Bonjour à tous !
Un deuxième OS dans ce recueil, pas joyeux joyeux, qui me tient particulièrement à coeur... J'angoisse un peu de le publier, pour tout vous dire.
Merci à tous ceux qui ont lu le précédent, encore à plus à ceux qui l'ont reviewé !


"Alors, c'est fini ?"

La voix tremblait, incertaine. Il ne voulait pas vraiment connaître la réponse, elle ne serait jamais à son goût, cette putain de réponse. Il aurait voulu que cette question, maudite question, stupide question, ne passe jamais ses lèvres, qu'il arrive à la taire, à contenir son doute, sa peur, et qu'elle, elle ne le dise pas, et qu'il l'embrasse, comme avant, tendrement, passionnément, et que tout soit oublié, derrière eux, et la porte fermée. Comme si ça pouvait être oublié.

Elle était tellement jolie, debout face à lui. Elle dardait ses yeux sur lui, la tête relevée, fière. Ses cheveux roux descendaient dans son dos, et bouclaient, bouclaient, bouclaient, dans des spirales infinies qui s'entrelaçaient… Ils étincelaient au soleil, et Harry avait juste envie de les caresser, de sentir leur odeur, d'en profiter. Plonger son visage dans son cou, son nez dans ses cheveux, et les respirer, son oxygène. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, la serrer fort fort fort, pour qu'elle reste toujours avec lui, toujours. Mais elle devait répondre.

Elle ne lui pardonnerait jamais. Il le savait. Il l'avait toujours su. Ginny était trop intransigeante, elle avait trop de morale pour pardonner. Qui pardonnerait ? Le pardon est une absolution, l'absolution est une autorisation pour recommencer. Et il avait honte, tellement honte.

Il n'osa rien ajouter à sa question un peu idiote, la réponse était tellement évidente. Il n'ajouta rien, parce qu'elle aurait répliqué, et il savait ce qu'elle dirait, elle l'avait déjà dit. Ça faisait des jours qu'ils discutaient, hurlaient, criaient, pleuraient, ils avaient tout dit et plus encore. Mais il aurait voulu continuer.

Parce que tant qu'ils discutaient, ils étaient encore ensemble.

.

Sa voix résonnait encore dans la tête d'Harry. Il était lâche, tellement lâche. Il lui avait dit, mais quel courage était-ce ? Elle l'aurait forcément su – Parkinson n'était pas du genre à se taire – et ça aurait été pire. Il avait été lâche, il n'avait rien dit, il avait subi. Il l'avait laissée décider de ce qu'il allait advenir d'eux, sans rien dire. Il ne l'avait pas suppliée de le pardonner, il n'avait pas prié pour une deuxième chance, il ne s'était pas battu. Il avait pleuré, un peu, il n'avait rien dit, il l'avait regardée. Il avait tenté de la serrer dans ses bras, pour la réconforter, mais elle pleurait, et elle répétait "lâche moi lâche moi lâche moi", alors il l'avait lâchée.
Il était lâche de toute façon.

Il était heureux avec Ginny pourtant. Enfin, dernièrement, il avait été un peu perdu, il se trouvait jeune, jeune, bien trop jeune. Elle, elle parlait emménagement, cohabitation, repas de famille… Lui, tout ce qu'il voulait, c'était profiter de sa jeunesse, des quelques années qu'il lui restait, et sortir, voyager, faire des rencontres. Vivre. L'engagement lui faisait peur. Il venait de terminer son précédent : sauver le monde sorcier, mais il avait encore plus peur de celui-ci : aimer une femme à vie. Alors, il avait merdé. Totalement merdé.

Il l'aimait, pourtant, Ginny. Il s'en était rendu compte après – "et t'avais besoin de faire ça pour te rendre compte que tu m'aimais ?", elle avait hurlé – mais il l'aimait. Comme un fou. Il aurait tout fait pour elle, tout tout tout. Elle était son soleil, son espoir, sa vie. Ils avaient des projets ensemble, quelques endroits à visiter, quelques sorties à faire. Et il avait merdé, et il l'avait perdue. Et avec elle, grand nombre de personnes.

Dean allait froncer les sourcils et hausser les épaules. Ron allait hurler et le frapper. Hermione ne comprendrait pas, ne le reconnaîtrait pas, mais accepterait doucement. Malefoy allait ricaner un peu, avant d'en vouloir à Parkinson. Zabini allait secouer la tête. Et Parkinson allait minauder.
Et Ginny ? Et lui ?

Ginny pleurait. Elle n'avait jamais autant pleuré.
Lui s'en voulait. Il se méprisait, et n'arrivait plus à se regarder dans une glace.

Et pourtant, elle, le regardait. Elle le fixait, comme ça, avec ses grands yeux bruns qui brillaient de larmes, comme si elle cherchait le pourquoi. Le comment.
Pourquoi as-tu fait ça ? Comment as-tu pu me faire ça ? C'est elle, c'est toi ? Où, quand ? C'était bien ? C'était mieux ? Tu te rends compte de tout ce que tu as gâché ?

