Dean s'agitait encore sur sa chaise. Contrairement à Meg, il n'avait pas l'intention d'abandonner la partie, et de rester sagement là à attendre qu'on vienne le torturer ou le tuer. Cass avait besoin de lui. Sam aussi était en danger. Si jamais il lui venait l'idée de venir le chercher dans ce traquenard... Il aurait forcément l'idée de venir le chercher. Une fois qu'il serait réveillé et qu'il se serait aperçu de sa disparition. Sauf qu'il avait pris la voiture. Voiture dans laquelle se trouvait tout leur arsenal. Même si Sam volait une voiture et se mettait à sa recherche, il ne saurait pas par où commencer, et il aurait à se battre sans arme à moins de retrouver d'abord l'Impala. Il était vraiment, vraiment dans la merde... songea-t-il.

« Et merde » marmonna-t-il en cessant pendant une seconde de s'acharner sur ses chaînes.

Meg, assise face à lui, cessa de regarder le plafond et reporta son attention sur lui. Elle le regarda s'agiter pendant encore une minute supplémentaire, puis lâcha un soupir.

« Quoi ? » s'exclama Dean.

« Tu devrais te résigner ».

« Pas question ».

Dean serra les dents pendant qu'il essayait de dégager sa main droite. Il sentit sa peau le brûler, mais il força encore, jusqu'à abandonner.

« Qu'est-ce qui est arrivé à Cass ? »

Il ne répondit pas. Il voulait sortir de là, pas perdre son temps à discuter.

« Alors petit cœur, tu as perdu ta langue ? »

« Il est encore au Purgatoire ».

« Donc... aucune aide à espérer de sa part j'imagine... »

« Il ne serait pas venu pour toi de toute façon ».

La jeune femme leva les yeux au ciel en retenant un gloussement, ce qui eut le don d'énerver Dean encore un peu plus.

« Quoi ? »

« Tu es pathétique quand tu es jaloux ».

« Je ne suis pas jaloux » gronda Dean.

« Bien sûr que si. Nous avons déjà eu cette conversation. Tu es jaloux que ton ami Castiel s'inquiète pour moi ».

« Oui, je te rappelle que tu es une démone et qu'il n'est pas vraiment sain d'esprit. Je suis quasiment sûr que s'il était dans son état normal, il t'aurait déjà exorcisé ».

« Eh bien... ne t'inquiète pas pour ça. Crowley se chargera de me tuer pour toi ».

La porte de la pièce où ils se trouvaient s'ouvrit brusquement avant que Dean n'ait le temps de répondre. Le battant alla claquer avec fracas contre le mur, et un démon s'avança à l'intérieur.

« La ferme vous deux » aboya-t-il.

« Sinon quoi ? » répliqua Dean, nullement impressionné.

Le démon s'avança vers lui. Il avait choisi un hôte imposant à la peau d'ébène, grand et large d'épaules, le crâne rasé. Il fit craquer les jointures de ses poings, et Dean eut même l'impression de l'entendre grogner.

« Crowley veut s'occuper de toi personnellement. Mais il m'en voudra pas si je t'abîme un peu. Alors ferme-la ».

« Des démons comme toi, j'en mange 10 au petit-déjeuner, alors si tu crois que tu me fais peur tu... »

Dean n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Principalement parce que le poing serré du démon percuta sa tempe avec tellement de force que sa chaise bascula sur le sol. Mais il s'était évanoui avant même d'avoir heurté le sol.

Le démon lâcha un grognement en considérant Dean, attaché à chaise, il fusilla Meg du regard, comme s'il la défiait de dire quelque chose, puis il fit demi-tour. la démone resta stoïque, jusqu'à ce que son congénère ait refermé sèchement la porte derrière lui. Elle baissa les yeux pour considérer Dean, puis son regard se porta sur le cercle tracé au sol avec de la peinture. Elle était vraiment dans la merde.

