Chapitre 5 : Je t'aime

Siobhan accepta donc de nous ouvrir les portes de l'équipe de Liam. En contre partie, la seule chose que nous avions à faire, c'était de la débarrasser de Liam et Siobhan. Autant dire un travail facile.

Elle nous donna l'adresse d'un bouge dans les quartiers mal famés de Phoenix. Une fois par semaine, Liam y retrouvait les têtes pensantes de son équipe. Nous avions donc deux jours pour nous préparer.

Emmett ne fût pas ravi de voir débarquer Embry, surtout dans le dos de James. Mais puisque le boulot allait être fait, il accepta, non sans joie, de retourner au service des Cullen le temps qu'Embry et moi gérions ça.

-Je vous laisse, dit-il en bouclant sa valise. Ne faite pas de bêtises que je pourrais regretter.

Il quitta la chambre sans autres aux revoir. A peine eu-t-il passé la porte qu'Embry se jeta sur moi et écrasa ses lèvres sur les miennes. Je lui rendis son baisé avec passion, allant jusqu'à le jeter sur le lit. Mais alors qu'il m'arrachait ma robe hors de prix, le visage de Siobhan s'immisça dans ma tête.

-Tu as couché avec elle ? demandai-je en le repoussant.

-Quoi ?

-Tu as très bien compris, dis-je en m'asseyant.

Il se redressa et passa sa main sur son visage. Sa chemise avait déjà disparu, et je ne me rappelai même pas quand cela avait eu lieu. J'étais bien trop distraite.

-Leah, soupira-t-il. Ca fait des mois que je rêve de ca. Pitié, ne gâche pas tout maintenant…

-Désolé, menti-je en me levant et en ramassant ma robe, mais je ne compte pas passer l'éponge comme ca.

Mon instinct de louve reprenait le dessus. J'étais incapable de me retenir, alors que je rêvais de reprendre nos retrouvailles. J'étais bien trop habituer aux loups de la Meute.

-Tu as bien raison de te méfier, me souffla Dave. Tu n'as jamais eu confiance en personne, et tu as toujours su que c'était la meilleure solution.

J'eu l'impression de m'enfoncer dans les ténèbres. Dave et Sam étaient là, assis sur le bord du lit, à nous observer. Et peu à peu, je me laissai envahir par la louve.

-Leah, je ne comprends pas, dit-il en se levant à ma suite.

Mais l'ancienne Leah avait déjà refait surface, et j'étais déjà enfermé dans la salle de bain. Tous mes fantômes étaient présents. Je m'accoudais au lavabo, oubliant le tambourinement incessant d'Embry à la porte, et laissais court à tous mes vieux démons. J'ouvris le placard sous le lavabo et en sortis une petite sacoche noire. Je l'ouvris et en sortis d'abord un paquet de cigarette. J'en allumai une et observai le volute de fumée qui s'échappais d'entre mes lèvres. Puis je sortis une petite boite de lame de rasoir.

La scarification. Ca m'avait pris assez jeune. J'avais besoin de douleur physique pour oublier la peine. Dans la Meute, j'étais assez régulièrement blessée pour ne plus y recourir. Je sortis une lame et l'observai à la lumière pâlotte du luminaire. Je la laissai courir sur mon avant bras. Quelques gouttes de sang se mirent à perler sur ma peau. Je soupirai et fumai de nouveau. Je n'entendais plus rien, je ne sentais plus rien d'autre que la lame. Je la posai ensuite au dessus de mon sein et réitérai.

La porte sauta. Levant les yeux sur le miroir, je le vis. Embry, debout dans l'encadrement de la porte, presque arraché de ses gonds. Il attrapa mon bras fermement. Il était en colère, mais je n'arrivais pas à savoir pourquoi. Alors, il me gifla. Je restai un moment interdite, pétrifiée. Puis une larme m'échappa, vite suivit pas de nombreuses autres. Je lâchai la lame. Embry m'attira dans ses bras et me serra fort. Si fort que je ne pus plus retenir mes sanglots étouffés.

Mes fantômes étaient partis.

Il me ramena dans la chambre et m'allongea sur le lit. Puis il s'allongea derrière moi et me serra fort contre lui. Je me laissai alors aller et m'endormis.

Au petit matin, lorsque j'émergeai enfin, j'avais la tête retournée. Je me rendis compte qu'Embry n'était plus derrière moi. Je me redressai vivement, accentuant le mal de tête.

Embry était là, assis sur le fauteuil. Il m'observait dans le silence le plus complet. Ca allait être ma fête…

Mais alors que je m'attendais aux cris, aux menaces, au chantage affectif en bon et dû forme, Embry se contenta de me tendre un verre d'eau.

-Tu as dormi vingt quatre heures. Le rendez vous, c'est ce soir.

J'avalai la révélation en même temps que le verre d'eau. Puis, Embry déposa un sac estampillé d'une grande marque de vêtement sur le lit, et me laissa me préparer.

