La chasse est ouverte
Vos commentaires et vos encouragements m'ont tellement touchée que j'ai décidé de poursuivre cet OS. Je tiens à garder une certaine fidélité par rapport à mon idée de départ et au titre, sachez que la relation de nos deux protagonistes s'annonce houleuse !
Je compte nommer mes chapitres plus tard. Bonne lecture.
Une nuit sans lune et un vampire seul, posté sur un plateau surélevé dominant la ville encore endormie de Mystic Falls. Ses yeux noirs étaient fixés sur la même maison depuis plusieurs minutes, semblant la transpercer de toute part. Bennett, avait-il lu sur la boîte aux lettres. Bonnie Bennett, la fameuse sorcière dont il avait tant entendu parler sans jamais la rencontrer… jusqu'à cette nuit. L'image de son visage était imprimée dans son esprit telle une photographie accrochée à un mur, toujours présente même quand il ne la regardait pas, même quand il essayait de s'en détourner, de l'oublier.
Souviens-toi de cette nuit, Kol. C'est le sceau de ton échec.
Sa défaite était marquée au fer rouge sur sa chair. Indélébile. Elle le brûlait encore et le brûlerait toujours car c'était la première qu'il essuyait après des siècles et des siècles de chasse. La rapace qu'il était avait attendu un défi de taille, et c'était un raz de marée qui s'était présenté à lui. Un cataclysme sous l'apparence frêle et fragile d'une femme. Une belle femme. Puissante et têtue. Captivante. Et s'il avait fallu la poursuivre jusqu'au bout du monde, il n'aurait pas hésité un seul instant. Il avait trouvé sa cible, sa proie. Une proie digne de lui. Et il la traquerait jusqu'à l'avoir, jusqu'à la fin, même si ça devait prendre des mois, des années, des dizaines d'années… Il la poursuivrait jusqu'à ce que la vie de la sorcière tienne dans la simple paume de sa main. Il serrerait ensuite le poing et l'écraserait vilement dans sa poigne, la réduisant en miette. Puis il rouvrirait les doigts et laisserait tomber sa misérable dépouille, de la simple poussière qu'il éparpillerait gaiement sur le chemin de retour. Et il n'y aurait pas pas de cérémonie, pas de funérailles, ni même de tombe. L'épitaphe ne serait gravé nul part ailleurs que dans son esprit à lui : Ci-gît Bonnie Bennett, elle en valait la peine.
Car Kol n'était pas seulement un originel, il faisait aussi partie de ceux qui n'avait conservé que peu d'humanité lors de leur transformation. Et peut-être n'en avait-il d'ailleurs même pas conservé la moindre. Il s'était parfaitement prêté au jeu, se pliant aux règles qu'imposaient une espèce comme la sienne : c'était un véritable prédateur. Perfide et purement mauvais.
Mauvais car il ne subsistait que par le sang de ses victimes, car il n'existait qu'au travers du mal qu'il faisait aux autres et car seul répandre la mort donnait un sens à la sienne. C'était sa raison d'être. Cela aurait dû l'être pour n'importe quel autre vampire, mais que voulez-vous, la nature est si mal faite...
Souviens-toi aussi de cette nuit Bonnie, car plus jamais tu n'en connaîtras d'aussi douce.
-BB-
Elle n'allait pas tarder à regretter amèrement d'avoir mal tiré ses rideaux. Un rayon de soleil vint se glisser insidieusement dans le léger espace qu'ils laissaient découvert, allant caresser le visage de la jolie métisse de sa douce chaleur et de sa lumière trop vive. La sorcière accueillit l'intrus avec un grognement inaudible et se retourna dans son lit.
Comme si le monde entier avait décidé que Bonnie Bennett ne devait pas se rendormir, le portable de celle-ci se mit à vibrer rageusement sur sa table de chevet. Le bruit était long, saccadé et désagréable au possible, si bien que Bonnie abandonna rapidement l'idée de l'ignorer. Le visage encore enfoui dans l'oreiller, elle le chercha à tâtons d'une main brutale, claquant au passage ses doigts sur la table de chevet avant de les refermer sur l'objet. Elle accepta l'appel sans même regarder de qui il s'agissait et le mit à son oreille.
-Oui ? marmonna t-elle, encore à moitié plongée dans le sommeil.
-Bonnie ? C'est Caroline. Ça va ? Je ne t'ai pas vu en cours, je m'inquiétais.
La belle se redressa un peu dans son lit, le portable à l'oreille. La couette glissa le long de ses épaules et Bonnie la releva immédiatement sur elle pour ne pas laisser le froid envahir son corps.
-C'est vrai. Je ne me sens pas très bien aujourd'hui. J'ai dû attraper quelque chose en rentrant de chez Elena hier, mentit-elle.
