Une bombe à retardement. Une masse d'uranium à l'état pur. Mortelle à trop courte distance et en instance d'exploser. C'est moi, depuis huit jours exactement. Je ne fais pas encore une dépression, non, pas cette fois. Cette fois, Peeta revient. Définitivement. Oh, pour quelqu'un d'autre, ça n'aurait rien d'extraordinaire. Ce n'est pas la première fois qu'on se retrouve séparés pour plusieurs mois. Une fois de plus ou de moins, quelle importance? Oui mais voilà, je ne suis pas quelqu'un d'autre...

Alors quelle importance? L'importance, c'est que cette fois, c'est un retour définitif, pour Peeta comme pour moi. Notre vie commence demain, à 18h30. Notre vie définitive. Il ne sera plus jamais question de thérapies, d'obligations de guerres, d'émissions de télé, de batailles, de caméras et d'artifices, de médicaments, de Geai Moqueur et de "hijacking", plus rien de tout cela n'aura d'importance, désormais. Peu importe dans quel état me reviendra Peeta, je l'aiderai à se reconstruire s'il en a besoin. C'est ce que je sens, et ce que j'ai décidé, et Haymitch me soutient. Alors oui, ces retrouvailles ont une importance. Enorme, même. J'ai eu du mal à mesurer l'ampleur de ma décision, au début. C'est seulement huit jours plus tôt que je me suis rendue compte.

Quand le docteur Aurélius a téléphoné pour annoncer quel jour Peeta finirait sa thérapie, et qu'il nous demandait de venir l'accueillir devant chez lui, mon sang s'est directement transformé en caféine et moi en bombe nucléaire. Mon rythme cardiaque frôle constamment les 200/h. Il a plus battu en quelques jours que celui d'une mémé de 90 ans durant toute sa vie... Mon poil se hérisse et je frôle la crise cardiaque dès que quelqu'un me touche. Haymitch trouvait ça drôle au début, jusqu'à ce qu'il aille se faire recoudre chez le petit docteur du 12 pour une morsure au bras. J'ai failli lui en arracher un bout, ce jour-là. Du coup, il ne s'approche plus de moi à moins de deux mètres.

Mais il a beau faire le malin, je sais qu'il est aussi tendu que moi. Son air crispé ne le quitte plus, et ses railleries ont l'air plus fades et moins enthousiastes que d'habitude. Lui aussi sent que l'état de Peeta sera définitif, et ça lui met les nerfs en pelote autant qu'à moi. Du coup, c'est devenu mission impossible de nous tenir dans la même pièce plus de dix minutes sans que ça ne dégénère. Sae l'a mis à la porte de chez moi il y a deux jours et m'a interdit d'aller chez lui jusqu'à nouvel ordre, pour ne pas à devoir nettoyer le sang de deux cadavres. Je n'ai pas osé lui désobéir, et de toutes façons, Haymitch ne me manque pas en ce moment. Je m'énerve bien assez toute seule.

Mes mains tremblent tellement que j'ai du mal à tenir quelque chose. C'est devenu mission impossible de chasser et mes collets sont catastrophiques. Sae m'a bannie de la cuisine après que j'ai failli lui trancher deux doigts en dérapant avec le couteau, et je ne m'en plains pas. Cuisiner dans un tel état, c'est du pur suicide... Du coup, je passe mes journées à me promener dans les bois, dans l'espoir de dépenser tout ce surplus d'énergie qui menace de me faire exploser, mais c'est peine perdue. Le soir, quand je monte dans ma chambre et que je me couche, c'est pour me relever aussitôt et faire les cent pas toute la nuit. Ca fait une semaine que je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit.

Je pense et repense à des millions de choses. Le retour imminent de Peeta, son état, notre futur, le baiser avant qu'il parte, le sort que je réserve au docteur Aurélius, mes sentiments, les siens, l'avancement de sa boulangerie, mon livre de mémoire des disparus, ma mère, etc. C'est à ces millions de choses que je pense en ce moment. Les yeux grand ouverts, ronds comme des billes, la bouche légèrement entrebâillée, la tête inclinée vers la gauche, les bras ballants et les jambes croisées en tailleur. De la bave dégouline sur mon menton et forme déjà un petit lac sur mes couettes. Mes yeux sont rivés sur la faible lumière provenant de la fenêtre. Des fourmis me démangent les jambes. Le sang ne parvient plus à circuler dans mes pieds. Tous mes muscles sont endoloris à force de ne pas remuer. Ca fait des heures que je n'ai pas bougé d'un poil. Je suis montée vers dix heures pour tenter de grappiller une ou deux heures de sommeil, et dès que je me suis assise sur mon lit, je suis rentrée dans cet espèce d'état de droguée. C'est clair que c'est plus efficace pour préserver mes forces que courir toute la nuit après Buttercup pour le seul plaisir de lui flanquer la frousse...

