Non, je ne vous ai pas abandonné, j'ai juste du boulot... mais l'autre soir, j'ai vu un doc sur je ne sais plus quelle chaîne sur les bébés dont le sexe n'est pas bien défini au départ et qu'on "force" à devenir l'un ou l'autre, avec tous les risques que ça comporte... et ça m'a inspiré cette histoire avec Théodore Nott.
Bonne lecture !
Le secret de Théodore
-ö*ö-
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été ainsi. Aujourd'hui, je sais que ce n'est pas « normal », mais je n'y peux rien.
Je suis fils unique et orphelin de mère. Mon père et elle m'ont eu sur le tard et elle est morte durant ma sixième année, je n'ai jamais su de quoi. Je suis un garçon solitaire, mais c'est une chose assez habituelle chez les vieilles familles de sang-purs, je ne suis pas le seul, les Malefoy, Crabbe, Goyle et autres Zabini n'ont qu'un seul héritier. Evidemment, si une fille est l'ainée, il y a de fortes chances qu'elle ne soit pas unique…
J'ai une constitution délicate, comme ma mère dit-on, au grand dam de mon père qui m'aurait préféré comme lui, grand et large. Mais je suis intelligent et ça fait sa fierté, il dit que je suis promis à un brillant avenir. Peut-être. Je ne suis pas ambitieux, mais je ferais mon possible pour le combler.
Enfant déjà, j'aimais aller dans la chambre de ma mère, j'y jouais durant des heures, j'entrainais mon elfe de maison Poussa avec moi. Elle est très douée pour les sorts d'habillement, c'est elle qui s'occupait de la garde-robe de ma mère. Elle avait de si belles toilettes aux couleurs chatoyantes et de très beau bijoux aussi, offerts par mon père ou venant de sa famille. J'aimais particulièrement les boucles d'oreilles en rubis, le rouge sombre s'accorde si bien aux cheveux sombres, les miens à cette époque étaient longs et Poussa me faisait des coiffures qui dégageaient mon cou gracile et mon visage.
Je mettais ses vêtements et il me semblait être elle. Je prenais le temps de bien choisir et Poussa faisait en sorte que ce soit à ma taille. Un jour, Drago est venu passer la journée chez moi et je l'ai amené dans mon royaume. Il est si différent des autres, tellement beau. Nous avons joué à nous marier et quand je lui ai dit que plus tard nous le ferions pour de vrai, il m'a répondu avec un petit rire que ce n'était pas possible car nous étions deux garçons… Ca m'a rendu triste.
Deux ans plus tard, j'entrais à Poudlard où je retrouvais la plupart de mes « amis ». Je mets des guillemets car, je n'ai pas vraiment d'amis, les autres me trouve trop bizarre. J'allais sans surprise à Serpentard avec Drago et les autres et eu la chance de partager leur dortoir. En vivant ainsi 24 heures sur 24 avec eux, je me suis rendu compte que j'étais le seul à avoir cet attrait pour les vêtements féminins. Nos uniformes étaient loin d'être seyants, même faits sur mesures, je ne me sentais pas à l'aise dedans.
Mon attirance pour Drago n'a pas faiblie et j'ai pris conscience d'une chose cette année : je l'aime. Vraiment. En fait, je l'ai aimé dès que nous nous sommes rencontrés, mais je ne savais pas reconnaître ce sentiment. Maintenant, si. Et ça fait mal car jamais il ne m'aimera, je ne l'intéresse pas. Même son amitié m'est inaccessible. Il est tel un prince au dessus de nous, les Malefoy sont puissants et craints, ils sont faits pour diriger. Et Drago devra épouser une fille…
Pourquoi suis-je né garçon ? La nature s'est trompée avec moi, ce n'est pas ce que je suis à l'intérieur. Si j'étais né femme, il ne m'aurait pas dit non, quand, à huit ans, je lui avais dit qu'on se marierait tous les deux, on se serait fait une promesse, et un Malefoy tient toujours ses promesses. J'aurais fait une fille plus qu'acceptable, au moins aussi jolie que Daphnée, j'aurais été à sa hauteur, je le sais, je suis né pour ça. Où est l'erreur ? A quoi je sers maintenant ? Pourquoi mon cœur saigne… A quoi servira ce sang-pur qui courre dans mes veines, si ce n'est pour le partager avec lui.
J'ai mal et personne ne s'en soucie, mais bientôt, la guerre nous rattrapera tous et plus rien n'aura d'importance. Alors ce soir, j'ai mis la plus belle robe de Mère, en shantung de soie rouge et la fameuse parure en rubis, Poussa m'a coiffé et maquillé, je sais qu'elle s'inquiète pour moi et je la rassure puis lui demande de partir. J'admire mon reflet dans la psyché une dernière fois. Ce que je m'apprête à faire est égoïste, je le sais, mais je suis fatigué, je ne veux pas être Mangemort. Et puis quelle différence cela peut bien faire après tout ? Mourir sur un champ de bataille, après avoir blessé et tué est-il plus honorable ?
Je bois la petite fiole que j'ai achetée à l'Allée des Embrumes et m'allonge sur le lit en prenant soin de ne pas faire de plis à ma toilette. Je regarde une dernière fois cette photo de Drago prise à Noël, la pose sur mon cœur et ferme enfin les yeux, avec un peu de chance, je te retrouverais, maman…
