prenant une profonde inspiration.

Il hocha silencieusement la tête. Il n'y avait rien à répondre, il le savait. Et puis, après un moment, il reprit la parole.

« Est-ce que vous voulez que je reste ici ? »

Elle secoua la tête, ses lèvres s'étirant en un maigre sourire.

« Non Sid. On se verra demain matin. » Elle marcha jusqu'au lit de Mac et posa son regard sur le moniteur cardiaque.

« Les infirmières disent qu'il s'en est bien sorti jusqu'à maintenant. Encore un jour, et il sera sur la bonne voie… »

Stella acquiesça en silence, regarda la face tuméfiée de l'expert. Sid se retourna en soupirant, puis quitta la pièce, secouant légèrement la tête. Quoi qu'il arrive, il ne pouvait rien…

Un lourd silence emplit la pièce lorsque la porte se referma, seulement troublé par le rythme faible mais rassurant d'un cœur qui battait. La scientifique posa son manteau et se laissa choir sur la chaise opposée à l'équipement médical, sans jamais quitter des yeux le visage de Mac. Bien que sa tête ait été enfouie au milieu d'un épais oreiller, elle pouvait voir ses yeux, toujours désespérément clos. Elle déglutit difficilement. Il était si étrange de le voir ainsi, endormi… Non, pas endormi, se corrigea-t-elle, l'estomac noué par la peine. Dans le coma. Elle ferma les yeux cependant que le mot résonnait atrocement dans son esprit. Elle soupira, ses mains crispées sur les doigts inertes de l'expert.

« Don a mis la main sur les salauds qui vous ont attaqué, Mac, » commença-t-elle, rompant le silence, l'amertume transparaissant derrière chacun de ses mots.

Nous avons eu les trois Stella, lui avait-il dit la veille, lorsqu'il était venu rendre visite à Mac.

Trois, avait-elle répété avec dégoût. Trois, contre un homme seul et attaché… Elle n'avait pu retenir ses larmes de couler. Ces salauds doivent payer, faîtes en sorte qu'ils paient Don ! avait-elle voulu lui dire, mais elle s'était contentée de garder le silence.

Mmm, trois, avait-il confirmé, la voix emplie de fureur. Ces connards avaient laissé la batte de baseball dans leur coffre, et… Elle se souvenait de l'hésitation dans sa voix. …Le… Le sang de Mac était encore dessus. On a tout ce qu'il faut pour les coffrer à vie. Et puis sa voix s'était adoucie. Je te le promets Stell, ces dégueulasses n'échapperont pas au système ! Je te le jure, ils ne feront plus jamais de mal à quiconque !

Le pire a déjà été fait, avait-elle pensé tout en fermant les yeux. Les images de son coéquipier en sang s'imposaient à son esprit. Mac qui tentait tant bien que mal de lui parler…

« Nous avons tout pour les garder sous les verrous pour le reste de leur misérable existence. » Elle soupira, espérant sincèrement que Mac pouvait l'entendre et trouver quelque réconfort dans cette arrestation.

Depuis la première nuit qu'elle avait passée là, avec lui, dans cet hôpital, elle s'était fait un devoir de le garder au courant des affaires du labo car elle savait qu'il aurait aimé rester dans le bain.

« Danny et lui les ont trouvés dans une des planques de la bande à Henry. » Elle marqua une pause. « Et puis Lindsay a déterminé une correspondance entre leurs bottes et… » Sa voix se brisa. Elle parcourut du regard son corps mutilé, son buste se soulevant au rythme lent du respirateur. Elle prit une profonde inspiration, reporta son regard sur les yeux clos de l'expert, puis poursuivit. « …vos blessures... »

Elle revit défiler les images de son corps battu, lacéré de marques violâtres, presque noires, après qu'il avait été nettoyé par les infirmières. Elle avait été incapable de se charger de prendre les photos. Ses mains tremblaient bien trop et puis… c'était Mac, elle ne pouvait pas. Mais elle avait fait clairement comprendre à tous qu'il était hors de question qu'il soit examiné sans qu'elle reste à ses côtés. Bien qu'elle ait eu entièrement confiance en son équipe, l'équipe de Mac, elle n'avait pas voulu le laisser seul pendant que seraient effectués les prélèvements et autres examens. Elle voulait qu'il sente, à tout moment, qu'il était toujours de ce monde, qu'il était attendu, qu'on avait besoin de lui.

