Contemplation
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Cours de potions, 15h00, dernier cours de la journée.
Il est là, assis au premier rang comme le bon élève qu'il est. Il se tient bien droit sur sa chaise, mais pas raide comme s'il y était contraint, non chez lui, c'est naturel.
Il sort ses affaires de son sac : une plume d'aigle américain noire et blanche, un encrier en bronze ciselé, du parchemin, le meilleur bien sûr et enfin ses livres.
Il ordonne le tout sur son bureau, ses gestes sont précis, calculés, fruit d'une longue habitude ?
Le cours commence. Il saisit sa plume, la trempe délicatement dans l'encre sépia et l'essore légèrement contre le rebord de verre. Rogue débite son texte et il prend des notes, l'empennage fendu gratte la surface de papier régulièrement. Son écriture est comme lui : distinguée et harmonieuse, mais dure aussi. Ses longs doigts volent au dessus de la feuille qui se colore au fur et à mesure.
Le professeur a fini sa « dictée ». Il suspend son geste, semblant rassembler ses pensées. Les tectrices blanches se posent juste sous son nez pointu et descendent lentement comme une caresse sur ses lèvres jusqu'à son menton. Il réitère son mouvement. Encore, et encore… Je n'ai jamais eu autant envie d'être une plume…
Enfin, il sort de sa bulle et repose tout à sa place avant de prendre le livre à la page indiquée. Ses prunelles grises passent rapidement sur la liste des ingrédients et il se lève avec élégance. Je suis des yeux ce corps svelte tiré à quatre épingles. Même en uniforme, son être transpire la classe.
Il retrouve sa place et étale méthodiquement les produits sur la paillasse, puis allume le feu sous son chaudron. J'épie ses gestes, c'est le moment que je préfère. Il pose une racine de mandragore sur la planche à découper et la sectionne en tronçons réguliers. Ses mains, fines, racées et pâles coupent, pilent, séparent, contrastant avec l'environnement sombre devant lui. Elles virevoltent avec grâce, tels des papillons ou d'espiègles oiseaux mouches, regroupant les préparations, nourrissant le ventre noir du récipient, touillant la préparation frémissante. Mais comment ne pas frémir sous de pareilles attentions ?
Son visage à l'ovale un peu pointu est sérieux et concentré. La lueur des flammes orangées colore ses joues, étire l'ombre de ses interminables cils. Ses lèvres s'entrouvrent, se referment tour à tour, se déforment en mimiques irrésistibles que je brule d'emprisonner un jour des miennes.
- Potter ! Encore dans la lune ?
- Hein ?
- Très édifiant… soyez un peu plus présent durant mes cours se ne sera pas du luxe et surtout, apprenez que les nuits sont faites pour dormir. 10 points de moins pour Gryffondor.
Ses yeux se tournent vers moi, gris comme l'Atlantique un jour de tempête, moqueurs et froids comme l'océan au cœur de l'hiver.
Ton mépris me transperce. Tu es mon tourment, celui qui hante mes pensées, qui me fait rougir et bégayer, qui accélère le temps ou le ralenti, éclaire mes journées ou les assombrit. Tu n'en sais rien, heureusement, car tel que je te connais, tu t'arracherais à ma contemplation, piétinant le peu de miettes de toi que je grappille et dont j'ai besoin pour voir un nouveau jour se lever.
