En l'an de grâce 1643, s'éteint, le 14 mai, le bon roi Louis le treizième, roi de France et de Navarre, fils de Henri le quatrième, roi de France et de Navarre, et de Marie de Médicis, fille d'Italie et femme du précédent.

À ce grand malheur, je dois ajouter, le contexte particulier de cette tragédie... La France est en effet victime d'un front de contestations sans précédent. La Fronde. Un nom bien enfantin, lorsque l'on sait les tenants et aboutissants de cette affaire...

Ainsi, que l'on soit princes du sang, princes palatins ou de petits aristocraties rurales, grandes fortunes ou humbles baronneries, on complotait à l'encontre du Roi... Et cette outrageante vérité n'en était que plus horrible lorsque l'on considérait le tendre âge du nouveau souverain, Louis le quatorzième, fils du regretté. À peine cinq année et Louis-Dieudonné de France, orphelin de père, était humilié par les grands de ce monde de par leurs ridicules complotages. Mais la loi en ce royaume était ainsi faite. Louis ne pouvait prétendre à régner avant ses treize ans, rendant de par la même, Marie de Médicis, sa mère, régente du Royaume de France. Et quelle régence ! Période de troubles parmi toutes, celle-ci présentait en plus la caractéristique d'être entachée par le peu de réputation que l'on prêtait au Premier Ministre, le Cardinal Mazarin, qui secondait la Reine.

Mais la catastrophe, hélas, ne s'arrêtait pas là. La France se trouvait présentement enlisé dans un conflit avec la très catholique Espagne. Les Habsbourgs de la péninsule ibérique n'avaient pas oublié l'intervention française durant la Guerre de Trente Ans. Et les Pyrénées étaient dévorées par les boulets espagnols, qui pilonnaient les terres de Louis XIV.

De tout côté, la Maison de France était assiégée par les ennemis. Entre Charybde et Scilla, elle vivotait entre l'Espagne et la Fronde, obligeant le Roi à raser les murs en sa propre capitale !

Mais revenons-en à ce très cher Ministre. Homme politique s'il en était, Jules Mazarin, de part son origine italienne -ce qui malgré les nombreux mariages entre la Couronne et les enfants d'Italie- avait bien peu de crédit aux yeux du peuple et de la noblesse. Ambitieux, superbement intelligent, il était l'héritage d'un clergé politisé à l'extrême, tel le Cardinal de Richelieu en son époque. On le haïssait, on le détestait, mais on en courrait pas moins à ses côtés afin de profiter de ses largesses, ou d'un quelconque autre avantage.

Né sans une once de sang bleu, issu d'une petite bourgeoisie d'artisanat, il fréquenta dans sa jeunesse la noblesse italienne romaine. Formé au Collège romain des Jésuites et en L'Université

Alcalà de Henares en Espagne, il servit l'Évêque de Rome. Après moults éclats, il fut prit sous l'aile du Cardinal Richelieu, Premier Ministre de Louis XIII, qui cherchait un successeur, voyant sa fin arriver, obtenant sa pourpre dans la foulée. Nommé Parrain du nouveau né Louis-Dieudonné de France, il fut conforté en la charge de Premier Ministre en 1642, après la mort de son mentor.

La Régente, nouvellement veuve, le conforta dans sa charge, aux grands damnes de certains nobles, qui tentèrent de l'assassiner.

Son Excellence donc, marchait d'un pas pressé en les couloirs ternes et glacé du Château du Louvre. Il venait de quitter la Reine et passant par une petite porte dérobée, se rendait chez son confesseur, le père Angello. Il faisait grand froid ce jour là, et le Cardinal se sentait d'une humeur bien las. Il devait se battre de toutes parts. Arracher tous les maigres succès qu'il réussissait à tirer de cette inextricable situation. Son devoir consistait à sauvegarder ce que Louis XIII avait légué en héritage à son jeune fils. Mais comment faire lorsque l'on frappait la Couronne de tous côtés. La Régente était humiliée dans les salons, la Cour bruissait de critiques. Ô, comme il regrettait la sainte époque où l'on s'inclinait sur le passage de Luis XIII et de son épouse, où l'on respectait encore le pouvoir royal !