Battu à mort, tels avaient été les mots exacts employés par Don lorsqu'il avait appelé pour la seconde fois, quand elle était dans le parc. Il avait fait de son mieux pour la garder au courant de tout bien qu'elle soit restée à l'hôpital depuis que Mac y avait été admis. La voix du jeune détective résonnait encore aux oreilles de Stella. Ils ont dit qu'ils voulaient nous envoyer un message, et que Mac était le messager parfait. Elle ferma les yeux, incapable de repousser le flot d'images de son ami, gisant au sol, les mains liées dans le dos, dans l'incapacité de se défendre. Mais je te jure Stell, que si tu avais vu ces mecs tu aurais été fière de Mac.

Je suis toujours fière de lui, résonna sa propre voix. L'un d'eux avait le nez cassé, avait continué Don, la voix toujours plus assombrie par la colère, et leur soi-disant boss avait encore les traces d'une clé d'étranglement sur le cou. Selon Hawkes, qui les a examinés, ils portaient encore l'ADN de Mac un peu partout sur le corps. Hey, Stell, même attaché et privé de ses mouvements, il a réussi à leur faire vivre un enfer !

La jeune femme ne quittait pas le visage de Mac des yeux. Elle posa sa main sur sa joue droite, déposa une tendre caresse sur sa peau meurtrie. Ca lui ressemblait tellement. Même quand les pires salauds étaient contre lui, même quand la lutte était franchement inégale, il réussissait à rallier le destin à sa cause et à retourner la situation en sa faveur. Sauf que cette fois-ci l'issue n'avait pas été celle espérée, et qu'il gisait toujours, inconscient, entre la vie et la mort.

« Ils ne pourront plus jamais vous faire de mal, Mac. Plus jamais, » jura-t-elle tout en pressant son front contre la main glacée de l'expert. Elle avait besoin de le sentir près d'elle, de le toucher, pour être sûre qu'il était encore là, avec elle. Elle voulait qu'il sache qu'il n'était pas seul dans ce monde obscur qu'il pouvait encore choisir de rejoindre à tout instant, qu'elle serait toujours là à l'attendre. Plongée dans ses pensées, elle sombra lentement dans un univers froid et sans rêves.


23 décembre…

Le monde était noir autour d'elle, mais cela n'importait pas vraiment elle avait perdu la chose la plus précieuse qu'elle avait dans sa vie et elle ne se croyait pas capable de continuer à vivre. Elle cligna des yeux comme l'obscurité se trouvait soudain percée d'une lumière vive et éclatante. Des voix s'élevèrent près d'elle…

On devrait peut-être s'en aller… disait une voix de femme.

Nan, c'est bon. Stella et Mac seraient ravis de la voir, fais-moi confiance, répondait une voix masculine.

Danny, si c'était toi qui était ici… La voix se brisa. …Je…

Ecoute Linds, Mac va s'en sortir. Nous allons tous nous en sortir. Crois-moi, il se réveillera bientôt. Je ne l'ai jamais vu dormir autant ! Tu verras, quand il se réveillera il va exploser et s'en prendre à tous ceux qui l'auront laissé dormir aussi longtemps ! Moi j'te l'dis, Big Mac ne tardera pas à se réveiller quand il en aura marre…

Elle cligna des yeux une fois de plus, repoussant la fatigue et le sommeil qui pesaient encore lourdement sur ses paupières. Elle pensait avoir entendu Danny et Lindsay mais, en relevant la tête, elle se rendit compte qu'elle s'était tout simplement endormie en parlant à Mac, la tête posée sur sa main. D'un geste fatigué, elle rejeta quelques boucles folles derrière ses oreilles au moment même où quelqu'un poussait la porte. Elle accueillit Danny d'un léger sourire lorsqu'il entra, le bras droit chargé d'un énorme sac de voyage.

