Note de l'auteure :
Oui, Misogyne touche à sa fin... et je peux vous dire que ce chapitre m'a pris sacré bout de temps pour le
réaliser. Ah ! mais bon, ça m'a fait beaucoup plaisir. Donc voilà. et désolée pour le retard, avec les cours, je ne
m'en sors plus.
Dans ce dernier chapitre tout sera révélé : la raison pour laquelle cette histoire est dramatique ? Celle pour
pour laquelle j'ai choisi ce titre... Et je vous préviens ! Que les âmes sensibles s'abstiennent !
Soyez indulgent avec les fautes !
Je laisse place à l'histoire !
P.S. : Pour bien vous mettre dans l'ambiance, je vous propose d'écouter Count on me de Bruno Mars.
crédits: Prince Of Tennis n'appartient qu'à son mangaka, soit Takeshi Konomi-sensei.
Misogyne
« Les égoïstes comme toi ne méritent pas de vivre… »
Ses paupières s'ouvrirent brusquement. Haletante et le front couvert de gouttes de sueur, ses iris brun-rougeâtre s'agitèrent dans tous les sens, pris de panique. Quelques minutes passèrent avant qu'elle ne reconnût les formes familières des meubles de sa chambre. Allongée sur son lit, ses longs cheveux auburn déliés s'éparpillaient sur toute la surface de son oreiller. Son rythme cardiaque revint peu à peu à la normale. Elle soupira, alors, et se redressa incapable de retrouver le sommeil, un samedi matin. Laissant ses longs cheveux onduler dans son dos, elle se dirigea vers sa fenêtre et tira le rideau. Le ciel était couvert, elle en déduisit qu'elle passerait donc sa journée à la maison. Mais pas seule. Et ce même en l'absence de sa grand-mère, partie avant qu'elle ne se réveillât.
Sakuno avait retrouvé la veille, une lettre de son aïeule qui trainait sur la table basse du séjour. Il s'agissait d'une invitation pour un séminaire qui ne durerait qu'une journée, et elle se doutait bien que, comme à chaque fois que sa grand-mère recevait ce genre de courrier, elle allait refuser d'y participer. Mais sachant très bien la raison, Sakuno ne put que l'encourager à y assister et de ne pas s'inquiéter pour elle. En l'espace de six mois, elle avait beaucoup changé, et tout le monde savait, sa grand-mère comprise, que la récente nouvelle amitié de Sakuno n'y était pas pour rien. Effectivement, depuis sa subite apparition, la jeune fille aux cheveux auburn semblait avoir retrouvé ses couleurs et son envie de vivre. Elle souriait plus, parlait plus, s'ouvrait plus. Si bien que le simple fait d'avoir mentionné le nom de sa nouvelle amie, avait suffit à lui faire changer d'avis. Ryuzaki-sensei n'y était pas retournée depuis un an, jour pour jour, car en jetant un œil à son calendrier, Sakuno se souvint qu'une année s'était écoulée depuis… ce fameux jour où tout avait commencé.
Elle secoua la tête, tentant de se changer les idées. Il ne fallait pas qu'elle y repense, sa grand-mère s'en était allée l'esprit tranquille, et elle avait promis que tout irait bien. Et puis, Ryoko avait raison, ça ne servait à rien de se morfondre, si ce n'était que pour empirer les choses.
Elle se dirigea dans la salle de bain.
Ploc, ploc, ploc…
Peu à peu éjecter du monde des rêves, il fronça les sourcils et regretta de ne pas avoir demandé des boules Quies pour son anniversaire.
Ploc, ploc, ploc…
Et qu'est-ce qu'étaient que ces bruits agaçants ? Ryoma se retourna dans son lit en se couvrant entièrement de sa couette, ne laissant apparaître qu'une vague tignasse verdâtre au dessus. Il ne se rappela pas qu'il faisait aussi froid dans sa chambre. D'ailleurs, si sa mémoire était bonne, la veille, il avait été pris d'une crise de chaleur à cause d'une nouvelle qu'il venait d'apprendre.
Si bien qu'il avait ouvert la fenêtre.
Ce ne fut qu'en recevant une goutte glacée sur la tempe qu'il percuta. Il se redressa sur son lit comme un vampire et referma illico la fenêtre en manquant de glisser sur le sol mouillé de sa chambre.
Il remarqua alors qu'il pleuvait des cordes à l'extérieur. S'il n'avait pas fermé sa fenêtre à temps, sa flaque d'eau se serait transformée en marécage. Déjà qu'il laissait tout traîné, il ne manquait plus qu'une marrée d'eau pour que le lieu se métamorphose en milieu hostile.
Sa cousine n'était pas la dernière à lui avoir fait la remarque, d'ailleurs, elle avait parfois recours aux menaces pour parvenir à le convaincre de ranger sa chambre... Elle lui avait même dit que le jour de son départ, il ne bougerait pas de la maison tant que sa chambre ne soit pas comme au premier jour.
Son départ, hein ? Plus que quelques jours et ce serait terminé. Son séjour au Japon, chez sa cousine, avec ses amis, au lycée, en tant que Meino Ryoko…
Avec Ryuzaki Sakuno.
Ryoma secoua la tête afin de se changer les idées. Il se sentait étrange ces derniers, il sentait qu'il avait changé… surtout vis-à-vis d'une certaine fille aux cheveux auburn. Il n'était pas lui-même… S'engageait-il un peu trop dans sa mission ? Après tout, il ne s'agissait de faire ami-ami, mais de lui soutirer des informations… le mot était peut-être un peu trop fort, mais il était juste. En six mois, son enquête n'avait pas beaucoup avancé, certes, il savait que Sakuno avait de plus en plus confiance en lui, mais le temps manquait… Il allait surement s'en aller sans qu'elle ne se fût confessée à lui. Son travestissement n'aurait servit à rien. Tout ce qu'il était parvenu à faire jusqu'à présent était de se rapprocher d'elle, et malheureusement, il avait le sentiment qu'il l'avait fait de la mauvaise manière. Il voulait qu'elle vienne vers lui de sa propre volonté, et non que lui soit constamment dans le besoin d'être près d'elle.
Qu'est-ce qui lui prenait à la fin ? Il ne remplissait pas sa mission, il devait par tous les moyens lui faire avouer, et au lieu de sa il se forgeait une amitié qui, au vu de son départ proche, ne ferait certainement pas long feu. Il se rendait bien compte qu'il agissait différemment avec elle, et ce avec ou sans les commentaires de ses sempais. D'abord, lors du premier cours de natation, puis lorsqu'elle avait découvert la relation d'Osakada et d'Horio. Quelle idée de l'enlacer! Il ne contrôlait même plus ses mouvements lorsqu'elle était dans les parages, à chaque fois qu'il voyait une expression triste sur son visage, l'envie lui prenait de la consoler dans ses bras…
Rien qu'y penser lui colorait les joues de rouge, jusqu'aux oreilles. Pas besoin des commentaires, des plaisanteries et des allusions de ses sempais et de sa famille, Ryoma n'était pas dupe et pas aussi lent qu'il ne le paraissait. Il savait pertinemment ce qui lui arrivait, ce qu'il ressentait…pour elle.
Mais pas question de l'avouer, et encore moins de le dire aux autres. Ryoma se faisait violence. Il refoulait ses sentiments.
Il ne voulait pas que les séparaient soient encore plus douloureuses.
Et puis, elle était androphobe.
Lorsqu'il descendit chercher de quoi essuyer le sol de sa chambre, de longues mèches verdâtres couvraient ses yeux.
« - Tu es sûre que tu ne veux pas que je vienne, s'enquit Osakada, je peux toujours annuler avec Horio, tu sais ?... »
- T-tout ira bien, répliqua la jeune fille aux longues nattes à son interlocutrice, Ryoko-chan sera là ce soir
« - C'est bien ça qui m'inquiète… marmonna-t-elle à l'autre bout du fil »
- H-hein ? Mais pourquoi donc ? Je croyais que tu avais fini par accepter Ryoko-chan
« - Si, si, mais…enfin… balbutia-t-elle, bon ! Quoi qu'il en soit, fait bien attention à toi, on ne sait jamais… »
- Euh… d'accord
Après encore quelques mots, elle finit par raccrocher. Sakuno ne voyait toujours pas où son amie voulait en venir en lui disant de se méfier, car si il y avait bien une personne en qui Sakuno devait faire confiance (après sa grand-mère et Tomoka) c'était bien Meino Ryoko. Tout en cette personne lui poussait à lui faire confiance. Sakuno ne le savait pas elle-même pourquoi elle ressentait cela à son égard, mais du moment que la jeune fille aux longs cheveux verdâtres se tenaient à ses côtés, elle se sentait presque capable de parler à un garçon plus de vingt secondes sans avec recours à la violence. Meino Ryoko était une sorte de protectrice, d'ange gardien venue donner un coup de main à Tomoka. Quand elle était là, Sakuno se sentait en sécurité, elle se sentait capable de tout entreprendre, elle cessait de se refermer sur elle-même, elle envisageait même de lutter contre sa maladie mentale. Mis à part Tomoka, Ryoko avait été la seule à croire en elle, la seule à voir quelqu'un d'apeuré et d'incomprise derrière ses réactions violentes et imprévisibles dues à sa maladie mentale.