Après avoir passé vingt bonne minute sous l'eau brulante de la douche, je me séchai, me coiffai, et retournai dans la chambre avec ma serviette autour de la poitrine. Des brides de la veille (ou l'avant-veille visiblement) me revenaient en flash douloureux. Embry avait quitté la pièce pour récupérer un paquet envoyé la veille par Eric Yorki, mon revendeur privilégié.

Je vidai le sac et observai les vêtements qu'Embry avait choisi pour moi, du moins si on peut considérer ces bouts de tissus comme des vêtements. Ma tenue était composée en tout et pour tout d'une robe noir ultra moulant si courte que j'avais peine à croire qu'elle cacherait quoi que ce soit. J'avais à peine fini d'enfiler la robe qu'Embry entra dans la chambre. Je l'observai plus attentivement qu'à mon réveil. Il avait de larges cernes bleus sous les yeux et l'air épuisé. Honteuse, je n'osai en demander la cause. J'observai la marque rouge sur le haut de mon sein. Dave était assis sur le fauteuil en face du lit, en train de démonter et remonter un Beretta. Ce genre de détail me rappelait toujours qu'il n'était qu'une illusion, une création de on cerveau malade.

On oubli souvent de dire au futur assassins les effets secondaires. Alcoolisme, drogue, dépression, suicide, et j'en passe. Moi, je sombrai peu à peu dans la folie, m'interdisant le bonheur, me perdant dans la noirceur.

-Un taxi passera nous prendre dans dix minutes.

Il alluma une cigarette et la fuma tranquillement.

-Embry…

-Habille-toi, me coupa-t-il.

Et il sorti de la chambre.

POV Embry Call

La voir si fragile, si mal au point m'avait mis une gifle. Je n'avais pas dormi. J'étais resté assis en face du lit, à la regarder s'agiter dans les draps, à pleurer, à gémir. En la retrouvant j'avais presque réussi à oublier ce qu'elle était : une louve tourmentée. L'espace d'une seconde, j'avais rêvé de l'enlever, de l'éloigner de ce monde, oubliant qu'elle y était née. Elle ne connaissait rien du reste du monde. Le sien n'était fait que de mort, de trahison et de crime. L'amour ne l'avait pas non plus épargné.

En la regardant dans les yeux, dans cette salle de bain ensanglantée, j'avais vu l'horreur, la peur et la totalité des fantômes de son passé.

Mon cerveau tournait à cent à l'heure. J'étais incapable de trouver une solution à tout ca, et ca me rendait malade. J'en étais même incapable de la regarder de nouveau dans les yeux, de peur de revoir l'Ombre à l'intérieur d'elle.

Je lui avais choisi une tenue ridicule, qui ne la mettait pas, à mon gout, en valeur. Mais encore une fois, notre passé nous forçait à nous travestir, à nous trahir.

Lorsqu'elle sortie de la chambre, elle avait revêtis sa peau de tueuse implacable. Ce changement me brisa le cœur. Mais nous ne pouvions faire autrement. Nous étions enchaînés à notre travail.

Nous prîmes la route vers le club le plus glauque de la ville, ou Liam organisait ses fameuses soirées poker. Le reste de la soirée se passa dans un brouillard de fumé de cigarette et d'effluve d'alcool. Nous jouâmes le jeu, nous exhibant comme les deux amants maudits de la Meute, allant jusqu'à presque nous envoyer en l'air sur la table de poker.

La seule chose qui me resta de la soirée fut son regard vide en remontant dans le taxi pour l'hôtel. Siobhan nous prévint par SMS que nous avions réussi notre numéro et que Liam acceptait de faire affaire avec nous. Nous aurions de ses nouvelles sous peu.

Nous montâmes dans la chambre et nous déshabillâmes sans un mot. Puis elle se coucha dos à moi, et nous restâmes dans le noir. Je savais, parce je ne fermai pas l'œil, qu'elle ne dormait pas. Alors, dans la nuit, après avoir tenté mainte fois de poser ma main sur son épaule, je soupirai.

-Je t'aime.

Elle frémit. C'était visiblement la dernière chose qu'elle attendait de moi.

POV Leah Clearwater

-Je t'aime.

Les voix de mes fantômes se stoppèrent net. Il m'aimait.

-Ils disent tous ca, susurra Dave. Et tu les tue tous.

Un frémissement me parcouru. Je pris alors conscience que j'étais maudite. L'amour ne m'avait jamais réussi.

Je me tournai vers lui et la détermination dans ses yeux me serra la gorge. Il ne comptait pas fuir. Il ne comptait pas partir. Pourtant, il aurait dû. Je ne trouvai aucune demande dans ses yeux. Il n'avait fait qu'énoncé une vérité. Et moi, j'étais incapable d'en faire autant. Le fait que je l'aime était avéré. Mais pas au point de le dévoiler. Je n'étais pas encore prête. Et peut-être ne le serais-je jamais.

-Je ne peux pas, soupirai-je. Je…

-Je ne t'ai rien demandé, dit-il, l'air dépité. Je te le dis, c'est tout.

