Le moteur de l'Impala rugit un peu plus lorsque Dean appuya encore sur l'accélérateur. Il devait faire quelque chose pour sauver Castiel. C'était son ami. Son meilleur ami. Et au final, l'équation était simple. Il était bloqué au Purgatoire, très bien. Il devait donc en ouvrir les portes. Il avait seulement besoin du sang d'une créature du Purgatoire. Et il était devenu étonnamment facile de s'en procurer depuis l'arrivée des Léviathans.

Puis la partie la plus rationnelle de son cerveau sembla reprendre le dessus pendant quelques instants. C'était stupide. en ouvrant le Purgatoire, il risquait de laisser sortir quelque chose de bien pire que les Léviathans. Peut-être que Cass était mort, et que cela ne servirait à rien. Et même s'il était en vie...

Il secoua la tête. Cass était en vie. Il devait être encore en vie. Même s'il semblait passablement affaibli, juste avant son départ, il devait être en vie. Il ne voulait pas perdre quelqu'un. Pas encore. Il décida de s'accrocher à cette pensée, comme si sa volonté seule pouvait suffire à garder Cass en vie, même s'il était dans une autre dimension.

L'Impala filait à toute allure sur la route déserte. Il allait sauver Cass se répétait-il en boucle. Et ça commençait par trouver un léviathan.

[***]

« Hey Dean, c'est... c'est Sam. Écoute vieux... j'ai essayé tous tes téléphones et.. et tu ne réponds toujours pas. La voiture a disparu et... je m'inquiète, d'accord ? »

Sam raccrocha, retenant un soupir. La nuit promettait d'être longue. Puisé, il abandonna le téléphone sur la table et s'assit sur le couvre-lit miteux. Il était temps d'envisager ses options. Soit Dean allait réussir à se calmer, soit – et c'était plus probable – il tenterait quelque chose de stupide.

Sam frotta ses mains l'une contre l'autre pendant qu'il réfléchissait. Vendre son âme ? Il n'était pas sûr qu'un démon accepte un tel marché pour sauver Castiel. Pas sans prendre le risque de se mettre Crowley à dos. Les Anges ? Il n'y avait pas grand chose à espérer de ce côté-là. Leurs rangs avaient été décimés, et si l'on en croyait Ariel, ils n'avaient pas le pouvoir de se rendre au Purgatoire. Et si... peut-être que Kevin... Après tout... c'était un prophète de Dieu, il pouvait lire les tablettes qu'il avait laissé derrière lui. Peut-être que l'une d'elle lui donnerait un moyen de sortir quelqu'un du Purgatoire.

Il se remit debout d'un bond, presque enthousiasmé par cette idée. C'était sa meilleure chance. Mal à l'aise, il sembla hésiter sur la procédure à suivre. Il avait pourtant fait cela des dizaines et des dizaines de fois avec Castiel. Il toussota, s'éclaircit la gorge, et appela :

« Euh... Ariel ? Peux-tu... m'entendre ? J'aurais besoin... d'un peu d'aide ».

« Oui ? »

Sam en eut presque un sursaut. Il n'avait même pas entendu le bruit de courant d'air annonçant l'arrivée de l'ange. Il fit volte-face, et son regard se plissa lorsqu'il vit ses vêtements couverts de sang.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » s'inquiéta-t-il en s'avançant vers elle et en prenant son bras pour examiner la coupure qui l'ornait.

« Une... altercation. J'ai abîmé mon vaisseau dans l'opération. Je ne crois pas que ce soit grave mais... Je ne suis pas encore au point sur les limites physiques des êtres humains ».

« Comment as-tu été blessé ? »

« En essayant de mettre le prophète de Dieu à l'abri. Les démons ont rapidement retrouvé sa trace. Ils doivent suivre les ordres de Crowley ».

« J'ai besoin de lui parler ».

« A Crowley ? »

« Kevin ».

L'ange sembla se départir de son calme puisque ses sourcils se froncèrent.

« Pourquoi ? »

« J'ai besoin de savoir s'il y a un moyen de sortir Castiel du Purgatoire ».

« Encore une fois, Castiel est... »

« Tu n'en sais rien » l'interrompit Sam. « Oui, peut-être qu'il est mort. Mais peut-être aussi qu'il est encore en vie. Et même si cette possibilité est infime, elle existe. Dean ne se pardonnerait jamais de ne pas essayer, et moi non plus ».

Le regard brun d'Ariel croisa celui de Sam pendant quelques secondes, comme si elle soupesait le pour et le contre. Puis elle lâcha :

« Je ne peux pas t'amener à lui, ce serait trop dangereux. Les démons risqueraient de retrouver notre trace, ou peut-être les léviathans. Mais j'essaierais de le lui demander ».