Ce dernier, sans doutes pour se venger de ce que je lui fais subir presque chaque nuit, bondit sur mon lit et manque de me faire faire un arrêt cardiaque. J'attends que mon coeur arrête de sauter hors de ma cage thoracique avant de me laisser tomber en arrière, mais à peine ma tête a-t-elle frôlé l'oreiller duveteux que je me relève précipitamment et sors de mon lit. Je m'assois sur l'appui de fenêtre et fixe intensément la mer sombre que forme la forêt au loin. Mes yeux dérivent malgré moi sur la lumière qui émerge encore de la maison d'en face et je sens ma tension monter en moi d'un cran. Mon cerveau se remet à penser à des millions de choses.

Je tente tout d'abord de me raisonner avant de céder à la panique. Non, il n'y a pas de nouveaux problèmes, c'est moi le problème, ici. C'est tout à fait normal qu'il y ait toujours de la lumière à cette heure-ci, c'est l'ultime séance de son traitement. Il faut le temps de lever l'hypnose. Et je suppose que ce n'est pas si facile de revenir à la réalité quand on a passé trois mois sous hypnose sans être sorti une seule fois de sa transe...

Je me demande comment Haymitch supporte la pression. Je devrais peut-être aller lui demander son remède, mais tout bien réfléchi, c'est trop facile à deviner. Et je ne souffrirai pas longtemps ses réflexions d'ivrogne. J'espère quand même qu'il ne viendra pas bourré demain pour recevoir Peeta, ou je jure qu'il m'entendra!

Tiens, j'ai oublié de penser à un cadeau pour l'occasion. J'en avais bien un en tête, mais les circonstances ont fait que je ne pourrai pas le lui donner demain... J'ai beau me creuser la tête, je ne trouve rien qui pourrait lui faire plaisir. Peut-être du matériel de cuisine, ou de peinture, mais j'ignore totalement ce dont il a besoin, et je ne vois pas où je pourrais me procurer des outils et des produits pareils avant demain. Je m'en veux de ne pas y avoir pensé plus tôt... Si ça avait été le cas, j'aurais pu passer commande au train pour ramener quelque chose du Capitole, mais maintenant, c'est trop tard. Le prochain train n'arrive pas avant la semaine prochaine.

Qui plus est, je ne sais rien faire que tirer à l'arc. Je n'ai aucun talent créatif, aucune imagination, et je suis nulle en travaux manuels. A la limite, je sais un peu cuisiner. Enfin, je ne sais faire que ce que Sae m'a appris en un an ou deux. Mais ne m'avait-elle pas dit un jour: "Apprends à bien cuisiner, tu auras tous les hommes à tes pieds"? Je sens mes joues rougir un peu. Puis un autre souvenir me revient, celui de notre dernier baiser ici même, dans cette chambre. Mes joues rougissent beaucoup plus franchement, cette fois, en même temps qu'une douleur se réveille dans mon coeur.

C'est terriblement frustrant de ne pas savoir ce que représente ce baiser. Est-ce que ça voulait dire qu'il m'aimait encore? J'ai trop peur de me laisser penser ça. J'ai du mal à y croire. Il y a tellement d'explications possibles... Peut-être qu'il voulait se rassurer, ou peut-être que c'était en fait le dernier soubresaut de sentiments désormais morts, ou un réflexe venu du passé, en réaction à un événement stressant et à une séparation imminente, ou un petit geste pour m'encourager à me tenir tranquille pendant son absence, ou encore une nouvelle technique pour me torturer psychologiquement. De toutes façons, même s'il m'avait vraiment embrassée par amour, ce qui est très peu probable, la thérapie aura peut-être eu raison de ses sentiments en en ravivant des plus douloureux. Pas d'illusions, ça fait trop mal de revenir à la réalité, après.

J'essaie de me persuader que tout espoir que Peeta me retourne à nouveau mes sentiments est vain. Il ne me doit rien, il m'a déjà bien trop donné. Bien sûr, moi, je l'aime, je le sais depuis un bout de temps, déjà, mais je ne suis pas certaine d'en avoir le droit. Enfin si, le droit de l'aimer, je l'ai, mais je n'ai aucun droit d'espérer qu'il m'aime encore en retour. Mais dans ce cas, à quoi bon l'aimer? Enfin, ce n'est pas comme si je pouvais m'en empêcher. C'est plus fort que moi. Ma vie se résume en ces deux mots: Peeta Mellark. Et j'ai beau ne pas me l'autoriser, au fond j'espère toujours.

Je donnerais beaucoup pour pouvoir lire dans ses pensées, demain. Pour savoir à quoi m'en tenir. Définitivement. Je perds le fil de mes pensées. Mon esprit vagabonde une fois dans le futur, une fois dans la maison d'en face. Piquée par la curiosité, je concentre mon regard sur les fenêtres éclairées à la recherche de quelconques mouvements, mais je ne vois rien. Qu'est-ce qu'ils font? Est-ce que Peeta est déjà réveillé? Le docteur Aurélius a quand même intérêt à laisser Peeta dormir quelques heures!