Et sur ce, il se leva, et quitta la chambre. Je restai interdite, allongée dans le noir. Sans bouger.

La nuit fut longue et mouvementé. Le lendemain matin, un message m'attendait dans un plateau repas.

Je reviens vite. Bon appétit.

E.

Tenant le mot, je regardai le plateau repas en me remémorant toutes ces semaines passées à l'hôpital. Je m'assis sur le lit en y repensant, me remémorant la pile de livre qu'Embry m'avait amené et que j'avais d'abord repoussé avant de la dévorer. Je me levai pour aller fouiller dans mon sac de voyage. J'en sorti un petit livre vieilli et jauni par le temps. J'en caressai tendrement la couverture.

-Les Fleurs du Mal.

Je sursautai, lâchant le livre sans le vouloir. Embry traversa la chambre et s'agenouilla devant moi. Il ramassa le livre et l'observa un moment. Son visage exprimait tant de tristesse, de mélancolie. Je tendis la main vers lui mais m'arrêtai avant de le toucher. Il releva la tête et je me perdis dans ses grands yeux noirs.

-Quand ils t'ont emmené… commença-t-il.

Je posai un doigt sur sa bouche pour le faire taire. Il n'avait pas besoin d'en dire plus. Je savais ce qu'il avait ressentit, parce que j'avais ressentis la même chose. Il prit ma main dans la sienne et la caressa un moment avec son pouce. Ce simple contact me fit frissonner.

-Je t'aime.

Son visage exprima d'abord la surprise, avant de rayonner de joie. Je ne l'avais jamais vu sourire comme ca. Il était tout simplement beau. D'une beauté qui me coupa le souffle. Il embrassa ma main tendrement.

-Je t'aime Leah.

Puis il se redressa, et m'embrassa. Ce fut un baiser tendre, doux. Je le savourai comme jamais je n'avais savouré un baiser. Lorsqu'il s'écarta de moi, j'eu envi de le retenir pour toujours.

-Je suis tellement désolée, me contentai-je de dire.

Il secoua la tête.

-Tu n'as pas à l'être. Je sais que tu as traversé des épreuves que je peux difficilement imaginer. Je le savais en commençant à te fréquenter.

Il hésita.

-Ce terme me semble si restreint pour parler de toi.

J'eu un sourire.

-Je ne suis pas sur qu'aucune langue ne puisse me décrire, ni nous décrire.

Il acquiesça.

-Et jamais nous n'aurons la possibilité de vivre une vie comme les autres.

Nous le savions, mais il fallait bien le dire. Lorsque la mission se terminerait, James comprendrait qu'il avait déserté son poste. Il comprendrait qu'il avait délibérément désobéis aux ordres, et la sentence serait terrible. On nous séparerait de nouveau. Cette pensée me serra le cœur.

-On pourrait s'enfuir, proposa-t-il.

Je le regardai, intriguée.

-Nous enfuir ? Quitter le pays ?

-Raven n'est pas la Meute. Ils ne s'en prendront pas à ta famille, ni à Quil. Ils ne pourraient rien contre nous.

L'espace d'une seconde, j'y cru. Je cru que nous pourrions fuir. Mais je connaissais trop bien la servitude pour savoir que rien n'était si simple. Il dût le lire sur mon visage car il insista.

-On pourrait essayer ! Je ne veux plus être obligé de vivre comme ca, de me demander si leur dernière mission ne t'a pas tuée. Je ne le supporterais plus.

Il avait recommencé à m'embrasser entre chacune de ses phrases. Alors la même folie que la sienne s'empara de moi.

-D'accord. Finissons cette mission et fuyons.

Avec un sourire, il m'embrassa tendrement… et me fit l'amour.

Nous eûmes des nouvelles de Liam deux jours plus tard. Deux jours durant lesquels nous restâmes enfermés dans la chambre, profitant du room service. Emmett avait remplacé Embry comme garde du corps chez les Cullen, prétextant que c'était tout à fait normal.

Le message disait qu'il organisait une réception dans un manoir en bordure de la ville. Ce serait l'occasion de rencontrer ses associés et d'après Siobhan, de mettre en place sa vengeance.

Elle nous fournit une carte du manoir, indiquant une ouverture dans le bureau de Liam, créé pendant la Prohibition par les trafiquants d'alcool. C'était notre unique porte de sortie, et elle était loin d'être sûre. Visiblement, des éboulements ressent avait rendu le passage difficile d'accès, voir impraticable. Et si nous ne parvenions pas à sortir par là, nous nous rentrouvrions dans un cul de sac, avec au trousse une cinquantaine de truands armés jusqu'aux dents.

Embry et moi commençâmes alors peu à peu à réaliser que l'heure fatidique approchait. Une fois cette mission fini, ce serait le moment crucial de notre vie. Aussi, le soir de cette fameuse soirée, légèrement tremblant, nous rassemblâmes nos affaires, flingues, couteaux, et autre, nous nous habillâmes, et nous prîmes le taxi pour le rendez-vous.