Harry bredouillait, s'embrouillait. Il ne savait pas pourquoi, il en avait juste eu envie. Il avait oublié Ginny, un instant, mais c'était trop tard. Qui avait initié, il ne savait plus. Il ne voulait pas savoir, et Ginny non plus. Si ce n'était pas Parkinson, elle ne voulait pas savoir.

Et elle le fixait, et lui baissait la tête. Son regard était accusateur, et surtout trahi, blessé. Il avait tout gâché : leur relation, leur couple, leur possible amitié, d'autres amitiés. Elle avait tout perdu : la confiance en eux, en lui, en elle.
Elle ne savait pas à quel point elle était belle, Ginny. Pourtant, elle l'était. Belle. Harry savait qu'il était envié, voire parfois jalousé, par d'autres garçons. Ils formaient le couple parfait : leurs amis ne les voyaient plus séparés, ils étaient de toutes les soirées, de toutes les sorties, toujours ensemble mais pourtant pas étouffants, toujours amoureux mais pourtant pas dans leur bulle. Le couple parfait, de l'avis de tous.
Et pourtant.

Et pourtant, il n'avait rien géré. Il avait succombé, comme n'importe qui, pire que n'importe qui, à la première fille un peu entreprenante. Le pire était que cette fille, c'était Pansy Parkinson. Il avait cru, naïf, à ses belles paroles de regrets de ses actes pendant la guerre, il avait accepté les verres qu'elle commandait en discutant innocemment, puis… il avait baissé sa garde. Et à ce moment-là, à ce moment-là seulement, elle avait attaqué.

Pansy Parkinson, elle était belle aussi. Différemment de Ginny. Pansy avait des seins, des hanches, des fesses. Elle n'avait pas un gramme de trop pourtant, était toujours juchée sur des talons, et ses interminables jambes continuaient jusqu'à l'ourlet de sa mini-jupe. Elle n'était même pas réellement vulgaire, ou en tout cas ça n'avait rien de choquant. Son décolleté avantageait doucement sa poitrine, son tee-shirt moulant soulignait ses formes, et son maquillage renforçait son regard charbonneux.
Pansy Parkinson était la femme cliché. Pulpeuse, aguicheuse. Elle était bonne, aurait dit Seamus vulgairement. Non, Canon, aurait rétorqué Lavande, dans un soucis féministe. Harry aurait ri doucement, aurait attiré Ginny lui et l'aurait embrassé. Quelle importance avait Pansy Parkinson ?

Aucune. Avant qu'il ne couche avec.

Il savait qu'il s'était fait avoir, en plus. Que l'attirance de Pansy pour lui était factice, réfléchie et décidée. Elle n'avait qu'un but : rendre Drago jaloux, lui qui ne regardait que la plus jeune des sœurs Greengrass depuis quelques semaines. Et quoi de mieux que d'aller séduire son pire ennemi ? Et Harry Potter était un défi en soit, et Pansy Parkinson avait toujours aimé les défis.

Il avait réussi l'impossible. Il avait réussi à faire en sorte que Ginny haïsse quelqu'un. Qu'elle le haïsse réellement, plus que les Mangemorts, Voldemort ou tout autre psychopathe. Elle haïssait Pansy plus que tout. En plus de son absence d'intelligence, Pansy venait de démontrer une absence de morale quasiment totale, et une cruauté hors pair. Et Ginny la détestait pour ça, pour ce manque de respect. Ça aurait pu être pire, Pansy aurait pu être une connaissance appréciée, ou encore pire ! une amie.

Pansy Parkinson était un serpent, un de ces anacondas qui étouffent leur proie lentement dans leurs anneaux, et les proies prises au piège ne peuvent rien faire, juste se laisser aller.

.

Ginny avait arrêté de pleurer, maintenant. Elle le regardait juste, et Harry pouvait sentir qu'elle réfléchissait. Ses pensées s'agitaient dans ses yeux, et il avait peur du résultat.

Ginny essayait de réfléchir rationnellement, raisonnablement. Elle avait assez pleuré, s'était assez énervée, mais maintenant, elle devait penser à elle.

Il l'avait mise dans une position atroce. Il avait tout avoué, et l'avait laissée face à la décision. Que devait-elle faire ? Le quitter pour ce qu'il avait fait, ce qu'il méritait amplement, ou rester avec lui parce qu'il était Harry, et qu'elle était amoureuse de lui ? Rester et prendre le risque (énorme) que leur relation fonce dans un mur ? Sans confiance, qu'allaient-ils bien devenir ? Ou partir, et prendre le risque de le regretter, parce qu'Harry… était Harry.

Elle était amoureuse de lui depuis ses 12 ans, depuis qu'il l'avait sauvée, et même avant elle l'admirait. Elle avait tout été : la fan, la groupie, la discrète, l'amie, l'amoureuse. Elle était amoureuse de lui depuis ses 12 ans, ils sortaient ensemble depuis six mois (depuis la fin de la Guerre en fait), et elle avait imaginé sa vie avec lui. Leur appartement, leur vie à deux, leur mariage, leurs enfants. Elle avait esquissé ces images dans son esprit, et le rendu lui avait plu. C'était la vie qu'elle voulait. C'était l'homme qu'elle avait toujours voulu.