Depuis son incident avec l'originel, Bonnie avait reçut une belle leçon de vie. À force de trop parier sur la sûreté de son avenir, le malheur avait fini par lui gicler au visage, violent et imprévisible.
Elle avait refusé d'aller en cours par crainte que le vampire originel ne rôde encore par chez elle. Elle se souvenait encore de son regard noir et bestial, de son sourire carnassier. Elle revoyait encore dans son esprit la détermination de son visage au moment où il courrait à ses côtés, avant de disparaitre de sa vue à nouveau pour tenter de briser sa protection. Malgré la chaleur de sa couverture, la belle réprima un frisson.
-Oh, tu veux que je vienne te voir ?
Caroline n'avait pas idée de ce qu'elle risquait si elle osait.
-Non ! répliqua Bonnie un peu trop rapidement, je ne veux pas que tu attrapes la même chose.
Elle ferma les yeux en se rendant compte de l'énormité qu'elle venait de dire. Comme si les vampires tombaient malade ! Le rire joyeux et cristallin de la jolie blonde retentit dans le combiné.
-Contente de voir que tu n'as pas perdu ton humour ! dit-elle entre deux éclats de rire, je passe ce soir. Je vais en histoire là, bisous !
Caroline raccrocha sans même laisser le temps à Bonnie de prendre la parole. Elle soupira et resta encore un peu dans son lit. Le moment de se lever était toujours le plus difficile de la journée pour elle.
La jolie sorcière cligna des yeux puis projeta d'un mouvement sec la couverture sur le côté pour se donner du courage. Le froid matinal l'atteignit comme un coup de fouet et l'obligea à sortir du lit. Elle courut chercher sa robe de chambre derrière sa porte et s'emmitoufla dedans pour réchauffer ses bras nus ainsi que ses jambes qu'un short trop court laissait à l'air.
Elle enfila ses chaussons et descendit prendre son petit-déjeuner. Tout en sirotant son café, Bonnie songea de nouveau à la nuit dernière.
Ce n'est pas fini.
Kol l'avait menacé. Mais il n'allait probablement pas l'attaquer en plein jour. Ce n'était pas très à la mode chez les vampires. Celui-ci était un originel et d'après ce qu'elle avait vu, il semblait chasser à l'ancienne.
Elle n'allait pas rester cloitrée chez elle à cause de ce malheureux incident. Elle essaya même de se convaincre que le vampire l'avait oubliée et était passé à autre chose, mais ce fut sans grand succès. Elle mangea ses deux toasts, le regard rivé sur le côté tandis qu'elle se perdait progressivement dans ses pensées. Elle devait vérifier dans ses affaires et dans les grimoires de sa grand-mère quelle genre de sortilège elle pourrait utiliser pour se protéger au cas où il repasserait à l'attaque.
Bonnie jeta un coup d'oeil machinal à l'horloge qui allait bientôt sonner les coups de midi.
Malgré sa longue nuit de sommeil, elle se sentait faible et se doutait que c'était à cause du bouclier qu'elle avait formé la veille. C'était un sortilège qui réclamait beaucoup de puissance et l'avoir maintenu aussi longtemps tout en courant lui avait demandé un effort surhumain qui l'avait affaibli aussi bien mentalement que physiquement. Elle serait certainement incapable d'en reformer d'ici les prochains jours, il lui fallait donc user d'autres astuces.
Elle débarrassa la table et se mit à la tâche. Le grand tas de parchemins et de livres de magie que sa grand-mère avait laissé derrière elle présageaient une journée longue et laborieuse au possible. Rapidement, Bonnie se retrouva assise sur son lit, petit bout d'une île perdue dans un vaste océan de papiers, de livres et de dessins en tout genre. Soulignant les passages qui lui paraissaient important au stylo noir, elle ressemblait à une élève studieuse plongée dans ses devoirs et son travail acharné mit du temps avant de porter ses fruits.
Elle envisageait en premier lieu d'ensorceler son pendentif pour qu'il canalise ses pouvoirs et aide son énergie à ne pas s'épuiser trop rapidement. Il s'agissait d'un sortilège si compliqué qu'il se répartissait sur plusieurs feuilles et il lui avait fallu de longues minutes de recherche pour toutes les réunir.
Une potion était nécessaire pour y tremper le pendentif et elle devait vérifier ses ingrédients. Elle tenta d'abord de ranger le capharnaüm qui régnait dans sa chambre pour ne conserver que les feuilles qui l'intéressaient, mais elle n'eut pas le courage d'aller jusqu'au bout et se résigna à laisser les derniers grimoires trainer sur son lit. Elle fit légèrement craquer son dos endoloris d'être resté trop longtemps courbé et quitta sa chambre.
Elle descendit à nouveau dans la cuisine et eut un hoquet de surprise en constatant qu'il était 17h passé. Elle pressa un peu le pas, et ouvrit ses placards.