Soudain, une ombre apparaît au premier étage et je tourne vivement le dos au dehors. Mes joues s'enflamment, on les verrait presque briller dans la nuit. Je ne sais pas vraiment ce qui me gêne, mais ça me gêne. Terriblement. Je jette un rapide coup d'oeil à l'heure indiquée sur mon réveil. 04h27. Je soupire. Encore quatorze heures et trois minutes à attendre. On dirait que le temps s'acharne à passer le moins vite possible pour m'horripiler! Ce qu'il réussit à merveille, j'en conviens... On dirait qu'un siècle s'est déjà écoulé depuis minuit, mais il n'est que 04h30... Si tout ne s'arrête pas bientôt, je vais littéralement exploser.

Après avoir passé une demi-heure à faire les cent pas dans la pièce et avoir terrorisé mon chat, je me décide à m'occuper plus intelligemment. J'allume une petit lampe et m'effondre sur la chaise devant mon bureau. J'attrape distraitement un crayon et ouvre mon carnet de notes sur les tributs qui commençait à prendre la poussière, mais mon esprit est bien trop embrouillé pour penser à autre chose qu'à Peeta. Dans l'infime espoir que cela m'aide à trouver de l'inspiration, je relis mes notes précédentes. Je saute un mot sur deux, relis cinq fois la même phrase par mégarde, me trouve bien en peine de comprendre un traître mot à mon charabia, m'énerve toute seule et finalement jette mon crayon à travers la pièce d'un geste impatient. J'étouffe, ici! Il me faut de l'air frais de toute urgence. Je descends lourdement dans la salle à manger, vérifie que Buttercup n'a besoin de rien, ce dont il n'a cure à une heure pareille, comme n'importe qui d'autre, d'ailleurs... Malheureusement pour moi, sa gamelle déborde encore des restes de poulet d'il y a deux jours et son bol de lait est plein à ras bord.

En désespoir de cause, je vais chercher un truc à manger dans le frigo, décidée à m'occuper en mangeant. Normalement, il doit rester un morceau de tarte à la rhubarbe, quelque part... Puis je me rappelle l'avoir offert à Sae pour sa petite-fille. En examinant les options qu'il me reste, mon appétit s'évapore aussitôt. Je n'ai aucune envie de me bâfrer de saucisson ou de chou au lard, surtout à une heure pareille. Je reste plantée devant le frigo fermé, les yeux dans le vague, en attendant que le temps passe. Je tourne la tête vers la fenêtre. La vitre me montre mon reflet. J'ai l'air d'un bovidé en pleine overdose de LSD. Je me moque de moi-même et retourne à ma cuisine.

Je commence monter un réquisitoire mental contre la poignée hideuse de ma porte de cuisine et les rideaux fleuris que ma mère a placés dans la cuisine à notre arrivée. Il y a certaines choses dans cette maison que je devrais penser à virer. La bibliothèque est beaucoup trop encombrée de bouquins qui ne sont même pas intéressants à lire. Je ferais mieux de les renvoyer à ma mère, elle en fera meilleur usage que moi. Ce n'est pas comme si lire me passionnait non plus, j'avais toujours détesté les cours de lecture à l'école. Le seul livre qui selon moi vaut la peine d'être lu, c'est le livre des plantes de mon père. Mais la plupart des livres de la bibliothèque sont des livres de médecines, d'herboristerie, de cuisine et quelques romans. Les romans me dérangent surtout parce qu'ils appartenaient à Prim et que ça me fait encore un peu mal de voir des traces de son innocence tous les jours sous mon nez. Quant aux autres livres, je ne vois pas à quoi ils pourraient me servir. A part peut-être ceux de cuisine, et encore...

C'est là qu'une idée lumineuse me vient. J'ai enfin trouvé ce que je vais offrir à Peeta. Puisque sa boulangerie n'est pas encore prête (c'était mon idée de départ, mais on en a encore pour au moins trois semaines de travaux pour finir de peindre et d'aménager, d'autant qu'il reste pas mal de matériel que le Capitole doit livrer), c'est moi qui vais me mettre à la boulangerie. Le résultat ne sera pas aussi convaincant que si c'est Peeta lui-même qui prépare, mais comme on dit, c'est l'intention qui compte. Je suis certaine que ça lui fera plaisir.

