Merci à ceux qui lisent, à ceux qui commentent. C'est le plus beau des cadeaux.
Hermione poussa la porte du petit café et s'arrêta un moment pour s'habituer à la légère obscurité du lieu. Elle parcourut la pièce du regard, et sourit en apercevant Ron qui lui faisait de grands signes du fond de la salle. Reprenant ses esprits, elle se fraya un chemin jusqu'à lui. C'était un assez bel endroit, le genre de petit café où l'on a toujours envie d'aller, pour quoi que ce soit. Pour lire seul ou pour voir des amis, pour boire une bière ou pour jouer aux cartes. L'atmosphère était accueillante, une cheminée donnait à la décoration des couleurs chaudes. Les peintures d'amateurs égaillaient les murs, alors qu'une lumière tamisée donnait une impression d'intimité qu'Hermione ne retrouvait pas dans les pubs où Ron et Harry avaient l'habitude de l'emmener. Le serveur lui sourit en la croisant, avec un signe de tête amical, et Hermione sentit ses épaules se dénouer et ses maux de tête disparaître doucement. Elle embrassa Ron sur la joue, et s'assit en face de lui, enlevant ses gants, son écharpe et son grand manteau.
Elle ne savait pas pourquoi Ron avait voulu la voir, mais il n'avait pas protesté quand elle avait proposé le café des artistes comme lieu de rendez-vous, et Hermione en avait déduit qu'il avait besoin de lui parler de quelque chose d'important. Sinon il aurait grogné et aurait fini par la traîner, sinon dans un pub, au moins dans un café sorcier plus près du Ministère. Il ne sentait pas à l'aise parmi les moldus, et Hermione pouvait aisément le comprendre au vu de la simple difficulté qu'il avait avec la monnaie…
Le serveur, un jeune homme brun, la peau mate avec de grands yeux bleus lui apporta son café. Ils échangèrent quelques mots en souriant. Il la reconnaissait comme étant une habituée des lieux, et Hermione l'avait toujours trouvé sympathique. Une fois qu'il se fut éloigné, elle reporta son attention sur Ron qui attendait toujours, patiemment.
"Comment vas-tu ?" demanda-t-il avec un sourire fatigué.
Hermione lui sourit doucement. Comment allait-elle ? Elle était fatiguée, son patron lui prenait la tête avec des dossiers sans aucune importance, parce qu'il était raciste et misogyne. Alors elle travaillait encore plus, de façon à ce qu'il n'ait rien à lui reprocher. Ses parents lui faisaient la tête parce qu'elle leur avait annoncé qu'elle ne passerait que deux jours avec eux pendant les vacances au lieu des cinq prévus, et Ginny était tellement survoltée avec son mariage approchant qu'Hermione peinait à la voir, et encore plus à parler d'autre chose que de la future cérémonie.
"Je vais bien, répondit-elle néanmoins.
- Tu travailles trop. Tu as des cernes énormes. Maman m'a dit que tu ne viendrais pas dimanche parce que tu as trop de boulot, et Harry pense que ton patron est un connard qui t'exploite. Tu ferais mieux de l'envoyer paître, grogna Ron en touillant son café distraitement."
Hermione sourit. Il avait changé depuis ses 15 ans où elle avait dit qu'il avait la capacité émotionnelle d'une cuillère à café. Ou à soupe, elle ne se souvenait plus. Il avait grandi depuis la fin de la Guerre, et ça se voyait. Dans ses yeux bleus un peu plus durs, sa posture encore plus musclée. Il s'imposait. Le Quidditch qu'il pratiquait dans un club amateur lui faisait du bien, lui permettait de s'affirmer, de se poser. Ron avait pris le temps de regarder autour de lui, avait réalisé Hermione. Et maintenant, il était aussi observateur que Ginny ou Harry. Peut-être même plus quand ça la concernait elle. Leur relation serait toujours particulière, aimait elle songer doucement.
"Et toi, comment vas-tu ?", demanda-t-elle, changeant de sujet d'un balayement de main.
Elle vit Ron hésiter à répondre. Il eut l'air de se concentrer sur sa tasse de café devant lui, d'hésiter encore, de se raviser. Et puis finalement, il leva ses yeux vers elle, et Hermione fut frappée une fois de plus par le bleu de son regard et la vitesse avec laquelle ça l'hypnotisait.
"C'est Anna. Je pense qu'elle va me larguer."