« Merci ».

« Où est Dean ? »

« Il n'est pas encore revenu... Il est probablement toujours... »

Sam préféra se taire, et prendre une profonde inspiration. Puis il sembla se rappeler d'un détail.

« Une seconde... Je croyais que tu pouvais savoir à tout moment où nous étions ? »

« C'est le cas, mais c'est... un exercice éprouvant pour mon vaisseau. Elle n'est pas encore... habituée à la pression que ma présence impose à son cerveau et à son corps. Je préfère n'utiliser mes capacités qu'en cas d'urgence ».

« Hum... ok » marmonna Sam, ne sachant pas trop ce qu'il aurait pu dire d'autre. « Et donc euh... les anges gardiens... c'est une... race à part ? »

« Nous autres les anges n'avons pas les mêmes concepts de « races » que les humains. Je suis un ange, comme Castiel, mais nos... vocations sont légèrement différentes ».

« ...Légèrement ? »

« Dans un sens, il prenait votre survie à cœur lui aussi ».

L'ange considéra Sam pendant quelques secondes supplémentaires, puis demanda :

« As-tu encore besoin de moi ? Je dois... retourner au Paradis. Nos rangs sont décimés, et il ne reste que peu d'entre nous. Théoriquement, je ne suis pas sensée être là et la mort de Castiel est... »

« Pardon, mais pourrais-tu... faire preuve d'un peu d'optimisme ? »

Ariel eut un sourire imperceptible qu'elle tenta de lui dissimuler en fixant la pointe de ses ballerines. Mais Sam le vit très bien.

« Qu'y a-t-il de si drôle ? »

« Rien. Elle me dit souvent la même chose ».

« Qui ça ? »

« Mon vaisseau ».

[***]

Dean gara l'Impala à bonne distance du bâtiment, et lâcha un juron. Il était déjà entouré par un ruban jaune, et quelques policiers étaient présents sur les lieux. Il ouvrit sa portière et sortit de la voiture, essayant d'apercevoir ce qui se passait, mais à part les hommes en uniforme, Dean n'apercevait personne d'autres. L'ennui, c'est que l'un de ces policiers pouvaient très bien être un léviathan. Ou posséder par un démon. Il se rassit , claque la portière derrière lui, et donna un coup de poing rageur sur le volant.

« Et merde ! » jura-t-il.

Les mâchoires serrées, il se força à réfléchir. Évidemment, s'il avait réfléchi plus tôt, il aurait sans doute réalisé que les policiers seraient déjà là. Sa voiture avait défoncé le panneau d'affichage à l'entrée, et il y avait eu pas mal de dégâts à l'intérieur. Voir quelques morts, d'après ce qu'il en savait. Étrangement, Dean se surprit à espérer que l'un des policiers puissent effectivement être un léviathan. Cela aurait réglé pas mal de problèmes. Et il n'y avait qu'un seul moyen d'en être sûr... Il avait besoin de refaire le plein de produits ménagers.

[***]

Dean errait l'air de rien dans les allées du magasin de la station service. Il en avait profité pour faire le plein de l'Impala. Il avait aussi pris un pack de bière et il s'était maintenant mis en quête d'un produit ménager efficace contre les léviathans. Il avait de grandes difficultés à rester calme. Pendant que lui était ici, dans une sécurité toute relative, son ami était en train d'agoniser au Purgatoire. Il n'était resté que quelques heures là-bas, mais cela avait suffit à lui faire dire qu'il n'avait aucune envie de s'y attarder.

La sonnette de l'entrée résonna au moment où Dean se penchait sur des flacons de produits d'entretiens, essayant de trouver le nom du produit chimique qui l'intéressait dans le tas de nom inscrit sur la boite. Par habitude, il releva la tête, et ses muscles se raidirent lorsqu'il vit deux hommes pénétrer dans la station service. Peut-être était-ce à cause de sa longue expérience en tant que chasseur, mais il avait tendance à considérer tout le monde comme un ennemi potentiel. Sans mentionner le fait qu'il avait une sacré réputation chez les monstres en tout genre. Sa prise se resserra sur son arme, à travers la poche de son blouson. Il attrapa le flacon de produit chimique qui l'intéressait, le pack de bière coincé sous son bras, et il se dirigea vers la caisse.

Du coin de l'oeil, il surveillait l'attitude des deux hommes qui ne semblaient pas manifester l'intention d'acheter quelque chose. Ils donnaient simplement l'impression d'errer sans but entre les allées, ne jetant qu'un vague regard aux articles en rayon. Il n'aimait pas ça.