Mais peut-on passer au-dessus d'une infidélité pareille, après six mois seulement ?
Ginny ne savait pas.

Et pour l'instant, elle se sentait juste trahie, blessée. Au plus profond d'elle même.

En dehors même du fait qu'Harry l'avait trompée avec Parkinson, ce qui était une trahison sentimentale énorme, il fallait encore compter avec le fait qu'Harry l'avait déçue, en tant que personne. Elle l'avait toujours cru fidèle, responsable, honnête, et elle le découvrait autrement. Le fait était aussi qu'elle était une femme, et que son amoureux, l'homme qui était censé l'aimer, la trouver belle, la désirer, avait été voir ailleurs. L'entière image qu'elle avait d'elle-même était bouleversée. Fracassée. Brisée.
Tout avait changé. L'image qu'elle avait d'Harry, celle qu'elle avait d'elle-même, et aussi celle qu'elle gardait de leur relation. Quand avait-il commencé à vouloir aller voir ailleurs ? depuis quand se forçait-il ? Qu'est-ce qui était faux ?
Quand elle y pensait, Ginny avait envie de pleurer. Encore plus qu'elle ne le faisait déjà.

C'était du beau gâchis.

Il avait tout gâché. Leur relation, leur amitié, leur affection, leur amour. Il avait un espoir, encore, qu'ils passent au-dessus, qu'un jour tout aille bien, de nouveau, que ça reparte, qu'ils oublient – comme s'ils pouvaient oublier, comme si Ginny allait oublier. Un espoir, encore.

Et lui, lâche, la laissait décider. Leur couple était entre ses mains à elle. Il avait avoué, et il attendait. Il avait fauté, mais ne prenait pas de décisions, la laissait avec ce dilemme ultime. Rester ou partir ? Essayer ou quitter ? Quelle que soit sa décision, Ginny allait hésiter, regretter, pleurer. Et lui ne l'aiderait pas, trop lâche pour agir. Le choix lui faisait autant peur, alors il déléguait. Il assumerait, mais ne voulait pas choisir. La laissant elle, la laissée de côté, un peu perdue, complètement trahie, décider.
Et ça, c'était le pire qu'il puisse faire.

Lui avouer, la laisser décider, sans rien dire. Ne pas lui dire qu'elle comptait, qu'il regrettait, qu'il était désolé, ne pas promettre de se rattraper, ne pas la supplier, ne pas se traîner à ses pieds, ne pas s'en vouloir. Il attendait juste qu'elle choisisse, et Ginny avait juste l'impression qu'il s'en moquait. Il avait joué, la balle était dans son camp, et il attendait, passif, qu'elle la renvoie. Sur lui ou dans un coin du terrain. Mais il ne courrait pas pour la rattraper, et cette constatation était un épieu dans le cœur de la jeune femme.

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Ginny le regardait, le fixait, comme si sa décision était déjà prise. Elle fixait en elle son image, l'image du Harry qu'elle avait devant elle, le traître, le trompeur. Avec la question qui tournait dans sa tête, encore et encore : qu'avait-elle fait de mal ? Qu'avait Parkinson de plus qu'elle ?

Elle ferma les yeux, l'espace d'un instant, et Harry sentit son cœur s'arrêter de battre. Comme si le monde se stoppait, un instant. Et il eut l'impression que tout allait changer, que tout était changé. Il eut mal à la poitrine, une boule dans la gorge qu'il contint, attendant encore un peu. La plus longue seconde de toute cette discussion.

Et pourtant, elles étaient longues, les secondes, quand Ginny pleurait, quand Ginny hurlait, quand Harry avouait. Elles avaient été longues.
Mais moins d'une seconde avant qu'elle ne réponde, ce fut la plus longue de toutes.

Il eut le temps de réfléchir, de regretter. Il voulut se mettre à pleurer et tomber à genoux, la prier de lui pardonner, lui promettre monts et merveilles si seulement elle voulait bien rester. Il vit toute leur relation défiler devant ses yeux – leur premier baiser dans la salle commune, l'acceptation tacite de Ron, son départ à la chasse aux Horcruxes, leurs retrouvailles dans les pleurs de la Bataille Finale, le soutien aux enterrements, la renaissance, le deuxième premier baiser dans un champ, leur première fois, timide et hésitante, dans la pénombre d'une nuit d'été, leur première nuit blanche à discuter, tous les je t'aime, tous les sourires, tout ce bonheur qu'ils avaient eu.

Et puis Parkinson, Parkinson et son sourire mystérieux, Parkinson et son regard envoûtant, Parkinson et ses courbes aguichantes. Pansy et ses regrets mensongers, Pansy et ses yeux lumineux, Pansy et sa timidité factice.

Ginny rouvrit les yeux, parla, et se détourna. Ses yeux brillaient encore plus que d'habitude, et Harry n'entendit pas. Il voulut lui demander de répéter, mais finalement, le mot résonnait dans son esprit.
Il avait décidément tout gâché.

.

"Oui".