Hermione releva la tête, surprise. Elle ne comprenait pas, Ron et Anna étaient ensembles depuis plus d'un an et demi, et la dernière fois qu'elle les avait vu, ils parlaient d'emménager ensemble. Ron était heureux avec elle, et pour Hermione c'était tout ce qui important. Anna était une fille simple, vivante et pétillante, qui riait trop fort et souriait tout le temps. Le genre de fille heureuse de vivre, qui croquait ce qu'on lui offrait à pleine dent, qui le montrait. Peut-être un peu trop, dans une famille qui avait connu la guerre et le deuil. Mais on n'arrivait pas à lui en vouloir, elle était française et n'avait pas connu son lot d'horreur. Elle était impulsive, parfois brusque, assez égoïste, mais d'un sourire à toute épreuve et d'un sens de l'humour qui parvenait parfois à faire sourire George. Et le sourire de George était tout pour Ron.
Anna rendait Ron heureux. Il avait des étoiles dans les yeux quand il lui parlait d'elle, au début, et puis la relation avait avancé, et c'était avec tendresse, amour et un sourire qu'il lui racontait les balades qu'elle l'emmenait faire en Ecosse, de ses études en droit auxquelles il ne comprenait rien, des projets de vacances qu'il avait avec elle. Et les projets se concrétisaient, et Hermione souriait encore plus quand il lui en parlait, heureuse de voir ses deux meilleurs amis se poser et construire leurs vies.
Du coup, elle ne comprenait pas ce qui avait changé depuis la dernière fois où Ron lui avait parlé d'Anna. Ça remontait à quoi, un mois peut-être ? Hermione ne savait plus, son travail l'avait submergée ces derniers mois…
"Pourquoi tu penses ça ?, demanda-t-elle posément, posant sur lui des yeux inquiets.
"Je ne sais pas, une impression, murmura Ron". Il se tut un moment, hésitant, et son regard croisa celui d'Hermione, et il sembla se décider.
"Elle m'évite. Ça fait deux semaines qu'on ne s'est pas vu, elle ne répond pas quand je l'appelle, elle a toujours quelque chose à faire quand je veux passer la voir. J'ai voulu passer lui dire bonjour à son boulot l'autre jour, parce qu'elle me manquait tu vois, ça faisait trop longtemps… Sa collègue m'a dit qu'elle était à mi-temps en ce moment, qu'elle n'était pas là. Elle m'avait dit qu'elle travaillait pourtant… Et les dernières fois qu'on s'est vu, elle était cassante, un peu comme toi quand tu es énervée et que je dis des choses stupides, sauf qu'Anna, elle n'était pas comme toi, elle n'avait jamais été comme ça… Depuis plusieurs semaines, on se voyait de moins en moins, et on s'engueulait de plus en plus… Pour rien en plus, pour des trucs nuls, tu n'imagines pas. Elle hésitait sur notre emménagement, elle disait qu'on avait le temps, que ça pouvait attendre, alors qu'avant elle était enthousiaste… Elle s'éloigne, Hermione, elle s'est trop éloignée. Je n'ai pas la moindre idée de ce qui s'est passé dans sa vie depuis une semaine… Je n'arrive plus, je ne pense qu'à ça. Je lui en veux de son silence, et d'un autre côté, j'ai envie de la voir… Elle m'a envoyé un hibou, pour qu'on se voit tout à l'heure. Un mot froid, impersonnel. Pire que Percy. Elle voulait que je lui ramène ses affaires aussi, parce qu'elle en aurait besoin…"
Il baissa les yeux, perdu. Hermione ne dit rien, ne répondit rien. Elle tendit juste sa main à travers la table pour la poser sur le bras de Ron, réconfortante. Elle ne savait pas quoi lui dire, que pouvait-elle dire à son meilleur ami quand il s'apprêtait probablement à se faire jeter par la femme qu'il aimait ? Il ferma les yeux un instant, comme pour réfréner ses émotions. Elle remarqua les cernes qui entouraient ses yeux, ses traits tirés et sa pâleur. Son vieux sweat, lui qui faisait maintenant attention à ses habits, depuis qu'il avait Anna. Elle s'en voulut de ne pas l'avoir remarqué en entrant dans le café, comme lui avait sur voir ses cernes à elle, son sourire fatigué.
"J'ai pas envie de la perdre. Si elle me quitte, je ne la reverrai jamais. On ne restera pas amis. Je ne veux pas la perdre, tu comprends ? Elle m'a apporté tellement, c'est quelqu'un d'exceptionnel, j'ai envie de garder contact avec elle quoi qu'il arrive mais je sais que ça n'arrivera pas, elle est trop distante, trop libre, trop détachée. Elle ne pense qu'au présent, et quand je n'en ferai plus partie, je rejoindrai sa liste d'ex avec qui elle n'a aucun contact, qu'elle évoque de temps en temps avec cette espèce de sourire furtif qui me rendait mortellement jaloux, alors qu'au final, elle s'en fout, c'est que de l'indifférence. J'ai pas envie qu'elle soit indifférente, parce que moi, je pourrais jamais l'être. Elle m'a tellement aidé, soutenu… À quoi ça sert, de sortir avec les gens que tu as le plus envie de connaître, ceux qui te font sourire le plus, si à la fin tu les perds ? Sur toutes les histoires qu'on vivra, il n'y en a qu'une, peut-être, qui finira bien ! Dis moi, Hermione, ça sert à quoi ? ça fait trop mal, de perdre les gens qu'on aime…
- Sortir avec quelqu'un ne veut pas dire forcément le perdre à la fin, Ron… Et tu ne sors pas avec tous les gens que tu aimes, regarde Harry, Neville, Luna…
-Je ne t'ai pas perdu, toi.