« Salut Stell, comment va-t-il ? »

Elle secoua légèrement la tête tout en reportant son regard sur son coéquipier. « Pas de changement, Danny. » Son cœur se serra c'était si dur à admettre.

« Mmm… Quelqu'un avait envie de le voir, » annonça-t-il avec une grimace tout en désignant la porte entrouverte.

Lindsay entra, Lucy confortablement installée dans les bras de sa mère.

« Je suis sûre qu'il va être content, » répliqua Stella, comprenant enfin la discussion de ses amis un peu plus tôt.

Lindsay marcha jusqu'à Stella, un grand sourire aux lèvres. Lentement, elle déposa une Lucy endormie sur le côté droit de Mac et reposa le bras de l'expert autour de la fillette. Elle sourit devant l'adorable tableau du parrain et de la filleule endormis l'un contre l'autre.

« Comment vas-tu ? » demanda Lindsay en posant sa main sur le bras de Stella.

Son aînée lui adressa un maigre sourire. « Je vais bien. Ne vous inquiétez pas pour moi. »

Lindsay trembla à la réponse de son amie mais ne rétorqua rien. Si ça avait été Danny, là, dans ce lit, elle savait qu'elle aurait été incapable de tenir le coup, sinon pour lui. Quoique Mac et Stella n'aient pas formé un couple, tout le monde au labo savait pertinemment que le lien qui les unissait était bien plus qu'une simple amitié. Apparemment, il semblait que seuls les principaux intéressés demeuraient dans l'ignorance de leurs propres sentiments l'un envers l'autre. C'est dommage, pensait Lindsay, surtout maintenant qu'ils ne pouvaient plus tenter un quelconque rapprochement. Elle regarda de l'autre côté de la fenêtre. La neige tombait à nouveau à gros flocons. Noël n'était plus que dans deux jours. Les vacances sont faites pour la famille et pour les amis, pensa-t-elle tout en portant avec fierté son regard sur Danny qui approchait. Son combat pour recouvrir l'usage de ses jambes avait été ponctué de très durs moments, mais tout était redevenu pour le mieux à présent. Elle espérait qu'il en serait ainsi pour Mac. En fait, c'était si dur de venir travailler au labo, chaque matin, en sachant que leur patron, leur ami, était allongé dans un lit d'hôpital, s'accrochant désespérément à la vie.

Danny se dirigea vers la table de chevet, prudemment, ne prenant pas de risques avec sa jambe, puis il ouvrit la fermeture éclair du sac. Il jeta un triste coup d'œil à son patron endormi avant de sortir un petit objet. Il le déposa sur la table et pressa le bouton, dévoilant à Stella une grimace enfantine tandis qu'il se retournait pour lui laisser voir sa surprise.

Stella grimaça en retour en voyant le petit sapin de Noël étincelant de mille feux, ses petites lampes multicolores illuminant la pièce.

« Euh, » commença maladroitement Danny, « nous avons pensé que ça pourrait être sympa pour meubler cette chambre, tu vois… C'est Noël, après tout. » Il enfonça ses mains dans ses poches de jean, ses yeux bleu perçant cherchant le regard de Lindsay pour le rassurer, lui assurer qu'il avait choisi les bons mots. Celle-ci hocha légèrement la tête.