C'était bien pour ça qu'elle l'avait invitée à dormir chez elle. Malgré le discoure qu'elle avait sorti à son aïeule à propos de son rétablissement, elle savait au fond d'elle qu'elle n'était pas prête à rester seule dans cette grande maison. Elle repenserait surement à l'année derrière, aux mois qu'elle avait passée enfermée dans sa chambre…
Elle ne pourrait jamais oublier.
Jamais.
En fin d'après midi, la jeune fille aux longs cheveux coiffés en deux nattes enfila son manteau et prit le parapluie de l'entrée. Au fur et à mesure des heures, le temps n'avait cessé de se gâter. L'orage grondait, le tonnerre et les éclaires se déchaînaient dans le ciel faisant presque trembler les vitres. La pluie tombaient sans interruption, et frappaient continuellement contre les vitres de sa maison. Sakuno, n'étant pas de nature très courageuse, ne tint pas longtemps dans cette atmosphère macabre. Ne souhaitant pas déranger Tomoka qui se trouvait surement en compagnie de son petit-ami, elle préféra précipiter les événements.
Du haut de ses grosses bautes en caoutchouc jaunes et de son imperméable de la même couleur, elle combattit la violente tempête de ce mois de septembre derrière son parapluie qui s'envola à plusieurs reprise.
Au final, après trente minutes de combat, qui ne durait habituellement pas plus de cinq minutes, elle atteignit l'imposante demeure de la famille Meino.
Il n'avait fallut pas plus d'une seconde pour que les propriétaires de la maison l'accueil, après qu'elle eût sonné.
- Qu'est-ci qui t'a pris de sortir par un temps pareil ? S'exclama Nanako en lui apportant des serviettes pour qu'elle se séchât
- J-j'avais l'intention de chercher Ryoko-chan
La jeune mère aux longs cheveux bleuâtres cascadant dans son dos soupira en secouant la tête, avant de déposer la serviette sur sa tête.
- Tu devrais faire plus attention, jeune fille, gronda-t-elle gentiment en lui essuyant les cheveux
- O-oui, Nanako-san
Sakuno n'était pas habitué à appeler les adultes par leur prénom, mais celle-ci exigeait qu'on la nomme ainsi sous prétexte que « madame » la vieillissait.
- D-désolée de vous déranger…souffla-t-elle
- Mais non, dit Nanako en frottant ses cheveux, tu sais bien que tu seras toujours la bienvenue
Une fois la tâche terminée, l'hôte de Sakuno apporta deux tasses de thé de la cuisine. Les jumeaux jouaient avec leur animaux en peluches et sembler converser dans une langue inconnue. Grâce aux rare fois où Sakuno avait pu apercevoir leur père, elle pouvait en déduire que Sae avait hérité des traits de monsieur Kazuma, tandis que Sei des cheveux bleuâtres et des yeux de sa mère.
- Ryoko-chan ne devrait pas-
Tout à coup, un gémissement rauque de douleur résonna du haut des escaliers menant à l'étage. Les deux jeunes femmes restèrent silencieuses un moment, seuls les rires des deux bébés se firent entendre.
- … tarder, finit Nanako-san en buvant une gorgée de son thé
Sakuno se contenta de hocher la tête, ne préférant pas nommer la bruit étrange qu'elle venait d'entendre et de n'y associer aucun scénario. Nanako, quand à elle, gardait un sourire imperturbable sur les lèvres.
Et ce même si ces gémissements et ces plaintes se poursuivirent pendant près de vingt minutes.
Puis finalement, un bruit de claquement de porte fut perçut suivit d'une suite de jurons avant que Sakuno entraperçût une silhouette en haut des marches des escaliers.
- Ah ! fit alors la jeune mère en reposant sa tasse de thé sur la table basse du salon, la voilà qui arrive
Vêtue d'un gilet noir et d'un jean bleu clair. Sakuno constata encore une fois, que peu importe la façon dont elle s'habillait, son amie avait toujours l'air aussi splendide qu'au premier jour. Mais une chose interpella la jeune fille aux deux longues tresses.
Meino Ryoko avait les yeux rouges.
Ryoma ne s'attendait pas à la voir aussi tôt, d'ailleurs, à la voir dans la maison de sa cousine. Il était sensé se rendre chez elle dans les environs de six heures trente. Qu'est-ce qu'elle fichait là ?
Puis il se pétrifia. Il ne se posait pas la bonne question. « Depuis quand était-elle là ? » serait plus juste.
On pouvait dire qu'elle était arrivée au mauvais moment car, Ryoma était sûr et certains qu'aucun bruits de lui avait échappé, et ce, même avec le vacarme qu'émettait la tempête.
Ce que Ryoma voulait dire était tout simplement que tous ces gémissements, toutes ces plaintes, provenaient de lui.
Oui, Ryoma venait d'avoir, non plutôt d' « endurer » sa séance d'épilation hebdomadaire, et sous les soins de la sœur de Kikumaru, même le plus virile des hommes, se retrouverait en larmes à la fin d'une séance. D'après l'esthéticienne, Ryoma devait être fière de lui, car après ces innombrables séances, il était enfin parvenu à retenir ses larmes de douleur.
Néanmoins, cela n'empêchait pas les émissions de gémissements rauques audibles à deux kilomètres à la ronde.
Quoi qu'il en soit, il espéra de tout son cœur, qu'elle ne lui poserait aucune question.
Ce qu'elle fit, à son grand soulagement.
Après avoir répondu aux regards railleurs de sa cousine en la toisant, Ryuzaki Sakuno et lui-même affrontèrent de nouveau la pluie. Ils finirent par arriver sains et saufs dans la résidence Ryuzaki, bien que complètement trempés.
Ryoma ne s'y était jamais rendu, pas même lorsqu'il était au collège. Il imaginait, d'ailleurs, que la maison de son ex-entraineur, alias la vieille sorcière, était une sorte de manoir hanté rempli des cadavres de ses anciens maris, comme lui avait raconté son père.
En entrant dans la demeure, Ryoma se dit qu'il avait une raison de plus de ne plus jamais croire le pervers, paresseux et baratineur qui lui servait de père.
Il s'agissait d'une maison tout à fait normal et moderne avec comme couleur dominante le orange et le beige. Alors qu'il retirait ses chaussures, il la vit courir à l'étage après un rapide « je reviens », avec ses deux tresses humides fouettant l'air derrière son dos. Il profita de son absence pour essorer sa lourde perruque trempée.
Il se dit alors que la situation aurait été plus agréable dans d'autres circonstances.
Elle revint avec deux serviettes sèches entres les mains.
Après une séance de séchage de dix minutes, elle alla ranger les serviettes en le laissant sur le canapé du salon devant des chaînes de sports. Ryoma se demanda ce qu'il allait bien pouvoir faire, tous les deux… seuls, toute la nuit.
Il chassa immédiatement la première option érotique qui lui vint à l'esprit en priant pour que les hormones ne soient pas héréditaires. Il était Meino Ryoko à présent, une jeune fille digne de confiance venue en aide à une violente androphobe désespérée.
Mais qu'avait-elle prévu qu'ils fissent ? Se regarder dans le blanc des yeux ? Ecouter la pluie tomber ? Regarder les chaînes de sport ? Il restait près de cinq ou six heures avant qu'il ne fût temps d'aller dormir, mais étant donné le fait qu'il fût samedi et qu'il assistât à une soirée pyjama (va-t-on dire), le couvre feu se voyait donc certainement retardé.
En d'autres mots, il s'agissait bien de la première fois que Ryoma dormait chez un ami.
Sakuno revint et le rejoignit dans le salon avec une pile de jeu de société, de DVD, de CDs et de jeux vidéo. En voyant tout ça, Ryoma ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Il s'inquiétait donc pour rien.
- Alors, dit-elle en s'affalant sur le canapé, qu'est-ce que tu veux faire avant de dîner ?
- Ce que tu veux, répondit-il, on est chez toi
Elle se redressa en faisant la moue. Ryoma se força à détourner le regard en s'imaginant que sa grand-mère se trouvait derrière lui à guetter.
- Mais c'est toi l'invitée, contre-attaqua-t-elle, alors à quoi veux-tu jouer ? Au Monopoly, au Scrabble ? Ou bien à Mario Kart, Guitare Hero, ou Just Dance 4 ?
Au fur et à mesure des mois, il avait pu constater que Sakuno avait de plus en plus d'aise avec lui, elle pouvait lui parler des heures et des heures sans le moindre bégaiement. Mais il fallait dire que jamais elle ne parlait du bon topique.
- Commençons par le Scrabble, céda-t-il finalement
Contrairement à ce qu'il avait pu croire, Ryoma ne vit plus le temps passé. Ils enchaînèrent les parties de Scrabble, de Monopoly et même de Guitare Hero, mais il refusa catégoriquement de danser sur Super Bass de Nicki Minaj.
A sept heures, Sakuno entreprit de préparer le dîner et Ryoma fit la chose la plus étonnante qu'il n'eut jamais faite de toute sa vie : il l'assista en cuisine.
Ce fut un massacre total. Ryoko ou Ryoma, ils étaient aussi nuls l'un que l'autre.
Néanmoins, ils finirent par cuisiner quelque chose de mangeable. Ils envisagèrent même de faire un gâteau au chocolat, ce qui fut plus simple à suivre pour lui. Et puis, elle ne lui donnait que des tâches faciles, après tout.