[***]

La tête de Sam lui tournait. Et il avait l'impression tenace qu'elle était beaucoup trop lourde pour être soutenue par sa nuque. Il cligna des yeux, essayant d'éclaircir sa vision, et il releva la tête. Il se trouvait dans ce qui ressemblait à une salle de réunion. Il était assis dans un fauteuil, et ses bras étaient attachés aux accoudoirs. En face de lui était assise une jeune femme blonde, qui donnait l'air de s'ennuyer profondément, les bras croisés sur sa poitrine.

« Enfin il se réveille » commenta-t-elle.

« Où suis-je ? » marmonna Sam, la bouche pâteuse.

« Quelle importance ? Tu vas mourir d'ici quelques heures » répondit la jeune femme avec un haussement d'épaules.

« Qu'est-ce que vous voulez ? »

Elle lui adressa un sourire qui n'augurait rien de bon, mais ne précisa pas sa pensée. Elle se leva de son siège, et commença à arpenter la pièce, les mains fourrées dans les poches arrières de son jean.

« Quand Dean saura que... »

« Dean ne viendra pas te chercher » l'interrompit-elle sèchement. « Et c'est bien ce qui m'ennuie ».

Elle pivota, et son sourire s'élargit lorsqu'elle remarqua l'expression de Sam.

« Oh, ne panique pas. Il est toujours en vie. Des démons l'ont attrapé avec dans l'idée que tu irais chercher ton frère ».

Elle avait contourné la table et venait de s'arrêter près de lui. Elle se hissa sur la table pour s'y asseoir, et considéra le visage de Sam pendant un moment.

« C'est plutôt ironique, quand on y pense, non ? » lâcha-t-elle au bout d'une minute. « Que les leviathans et les démons aient eu la même idée ».

« Que voulez-vous de moi ? »

« Que tu restes en vie. Dick sera ravi de te revoir. Il le sera encore plus lorsqu'il verra Dean, après tout, c'est lui qui l'a tué... »

« Vous... vous voulez le faire revenir ? » demanda Sam, incertain. « Comment ? »

« Eh bien... le Purgatoire... c'est un peu comme... notre maison. On peut y être consigné pendant quelques temps en étant tué mais... au final, si les portes s'ouvrent en grand... rien de plus facile pour en sortir ».

Elle se pencha légèrement en avant et murmura à l'oreille de Sam, comme en confidence :

« Sans compter que cette fois... il n'y aura personne pour absorber les âmes qui vont en sortir ».

La respiration de Sam s'interrompit pendant quelques secondes. C'était mauvais, terriblement mauvais. Tout ce dont cette fille avait besoin, c'était le sang d'une créature venant du Purgatoire. Et il était quasi sûr qu'elle avait déjà réglé cette partie du plan en sacrifiant l'un de ses petits camarades.

« Je sens qu'on va s'amuser » ajouta-t-elle en se redressant.

[***]

Le démon abattit ses cartes et annonça :

« Full aux neuf par les rois ».

Son comparse, assis face à lui, jeta ses cartes sur la table, de dépit, et le premier s'empressa de ramasser les jetons qu'ils venaient de remporter. Mais alors qu'il était en train de les empiler soigneusement, la porte du hangar où ils se trouvaient fut soufflée par une explosion. Le démon en faction devant celle-ci traversa la pièce dans un vol plané avant de s'écraser avec un bruit mou sur le sol, et la table de poker se renversa.

Les poings de Crowley ne cessaient de se serrer et se desserrer convulsivement sous l'effet de la colère. Il s'avança vers le centre de la pièce, balaya les lieux d'un regard noir de fureur, la respiration saccadée.

« Le poker ? » lâcha-t-il d'une voix étonnamment calme.

Il s'avança, et piétina la main de l'un des démons, qui s'était retrouvé écrasé sous la table lorsqu'elle s'était renversée.

« Je me suis fait bannir par une petite salope d'ange, et vous jouez au poker ? »

Il se retourna, fusillant du regard chacun des démons présents dans la pièce.