-Nous, ça a toujours été particulier. On tenait trop à l'autre pour se perdre, tu ne peux pas comparer ce qu'on a vécu en sept ans avant de sortir ensemble, à ta relation avec Anna.
-C'est vrai… mais j'espère qu'elle est comme toi, que je ne la perdrais pas. Notre rupture était parfaite, quand on y repense…"
Hermione étouffa un rire. Ça ressemblait d'ailleurs plus à un étranglement, et elle manqua de se brûler avec son café bien trop chaud. Ron lui jeta un regard interrogateur, un sourcil levé et un sourire qui pointait.
"Parfaite, tu veux rire ! On a mis une heure pour dire deux mots, personne n'y arrivait, à la fin on était tous les deux soulagés mais on ne s'est pas parlé pendant trois mois à cause de ça ! Harry jouait les hiboux, et il a fallu qu'on soit complètement ivres à l'anniversaire de Neville pour qu'on se reparle… Tu te souviens, quand on avait voulu s'introduire dans sa serre pour trouver un filet du diable à envoyer à Ombrage à Azkaban ?
-Oui… Et qu'on s'était trompé de pièce, qu'on était entré dans une chambre où on avait surpris Zabini et Padma…
-Tu sais qu'ils continuent de se voir, plus ou moins en cachette?
-Ils doivent être très discrets si tu le sais, aussi peu commère que tu es, se moqua doucement Ron.
-J'ai vu Parvati l'autre jour… En tout cas, ils sont complètement accros l'un à l'autre, mais ils ont trop de fierté apparemment. Elle me disait ça avec pleins de gestes grandiloquents, à la Parvati… On se serait cru dans les magazines de ta mère, ceux qui parlent des amours de sa grande chanteuse là…
-J'imagine oui... J'ai le droit à ça quand Lavande passe à la boutique aussi…"
Et la conversation continua, déviant de sujets futiles en sujets sérieux, doucement. Et ils riaient, parfois, souriaient souvent, et ils restèrent longtemps après que leurs tasses soient vides. Quand Ron se leva pour rejoindre Anna, Hermione le serra dans ses bras. Il quitta le café d'un pas rapide, et Hermione le regarda disparaître sous la neige. Elle avait encore un peu de temps avant de rejoindre Harry, remarqua-t-elle. Elle sortit un livre de son sac à main, et s'installa confortablement avant de l'ouvrir. Juste avant de commencer sa lecture, elle croisa le regard du serveur au bar qui lui sourit doucement, et elle se sentir rougir.
Hermione et Harry travaillaient ensemble sur le plan de table du mariage, installés confortablement dans le salon du jeune homme, à discuter de choses et d'autres. Ils essayaient de répartir les invités diplomatiquement, en évitant le contact des Malefoy avec les Weasley, les Gryffondor, et également les Serdaigles et les Poufsouffle, en essayant de regrouper les officiels à une table, par affinité et par position sociale. Harry avait abandonné et s'était avachi dans son canapé, jouant avec un vif d'or qui voletait dans le salon. Hermione dessinait distraitement sur une feuille, écoutant la légère musique qui s'échappait des enceintes. Un bruit contre la fenêtre les fit sursauter, et Hermione alla ouvrir au petit hibou qui s'introduit dans la pièce en piaillant gaiment. Elle sourit légèrement en reconnaissant CoqII, l'heureux successeur de l'ancien hibou de Ron. Elle attrapa le petit hibou et le lança à Harry pour qu'il le nourrisse, alors qu'elle dépliait le message. Son sourire disparut, elle chiffonna le message d'une main et murmura :
"C'est Ron. Anna l'a largué. Il est aux Trois Balais, il nous attend."
Harry la regarda, fronça les sourcils, et un sourire sans joie s'étala sur son visage.
"Oh, j'avais bien envie de boire, ce soir. Tous les trois, comme au bon vieux temps !"
Hermione sourit, attrapa son écharpe, son manteau et ses gants, et elle sortit de l'appartement, suivie de Harry. Ils transplanèrent à Pré-au-Lard, devant le pub où Ron les attendait déjà. Il était triste, son visage était creusé et pâle, mais quand il les vit s'avancer vers lui, ensemble, et le prendre dans leurs bras, ensemble, un sourire désolé sur le visage et des conneries plein la bouche, il ne put s'empêcher de sourire. Eux seraient toujours là.