En attendant que la cuisson se termine, ils entreprirent de faire une partie d'Uno. Ryoma fut fière de constater à quel point son (leur) gâteau était succulent, tout autant que sa victoire.
- Alors ? Demanda-t-elle, qu'est-ce que tu veux regarder ?
Elle lui proposa une dizaine de DVD.
- C'est à ton tour de choisir.
Cette fois-ci, ce fut à elle de céder. Elle choisit donc Le voyage de Chihiro de Miyazaki. Il lui arrivait parfois de regarder ce film avec sa mère et sa cousine lorsqu'il était plus jeune, ça allait bien être la quatrième fois qu'il le revoyait. En voyant son hôte sortir les répliques avant les personnages, il se dit qu'il y avait bien pire que sa mère qui l'avait bien vu une quinzaine de fois.
Lorsque le générique de fin apparu sur l'écran et que les larmes de Sakuno, furent enfin sèches, elle se leva, retira le DVD et éteignit la télévision. En la voyant bailler et se frotter les yeux, il se rendit compte que lui aussi tombait de fatigue, après tout, il était près de minuit et demi.
Enfin de compte, la soirée s'était déroulée plus rapidement que prévu. Il fut d'ailleurs heureux de constater qu'il n'avait pas céder à… ses pulsions…
Il l'aida à tout nettoyer afin de se préparer mentalement à la suite des choses. La maison de Ryuzaki-sensei était plutôt grande pour que seuls deux personnes y vivent. Il en conclut donc que Sakuno lui laisserait une chambre d'ami où le canapé du salon…
- Allons dans ma chambre, déclara-t-elle somnolente
Ryoma ferma hermétiquement ses yeux en la suivant à l'étage. Si elle savait à quel point ce qu'elle disait était ambigüe pour lui…
Tout en marchant dans le couloir, il s'obligea à s'imaginer ce que sa grand-mère lui ferait si…les choses dégénéraient.
Elle ouvrit la porte la pièce se trouvant au bout du couloir.
Une chambre simple à la tapisserie bleue ciel. Un lit contre le mur, un bureau, un placard, ainsi qu'une coiffeuse. Même avec ça, Ryoma ne put empêcher son rythme cardiaque d'accélérer.
- Tu veux prendre ton bain avant ou…
Il écarquilla simplement les yeux, incapable de dire quoi que ce soit. Ryoma se couvrit brusquement le nez, sentent soudainement un afflux de sang dans son visage.
« Qu'est-ce qu'elle dit ?!, pensa-t-il »
Il tenta de retrouver son calme en repensant aux traits sévères de sa grand-mère. Son état s'améliora immédiatement.
- Ça va aller, murmura-t-il en découvrant un grand intérêt pour l'ourlet de son gilet, vas-y en première
Il la vit hausser les épaules, récupérer son pyjama et sortir de la chambre. Aussitôt la porte refermer, il ne perdit pas une seconde et alla immédiatement à la recherche de son journal intime. Car s'il y avait quelque chose que son sempai Inui lui avait appris était que le meilleur moyen de connaître les secrets de quelqu'un était de consulter son journal intime. Selon, encore une fois, les données d'Inui, Sakuno devrait passer dix minutes minimum sous la douche, juste assez de temps pour retrouver l'ouvrage et le lire.
Il fouilla son bureau de fond en comble, le moindre tiroir, sous le moindre cahier, en vain. Il passa donc à son lit sous l'oreiller, sous le meuble…
Il trouva finalement son butin sous le matelas, caché sous une couverture. Il brandit, triomphant, le journal intime en constatant avec soulagement qu'il n'y avait ni cadenas, ni de système de sécurité en tout genre. Il s'agissait simplement d'un simple d'un cahier à la couverture rouge. S'il ne l'aurait pas découvert dans un lieu pareil, il ne se serait surement pas douté qu'il s'agissait en réalité de ce qu'il cherché.
La main légèrement tremblante, il ouvrit l'ouvrage en retenant sa respiration. En jetant un œil dans ce journal intime, il n'allait pas seulement découvrir se qu'elle cachait, mais également tous les secrets, même les plus obscures de la jeune fille.
Il survola les pages, ignorant les faits divers rapporté. Il se força même à détourner son attention des pages où son nom apparaissait. Finalement après plusieurs pages, il finit par remarquer quelque chose d'étrange. L'écriture était de moins en moins soignée, les journées rapportées ne députaient plus par la formule classique « cher journal », mais par des phrases diverses, incompréhensibles…
Et toutes les phrases commençaient par le pronom « il ».
Qui cela pouvait-il être ? S'agirait-il de… lui ?
Une phrase interpella toute l'attention du jeune travesti qui écarquilla les yeux, sous le choc :
Il m'a dit que je ne méritais pas vivre, a-t-il raison ?
Tout à coup, le bruit de l'ouverture de la porte le sortit de son état secondaire. Il referma le journal dans un claquement sourd qui fut couvert par son raclement de gorge volontaire. Il glissa l'ouvrage sous le lit, en vitesse.
- E-est-ce que tout va bien ? demanda-t-elle
Entre temps, Ryoma n'avait pas bougé du lieu où il avait découvert le journal intime, si bien qu'il se trouvait donc à genoux, près de la table de chevet, dos au lit. Il poursuivit donc sa fausse quinte de toux, jugeant qu'il s'agissait d'une bonne façon d'expliquer sa position.
Elle se dirigea vers lui, inquiète et s'agenouilla à ses côtés.
D'abord interpellé par une douce odeur de framboises, Ryoma se retourna vers la jeune fille se trouvant à sa gauche. Ses yeux ambre s'ouvrirent comme des soucoupes.
A quelques centimètres à peine de son visage, se trouvait celui de son hôte. Ses cheveux étaient tirés en arrière (frange non comprise) dans un chignon négligemment, si bien que quelques mèches humides retombaient sur son visage et le long de sa nuque d'où s'échappait une odeur enivrante.
Ryoma finissait par croire qu'elle le faisait exprès. Il se redressa rapidement en tentant d'ignorer ses pensées, et la soudaine chaleur qui se répandait de son cou jusque ses joues.
- Où se trouve la salle de bain ? demanda-t-il en lui tournant obstinément le dos
Lorsqu'il ouvrit la porte du lieu de destination, la même odeur de framboises envahit tous ses sens. Il était à deux doigts de perdre le contrôle. Etait-ce une conspiration qui l'obligeait à mettre cette occasion à profit ? C'était impossible de toute façon, pour lui et pour elle. D'une part parce qu'il ne voulait vraiment pas finir comme son père, et d'une autre parce qu'il avait affaire à une androphobe. Et puis ce n'était pas le but de cette soirée.
Ses envies devaient passées en second plan.
Il hésita même à prendre une douche, craignant que des pensées malsaines ne lui traversent l'esprit. Il opta finalement pour une douche froide qui parvint à lui remettre les idées en place. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi n'arrivait-il plus à se contrôler, ses derniers temps ? Etait-ce à cause du fait qu'il consacrait moins de temps au tennis ? Il s'était d'ailleurs lui-même d'avoir put se passer de tennis aussi longtemps…
Lorsqu'il revint dans la chambre en conservant le peu de sang froid qui lui restait, il découvrit la scène la plus déconcertante qui lui aurait été donné de voir.
Le plus surprenant fut que pour une fois, pas une once d'embarras ne naquît en lui.
Ryuzaki Sakuno se tenait debout devant sa coiffeuse, la chemise de son pyjama déboutonnée presque entièrement, si bien qu'il pouvait apercevoir son soutien gorge rose. Mais malgré ça, son expression de choquée ne s'en alla pas pour autant. Toutes les pensées qu'il avait à son égard s'en étaient allées.
Oui, à la seconde où il avait vu les multiples ecchymoses, hématomes et cicatrices sur sa peau si pâle, qui semblaient s'étendre jusqu'en dessous de sa ceinture, son sentiment de désir avait été remplacé par l'anxiété, la consternation et…
La rage.
Sakuno, qui semblait en pleine examinassions de sa peau, croisa finalement son regard à travers le miroir. Son expression bouleversée et emplie de peine se transforma en surprise et en gêne. Elle reboutonna illico sa chemise avant de se retourner vers elle.
- T-tu as été rapide ! tenta-t-elle en forçant un sourire
Ryoko ne répondit pas et garda une expression impassible. Sakuno comprit qu'elle ne s'en sortirait pas aussi facilement. Mais elle ne pouvait décidemment pas lui dire… Personne ne devait savoir. Pas même Tomoka, ni même sa grand-mère.
Personne.
Elle baissa les yeux craignant la suite des événements. Elle se retourna vers le lit en lui tournant le dos.
- On ferait mieux d'aller se coucher, murmura-t-elle
Sakuno était triste. Elle savait que maintenant, il y aurait une tension dans l'air entre elle, c'était bien pour ça qu'elle avait tout gardé pour elle. Tout ce temps. Mais étrangement, même en pensant cela, elle avait, au fond-elle, qu'elle pouvait le dire à Ryoko. Et puis, qu'est-ce qui lui avait pris d'observer ses blessures, elle aurait dû être plus prudente…
Alors que Sakuno s'enfouissait sa sous sa couverture, face au mur, elle sentit son invitée s'asseoir sur le bord du lit. Sans dire un mot. Quelques minutes passèrent ainsi, sans qu'aucune d'elles ne prennent la parole. Puis…
- Je…je sais bien qu'on ne se connaît que depuis quelques mois, entendit Sakuno, et tu dois surement penser que notre amitié est beaucoup trop superficielle pour que tu te livres à moi…
Sakuno demeura cloitrée dans son mutisme, mais resta à l'écoute de la jeune fille assise près d'elle. Celle-ci ne comprenait pas, elle était complètement à côté de la plaque. Ryoko était l'une des personnes en qui elle faisait le plus confiance, comme pouvait-elle considérer leur amitié comme « superficielle » ? Elle se contenta d'agripper son oreiller.