« Merci, » répondit Stella. « Je suis sûre que ça lui fera énormément plaisir lorsqu'il se réveillera. »

Danny échangea un bref petit sourire avec sa femme cependant que Stella contemplait Lucy en souriant. La fillette, blottie aux côtés de son parrain, avait refermé ses petits doigts autour de l'auriculaire de Mac, comme si, même dans son sommeil, elle avait reconnu son parrain.

Lindsay sourit tendrement lorsque Stella se retourna vers elle, légèrement intriguée.

« Ils font ça très souvent quand ils sont tous les deux, » expliqua la jeune maman, les mains sur les hanches, amusée. « On a remarqué ça il y a quelques semaines, une fois que Mac était venu apporter un nouveau paquet à Lucy. » Elle s'arrêta, regarda Stella. « Il a pris l'habitude de s'arrêter chez nous un moment, chaque semaine, juste pour lui porter une peluche ou quelque chose dans le genre. » Ses lèvres se courbèrent en un sourire. « Vous parlez d'une enfant gâtée ! »

« Mmm, » murmura Stella. « Mac prend toujours ses responsabilités très au sérieux, et encore plus si cela concerne sa famille. »

Lindsay acquiesça. « Et du coup, un jour il est venu lui porter un petit chien rose. »

« Un chien rose ? » la coupa Stella, les yeux étincelants à l'idée de son meilleur ami en train d'acheter un petit chien rose en peluche.

« Mouais, ne cherche même pas à comprendre… » répliqua Lindsay dans une expression gentiment moqueuse. « Donc je disais, il était venu faire un petit bonjour à sa filleule et lorsque je suis rentrée dans la chambre après quelques minutes, je les ai retrouvés tous les deux en train de discuter, enfin, c'était plus proche du babillage en ce qui concerne Lucy, et elle se cramponnait au petit doigt de Mac. J'ai trouvé ça amusant et vraiment adorable, mais tu ne peux pas t'imaginer le mal qu'à eu Mac à se séparer d'elle après ça, quand il a fallu qu'il y aille ! » La jeune femme se mit à rire doucement. « Les petits doigts encore tout potelés de ma Lucy étaient tellement serrés autour de ceux de Mac qu'il a dû la faire lâcher prise un doigt après l'autre ! »

« Mmm… » poursuivit Danny. « Tu aurais dû voir sa tête à ce moment-là ! Il s'est mis à paniquer quand elle a commencé à pleurer parce qu'il se libérait. » Le sourire de Danny s'élargit tandis qu'il narrait les évènements. « Je crois que je n'ai jamais vu le grand Mac plus perdu que ce jour-là, quand il a regardé la puce. Elle avait ouvert les yeux et en une seconde il s'est trouvé complètement… Quel est le mot… » Danny chercha un moment avant de se tourner vers Lindsay, requérant son approbation. « … paralysé ? »

« Paralysé, c'est le mot. » acquiesça Lindsay en riant. « Mais stupéfait ou tétanisé conviennent aussi. » Elle grimaça, amusée.

Stella pour sa part sourit à l'image de Mac, pris en otage par un petit bébé complètement inoffensive. Elle sentit sa tension s'évacuer un peu en voyant Lucy se retourner et babiller dans son sommeil, ses petits doigts fermement enroulés autour de ceux de son coéquipier. Quelque part espérait-elle que la fillette aiderait l'expert à retrouver son chemin vers eux. Il fallait qu'il en soit ainsi. Il était Mac Taylor, oui ou non ?

Une heure plus tard, Danny et Lindsay durent partir, dans l'obligation d'aller donner à manger à Lucy, et Stella se retrouva seule avec Mac, à nouveau. Elle avait toujours aimé être avec lui ou le sentir à ses côtés et, quelquefois, elle devait bien se l'avouer, ses pensées s'étaient aventurées sur un autre terrain, plus dangereux. Que se passerait-il s'ils avaient poussé plus loin leur amitié ? L'aurait-il rejetée ? Ou bien aurait-ce été le début de quelque chose de nouveau, de merveilleux… Elle soupira tout en reposant sa tête sur la main de l'expert, trouvant un maigre réconfort à la sensation de sa peau contre sa joue. Elle ferma les yeux, dans l'espoir que, peut-être, la prochaine fois qu'elle ouvrirait les yeux, elle le trouverait en train de la fixer, avec aux lèvres ce large, charmant et lumineux sourire qui lui allait si bien.