Je n'ai pas besoin d'aller chercher bien loin pour trouver une idée de recette. Du pain, c'est exactement ce qu'il faut. Ca, au moins, je suis certaine qu'il ne l'a pas oublié. Il s'en souvenait parfaitement avant sa thérapie. C'est notre souvenir qui n'appartient qu'à nous. Et je veux être sa 'fille des pains', tout comme il est mon 'garçon des pains'. Bien sûr ce n'est pas du tout la même situation qu'à l'époque, quand il m'a lancé ces deux pains brûlés. Lui ne mourra pas de faim si je ne les lui donne pas, mais c'est l'un des symboles les plus forts qui nous unisse.
Je réfléchis rapidement à ce que je vais faire. Il doit être 05h00 au plus tard, donc les magasins ne seront probablement pas encore ouverts. Je ne pense pas avoir tous les ingrédients chez moi, donc il faudra quand même que j'aille à la Grand-place faire mes courses plus tard. Normalement, tous les magasins sont ouverts à partir de 08h00. Mais avant toute chose, il me faut la recette.

Pour ça, je sais où aller. Sae l'aura sûrement quelque part, elle a une montagne de livres de cuisine dont elle a hérité de sa mère. Je ne sais pas par quel miracle elle les a tous sauvés de l'anéantissement du 12. Un sort de vieille charmeuse? En tout cas, elle a vraiment de tout là-dedans. Et je suppose que si je lui dis que c'est pour Peeta, elle n'hésitera pas à me donner la recette accompagnée d'un sourire en coin des plus agaçants, comme elle sait si bien m'en servir. Si je me mets en route maintenant, j'arriverai pile au moment où elle se lève habituellement. En même temps, je serai plus proche des magasins pour aller faire mes courses, si besoin est.

Je traîne un peu avant d'arriver à la Veine, histoire de laisser à ma vieille bonne le temps d'émerger de son lit. Je n'ai pas envie de lui faire faire un infarctus dès le réveil. En arrivant, je vois que j'ai bien fait de ne pas aller trop vite. J'aperçois à travers la vitre la bonne vieille Sae, toujours en robe de nuit et les cheveux en bataille, à moitié assoupie devant sa tasse de thé fumante. Elle a presque le nez dedans... Pour éviter de réveiller Neena qui est toujours malade, je frappe discrètement au carreau et agite la main. Elle se saisit en me voyant, puis pousse un soupir entre soulagement et mauvaise humeur, et me fait signe d'entrer.

"Eh bien, on est tombée du lit?
- Pas vraiment... Je n'ai même pas pris la peine d'y rentrer, à vrai dire."

Elle me regarde d'un oeil sévère.

"Qu'est-ce qui se passe encore?
- Le stress, je suppose...
- Quel stress donc?! Aaaah... Je vois. Bah, il ne te mangera pas, va. Je suppose que ce fameux docteur ne l'a pas arrangé au point de le transformer en cannibale. Et quand bien même il te mangerait, ce n'est pas toi qui pourrais t'en plaindre, je me trompe, petite?"

Son regard ambigu et son sourire plein de sous-entendus me mettent mal à l'aise. Je déteste quand Sae fait ça, alors je préfère jouer les ignorantes.

"Qu'est-ce que tu veux dire?
- Alors, tu étais venue pour quoi? Une tisane apaisante, peut-être? Ou tu es tombée à court de baies du sommeil?"

Je lui réponds, surprise par son ton presque agressif.

"Haymitch te donne des cours de sarcasmes?
- Non, j'ai juste passé une mauvaise nuit, c'est tout.
- Je venais te demander la recette du pain de boulangerie. J'en ai besoin pour... Peeta."

Une moue surprise apparaît sur son visage, bien vite remplacée par un nouveau sourire entendu des plus embarrassants.

"Enfin, tu vas écouter ta vieille Sae! Je te l'avais dit, je te l'avais dit! Tiens, la recette est dans ce bouquin-là. Tu as déjà les ingrédients qu'il te faut chez toi?
- Je ne pense pas avoir tout, non.
- Prends ce qu'il te faut dans l'armoire, alors. Tu peux même travailler ici, si tu veux. Mon four est sans doutes vieux, mais il est imbattable. Il a même survécu au bombardement! C'est pour te dire comme c'est un dur à cuire."

J'accepte avec plaisir. Je n'ai pas vraiment envie de redescendre jusqu'au Village en traînant un sac de farine lourd comme moi sur tout le trajet du retour.

Je me mets au boulot sans plus tarder. Sae me supervise pour éviter que je commette la moindre erreur. Il faut que ces pains soient parfaits, tout comme ceux de Peeta l'étaient. Je prépare mes ingrédients, les dose et les mélange avec une précaution exagérée, mais je tiens à ne rien négliger. Je pétris la pâte sans jamais me lasser. Je n'écoute pas les protestations de mes bras épuisés qui hurlent à la mort. Après une heure de travail intense, je peux enfin prendre une pause. Tout le haut de mon corps est engourdi par l'effort et j'ai des crampes partout dans les bras. Sae, dont la crise de mauvaise humeur semble être passée, me masse gentiment les épaules. Ca me fait un bien fou... Je m'endors sans même m'en rendre compte. Sae me réveille trois heures plus tard. "Hé, petite, n'oublie pas ta pâte, ne la laisse pas reposer trop longtemps." Je lui réponds par un bâillement, m'étire, réveille mes bras endoloris et recommence à pétrir ma pâte inlassablement.