- Je veux simplement t'aider, poursuivit-elle
Sakuno ne broncha pas. Elle resta immobile, ne sachant quoi répondre.
- Ecoute, ajouta-t-elle, on en reparlera demain
La jeune fille aux longs cheveux auburn sentit son invitée se lever. Mais avant qu'elle ne puisse faire un seul pas loin du lit, Sakuno lui saisit le poigné.
- Ne t'en vas pas, dit-elle dans un murmure presque inaudible
Elle constata avec soulagement que Ryoko s'était assise. Toujours dissimulée sous sa couette, elle se retourna du côté de la jeune fille aux cheveux verdâtres, sans pour autant lâcher son emprise, ni montrer sa tête.
- J-je n'ai jamais considérer notre amitié comme superficielle, déclara-t-elle, non, loin de là. Tu dois va peut-être trouver ça bizarre…Mais, en l'espace d'à peine quelques mois, tu es devenues l'une des personnes les plus précieuses pour moi.
Peu à peu, la main de Sakuno glissa du poigné à la main de Ryoko.
- J'ai totalement confiance en toi, marmonna-t-elle, autant qu'en grand-mère ou Tomo-chan… c'est juste que… je ne peux pas tout te dire…
- Tu ne trouves pas ça normal que je m'inquiète en voyant dans qu'elle état tu es ? Rétorqua-t-il, peut-être que tu as réussi à passer inaperçu jusqu'à maintenant, mais si ça n'aurait pas été moi qui l'avais découvert, comment t'en serais-tu sortie, hein ? Osakada et ta grand-mère sont au courant, non ? Qu'attends-tu pour me le dire alors ?
- Elles n'en savent rien ! S'exclama Sakuno, ni grand-mère, ni Tomo-chan ! Personne ne doit savoir. Pas même toi… je t'en prie, n'en parlons plus, et-
- Est-ce que tu te fais battre ? Coupa Ryoko en ignorant sa remarque, comment ses ecchymoses sont-ils apparu ?
Sakuno soupira. Pourquoi persistait-elle ? Alors qu'elle-même était sur le point de craquer… Personne à part Ryoko n'avait un jour aperçu les horribles marquent indélébiles de son sombre passé. Pourtant, Dieu sait combien de fois son aïeule et sa meilleure amie avait insisté pour qu'elle parle de la raison de son traumatisme. Sakuno avait su résisté. Mais pourquoi ? Pourquoi le simple fait que Ryoko lui demande de tout lui avouer, la pousse à bout ?
Alors qu'elle se recroquevillait sur elle-même dans l'obscurité de sa couverture épaisse, celle-ci fut tout à coup retirée, laissant filtrée la lumière de la chambre.
La première chose qu'elle vit, après qu'elle se fût rétablie de l'éblouissement, fut les yeux profonds de son amie. Elle fut si surprise que pendant une fraction de seconde, qu'elle crut apercevoir le visage du seul et unique Echizen Ryoma. Son cœur ne put s'empêcher d'accélérer. A travers ses grands iris ambre, Sakuno put voir son reflet et se rendit compte qu'elle pleurait.
C'était étrange.
Elle qui croyait que toute sa vie, elle ne pourrait jamais à son sombre passé, qu'elle ne serait plus que l'ombre d'elle, que quoi qu'elle fasse, rien de ce qu'elle ferait ne changerait rien. Qu'elle était condamnée à vivre dans l'obscurité et dans son propre désespoir. Qu'elle ne serait plus jamais la même.
Que leur promesse était à présent vaine.
Elle ne se serait jamais imaginée que malgré le fait qu'elle se soit jurée de ne jamais le revoir, ni de l'approché, ce soit lui-même qui la sorte de son cauchemar. Enfin, par l'intermédiaire de sa cousine.
Il fallait croire que quoi qu'elle fasse, où qu'elle soit, il serait toujours là pour l'emmener vers la lumière.
Alors que la main de Sakuno s'apprêtait à retomber mollement sur le matelas de son lit, elle fut rapidement rattrapée et étreinte par celle de Ryoko.
Sakuno sourit tristement. En plus de se rendre compte que la personne devant elle ne la laisserait jamais tomber, elle remarqua également que Ryoko avait de grande main, chaude et rassurante.
C'est peut-être parce que tu es très convaincante, dit-elle faiblement, ou peut-être parce que tu me rappelle tellement Ryoma-kun…
Sakuno toucha la joue de son amie qui ferma les yeux quelques secondes en prenant une grande inspiration, au contact. La jeune fille aux yeux brun-rougeâtre reporta alors sa main sur le ourlet de sa chemise avant de doucement relevée, dévoilant les légers hématomes qui firent grimacer son amie.
- Il y a un an de cela, murmura-t-elle avec une voix qui se voulait contrôlée, j'ai été violée.
- Donc comme je vous le disais, poursuivit le professeur, la réponse à cette équation est…
La sonnerie retentit au grand soulagement des élèves qui lâchèrent des soupirs à l'unisson. Le professeur roula des yeux avant de commencer à ranger ses affaires, imité par ses élèves.
- N'oubliez pas de commencer à réviser pour le devoir de demain, lança le professeur
- Hé ?! fit un jeune homme aux cheveux roux et aux iris bleus foncées, mais on en a déjà eu deux la semaine dernière ! C'est parce que vous êtes de mauvais poil en ce moment, nyah ?
Le professeur de mathématiques le toisa.
- Quoi ? Qu'est-ce que j'entends ? demanda-t-il, il semblerait que Kikumaru-kun veuille deux autres devoirs pour la fin de la semaine
Le sujet devint tout à coup livide, puis secoua la tête.
- Non ! Oubliez ce que je viens de dire, Fujioka-sensei ! Enfin de compte, demain est une date parfaite pour un contrôle. Ah ! J'adore les maths !
Le professeur afficha une expression satisfaite. Alors que les derniers élèves s'en allaient, Fujioka-sensei en retint un en particuliers.
- Sukejiro-kun, appela le trentenaire, j'aurai besoin que tu me rendes un service
Le jeune homme de dix-huit ans, se retourna sur son professeur, faisant secouer ses cheveux couleur or sur ses paupières. Ses yeux perçants se posèrent dans ceux de son professeur.
- Bien sûr, Fujioka-sensei.
Durant la pause de midi, Sukejiro Hayato fut donc envoyé faire des photocopies du devoir qui allait survenir le lendemain. Les professeurs avaient tellement confiance en lui qu'il lui confiait parfois ce genre de mission. Etant le vice-président du conseil des élèves, il n'y avait rien d'étonnant à cela.
Fils unique d'un PDG d'une grosse compagnie automobile, capitaine de l'équipe de judo, Sukejiro Hayato était l'un des garçons les plus prisés du lycée tout entier. Célèbre pour ses capacités physiques, son intellect, sa beauté, sa richesse, sa gentillesse et son extrême politesse, il était bien entendu très convoité par les femmes.
Mais du haut de ses dix-huit ans, il n'avait jamais entretenu de relation avec une fille. Il ne s'était intéressé à aucune fille de son entourage, jamais eu son premier baiser, rien ! En ce qui concernait l'amour, c'était une page vierge dans tous les sens du terme (peut-être pas tous…) ! Néanmoins, il espérait que cette même page se remplisse, car ces derniers temps…
Après avoir effectué le service qui lui avait été demandé, il retourna dans la salle des professeurs et rendit les polycopies, tout sourire.
- Je n'en attendais pas moins du vice président du conseil des élèves, congratula Fujioka-sensei, on ne pourrait pas en dire autant du président du conseil ! En passant, tu pourras lui dire que la réunion de ce soir est annulée ?
- Aucun problème
En refermant la porte de la salle, il perdit immédiatement son sourire et soupira de frustration. Où est-ce que cet idiot avait bien pu passer ? Il n'arrivait pas à croire qu'il s'agissait du président du conseil des élèves.
Il se dirigea vers la première salle qui lui vint à l'esprit : la salle de réunion. Alors qu'il traversait le couloir sous les yeux admiratifs des élèves, une silhouette passant dans le sens inverse, juste à côté de lui l'interpella. Il s'arrêta brusquement et fit volte face pour voir une jeune fille de dos. Son cœur manqua un battement.
Ses longs cheveux verdâtres lui arrivant jusqu'au milieu du dos fouettant l'air à chaque pas décidé qu'elle effectuait. Son regard s'attarda sur ses jambes. Fines, légèrement musclées et bronzées, elles étaient couvertes d'une pair de chaussettes noires lui arrivant jusqu'en dessous des genoux. Ses yeux glissèrent jusqu'à ses cuisses où à chaque pas l'on pouvait apercevoir le bas d'une espèce de short noir.
Sukejiro Hayato esquissa un sourire.
Meino Ryoko.