« Où est-elle ? Je la veux morte avant ce soir. Et Kevin ? L'un de vous a-t-il songé à se mettre à sa recherche, sombre crétin ? ET OU SONT LES WINCHESTER ! »

Il avait hurlé cette dernière phrase. Lorsqu'il eut fini , un silence de plomb s'abattit. Aucun démon n'osait parler, de peur d'attirer l'attention sur lui.

« Nous... nous avons Dean Winchester monsieur » finit par bafouiller l'un d'eux.

Crowley pivota vers lui et le fusilla du regard. Le démon eut un léger mouvement de recul.

« Trouvez-moi son frère. Tout de suite ! » exigea-t-il d'une voix encore tremblante de colère.

[***]

Sam essayait discrètement de se défaire de ses liens, mais il ne parvenait qu'à s'arracher la peau de ses poignets. La jeune femme blonde était restée avec lui dans la salle de réunion, le surveillant à peine pendant qu'elle se limait les ongles d'un air concentré.

« Quoi ? » aboya-t-elle lorsqu'on frappa à la porte.

Elle releva la tête, considérant son congénère qui attendait derrière la vitre, puis elle lui fit un signe pour l'autoriser à entrer. Sam dut se dévisser le cou pour le regarder. Il traînait un homme de petite taille derrière lui, dont le visage était recouvert par un sac en toile de jute.

« Nous avons repéré la cachette des démons. Et nous... l'avons trouvé ».

Le léviathan fit sèchement s'asseoir son prisonnier sur l'une des chaises. La jeune femme s'approcha et lui retira le sac qui lui couvrait la tête. Le prisonnier sembla être désorienté pendant une seconde, et il jeta des regards paniqués aux alentours. Sam retint un soupir de soulagement. Pendant quelques secondes, il avait craint que ce ne soit Kevin.

« Alors... voilà notre traître... » murmura la jeune femme.

« Pitié, pitié ne me tue pas » supplia aussitôt le jeune homme. « Je ferais tout ce que tu voudras. Absolument tout. Je t'assure que je ne voulais pas, je... »

« Tu ne voulais pas quoi ? coupa sèchement Héléna. « Trahir ta propre race ? »

« Pitié je... »

Il n'eut pas le temps de terminer sa supplique que le léviathan lui remettait son sac sur la tête pour étouffer ses paroles.

« Emmène-le avec les autres. Attendez mon signal avant de déclencher le rituel ».

« Oui Héléna ».

De nouveau, Sam se tordit le cou pour suivre la sortie du prisonnier, traîné par le bras par un léviathan. Puis il reporta son attention sur celle qui semblait être le chef du mouvement.

« Je crois que je viens de retrouver ton frère. Je suis adorable n'est-ce pas ? »

Adorable ? Sam n'était pas certain que ce soit exactement le bon mot...

[***]

Crowley bouillonnai toujours de colère. Il essayait pourtant de se contenir. La situation était certes catastrophique, mais ça aurait pu être pire. Certes, Kevin lui avait échappé, mais au moins, il était débarrassé de Dick, et Dean Winchester était son prisonnier. Une fois Kevin et Sam en sa possession, son bonheur serait assurément complet.

Il arracha presque le verre contenant un liquide ambré des mains du démon qui le lui apporta, et il avala la moitié du liquide d'une gorgée. Il allait vider son verre, lorsqu'un bruit lui fit tourner la tête. Il plissa des yeux, en direction du trou béant à la place de la porte d'entrée, bouché à la va-vite avec une bâche. Il claqua des doigts et aussitôt, deux démons se dirigèrent dans cette direction. Ils revinrent quelques secondes plus tard en traînant une jeune fille par le bras.

Elle n'avait pas l'air d'avoir plus de de dix-sept, peut-être dix-huit ans, et elle s'accrochait de toutes ses forces à une grande enveloppe en papier kraft qu'elle serrait contre son cœur.