Trois heures et demie plus tard, je rentre chez moi le pas léger mais les bras en plomb, et deux pains encore chauds soigneusement emballés dans un panier. Ils sont beaux et ils sentent bon, ce qui n'est déjà pas si mal. La cuisson est parfaitement réussie. Et il a une magnifique croûte dorée. J'ai du mal à me retenir de mordre dedans. J'arrive chez moi vers 13h00, alors je décide de faire une sieste avant de me préparer pour retrouver Peeta ce soir. Je saute dans mon lit et m'endors instantanément.

Mon rêve est calme et agréable. Je me promène sur un long chemin blanc, bientôt je suis rejointe par Peeta, qui me prend la main et avance avec moi, heureux. Je ne suis pas moins heureuse que lui. Plus rien ne nous tracasse, plus rien ne nous sépare. Pas besoin de parler, son sourire suffit à m'emplir de bonheur. Je suis avec lui, il est avec moi. C'est tout ce que j'ai besoin de savoir. Au loin, je vois apparaître deux petites silhouettes qui courent vers nous. Un élan de joie me pousse à courir vers elles en toute hâte. Sans même le savoir, je sais qui c'est. Ce sont... SPLATCH!

Une vague glaciale me réveille en sursaut et je tends la main vers l'endroit où je pose mon arc en général. Puis j'aperçois à travers mes paupières encores lourdes les cheveux blonds et sales et le sourire goguenard de mon mentor qui me contemple d'un air satisfait.
"T'es en retard, chérie.
- Haymitch! Mais t'es malade?!"

Un sourire sadique apparait sur son visage. Je me retiens de lui tirer une flèche entre les deux yeux.

"A charge de revanche, ma petite. T'as une demi-heure pour te préparer.
- Me... Oh! Mince!
- Comme tu dis. Je t'attends en bas." Il descend les escaliers et je bondis sur mes pieds. J'arrache presque la porte de ma penderie dans ma précipitation. Ce que j'y trouve est désespérant, quoique tout à fait attendu, compte tenu de mes goûts vestimentaires... Je n'ai que des vieilles chemises et des pantalons à me mettre. J'ai bien encore quelques unes de mes robes de soirée du Capitole, mais il est hors que question que je porte une robe! J'ai décidé en rentrant que ces dernière étaient bannies de ma vie, pour le moment. Finalement, je trouve une tunique assez jolie pour une fille. Je me déshabille et prends une douche en vitesse. Sans le faire exprès, mon regard s'attarde sur le reflet de mon corps nu dans le miroir.

J'ai toujours l'air d'un patchwork humain, malgré que ma greffe remonte à plus de deux ans, à présent. On voit toujours les traces de l'opération et la différence de couleur entre ma peau d'origine et celle qu'on m'a greffée. D'immondes cicatrices toutes boursouflées défigurent mon dos, mes jambes, mes bras, mon ventre. J'aurais pu servir de modèle pour la prochaine création de mutation difforme et sanguinaire du régime Snow... Maintenant, c'est clair, je n'aurai vraiment plus aucune chance avec Peeta. Je n'oserais jamais lui montrer mes cicatrices, et s'il les voyait, ça le dégoûterait à coup sûr. Je n'ai plus aucune envie d'essayer d'être jolie. Pourtant je me force. Je m'habille comme une fille et noue mes cheveux en une longue et soigneuse tresse. Au moins eux ont repoussé correctement. J'avais peur de les perdre définitivement. Je mets même un peu de parfum, un geste tellement en dehors de ma nature que ça me choque moi-même, tout comme le fait d'avoir envisagé quelques centièmes de secondes d'enfiler une robe.

Je rejoins Haymitch en bas. On dirait presque qu'on se rend à une soirée, alors qu'en fait on va juste accueillir Peeta devant chez lui avant de l'emmener chez Sae pour manger tous ensemble.

"Oh, mon Dieu! Une fille! J'avais oublié que tu en étais une, chérie.
- Ferme la, vieil ivrogne.
- Hé, respect, tu veux! On parle pas comme ça à ses aînés.
- Je te parle comme je veux. C'est l'heure?
- Bientôt. Avant d'aller chez Sae, il faudra que je m'entretienne avec docteur Machin pour qu'il m'annonce les résultats de la thérapie.
- Je pourrai écouter?
- C'est hors de question. Toi, tu tâcheras d'occuper le môme en attendant. S'il y a encore des mauvaises nouvelles, je ne tiens pas à ce qu'il les entende et commence à broyer du noir. Docteur Machin nous a conseillé de lui donner le sourire, pas de lui miner son moral dès sa première sortie à l'air libre."

Je rumine quelques instants.