Il ne détacha son regard que lorsqu'elle disparue dans un autre couloir. Il reprit son chemin jusqu'à arrivé à destination. Il passa ses doigts dans la fente de la porte coulissante, celle-ci resta close.
Il soupira pour la énième fois devinant aisément se qui se passait de l'autre côté. Il sortit une clé et ouvrit sans tarder en tirant brusquement la porte.
Sous ses yeux inexpressifs, se trouvait le président du conseil des élèves, assis à son bureau avec une charmante demoiselle assise sur ses genoux. Malgré le bouquant que Sukejiro avait prit soin de faire, les deux lycéens ne semblaient pas avoir noté sa présence, ils étaient beaucoup trop occupés à explorer leur amygdales.
Le dégout se peignit sur ses traits quand il entendit les gémissements étouffés de la jeune fille.
- Je ne vous dérange pas trop ? demanda-t-il brisant le « silence »
Les deux amants sursautèrent au son de sa voix, réalisant qu'ils n'étaient plus seuls. Quand la fille se retourna vers lui, Sukejiro remarqua que sa chemise était presque complètement ouverte dévoilant un soutien gorge noir à dentelle.
Son mépris s'accoisa.
Le pire pour lui fut qu'elle ne prit même pas la peine de le reboutonner.
- Yo ! lança le jeune homme aux cheveux brun-roux ébouriffée qui retombaient ses yeux vert pâle sans le moindre embarras
La jeune fille elle, lui lança un regard rempli de sous-entendu (comme « c'est toi le prochain »), avec un sourire qui laissait deviner ses intentions. Mais malgré sa beauté, ses lèvres pulpeuses, son corps de déesses et sa poitrine généreuse, Sukejiro resta de marbre. Il roula des yeux, avant de reporter son attention sur son collègue.
- Bonjour Takemura-kun, répondit-il en souriant
Puis lorgnant la jeune fille il lui lança :
- Matsumoto-san, je te serais reconnaissant de nous laisser, Takemura -kun et moi, seuls quelques minutes
Tentant de l'amadouer, elle fit la moue en posant stratégiquement son doigt sur sa lèvre inférieur.
- Hé ? dit-elle avec une voix de fausset, tu es sûr que je ne peux pas rester ?
Sukejiro réalisa qu'il restait encore des personnes comme elle à son époque…
- Non, trancha-t-il catégorique en gardant son sourire
- Allez Ume-chan, ajouta Takemura Shinji, fait ce qu'il te dit
Matsumoto Ume se leva et sortit de la salle furibonde ne reboutonnant que cinq des huit boutons de sa chemise. Une fois la porte refermée, Takemura posa ses pieds sur la table en face de lui en sortant une cigarette. Sukejiro se dirigea vers la fenêtre derrière son collègue et l'ouvrit en soupirant.
- Je te prierai d'aller fumer dehors
- Ah ! Tu peux arrêter ta comédie, railla le président, en soufflant un nuage de fumer, et puis la fenêtre est ouverte
Le vice-président garda son regard rivé sur le jeune homme en face de lui, avant de s'emparer brusquement de sa cigarette, qu'il venait juste d'entamer.
- Hé ! Tu pouvais m'en demander si t'en voulais une !
Sukejiro considéra la cigarette entre ses doigts avant de la lancer par la fenêtre, sous les yeux consternés de Takemura.
- Je ne fume pas, souffla-t-il
- Pour qui tu te prends pour jeter ma clope comme ça ? S'emporta le président, putain ! Je venais de la commencer, merde !
Soudain, Sukejiro saisit le col du président du conseil des élèves, réduisant la distance entre leurs deux visages.
- Ecoute-moi bien, Shinji, siffla-t-il des éclairs dans les yeux, je ne sais pas ce que tu fabriques et je ne veux pas le savoir, mais fais en sorte de faire ton travail de président comme il faut. Tu m'as bien compris ? N'oublie pas à qui tu dois ta place de président du conseil des élèves.
Takemura claqua la main du vice président du conseil des élèves avec la même amertume.
- Je te déconseille de jouer au malin, monsieur « le parfait lycéen », parce que moi, je sais pas mal de choses sur ton compte, Hayato-kun
Sukejiro se détourna en se dirigeant vers la porte.
- De quoi voulais-tu me parler ? demanda le jeune homme aux yeux vert pâle
- La réunion de ce soir est annulée, lâcha-t-il en atteignant la sortie
Dès qu'il ouvrit la porte, il recouvra son sourire habituel. Juste avant qu'il ne puisse sortir il entendit la voix de son collègue :
- Tu n'as pas l'air d'apprécier Ume-chan, commenta-t-il, se pourrait-il qu'il se soit passé quelque chose entre vous ?
- Dieu m'en préserve.
Sur ses mots il referma la porte. Sukejiro n'était pas spécialement hostile vis-à-vis de Matsumoto Ume. Il l'était envers toutes les filles qui l'approchaient, c'est-à-dire toutes les filles de l'école. Non pas parce qu'il n'attirait que des débauchées comme Matsumoto.
Peu importe la personne qui se présenté à lui, du moment qu'il s'agissait d'une fille, un sentiment d'amertume et de mépris naissait en lui.
Oui, Sukejiro Hayato était misogyne.
Néanmoins, il fut étonné de voir qu'il y avait une exception.
Et cette exception s'appelait Meino Ryoko. Enfin… c'était ce que tout le monde croyait.
Alors qu'il se dirigeait tranquillement vers la cafétéria, une autre personne attira son attention, il s'agissait d'une fille aux cheveux auburn tressés en deux nattes qui retombaient dans son dos et qui se balançaient irrégulièrement à chaque pas incertains qu'elle effectuait.
Alors qu'il promenait son regard sévère sur elle il croisa malencontreusement celui de la personne à ses côtés : la seule, l'unique Meino Ryoko.
Celle-ci le toisait avec férocité. Sukejiro en conclut qu'elle n'avait pas apprécié son approche de la semaine précédente. Il eut un pincement au cœur. Il lui envoya un sourire qu'elle ne lui rendit pas.
Une regarda une dernière la jeune fille aux deux longues tresses.
Durant toutes ces six dernières années en tant que misogyne, il n'avait jamais autant haïe une femme ainsi.
En fin de compte si. Cette haine était semblable à celle qu'il avait ressentie un soir un an auparavant.
A la fin de la journée, alors que toutes les activités en club venaient de s'achever, Sukejiro se dirigea vers les casiers afin d'y récupérer ses chaussures.
Tout à coup, il y vit quelque chose de très intéressant :
La jeune fille aux deux tresses se trouvant seule dans le hall désert, devant son casier. La voyant ainsi, sans défense, et aussi vulnérable il se dit, son éternelle sourire aux lèvres :
« Pourquoi ne pas redonner une leçon à cette égoïste ? »
Alors que le soleil de Los Angeles était à son zénith, Echizen Ryoma s'apprêtait à jouer le match qui le mènerait aux demis finals. Agé de quatorze ans, il était à présent le plus jeune participant au tournoi de l'US open. Traversant le couloir qui le mènerait au terrain, il vit avec étonnement que quelqu'un l'y attendait.
Ryoma s'approcha pensant qu'il s'agissait d'un fan qui avait réussi à passer sous le nez de la sécurité. C'était le douzième en une semaine. Il soupira en secouant la tête. Quand comprendraient-elles qu'il n'était pas intéressé ? Et puis, n'y avait-il pas déjà quelqu'un qui l'attendait au Japon ?
Il étreignit la photo se trouvant dans sa poche.
Au fur et à mesure de ses pas, il se rendit compte qu'il s'agissait d'un garçon.
- Alors tu es Echizen Ryoma…soupira la personne en face de lui
- Oui, et toi tu ne devrais pas te trouver là, répliqua-t-il de but en blanc
Un silence s'en suivit. Agacé, Ryoma décida de l'ignorer en continuant sa route, quand il sentit une pression sur son poigné. Il se retourna furibond pour découvrir, avec horreur, le regard que lui adressait le fauteur de trouble.
Il connaissait ce regard. Une personne qui lui était chère lui avait déjà donné ce regard, mais quand il s'agissait d'une personne comme lui, c'était assez écœurant.
Le jeune homme en face de lui le regardait avec passion et amour.
Et avant que Ryoma ne puisse déchaîner sa colère, il fut pris au dépourvu et plaqué contre mur à une telle vitesse qu'il se rendit compte de rien. Les yeux écarquillés il considéra la personne en face de lui.
Les cheveux blonds platines, et les yeux gris orageux, le jeune psychopathe s'approcha dangereusement de son visage.
Un frisson de dégoût le parcourut. Il devint tout à coup livide. Il aurait du s'en douter. Ryoma se souvenait à présent. Il le regrettait maintenant. Plus les jours passaient, plus les souvenirs se faisaient de plus en plus précis. Ryoma aurait voulu vomir, mais il se trouvait dans la voiture de son oncle, devant le lycée. Dieu seule sait ce qui adviendrait de lui s'il s'amusait à rendre son déjeuner sur sa banquette arrière… Il décida de prendre son mal en patience, car il faisait beaucoup trop froid à l'extérieur.
- Tu n'as pas froid ces temps-ci avec cette jupe ?
Ryoma répondit en soulevant sa jupe, dévoilant un short de sport. Son oncle esquissa un sourire.