Il posa ses articles sur le comptoir, n'adressant qu'un signe de tête vague au caissier.

« Il vous fallait autre chose ? »

« Non, merci » marmonna-t-il.

Il eut un instant d'hésitation au moment de sortir son portefeuille de sa poche, ce geste l'obligeant à lâcher son arme. Mais comme il n'avait pas le choix, il se résolut à lâcher son arme.

« Plus l'essence, ça fera 64 dollars » annonça le caissier d'air morne, tout en mâchant son chewing-gum.

Dean lui tendit sa carte, jetant un regard qu'il espérait discret aux miroirs qui surveillaient les allées du magasin. L'un des deux hommes étaient sortis de son champs de vision. Il se retourna à moitié, donnant l'impression de simplement surveiller sa voiture, garer devant la vitrine, et vit le deuxième homme, face aux stands de magazine.

« Jolie voiture ».

« Merci ».

« C'est marrant... vous me rappelez un ami à moi ».

« Hilarant » confirma Dean.

Il s'impatientait de plus en plus. Qu'il lui rende sa carte et qu'on en finisse. Il n'avait pas vraiment le temps d'engager la conversation avec ce type.

« Vous êtes sûr qu'on ne s'est pas déjà rencontré ? »

« Certain. J'ai une bonne mémoire des visages. C'est bon ? »

« Oh, c'est amusant ça. Parce que j'ai tendance à changer de visage... »

Les iris du jeune homme virèrent au noir. Mais Dean avait acquis des réflexes élémentaires, depuis le temps. Mais il eut à peine le temps de sortir son arme qu'on attrapa son bras et qu'on le lui tordit dans le dos. Il essaya de se débattre, mais une deuxième paire de main vint à la rescousse de la première pour l'immobiliser et le plaquer fermement sur le comptoir. Il lâcha un grognement de rage en essayant de donner des ruades, mais un coup sur la tête le sonna suffisamment pour qu'il en oublie de se défendre.

« Eh bien... Dean Winchester... il semble que nous avons des choses à nous dire... »

[***]

Sam se réveilla à demi en entendant un léger bruit dans la chambre. Une partie de son cerveau ne sembla pas réagir, mais une autre se fit la réflexion que quelque chose n'était pas normal. Il changea de position, faisant mine de glisser ses mains sous son oreiller, et il attrapa le manche du couteau qu'il avait pris soin de cacher en dessous, comme tous les soirs.

Ses muscles se raidirent lorsqu'il entendit des pas s'approcher de lui, et lorsqu'il eut la sensation que la présence était à porté, il sortit vivement son arme de sa cachette, et il la pointa dans cette direction. Mais son adversaire arrêta aussitôt son poignet avec une force surprenante et sans effort apparent. Il voulut porter une attaque avec son autre main, mais une nouvelle fois, il n'eut pas le temps de porter le moindre coup.

« Sam ? »

« … Ariel ? »

« Désolée, je ne voulais pas t'effrayer ».

« Euh... oui, enfin... c'est rien ».

Il attendit quelques secondes supplémentaires, mais l'ange ne l'avait toujours pas lâcher.

« Euh... est-ce que tu peux... »

« Oh, oui, pardon » s'excusa l'ange en le lâchant enfin. « Nous devons partir »

« Quoi ? Pourquoi ? »

« Dean n'est pas revenu ».

Sam se redressa et jeta un coup d'œil au lit voisin, mais il n'était même pas défait. Ça ne ressemblait pas à son frère. Même dans l'état dans lequel il devait être, il aurait au moins pris la peine de laisser un message, quelque chose pour le prévenir de ne pas s'inquiéter.

« Où est-il ? »

« Je ne sais pas. Il est en vie » s'empressa-t-elle de préciser en voyant Sam ouvrir la bouche. « Mais je n'arrive pas à le repérer avec précision. J'ai du mal à me faire à mon nouveau corps ».

« Mais... il va bien ? »

« Je ne suis pas sûr ».

Sam jaillit du lit avant la fin de sa phrase, cherchant ses chaussures et rassemblant ses vêtements.

« J'ai parlé à Kevin » poursuivit l'ange, comme si de rien n'était pendant que Sam s'activait pour se rhabiller. « Il a promis de faire ce qu'il pouvait ».

« Merci » lâcha Sam en renfilant sa veste.

« Prêt ? » s'enquit l'ange en lui tendant la main.

Sam eut un bref instant d'hésitation. Il n'avait jamais été un très grand fan de ce mode de déplacement. Mais la vie de Dean était peut-être en jeu. Il prit une profonde inspiration, et il attrapa la main de l'ange.