« Eh bien... regardez ce que nous avons là... »

Crowley s'avança vers l'adolescente, qui semblait se recroqueviller à mesure qu'il avançait vers elle. Si deux démons ne l'avaient pas fermement retenu par les bras, elle se serait probablement enfuie à toute jambe.

« Véritablement charmante » commenta Crowley en effleurant le visage de la jeune fille. « Que puis-je pour vous délicieuse enfant ? »

L'adolescente, terrorisée, jeta des coups d'oeils paniqués autour d'elle, n'osant aps regarder Crowley dans les yeux. Elle finit par prendre une profonde inspiration avant de bafouiller :

« Une... une femme m'a dit de vous apporter ça ».

Elle desserra les bras et lui donna l'enveloppe qu'elle avait apporté avec elle.

« Une femme ? » interrogea Crowley en ouvrant l'enveloppe et en plongeant la main à l'intérieur.

La jeune fille hocha frénétiquement la tête de haut en bas pour répondre.

« Blonde et... et... Elle... elle a dit que... qu'elle voulait faire affaire avec vous ».

Crowley venait de sortir un téléphone portable de l'enveloppe. Il quitta l'objet des yeux lorsque la jeune fille reprit la parole d'une voix suppliante :

« Je peux partir ? S'il-vous-plait... »

« Oui, bien sûr ma chérie ».

Il fit un bref signe de tête, et ses deux subalternes lachèrent les bras de la jeune fille presque en même temps. Elle fit alors demi-tour pour s'enfuir en courant.

Crowley se retourna, le téléphone dans une main, et de l'autre, il fit un bref geste. A quelques mètres de là, il y eut le bruit d'os qui se brisait, puis un bruit de chute.

« Faites le ménage, je n'aime pas quand les cadavres traînent ».

Il ouvrit le clapet du téléphone, sans trop savoir s'il espérait trouver une indication quelconque, lorsqu'il se mit à sonner. Il n'hésita pas, et décrocha.

« Crowley » s'annonça-t-il. « A qui ai-je l'honneur ? »

« Héléna. Je crois que tu as quelque chose qui m'appartient en ta possession ».

Le démon cilla.

« Et je crois que tu as quelque chose qui m'appartient » répliqua-t-il.

[***]

Pour la deuxième fois en très peu de temps, Dean eut l'impression que son crâne venait de passer sous un rouleau compresseur. Il préféra d'ailleurs laisser sa tête contre le sol pendant quelques minutes supplémentaires. Il rouvrit les yeux, et il se souvint brusquement de l'endroit où il se trouvait en apercevant Meg, ligotée face à lui.

« Rebonjour petit coeur ».

« Je crois que je l'ai énervé... » marmonna Dean.

Il releva la tête, et mit quelques secondes avant de comprendre que le sang qui souillait le sol était probablement le sien.

« Qu'est-ce qui s'est passé pendant que j'étais... »

« Dans les vapes ? » proposa Meg, voyant que Dean semblait hésiter sur la façon dont il devait terminer sa phrase.

« Ouai... »

« Crowley est revenu. Je l'ai entendu hurler d'ici. Je crois qu'il n'était pas ravi. Il a crié quelque chose à propos « d'une salope d'ange » qui l'avait banni ».

« Elle est pas des plus efficaces si tu veux mon avis... » marmonna Dean.

Elle avait banni Crowley pour quoi... quelques heures ? Et elle prétendait être une ange puissante...

Dean essaya de se redresser tant bien que mal, et il s'appuya sur son bras gauche pour se redresser un peu plus. Puis il réalisa que sa main gauche n'était plus attachée aux accoudoirs de la chaise. dans sa chute, l'accoudoir en bois s'était brisé, et son bras, bien que toujours entravé par des chaines, était libre. Il libéra complètement son bras et, les idées encore peu claires, il considéra sa main un moment, avant de relever les yeux vers Meg. C'était un début... mais il avait une chance de se sortir de là.