- Dis donc, elle en met du temps ta petite-amie, remarqua le proviseur assis sur le siège conducteur, ne me dis pas qu'elle est passé par les toilettes, si c'est ça on en a pour des heures ! Moi qui ai généreusement proposé de vous raccompagner…
- Ne dis pas n'importe quoi, répliqua Ryoma en s'allongeant sur la banquette arrière, elle ne doit surement être encore avec la prof d'anglais
- Hum, hum, fit malicieusement son oncle
Ryoma jeta un œil au rétroviseur pour croiser le regard de son oncle qui remuait ses sourcils.
- Quoi, encore ?
- Tu n'as pas nié.
- Nié quoi ? dit-il
- Ne fait pas celui qui ne sait pas, tu as très bien entendu, ricana Echizen Natsuki, je croyais qu'elle était androphobe ! Alors, dis-moi, qu'est-ce qui a bien pu se passer chez elle ?
Ryoma baissa les yeux. Il repensa à la « soirée pyjama » qu'il avait passé chez Ryuzaki Sakuno. Rien que de ce remémorer tous ce qu'elle avait vécu, tous ce qu'elle avait subit le mettait dans une de colère intense. Les poings serrés jusqu'au saignement, le regard brulant de rage, la respiration lourde, la mâchoire serrée.
Ryoma avait déjà été très en colère, mais pas à un si haut degré.
Elle avait été violée, merde !
Elle lui avait fait promettre de ne rien dire. Il ne pouvait rien dire. Il avait décidé qu'ils allaient porter ce fardeau ensemble. Il savait qu'il n'y avait pas d'utilité à ça, mais tout même, apprendre que la fille qu'il aimait avait été agressé, ça laissait un choc. De toute façon, il devrait le dire aux autres tôt ou tard, et le plus tard serait le jour de son départ…
Il balança sa tête en arrière, les yeux larmoyants. Comment une telle chose avait bien pu lui arriver ? Ryuzaki Sakuno n'avait pourtant fait de mal à personne, elle était humble, chaleureuse et généreuse.
Quand il pensait qu'elle avait passée un mois dans la terreur, le dégout d'elle-même…dans ses envies suicidaires. Comment avait-elle pu surmonter tout cela seule ?
Comment avait-il pu lui demander d'avouer une chose pareille ?
Mais malgré tout ça, elle avait la force de tout supporter, de continuer, de vivre. Et la source de cette force, de cette puissance, n'était autre que leur promesse.
- Hé Ryoma !
Les bras repliés sur sa tête, il décida de revenir à la réalité.
- Hm… ?
- Ton horrible sonnerie de portable me casse les oreilles, maugréa son oncle la tête sur le volant, et je te rappelle que tu n'as toujours pas répondu à ma question. C'est la puberté qui te rend comme ça ?
- Allô ? Fit Ryoma en ignorant son oncle
- Pas mignon du tout ! lança celui-ci
Ryoma soupira avant de poursuivre sa conversation téléphonique.
« - Donc je te disais que j'ai trouvé des données très intéressantes sur notre sujet »
- De qui parles-tu, Inui-sempai ? dit-il en se redressant
« - Du vice-président des élèves, Sukejiro Hayato, qui veux-tu que ce soit ? Répliqua-t-il, Bref, je commence : Sukejiro Hayato, né le 12 mars 19XX, mesure 1, 80m pour 75kilos. Il est le fils unique de PDG d'une des entreprises automobiles les plus puissantes du Japon, et à donc l'intention de reprendre les affaires familiale »
- Et donc ?
« - Attends, ce n'est pas fini, reprit Inui, selon les sources, il semblerait qu'il vive uniquement avec son père. Ce dernier aurait divorcé avec sa mère il y a six ans. Ces dix dernières années, le sujet se comporterait différemment avec son entourage, notamment avec les personnes de sexe féminin. »
Ryoma eut tout à coup un très mauvais pressentiment qui lui donna des frissons.
« - Il est devenu misogyne. Certains disent que cela est dû à une rupture, mais son entourage le plus proche, notamment sa famille certifie que la cause n'est autre que sa mère »
- Sa mère ? Qu'est-ce qu'elle a bien pu faire pour le rendre ainsi ?
« - Il l'a vu en pleine adultère, à l'âge de huit ans. Et la trahison de sa mère l'a profondément meurtri et choqué et depuis il relâche sa haine contre toutes les femmes. »
- Il n'en avait vraiment pas l'air, il cache bien son jeu… déclara Ryoma, c'est donc pour sa que vous m'aviez demandé de l'éviter ? ça ne sert plus à rien maintenant, puisque je pars dans deux jours…
« - Loin de là, rétorqua son sempai sur un ton macabre, ce n'est pas fini. Avant tout, je voudrais te poser une question. As-tu déjà rencontré Sukejiro en que Ryoma, dans le passé ? »
- Malheureusement oui. Pourquoi ?
« - Parce qu'il semblerait que tu sois une obsession pour lui. »
Ryoma se pétrifia.
- Quoi?
« - Selon les rares domestiques de la demeure qui ont accès à sa chambre, ses murs seraient remplies de photos, et de poster de toi. Je t'avoue que lorsque l'on m'en a montrée une photo, j'en avais froid dans le dos »
- Dis-moi que tu plaisantes, dit Ryoma au bord du vomissement
« - Hélas, non. Mais ce n'était pas le plus inquiétant. Tu te souviens de la photo qu'avait prise Shiba-san au restaurant du père de Taka-san ? Celle où Ryuzaki et toi apparaissez ? Tu m'avais demandé d'en faire une copie avant que tu ne partes pour l'US open. »
- Oui, oui, je me souviens, répondit-il rapidement sans une once d'embarras
C'était également celle qu'il avait perdue juste après avoir rencontré le psychopathe.
« - On l'a retrouvée dans sa chambre, et sur la photo, les yeux de Ryuzaki était troués. Dis-moi Echizen, serais-tu au courant de quelque chose à propos de ces deux là ? Parce que ça laisse à croire qu'il ne faut surtout pas qu'elle s'approche de lui. Ne la laisse jamais seule… Allô ? Echizen ? »
La voix de Inui résonnait à travers le téléphone portable se laissée sur la banquette. Ryoma accourait déjà vers l'école.
Il courut à toute allure jusqu'au hall d'entrée. Scrutant chaque rangée dans l'espoir d'y trouver Ryuzaki mettre ses chaussures, il découvrit son sac prêt de son casier. Son sang se glaça dans ses veines. Il ne perdit pas espoir pour autant et alla à la recherche du casier du vice président du conseil des élèves.
Ses chaussures étaient toujours là.
Ryoma ne perdit pas une seconde et se dirigea comme une fusée vers le premier lieu qui vint à son esprit : la salle de réunion.
Les professeurs étant tous parti, il s'agissait du seul lieu dont les représentants du conseil des élèves possédaient la clé.
Dans un cri terrifiant, Sakuno fut projetée contre le mur de la ruelle. C'était très tard le soir, la rue était déserte. Il n'y avait qu'elle, et son agresseur.
Sakuno revenait seulement du petit magasin du coin ouvert 24h sur 24, afin d'y acheter des ampoules, cette fille avait peur du noir, et à la minute où l'ampoule du salon avait lâchée, elle s'était immédiatement rendue au magasin. Déjà que sa grand-mère s'était absentée, passer toute la nuit dans le noir, lui était impossible.
Mais ce soir-là, elle aurait mieux fait d'être courageuse.
Cette nuit fit basculée sa vie à tout jamais.
- Q-qu'est-ce que vous me voulez ? pleura Sakuno en se protégeant de ses deux bras
L'homme en face d'elle était trois fois plus grand qu'elle. Elle n'avait aucune chance ! La tête dissimulée sous sa capuche, Sakuno ne pouvait voir l'expression terrifiante qu'il arborait.
Au lieu de répondre, il s'approcha soudainement d'elle et plaqua ses poignés de par et d'autre de sa tête.
- Lâchez-moi ! Au secours !
Il la gifla sans retenu, peignant une expression choquée sur ses traits.
- Tu vas te taire, oui ?! Espèce de sous-merdre !
Le cœur de la jeune fille semblait sur le point d'exploser dans sa poitrine, les larmes coulaient sur ses joues, et sa lèvre meurtrie la faisait souffrir.
- S-s'il vous plait… laisser-moi partir !
L'homme s'esclaffa soudainement. Et resserra son étreinte jusqu'à ce qu'elle crie de douleur.
- Arrêtez ! Au secours ! Aidez-moi !
Il la fit tomber sur le sol et la traina par les cheveux. La douleur fut si insupportable que Sakuno se débattit en vain. Un coup de pied dans le ventre la fit cesser de gigoter. La souffrance fut si intense que le coup lui coupa le souffle.
Et ce ne fut que le premier qui se suivit d'une série d'autres coups. Tous plus violents, que les autres. Sakuno crut qu'elle allait mourir. Elle criait, gémissait, pleurait, hurlait. Elle appelait à l'aide, sa grand-mère, ses défunts parents…
Même Ryoma.
Tout à coup, il cessa de la battre, et lui releva le menton. Sakuno souffrait le martyr, elle était sur le point de perdre connaissance.
- Et en plus tu oses prononcer son nom ? Pff…
Les événements qui suivirent furent très rapide. Il la plaqua sur la seule et tira son pantalon en même temps que sa culotte.