"Ok, mais je veux savoir ce soir ce qu'il en est, sinon, je vais t'en faire baver.
- Hin hin! Essaie, seulement. Marché conclu. Bon, on va attendre dehors? Le docteur Machin ne va pas tarder à rappliquer avec notre 'paquet'." Je ris nerveusement de sa blague idiote et tente de me préparer mentalement. Tout le stress remonte à la surface. Je chancelle dangereusement, et manque de me prendre un vase en bronze. Haymitch me rattrape juste à temps. Ma vision se trouble quelques secondes avant de revenir à la normale. Mes joues exsangues et mes bras blanchâtres me donnent un air fantomatique. Tout mon sang se concentre dans mon coeur. Je ne veux plus y aller. J'ai trop peur de retrouver un Peeta encore changé. Qui ne sera toujours pas mon Peeta. J'ai peur de me faire rattraper par tous les doutes qui m'assaillaient avant sa thérapie. J'ai peur de mes sentiments et des siens, de ce qu'il en est ou pas de notre relation. J'ai peur qu'il me rejette. Des larmes apparaissent au bord de mes yeux.

Je trouve un dernier prétexte pour filer en douce et m'accorder encore quelques minutes de répit: j'ai oublié de préparer les cadeaux de Peeta. Je cours dans la cuisine et m'enferme dedans, histoire qu'Haymitch ne vienne pas m'ennuyer. J'attrape l'un des paniers que Sae m'a donné, le plus petit, recouvre le fond d'une serviette à carreaux et y dépose les deux pains. Ca fait un peu style grand-mère, mais on s'en moque, du style. Malgré ça, je me sens obligée de rectifier trois fois la position de la serviette, puis une bonne dizaine de fois celle des pains. Tous mes gestes sont d'une extrême lenteur. Une fois que je ne peux plus prétendre pouvoir faire quoi que ce soit, je m'arme de tout mon courage pour me diriger d'un pas chancelant vers la sortie. Mon coeur bat si vite qu'il risque de lâcher à tout moment. Mes yeux sont fixés sur l'endroit exact où apparaîtra la maison de Peeta dans trois... Deux... Un... Je fais le dernier pas qui me sépare encore de la lumière dorée du soleil et... Il n'est pas encore là.

J'expire lentement pour calmer mon pouls et arpente de long en large la rue devant la porte de Peeta pour me détendre un peu. Marcher m'a toujours fait du bien, mais tout semble vouloir me contrarier, aujourd'hui. Le moindre bruit fait bondir mon coeur, ce qui amuse beaucoup mon vieux mentor, on dirait. Sa moue moqueuse m'indique que c'est bien lui qui me saisit à chaque fois que je détourne le regard de ce vieux macaque insupportable. Mais malgré ses airs narquois, je sens que la tension monte en lui. Ses yeux gris délavés trahissent son appréhension. C'est sans doutes parce qu'il n'a pas assez bu avant de venir. J'aurais peut-être dû boire un peu, moi aussi... Non, Peeta n'aurait pas apprécié et il m'aurait encore fait la morale. Aujourd'hui n'est pas le bon jour pour me faire la morale.

Toujours aucun signe de Peeta ou du médecin, alors qu'ils auraient dû apparaître depuis dix minutes au moins. Ca commence à m'inquiéter sérieusement. Je m'apprête à aller frapper à leur porte pour vérifier si tout va bien, mais à deux mètres de la porte je me ravise. C'est stupide, il va arriver d'un instant à l'autre. Il faut que je me calme. Je me remémore mes cogitations matinales. Je ne sais pas ce qui nous rend si nerveux de retrouver Peeta, mais c'en devient proprement insupportable. C'est loin d'être la première fois qu'on est séparés de lui, pourtant. Ni la plus longue! Alors qu'est-ce qu'il y a de si spécial, cette fois-ci? J'avais trouvé une bonne réponse, ce matin... Peut-être... L'espoir?

C'est vrai que le jour de son sauvetage du Capitole, je me trouvais dans un état assez semblable à ce que j'éprouve maintenant. Mais par après, ça n'a plus jamais été le cas. Chacune de nos rencontres au 13 avaient achevé la moindre trace d'espoir que je gardais et j'ai appris à ne plus rien attendre de lui. Jusqu'à la fin de la guerre. Il a commencé à ressembler de plus en plus à mon garçon des pains, et sans m'en rendre compte, je me suis remise à espérer. Cette thérapie est mon ultime espoir de retrouver celui que j'aime le plus en Peeta. Et maintenant que je ne peux plus ignorer mes sentiments, le retrouver est la chose la plus...