Et maintenant, il devait subir en silence ! Des hommes courraient les rues en clamant à qui voulait l'entendre, leur volonté de le pendre haut et court ! Le monde marchait décidément sur la tête ! On avait comploté à son propos ! Missionné des brigands pour l'occire ! Et les coupables se nommaient

César de Vendôme et son fils François, Claude de Bourdeille -comte de Montrésor-, Louis d'Astarac de Fontrailles, Charles de l'Aubespine -marquis de Châteauneuf-, le duc d'Épernon, le duc de Guise, le duc d'Elbeuf, et combien d'autres encore ! Tous de haute noblesse ! Et ils ne pouvaient même pas les jeter aux galères pour leurs faire expier leurs crimes ! Non ! Il fallait sourire, toujours sourire et tendre l'autre joue ! Subir humiliations sur humiliations ! Tous ces chiens n'avaient qu'une hâte de le voir mourir enfin et cracher sur sa tombe, si tant est qu'on lui en accorde une !

Penser que dans ce très ancien pays de droit divin, il faille accorder toujours plus de pouvoirs à un parlement manipuler par une noblesse cherchant à amoindrir le droit royal, suffisait à lui donner une bouffée d'urticaire !

En parlant d'assassinat...

Le Cardinal, tout à sa rancoeur, ne vit pas les quatre hommes s'approcher subrepticement de lui. Ce n'est que lorsqu'il entendit ricaner qu'il réalisa l'horrible position où il se trouvait. Il ne put que jurer dans un italien qui ferait rougir la plus vulgaire des cul-boutiques de Palerme. La messe était dite. Il allait mourir, là. Seul. Percé par les lames de gueux, s'en doute trop idiot pour réussir à pénétrer le Louvre sans une aide interne... Il se mit soudain à prier pour un miracle, pensant à la douce Reine, qu'il venait de quitter...

― Mes chers amis, il est temps pour nous de saigner le porc italien ! avait lancé l'un deux.

Des ricanements ne tardèrent pas à s'élever en écho sous la lourde voute de pierres grises.

― Messieurs les assassins, quatre contre un cardinal sans le fer, l'honneur ni trouverai point son compte. Aussi, je me propose pour me joindre à vous, Monsieur le Cardinal ! s'écria d'une voix un peu canaille, un homme sorti brusquement d'un angle que formait le croisement de deux couloirs.

Mazarin, profitant de la surprise présente chez ses tourmenteurs, détailla le nouvel arrivant, tout en remerciant le Ciel d'avoir intercéder en sa faveur.

Il regardait avec un bonheur non feint, l'homme faire tournoyer sa longue cape noire et ôter avec beaucoup d'élégance son feutre marine orné de plumes d'un blanc immaculé et d'un rouge couleur de sang, avant de porter la main à son épée. Ce nouveau venu était un mélange de force redoutable, de charme étrange, et engendrait à coups surs sur ses ennemis, une crainte indéfinissable.

Il était de haute taille, aux épaules solides et larges, le torse puissant et racé. Des cheveux noir de jais, que l'on devinait indisciplinés, malgré le catogan qui les retenaient. Les pommettes hautes et saillantes, la mâchoire volontaire, le port altier, dénotant la haute naissance du personnage. Mais le plus intrigant restait ses yeux d'un émeraude incomparable. Jamais Mazarin n'avait vu telle merveille. Et en sa qualité de Cardinal et de Premier Ministre, il en avait vu, des gemmes ! Non, ses yeux, malgré leur fixité, montrant sa détermination à stopper ses agresseurs, étaient tout bonnement extraordinaire et le point d'orgue d'une beauté déjà certaine. Son sauveur s'il était bel et bien sorti de l'adolescence, ne semblait pourtant pas être d'un bel âge, ce qui surprit d'autant plus le Cardinal.

― Imbécile, de quoi te mêles-tu ?... C'est là l'horrible Italien qui baise notre reine. Il l'a envoutée avec sa queue, il nous faut donc la couper ! s'emporta celui qui semblait mener la guilde d'assassins.

― Quelle drôlerie est-ce là ! constata sombrement l'inconnu en balayant l'air devant lui d'un coup d'épée.

Et pas n'importe quel coup d'épée !

Le geste, d'une incroyable souplesse, fut d'une rapidité stupéfiante. Tout, de la force mesurée à la détente presque mécanique du bras en passant par la légère rotation du poignet, était maîtrisé et savamment calculé, démontrant l'homme de guerre qui se tenait là. Il était maintenant clair pour tous les protagonistes qu'il faudrait passer sur le cadavre d'un tel homme pour atteindre le Cardinal.

Dans une ultime -et bien piètre, pensa a posteriori Mazarin- tentative d'intidimidation, le chef de ces tristes sires demanda :

― Avons nous le droit de savoir qui nous allons tuer ?

― Vous allez tuer Harry de Potter, comte de Nissac... Ou Mort-Dieu, c'est lui qui vous tuera !

Merci pour la correction Ginnii, ceci était effectivement une erreur dès plus stupide...

Voilà ce qui arrive, quand on ne se relit pas !