- Non ! Hurla Sakuno à plein poumon en se débattant
Déstabilisé par cette soudaine résistance, elle lui échappa des mains. Mais seulement pour un court instant.
Sakuno, rampant désespérément en criant à l'aide fut soudainement stoppée par la lame aiguisée luisant tout près de son visage.
- J-je vous en supplie, arrêtez !
Il descendit son pantalon. Sakuno écarquilla les yeux dans la peur, si elle faisait le moindre mouvement, la lame lui sectionnerait l'aorte.
La seconde qui suivit, le cri le plus terrifiant que la ville n'ait jamais entendu résonna.
Dix minutes plus tard, Ryuzaki Sakuno reprit connaissance, dépouillée de son jeans et de ses survêtements, les yeux dans le vide et souffrant le martyr, elle se leva en boitant et rentra chez elle.
Une phrase résonna dans sa tête.
« Les égoïstes comme toi ne méritent pas de vivre… »
Un an après, Sukejiro Hayato ne se serait jamais imaginé devoir lui faire face encore une fois. Lui qui croyait qu'elle aurait compris la leçon. Elles étaient toutes pareilles, toutes des égoïstes qui ne pensaient qu'à leur propre bien, leur propre amour, leur propre bonheur, et qui n'hésitaient pas à trahir dès la première occasion.
Tout comme sa mère.
Il serra sa mâchoire, tout chez les femmes le dégoutait. Lui qui pensait que la pire de toute était sa mère qui lui avait forcé à garder le secret de ses adultères pendant quatre ans.
Il y avait pire : les hypocrites.
Elle avait tut fait pour attiré son attention, elle s'était accaparée tout son amour. Elle l'avait même empêché de jouer au tennis pendant presque six mois. Il avait même été contraint de se travestir !
Oui, parce que Sukejiro le savait. Depuis le début. Depuis le moment où « Meino Ryoko » lui était rentrée dedans, depuis qu'il avait reconnu ses yeux, ses lèvres…son odeur.
La première question qui lui avait traversé l'esprit était pourquoi ?
Il crut d'abord qu'Echizen Ryoma voulait cacher le fait qu'il était comme lui, qu'il ressentait la même chose pour les hommes, mais qu'il ne voulait pas que les autres ne le sachent, d'où son travestissement.
Mais au fur et à mesure des jours, il comprit qu'il n'y était pas du tout… que la vraie raison était autre chose.
Quelqu'un d'autre.
Cette personne se trouvait là, devant lui recroquevillée sur elle-même dans un coin de la salle de réunion. Il s'approcha d'elle, s'accroupie et la contempla avec mépris.
Elle pleurait, elle couinait. Chaque bruit provenant d'elle ne faisait qu'accentuer sa colère.
- Il semblerait que tu m'aies reconnu, déclara-t-il en se rappelant l'expression surprise, qu'elle lui avait servie plus tôt
La jeune fille sans défense ne répondit pas et se colla de plus en plus au mur. Elle évitait son regard, elle plaquait ses mains sur ses oreilles, sa respiration était de plus en plus lourde.
- Et tu oses m'ignorer en plus ! s'écria-t-il en s'esclaffant, ne me fais pas rire ! Quel est ton but en jouant les persécutés ?
Elle ne ni pas un mot, semblant s'enfermer dans son esprit. La patience de Sukejiro arriva à son terme. D'un geste brusque, il lui saisit le menton et tourna son visage vers le sien.
La seconde chose qu'il vit fut le coup de poing qu'elle s'apprêtait à lui asséner. Il tenta de l'éviter, mais fut touchée sur le coin de sa lèvre. Elle pouvait bien paraître vulnérable et fébrile, mais elle en cachait de la force.
Sa tête fut balancée en arrière, mais il ne bougea pas d'un millimètre. Il tâtonna choqué sa légère blessure.
Ce fut à son tour d'envoyer son poing. Mais malheureusement pour lui, il fallut que la lycéenne bouge d'un millimètre. Son coup fut envoyé dans le mur juste à deux centimètres de sa tête. La peinture commença à s'effriter.
Elle en profita pour s'échapper, elle se releva en vitesse, les traits emplis frayeur, elle se dirigea vers la porte en tirant toutes les chaises sur le sol, dans l'intention de lui barrer la route.
- Reviens tout de suite ! hurla-t-il
Sakuno s'apprêtait à atteindre la porte quand tout à coup, il la tira par les cheveux. Dans un cri de douleur, elle fut de nouveau plaquée contre le mur.
- Je ne te raterai pas cette fois ! Lança-t-il en sortant une arme blanche de sa poche
La jeune fille, dont les longs cheveux recouvrait le visage se tenta vainement de se protéger avec ses bras. Un sourire inquiétant se dessina sur ses lèvres.
Tout à coup, la porte s'ouvrit dans un grand fracas. Cette même porte qu'il croyait fermée à clé venait de voir sa poignée défoncée par une chaise.
Les yeux écarquillée, Sukejiro Hayato vit « Meino Ryoko » forcer la porte avec une chaise entre les mains. La seconde qui suivit, « elle » se jetait sur lui. Dans d'autre circonstance, ce geste ne lui aurait pas déplu, mais étant donné que les yeux de l'élu de son cœur étaient remplis de terreur…
Il se retrouva plaqué sur le sol, « elle » à califourchon sur lui et lui saisissant le col avec force.
- Enfoiré ! s'écria « Meino Ryoko » d'une voix plus virile que jamais qui lui procura un frisson de plaisir
Au grand étonnement de son opposant, Sukejiro sourit, et d'une prise de karaté, inversa les positions.
- Moi aussi je suis ravi de te revoir, chuchota-t-il en s'approchant d' « elle »
« Celle-ci » arborait une expression de rage et de dégoût qui fit sourire le vice président du conseil des élèves. Ce dernier se rapprocha encore plus près, en inhalant bruyamment son odeur. Voyant qu' « elle » ne bronchait pas, il conclut que cela ne lui déplaisait pas.
- …tuer… entendit-il
Il se redressa intrigué.
- Pardon ?
Voyant qu'il ne se décidait pas à répondre, Sukejiro se tourna vers Ryuzaki Sakuno qui affichait un visage terrorisé.
- R-Ryoko-chan…murmurait-elle
Et là, il se mit à rire.
« R-Ryoko-chan », imita-t-il en s'esclaffant
Il ne remarqua pas que, la personne sur qui il était, se tendit.
- Tu sais quoi ? Je pense que malgré le fait que je te haïsse, tu mérites d'apprendre la vérité
- Je te défends de lui dire que-
- Ne sois pas comme ça, susurra-t-il, pourquoi se soucier autant d'une personne comme elle ? C'est vrai, non ? Elle est tellement stupide que tout ce temps, elle ne s'était même pas rendu compte que « Meino Ryoko » était en réalité…
Il retira la longue tignasse verdâtre de la personne en dessous de lui. Et Meino Ryoko se transforma en…
Echizen Ryoma.
- Là ! Fit Sukejiro satisfait, tu es beaucoup mieux ainsi-
Tout à coup il fut coupé dans son élan. Cette action lui rappela tout leur première rencontre, aux Etats-Unis, dans le couloir qui menait au terrain. Alors qu'il le tenait fermement, alors qu'il s'apprêtait à assouvir ses envies, une chose étonnante s'était produite.
Et cette chose étonnante, s'apprêter à se reproduire.
D'une vitesse inconnue par l'homme, Echizen Ryoma réussit à dégager son bras gauche de son étreinte et à l'asséner avec une telle force, sur la mâchoire de son sempai.
Crac !
Ce dernier fut éjecté à l'opposé de la salle. La main plaquée sur sa mâchoire, il gémit comme un possédé en tentant de faire arrêter l'hémorragie qui débutait. Il réalisa à quel point les bras des tennismans étaient puissants.
Un cri lui échappa. En voyant la violence et la puissance de ce coup de poing, elle ne put s'empêcher de fermer les yeux. Mais en entendant le craquement sourd qui suivit, elle devina qu'il ne s'agissait pas d'un simple coup de poing.
Les membres tremblant et terrorisée, elle vit son agresseur atterrir à l'autre bout de la salle, et se tortiller dans tous les sens. Puis, elle se tourna vers l'autre homme en face d'elle. Son rythme cardiaque s'accéléra.
Il se leva.
Elle se crispa.
Il s'approcha.
Elle recula.
Dès qu'elle atteignit le mur, il se trouvait à quelques centimètres d'elle. Elle ferma les yeux et fit face à la vérité. Meino Ryoko était Echizen Ryoma. Meino Ryoko, la fille en qui elle avait le plus confiance, à qui elle avait tout avoué, en qui elle croyait le plus ! Cette même personne lui avait menti.
Mensonges. Du début à la fin. Toutes ces paroles étaient fausses ? Tous les mots d'encouragements, tous les mots qu'elle lui avait dit, toute cette amitié, tous étaient faux ?
Meino Ryoko était Echizen Ryoma. Echizen Ryoma était Meino Ryoko.
C'était un homme. Elle était androphobe. Elle avait peur des hommes. Ils étaient tous pareils. Horribles, terrifiants, profiteur, sans scrupules, cruel, violeur, meurtrier…
Tous comme Sukejiro Hayato.