Son regard s'arrêta un instant sur les feuilles de veine de vénus, qu'elle devait garder en réserve pour plus tard, et attrapa une boite de gingembre pour la poser sur le comptoir. Elle s'empara ensuite des branches de romarin qu'elle posa juste à côté.
-Zut, les bougies, dit-elle en allant chercher dans un tiroir adjacent.
La sonnerie qui retentit au moment où elle ouvrit le tiroir la fit bondir de surprise.
Caroline, se remémora t-elle.
Elle trottina vers la porte en annonçant à voix haute pour la forme :
-Je t'attendais !
Son coeur rata un battement quand elle réalisa aussitôt le visage qui se présentait à elle n'était pas celui qu'elle avait attendu. Le sourire qu'elle avait arboré en ouvrant la porte s'était crispé, laissant son visage figé dans une expression horrifiée.
-Bonsoir, Cendrillon.
En restant chez elle, Bonnie s'était enfermée dans une bulle protectrice. Et la dure réalité la frappait de nouveau comme un réveil brutal après une longue nuit peuplée de songes.
Kol Mikaelson était bien là, à sa porte. Il lui tendait ses escarpins de la veille avec un sourire inquiétant. Son regard profond et brillant d'une tendresse hypocrite était aussi doux que la caresse d'une lame de couteau.
La sorcière baissa les yeux sur les biens qu'il lui présentait. Elle ne devait certainement pas passer la main à l'extérieur de chez elle d'un seul millimètre. Si elle faisait cette erreur, il la tirerait avec sauvagerie à l'extérieur et la tuerait sur le champs. Mais en y regardant de plus près, elle remarqua que la façon dont Kol tenait ses chaussures laissait pourtant leur bout dépasser l'encadrement de la porte et pénétrer l'intérieur de la protection de sa maison, comme s'il laissait l'opportunité à Bonnie de s'en saisir sans danger.
La sorcière considéra un instant l'extrémité de ses chaussures et tendit lentement la main. Elle devait y aller avec prudence, sans trembler.
« Allez Bonnie, c'est tout bête. Tu récupères tes godasses pour montrer que tu n'es pas effrayée et tu lui claques la porte au nez ! » songeait-elle.
Concentrée, sa main poursuivit sa trajectoire et à l'instant précis où ses ongles effleurèrent le bout de ses escarpins, ceux-ci reculèrent furtivement de quelques centimètres, quittant la protection.
Bonnie arrêta immédiatement son geste et redressa la tête vers Kol qui la dardait d'un regard joueur.
-Rends-les moi, dit-elle sèchement.
-C'est exactement ce que je suis en train de faire. Qu'attends-tu pour les prendre ? demanda t-il avec un sourire innocent.
-Ça suffit, Kol. Tu n'as pas réussi à m'avoir hier, trouve-toi une autre victime.
Bonnie referma aussitôt la bouche, ayant du mal à réaliser qu'elle venait de l'envoyer cordialement sur la piste d'une autre personne. La peur qui lui serrait le ventre laissait des choses atroces s'échapper de sa bouches, des mots qui dépassaient sa pensée.
-Je vois que tu ne connais rien de la traque, remarqua le brun d'un ton désinvolte.
Bonnie n'était pas maquillée et ses magnifiques yeux émeraudes étaient soulignés par de légères cernes qui n'enlevaient strictement rien à sa beauté. Ce simple air éternellement méprisant sur un visage fièrement relevé lui donnait la prestance d'une reine en toute circonstance, eût-elle porté des haillons.
Kol l'observa un instant avec un fin sourire avant de tendre légèrement la main à nouveau. Le bout des escarpins revint à l'intérieur de la maison un peu plus franchement. Bonnie s'en saisit rapidement et les posa sur la petite commode près de la porte avant de reculer de quelques pas, surveillant l'originel avec méfiance. Dès qu'il eut les mains libres, Kol croisa les bras.
-Je comptais t'inviter à dîner, dit-il.
-Tu te moques de moi ?
-Non.
-C'est hors de question. Va t-en.
-Pourquoi es-tu si dure ?
Il fit la moue en disant cela, comme s'il cherchait à l'attendrir.
-Outre le fait que tu m'écoeures, tu as tenté de me tuer tiens !
-Tu crois ? s'enquit Kol en penchant légèrement la tête, le regard à la fois interrogateur et amusé.
-Tu m'as attaqué ! s'exclama Bonnie, sentant la colère prendre le pas sur la peur.
-C'est toi qui a lancé la première pierre.
-Tu comptes encore m'attaquer !
Kol haussa les épaules, les lèvres étirées en un léger sourire.
-Je ne chasse pas la journée.
Ses paroles confirmèrent les pensées de Bonnie. Kol chassait à l'ancienne. Et c'était tout sauf un bon présage. Cela montrait qu'il était attaché à son rôle de prédateur.