Un bruit de porte me fait sursauter. Je me retourne et me fige de terreur. C'est lui. C'est bien lui. C'est vraiment lui! Il a aperçu Haymitch et lui sourit joyeusement. Je me tiens à une quinzaine de mètres d'eux. Peeta ne m'a pas encore remarquée. Il échange quelques mots avec notre mentor, mais je n'arrive pas à entendre, puis ils se serrent cordialement dans les bras l'un de l'autre - ce qui me fait assez bizarre, je l'admets - et enfin Haymitch me montre du doigt et Peeta se tourne vers moi. Ca y est, je fais un arrêt cardiaque. Je suis tétanisée. Toutes mes forces semblent m'avoir abandonnée. Mes résolutions se sont évaporées. Je n'ai même plus la force de respirer. Un coup de vent me ferait tomber à la renverse.

La brise printanière m'apporte les effluves de cannelle qui émanent de lui. Elle fait virevolter ses cheveux dorés qui brillent d'un éclat intense tout autour de son visage. Sa peau est trop blanche, mais ses joues sont d'un rose soutenu. Il a perdu des taches de rousseur, à cause du manque de soleil, sans doutes. Malgré sa pâleur inquiétante, il semble en forme. Aucun fantôme ne hante son regard, ce qui me soulage. Ses yeux bleus me transpercent le coeur. L'expression de son visage est indéchiffrable, ce qui m'effraie un peu. Il porte une simple chemise blanche aux manches retroussées jusqu'au coude et un jeans délavé, mais comme toujours, ça lui va à merveille. Le haut de sa chemise laisse entrevoir les lignes musclées de son torse de façon trop... visible à mon goût. Personne d'autre que moi n'a le droit de voir ça! J'avais presque oublié l'intensité avec laquelle son charme irrésistible fait chavirer mon coeur.

Le panier que je tenais à bout de bras tombe devant mes pied et les pains roulent sur le sol. Ma vision se trouble et je vois la silhouette de Peeta danser devant moi. Je la distingue de moins en moins bien, ce qui me fait peur. Je veux le contempler jusqu'à la fin des temps. Il n'a plus le droit de disparaître. Puis, alors que je ne distingue plus qu'une masse sombre devant mes yeux, je sens une main m'attraper au bas des reins, tandis que l'autre enfouit ma tête dans le creux de son cou. J'agrippe sa chemise avec tellement de force que mes poings en tremblent. J'inspire à pleins poumons. Son odeur m'enivre, je me sens totalement hors de contrôle. Sa main caresse mes cheveux aussi doucement qu'une brise de printemps. Sa peau est lisse et chaude, comme la peau d'un nourrisson. Mais la puissance et la fermeté qui irradient de tout son être me certifient que c'est un homme à part entière qui me serre dans ses bras. Je sens les pulsations de son coeur répondre au mien.

Je le serre encore plus fort contre moi, comme pour me fondre en lui. Je ne sens plus mes bras à force. Il enfouit sa tête au creux de mon cou. Je pleure toute les larmes de mon corps, jusqu'à noyer sa chemise. Il n'y a plus aucune maîtrise qui compte. Haymitch et le docteur ne comptent plus. Il y a seulement ses mains, son coeur, sa nuque, ses cheveux, son souffle, son visage. Je laisse aller toutes mes inquiétudes, toute mon angoisse à travers mes gémissements étranglés. Une goutte dégouline dans ma nuque. Puis une autre. Pourtant il ne pleut pas. Je murmure inlassablement son nom: "Peeta... Peeta...", et il me répond. "Je suis là... Je suis là, Katniss. Je suis là." Sa voix trop rauque et les gouttes qui dégringolent toujours dans mon cou provoquent en moi une douleur inouïe. Je lâche une longue plainte. On dirait celle d'un animal mortellement blessé.

Il pose ses mains sur mes épaules et s'écarte un peu de moi pour voir mon visage. Ses yeux sont humides et légèrement rougis. Une larme perle encore au coin de son oeil gauche. Je serre les dents et me remets à pleurer de plus belle. Je cache mon visage déformé par les larmes entre mes mains, mais il me les retire aussitôt. Ses paumes caressent mes joues et je prends son visage entre les miennes. Je tente de contrôler mes sanglots jusqu'à les étouffer complètement. Aucun de nous deux ne remue le moindre muscle. Le temps suspendu nous a figés en deux statues de verres. Un seul mouvement pourrait nous briser. Je suis hypnotisée par ses iris irrésistibles, une fois de plus.

Après une éternité passée dans l'océan de ses yeux, je m'y arrache à grand peine et laisse mes mains parcourir tous les recoins de son visage puis de son cou. Je me sens irrésistiblement attirée par ses lèvres fines et pourpres, qui semblent délicieusement tendres. Sans prévenir, je rapproche son visage du mien et unis nos lèvres. Je pensais le surprendre, mais il prend vite l'avantage. Rien n'a jamais été comparable à ce baiser. Il incendie tout mon être et m'enflamme comme une torche. Je sens un feu embraser mon coeur, mais ce n'est plus du tout le même qu'auparavant. Il me construit au lieu de me détruire. Il n'est plus rouge sang mais orange pâle, le plus doux qui m'ait été donné de voir.