Quelques heures plus tard, elle se réveilla comme deux infirmières entraient dans la chambre pour retirer le respirateur. Stella était sur le point de demander ce qu'il se passait lorsque l'une des deux remarqua son expression angoissée.

« Le dernier examen a confirmé qu'il pouvait respirer par lui-même à présent, » dit-elle tout en poussant l'équipement médical dans un coin de la pièce. Elles vérifièrent les autres écrans puis quittèrent la chambre, laissant Stella seule, encore une fois.

La journée avait passé, et la nuit était sur le point de tomber, mais Mac se trouvait toujours dans cette prison de noirceur et de froid que les médecins appellent coma. A travers la fenêtre, en partie caché par les tours grises de New York, le bas soleil d'hiver se parsemait de petites tâches cramoisies, comme s'il avait lui aussi porté le deuil de l'un de ses meilleurs fils. Stella jeta un rapide coup d'œil à sa montre et soupira. Puis elle se retourna vers lui, caressant son visage pâle et tuméfié du regard. Dans un faible sourire, elle lui résuma sa discussion avec Sid et Hawkes lorsqu'ils étaient venus lui rendre visite. Peut-être les avait-il entendus, mais ça ne faisait rien. Elle avait juste besoin de parler, et de lui faire savoir qu'il n'était pas seul, qu'elle était là.

Elle observa les derniers rayons de soleil disparaître dans la nuit tombante, les premières étoiles commencer à s'allumer sur la voûte noire du ciel. Un jour de plus. Une journée de plus passée sans lui. Même s'il avait franchi avec brio le seuil critique, il ne s'était pas réveillé. Elle savait qu'il se réveillerait, mais au fond d'elle-même une peur atroce la tenaillait.

Que se passerait-il s'il ne pouvait pas ? Si son cerveau gravement commotionné rendait son réveil impossible ? Que se passerait-il s'il ne se réveillait jamais ? Un froid glacial parcourut le corps de la jeune femme. Elle ne voulait pas penser à ça, mais, bientôt, les gens commenceraient à poser des questions. Ces questions. Ils commenceraient à parler de le remplacer, ou quelque chose dans le genre. Elle ferma les yeux, incapable d'empêcher une larme de rouler le long de sa joue tandis que son esprit était envahi par un flot d'horribles peurs. Elle noua ses bras autour de sa taille, espérant trouver un peu de chaleur réconfortante dans cette nuit glacée à laquelle elle faisait face.

Elle murmura à l'adresse du soleil couchant, qui s'en était d'ores et déjà allé. « Je vous en prie, faites qu'il s'en sorte, faites qu'il se réveille… »

Elle ne voulait que peu de choses. Un signe. Et puis zut ! On était à la veille du réveillon de Noël, et tout ce qu'elle demandait, c'était qu'on lui envoie un signe, juste un petit signe…

Epuisée, elle se laissa finalement retomber contre le dossier de sa chaise, et elle continua à veiller. Mais ses yeux s'élargir soudain lorsqu'elle croisa un regard vert océan. L'expert avait les yeux à moitié ouverts seulement, mais elle pouvait voir qu'il la regardait.

« Oh mon Dieu, Mac, » parvint-elle à articuler entre deux sanglots.

Il ferma les yeux et, pendant une minute, elle se demanda si elle n'avait pas rêvé. Mais un sentiment d'assurance, de chaleur, de réconfort l'envahissait peu à peu Mac était en train de se réveiller. Un large sourire s'étendit sur son visage. Il était en train de se réveiller.

TBC...