Un peu différent cette fois, les personnages n'ont pas de noms, mais sont facilement reconnaissables ! Bonne lecture.
Petite bise à pirate-grenouille ;)
LE BAISER
Ils avaient roulés dans l'herbe fraiche encore humide de rosée par endroit. La violence de leur ixième altercation les avait entrainés loin dans le parc cette fois, hors de la vue des autres, lassés de leur rivalité stérile et pourtant sans cesse répétée, se nourrissant à une source apparemment inépuisable. Leurs corps se débattaient l'un contre l'autre, dans un ballet de coups et d'évitements, ponctué d'insultes et de cris. L'épuisement les prit, le souffle leur vint à manquer, la hargne les quitta laissant place à un apaisement bienvenu.
Etendus par terre côte à côte, haletants et endoloris, ils reprenaient leur souffle. D'un même et lent mouvement, ils tournèrent la tête l'un vers l'autre, s'observèrent un long moment indécis, avant d'éclater de rire, un rire fou, salvateur. Reprenant leur sérieux, ils se rapprochèrent. Le brun se positionna au dessus du blond et le fixa.
Allongé sur lui jusqu'à la taille, appuyé sur un coude, il caressa son visage d'une main légère, tel un aveugle qui veut graver les traits d'une personne chère dans sa mémoire. Il posa ses lèvres hésitantes sur ces paupières closes, ce front lisse, ces joues pâles rosies par le rire, comme trop intimidé par cette bouche pleine entrouverte, légèrement enflée. Il s'en approcha lentement, comme s'il s'agissait d'un animal effarouché à apprivoiser. Il en traça les contours du bout des doigts, fasciné par ce renflement charnu délicatement coloré. Son index s'en retrouva momentanément prisonnier, aussitôt libéré.
Il souri, si près qu'ils mélangèrent leurs respirations. Sa bouche osa enfin toucher au fruit défendu, d'un effleurement d'abord, s'éloignant un instant pour mieux revenir, conforté par le frémissement de ce corps sous le sien. Il les fit se rencontrer à nouveau, plus longuement. Insatisfait, il l'entrouvrit et dévora doucement celle offerte par son compagnon. Une agréable chaleur l'envahissait, il prit de l'assurance, senti des doigts dans ses cheveux. Deux mains le plaquèrent plus étroitement et une langue timide vint à la rencontre de la sienne. Elles se goutèrent et s'apprécièrent, aussi s'enhardirent-elles et commencèrent la visite de leurs antres respectifs. La découverte fut si agréable, qu'elles ne voulurent plus se quitter, entamant un dialogue leur procurant des sensations sans cesse renouvelées, toujours plus poussées, encore plus intimes, les entrainant au-delà des mots, dans un autre monde, ou plus rien n'existait d'autre que ce contact inattendu, irréel. Ils laissèrent le plaisir les envahir, prendre le contrôle de leurs esprits.
Ils gémirent et ce simple murmure éclata comme le tonnerre dans un ciel d'été et cela les fit refaire surface, hébétés. Ils se regardèrent, effarés par ce moment d'égarement, s'écartèrent vivement l'un de l'autre, se relevèrent et disparurent en courant dans des directions opposées, plus troublés qu'ils ne l'auraient dû.
A partir d'aujourd'hui, plus rien ne serrai comme avant… deux enfants étaient entrés dans le monde des adultes.