En même temps, je ressens une force irrésistible prendre possession de moi et me pousser toujours plus près de Peeta, elle me colle à lui sans que ça ne soit jamais assez. Il faut plus que ça. Toujours plus, bien plus. Mes doigts malhabiles et empressés soulèvent inconsciemment la chemise de Peeta et caressent sa peau si tendre. Je le sens frissonner et il m'imite. Sa main se glisse sous ma tunique et frôle les courbes de ma poitrine. Sous ses doigts, je n'ai plus de cicatrices, je ne suis plus un monstre difforme. Je parcours les muscles de son dos, puis de son ventre, avant de me rappeler où nous sommes et ce que je suis en train de faire.

Le charme est rompu. Je reprends mes esprits et m'écarte précipitamment de Peeta, affolée. Je lance un regard embarrassé en direction d'Haymitch et du docteur Aurélius. Ce dernier a disparu. Pourtant, il est bien sorti juste après Peeta... Seul reste devant nous un Haymitch hilare. Je lui jette un regard courroucé, ce qui l'amuse encore plus. Je supplie muettement Peeta pour qu'il vienne à mon secours, mais il se contente de me sourire d'un air gêné. Stupides mecs!

"Hahaha! Ca c'était de l'occupation! Ouhou! Bien joué, chérie, tu l'as vachement bien occupé... Hihi... Houhou! Aaaah... Bon! On va manger? Ou je vous marie tout de suite?
- Mets la en veilleuse, sombre crétin..."
Je lui tourne le dos avec mauvaise humeur et prends la main de Peeta pour aller chez Sae, mais il ne bouge pas. Son regard reste fixé au sol. Sceptique, je regarde dans la même direction et aperçois les pains. Peeta se baisse pour les ramasser. Ils sont trempés et couverts de boue. Je regarde avec désespoir mon cadeau fichu. Il faudra que je le recommence.

"C'était pour toi, mais vu leur état..."

Peeta frotte un peu la boue dessus et mord dedans à pleines dents. Je le contemple avec des yeux ronds.

"Mais qu'est-ce que tu fais? Tu vas être malade, ils sont dégoûtants...
- Ils sont délicieux."

Il me sourit avec tendresse. Une lumière candide fait briller ses beaux yeux. Il finit les deux pains en deux temps trois mouvements et me serre dans ses bras.

"Merci, ça me touche."

Je suis de nouveau sur le point de pleurer. Pour tenter de cacher mon embarras, je bougonne quelque chose comme "il n'y a pas de quoi" et me dirige à grands pas vers la Veine. Heureux comme un gamin, Peeta me rejoint à toute vitesse et me prend la main. A voir son visage rayonnant, j'ai du mal à réprimer mon envie de rire.

Cette soirée-là a sans doute été la plus belle de toute ma vie, ou tout du moins, de toute ma vie depuis mes seize ans. Le repas de Sae était un pur régal. Haymitch a réussi l'exploit d'être sobre ET agréable (ou presque). Neena, qui semblait presque remise de sa maladie, s'est jointe à nous. Elle ne parlait pas, mais elle souriait sans cesse. Tout le monde était joyeux. Au moins pour ce soir, les horreurs du passé ont été mises de côté. C'est comme si j'avais trouvé une seconde famille. Haymitch et Sae sont là pour veiller sur moi. Et Peeta aussi, bien sûr. Et je peux veiller sur eux tous.

Peeta n'a jamais lâché ma main, même pour manger. Du coup, ça n'a pas été une mince affaire de finir notre assiette... Je ne parvenais pas à le quitter des yeux une seule seconde. J'étais ébahie par ce que mes yeux me montraient. Lui aussi souriait. C'était un sourire un peu différent d'avant, mais il semblait si heureux que ça n'avait aucune importance. En l'observant, je me suis rendue compte que ce n'était pas mon garçon des pains que j'avais retrouvé aujourd'hui, enfin plus tout à fait, mais cela ne me gênait en rien. J'ai fait mon deuil sans vraiment de peine, parce que le Peeta que j'avais sous les yeux était tout aussi extraordinaire. J'ai réalisé que Peeta est un homme accompli, à présent, et que je le perçois comme tel. Quand je me suis fait cette réflexion, mon coeur a fait un raté et mes joues n'ont pas manqué de s'empourprer.

A la fin du repas, je suis sortie admirer les étoiles en compagnie de Peeta, pendant que Sae terminait de préparer son dessert et Haymitch retournait la maison entière à la recherche d'un alcool quelconque. Nous n'avons pas échangé un seul mot. L'avoir à mes côtés me suffisait pour le moment. On aurait toute la vie pour parler. En observant la nuit paisible, j'ai trouvé la véritable signification de ces retrouvailles: un nouveau départ, ensemble, enfin. Avant de rentrer manger le dessert, Peeta a murmuré: "A nous deux, maintenant, Katniss Everdeen..." J'ai peur...