Sakuno leva le bras et s'apprêta à lui asséner un coup de poing. Celui-ci fut paré par sa main gauche. Elle sentit son sang se glacer allait-elle de nouveau vivre le cauchemar qu'elle avait vécu il y a un an ? Et leur promesse alors ? Qu'est-ce qu'elle devenait ?
Il leva ses bras à son tour et l'entoura avec. Il la serra contre son cœur. Sakuno écarquilla les yeux, elle tenta de se débattre, mais il tint bon. Les images de son agression défilèrent devant ses yeux, allait-il lui aussi la faire souffrir. C'était un homme, comme son sempai et…
- Je suis désolé
Tout à coup, tout devint noir dans sa tête. Sa vision se troubla ses jambes lâchèrent prise.
Elle perdit connaissance.
Ryuzaki Sakuno rouvrit les yeux. Elle était allongée dans un lit à couverture blanche, les murs étaient de la même couleur, ainsi que les rideaux et la porte. L'odeur du désinfectant lui permit de dire qu'elle se trouvait à l'hôpital.
- Sakuno
Elle reconnut la voix de sa grand-mère qui se trouvait à son chevet. Elle sourit légèrement. Elle avait l'impression de sortir d'un mauvais rêve, c'était fou comme tout cela semblait irréel…
- Comment te sens-tu ? chuchota-t-elle en le caressant les cheveux
- Épuisée…
- Tu as pourtant dormi pendant deux jours non-stop ! Railla son aïeule, Tomoka est venue te voir tous les jours, elle vient juste de s'en aller justement.
- Tomo-chan…
- Mais elle n'était pas la seule, rajouta Ryuzaki Sumire, les titulaires aussi sont venus te rendre visite, ils étaient très inquiets pour toi
- L-les sempais?
Après le coup de poing qu'elle avait donné à Momoshirou elle comprendrait qu'il en garde une rancune.
- Oui, oui ! Même Nanjiroh et sa famille sont venus
Une question lui brûlait les lèvres.
- Et…et Ryoma-kun ?
Une expression désolée se lit sur les traits de la personne âgée.
- Tu veux parler de «Ryoko-chan » ?
Sakuno hocha la tête en détournant les yeux.
- Il doit surement être à bord de son avion, déclara-t-elle, il participe à un tournoi à l'étranger…
- Oh… fit Sakuno sans dissimulée sa déception
Ryuzaki-sensei regarda fixement sa petite-fille. Celle-ci devina qu'elle ne pourrait éviter la conversation beaucoup plus sérieuse qui allait suivre.
Ryoko-chan avait fini par avouer à sa grand-mère son agression et Sukejiro Hayato avait été arrêté et mis en examen. Selon les données d'Inui, il passerait les prochaines années dans un hôpital psychiatrique.
- Tu aurais dû m'en parler, Sakuno, continua Sumire, tu sais bien que tu peux tout me dire
- Pardon
Puis sur ses mots, elle s'endormit les joues trempées de larmes.
- Ça y est ! Elle se réveille ! entendit-elle chuchoter
Ses sourcils tressaillir avant de se froncer. Sakuno gigota.
- Soit honnête avec toi-même, cette fois, lança une autre voix
- On t'attend à l'extérieur, alors n'en profite pas pour-
- Allez ! Dépêchons-nous ! siffla quelqu'un d'autre
Lorsqu'elle souleva ses paupières, la porte se claqua. Elle détourna son attention de la porte pour la tourner vers la silhouette qu'elle voyait du coin de l'œil.
Il était là.
Echizen Ryoma.
Ses yeux s'écarquillèrent. Les battements de son cœur s'accélérèrent.
Il était effectivement dans sa chambre d'hôpital, debout à une distance raisonnable pour elle, en se tenant droit. Ses cheveux verdâtres étaient toujours aussi hirsutes et retombaient sur ses yeux ambre de félin. Ses mêmes yeux étaient dirigés droit sur elle avec une telle intensité qu'elle peinait à soutenir son regard.
Ryoko-chan était bel et bien partie. Mais lui, que fabriquait-il ici ? Ne devait-il pas être à bord de son avion ?
- Je dois surement être la dernière personne que tu veuilles voir, commença-t-il, mais j'avais quelque chose à te dire.
Son rythme cardiaque se calma peu à peu. Elle garda ses yeux plongés dans les siens.
- Tout d'abord, je suis désolée de t'avoir menti, de t'avoir blessée, tu dois surement penser que j'ai profité de ta confiance…
Elle ne dit rien, garda les yeux rivés sur lui.
- Je n'étais pas la personne que tu croyais que j'étais. Meino Ryoko, elle existe, c'est vraiment ma cousine, et nous avons inventé toute cette mascarade dans le but de t'aider.
Voyant qu'elle ne répondait pas, il décida de poursuivre.
- Même si je t'ai caché ma vraie identité tout ce temps, certaines de mes paroles étaient… sincères.
Il fut le premier à détourner le regard, mais ce fut de courte durée. Car dès lors où il soutint de nouveau son regard, il fit inconsciemment un pas vers elle.
- J'ai révélé aux autres l'aveu que tu m'avais fait
Sakuno ferma les yeux. Elle le savait déjà.
- J'ai brisé une promesse
Elle demeura les yeux clos. Elle l'entendit se rapprocher, et sentit sa proximité.
- Et ce sera la dernière que je briserai, déclara-t-il, car tu ne te souviens peut-être pas, mais nous avions fait une promesse, avant
Son cœur se remit à battre, mais pas pour la même raison. Elle sentit ses joues se réchauffer peu à peu. Serait-ce à cause de son allusion à la promesse, ou bien à cause du fait qu'elle sentit sa main prendre la sienne.
- Et celle-là je compte bien la tenir, reprit-il d'une voix douce
Meino Ryoko ou Echizen Ryoma, elle leur faisait confiance à tous les deux.
Sous une chaleur ardente, une jeune fille aux joues cramoisies s'apprêtait à dire la chose la plus importante de sa vie. De cette fille, il ne pouvait que voir ses longs cheveux auburn coiffés en deux nattes qui retombaient dans son dos, et sa longue frange qui dissimulait tout le haut de son visage. Il ne voyait pas ses yeux, mais seulement son nez, ses joues rebondies et ses lèvres.
Enfin, jusqu'à ce qu'elle décide enfin à lever sa tête et à le regarder droit dans les yeux. Là, il put apercevoir ses beaux yeux brun-rougeâtre surmontés d'interminables cils qui atteignaient presque sa frange.
Le tournoi national venait juste de s'achever, la jeune fille aux deux nattes avait souhaité se concerter avec lui, à part.
- A-ano Ryoma-kun, commença-t-elle, j-je… je t'aime !
Une expression surprise se dessina sur ses traits, avant que la gêne ne la remplace. Un silence gêner s'installa entre eux. Elle garda ses yeux baissés sur le sol dans l'attente de la réponse du jeune homme.
- Désolé, dit-il finalement, je…je ne pense pas pouvoir répondre à tes sentiments, Ryuzaki
Il constata avec désolation quelques larmes tombé sur le sol. Et ne sachant comment réagir, il poursuivit :
- Ce n'est pas contre toi, Ryuzaki, mais c'est juste que je ne me sens pas encore prêt pour une relation
C'était juste. Ce n'était pas qu'il ne l'aimait pas, c'était juste qu'il était encore jeune et beaucoup trop inexpérimenté pour une quelconque relation. Il n'avait pas dans l'intention de blesser la jeune fille en face de lui. Voyant qu'elle ne semblait pas s'en remettre il préféra atténuer les choses.
- Peut-être plus tard, ajouta-t-il, disons dans quelques années… quand je reviendrai de l'étranger.
Elle releva soudainement la tête. Sur ses joues cramoisies, quelques larmes coulèrent, et pourtant, ses lèvres roses se courbait dans un sourire bienveillant, plus chaleureux que la température du moment, mais pourtant si doux.
- Je t'attendrai, Ryoma-kun !
A ce moment là, le cœur d'Echizen Ryoma battit comme jamais il n'avait battu. Il crut même qu'il allait finir par exploser. Il détourna le regard en baisant sa casquette, ne souhaitant pas qu'elle remarque ses joues devenues rouges.
A cette époque, Ryoma ne savait pas ce que signifiait ce sentiment. Mais à présent…
Assis au chevet de la jeune fille aux deux nattes, il baissa les yeux sur son visage angélique endormi. Il s'autorisa un sourire en voyant sa main, qu'elle avait refusé de lâcher, dans la sienne.
Ryoma avait décidé de ne pas participer au tournoi afin de rester à ses côtés. Il voulait la voir avancer pas à pas dans la voie de la guérison.
- Je t'attendrai, Ryuzaki.
Fin
C'est fini ! C'est triste n'est-ce pas ? Non... ? C'est pas grave. C'est donc ce qu'à donné le dernier chapitre. (soupire) j'aurai aimé vous le posté plus tôt, mais cela m'a vraiment été impossible.
Je suis vraiment désolée si j'ai choquée certaines (certains) de mes lectrices (lecteurs) avec la scène de viole ou rien qu'en énonçant le mot "viole", mais c'était l'essence de cette histoire. Oui, je l'avoue, je suis une fanatique de New York Unité Spéciale.
Donc voilà, merci de m'avoir suivie jusqu'à présent. J'espère que mon histoire n'était pas trop nulle.
à la prochaine !
Merci pour vos chaleureux commentaires !
Fujiokaka