-La nuit ne va pas tarder. Et quand bien même, va t-en, Kol !
Bonnie s'apprêtait à lui claquer la porte au nez mais l'originel fit un pas en avant, se rapprochant de la protection. La jolie métisse eut un léger sursaut, craignant l'espace d'une seconde qu'il puisse entrer. Mais c'était impossible.
-Tu ne vas pas t'enterrer ici éternellement, Bonnie. Il te faudra bien sortir un jour. Et je ne suis pas quelqu'un de patient.
Son ton grave empestait la menace.
-Pour l'instant, je n'en ai pas envie, répliqua t-elle à voix basse.
Elle toisa l'originel d'un regard noir et se saisit à nouveau de la poignée.
-Hey Bonnie ! claironna soudainement la voix de Caroline un peu plus loin.
Bonnie se figea d'horreur en voyant son amie traverser la rue et se diriger vers sa maison.
La sorcière demeura muette. Ce n'était pourtant pas l'envie de crier gare qui lui manquait, mais elle était trop prise au dépourvue pour cela. Elle crut défaillir en voyant la jolie blonde monter les marches du perrons et se rapprocher de Kol comme si de rien n'était. Ce n'était plus la vie de Bonnie qui était en danger, mais celle de son amie. Et pour elle, c'était pire.
Caroline était désormais à la portée de Kol et il ne suffisait que d'un seul geste. Simple, rapide et précis. Une décision, une seconde, et il pouvait se retrouver tenant son coeur dans sa main. Il n'appartenait qu'à lui de décider de son destin, de sa vie qui pouvait s'arrêter à cet instant même.
C'était facile... trop facile.
En arrivant à la hauteur de l'originel, Caroline inclina la tête à son attention en signe de salut, ralentissant l'allure. Elle plissa un peu les yeux devant cette impression de déjà vu.
-Je vous connais, non ? dit-elle d'une voix hésitante.
Bonnie devina que son amie l'avait probablement vu au bal organisé par sa famille. Elle se tenait sur ses gardes, prête à lancer un anévrisme à l'originel au moindre geste. Mais serait-ce suffisant pour sauver son amie ? Arriverait-elle à anticiper le coup mortel qu'il pouvait porter ?
-C'est possible, répondit l'originel d'un ton léger.
Le regard taquin de Kol croisa celui de Bonnie. Celle-ci eut l'impression d'entendre sa voix dans sa tête. Elle se répercuta dans tout son corps, comme un souffle glacial. Il la narguait.
Vois-tu ? Vois-tu ce qui se présente à moi? Si je décidais de la tuer, pourrais-tu m'en empêcher ?
Caroline fit le premier pas chez la sorcière et Kol pouvait encore la retenir. Il avait encore la possibilité de mettre un terme à sa vie, mais il ne fit rien. Pas le moindre geste. Son regard noir et redoutable était rivé sur celui de Bonnie, voulant lui faire réaliser l'étendu du péril que son amie encourrait. Le temps semblait avoir ralenti sa course jusqu'à ce que Caroline n'entre complètement et ne dépasse Bonnie.
-Je t'attends dans ta chambre, tu as des cours à rattraper ! la prévint-elle avec un air important avant de gravir les escaliers, non sans avoir lancé un dernier regard à l'originel.
Bonnie se retourna brusquement pour regarder le dos et la chevelure blonde de son amie s'éloigner, comme si elle n'arrivait pas à croire ce qu'il venait de se produire. Puis elle reporta son attention sur Kol. Il arborait un rictus moqueur.
-Pense à ce que je t'ai dit, murmura t-il sombrement.
Et en un clin d'oeil, il avait disparu.
Bonnie resta un long moment pétrifiée devant la rue désormais déserte. Une légère brise vint effleurer son visage et elle claqua violemment la porte.
-Caroline ! appela t-elle en courant dans la cuisine.
Le cri de Bonnie était si paniquée que son amie était déjà postée à côté d'elle dès la première syllabe, les jambes légèrement écartées en position d'attaque.
-Quoi ?!
Caroline regarda autour d'elle puis reporta son attention sur Bonnie qui venait de poser toutes ses réserves de veine de Vénus sur le comptoir, à côté des bougies. Elle fouilla fébrilement dans son tiroir et balança à l'aveuglette des gants pour la belle blonde, qui les reçut malencontreusement en plein visage.
-Qu'est-ce qu'il se passe, Bonnie ?! s'exclama t-elle, commençant à être gagnée par l'affolement apparemment contagieux de son amie.
-Il faut que tu m'aides ! On a des fioles de verveine à remplir ! Tout de suite !
Fin de ce chapitre, j'attends vos avis. Pensez-vous que j'ai bien fait de continuer ? :/
