Bonjour. Voici la suite, bien plus rapidement que je ne l'avais espéré... Mais que voulez-vous, je suis si désoeuvré en ce moment !

Au plaisir !

Harry de Potter, comte de Nissac ! Le cardinal reprit enfin espoir. Enfin, tout était relatif, n'est-il pas ? À un contre quatre, il fallait savoir miser sur la bonne pouliche !

Dans le même temps, sa mémoire, que d'aucun qualifiait de proprement prodigieuse, se mettait en marche, rassemblant toutes les données qui lui était accessible sur ce nom pas si inconnu que l'on pourrait le penser...

Nissac ! … Harry de Potter, comte de Nissac ! Lieutenant-général d'artillerie. Mais, homme de guerre parmi ses pairs, c'est l'épée à main qu'il s'était couvert de gloire à la bataille de Lens !

Issu d'une très ancienne et très noble maison de Normandie, tenant château vers Saint-Vaast-La-Hougue et Barfleur. Les comtes de Nissac étaient de valeureux marins, la plupart mort en mer. Le grand-père même de Harry de Potter, le comte Charlus , était mort en son bateau, refusant de quitter le navire, réduit en miette par les boulets des flottes anglo-hollandaises, à une ou deux lieues à peine du château natal.

Cette histoire était devenue légendaire et avait beaucoup fait pleurer ses dames à la Cour. Seul à bord de son bateau fou, le sabre à la main, Charlus de Potter fut avalé par l'écume, hurlant un « Merde à l'Angleterre ! » tonitruant, sous les yeux de sa jeune épouse éplorée.

Maintenant qu'il y pensait, Mazarin se souvenait que le père de Harry de Potter, le comte James, aussi, avait sombré avec sa frégate, Le Dragon Vert, au large des Indes Orientales. Sa femme, la belle et douce Lily de Potter, en était morte de chagrin, et, au petit garçon de dix années, bientôt orphelin de père et de mère, elle avait fait jurer de ne jamais, ô grand jamais, servir son roi en la Marine... Et l'héritier des redoutables marins Potter, dont on disait qu'ils avaient passé un contrat avec les mers, était devenu général d'artillerie.

Soudain, le Cardinal se sentit tout aise. Qe meurt s'en suive, la beauté y trouverait sa part, que diable !

Mais que le dernier des Seigneurs de Nissac, actuellement sans fils, risquât sa vie et l'extinction de sa lignée pour lui, que l'on détestait aux quatre coins du royaume, voilà qui réconciliait -enfin-, Mazarin avec la vraie noblesse, celle d'épée remontant à Saint-Louis, servant avec courage, évitant les frivolités de la Cour, qui était bien incapable de danser le menuet ou le passe-pied, mais n'ignorait rien de l'honneur, discipline dont elle excellait depuis fort longtemps.

Mais le combat s'engageait déjà. Bien qu'après réflexion, le Cardinal trouva le terme bien surfait. Potter détendit seulement le bras, et tua un homme. Il se remit en garde et de nouveau, d'une détente du bras, il se joua de la garde son adversaire qui s'écroulait déjà. Mazarin se prit au jeu, mettant de côté l'idée que sa propre vie dépendait de l'issu du combat, tombant en grande fascination des manières un peu archaïques et maniéristes de son sauveur. Il était de la vieille école, de celle qui était de mise sous Henri le quatrième, mais sa technique était inconnue à Mazarin. Il s'ouvrait au combat et tuait, s'était aussi simple que cela. Un troisième homme rejoignait ses camarades vers la mort, avec un Potter frappant d'estoc, visant directement la carotide. Le dernier compair n'eut le temps de compter ses abattis, qu'il trouvait déjà le sol en une gerbe plutôt impressionnante de sang.

Monsieur de Nissac avait mit quatre hommes à terre de semblable façon, sans céder un pouce de terrain, toujours ce petit sourire canaille au visage. Alors qu'il rangeait sobrement son épée en son fourreau, on ne pouvait que dénombrer les quatre cadavres dont le sang ruisselait entre les pierres irrégulières du Palais-Royal, tandis que leur meurtrier remettait son couvre-chef.

Dès plus ému et en adéquation à son caractère d'Italien, le Cardinal donna une sévère accolade à son sauveur et en le regardant droit dans les yeux :

― Demandez, monsieur, je suis votre débiteur. Il en sera fait selon votre bon plaisir. Charges, terres, qu'en sais-je. Demandez, et je vous obéirai.

Monsieur de Potter était hésitant. C'était un homme de guerre, Il en maîtrisait toutes les règles. Mais pour ce qu'il en était de l'étiquette... Certes, né de très haute et très ancienne noblesse, l'étiquette ne lui était point étrangère, détrompez-vous. Mais il n'était pas de nature à l'aise avec cela.

― Votre Éminence... Je sers en l'armée de Monsieur de Condé, et venais sur son ordre faire rapport sur la situation de... l'artillerie royale.

Son ton s'était fait hésitant sur la fin, se rendant surement compte de l'inadéquation entre la question du Cardinal et sa propre réponse.

― Je n'en doute point, mais vous n'avez pas répondu, monsieur, que voulez-vous ? Ne soyez pas gêné, je suis à votre écoute, votre envie sera la mienne...

― Je ne veux strictement rien, Votre Éminence. Sincèrement.

― Q'entends-je ? Rien ? Comment cela se fait-il ? Vous, monsieur, venez de sauver l'âme de l'être le plus détesté en ce triste royaume. Vous m'avez sauvé, là où beaucoup d'autres gens n'auraient pas hésité le moindre instant et auraient rejoint mes bourreaux... Et vous ne demandez rien ?

Harry de Potter, comte de Nissac, semblait en l'instant au delà de toutes gênes, contemplant avec passion les plumes de son drôle de chapeau. Il regarda soudainement le Cardinal, qui, en homme de grande finesse, su discerner l'agacement naissant chez son sauveur. Mais ce dernier répondit avec le plus grand calme.

― Votre Éminence comprendra certainement que n'ai fait que répondre aux exigences de l'honneur et de la justice. Aussi, il me semble dès plus judicieux d'admettre que ce comportement, loin d'être d'une quelconque façon remarquable, est du plus grand naturel chez n'importe quel gentilhomme... ou chez n'importe quel homme...

Cette remarque, plus qu'étrange dans la bouche d'un noble, marqua durablement le Cardinal. Cet homme avait des idées bien avant-gardistes, à moins qu'il ne fût philosophe...

Mais déjà, Monsieur de Potter continuait :

― Si Votre Éminence souhaite récompenser la chose naturelle, où trouvera-t-elle ressources suffisantes pour saluer le sur-naturel ?

Disant cela, le lieutenant-général chancelait légèrement, semblant fort incommodé.

― Êtes-vous souffrant, mon ami ?

― Le voyage fut fort long, depuis le champs de bataille et je me sens pris par la dysenterie, Votre Éminence... répondit l'intéressé, d'une voix calme, tandis qu'il pâlissait sensiblement.

― Je vais vous faire mandez le médecin personnel du roi !

― Non point, Votre Éminence. Mon officier d'escorte, Monsieur le lieutenant Ronald de Weasley-Frontignac, y a déjà pourvu, continua-t-il, en montrant une petite boîte en bois laquée de belle facture, couleur vermeil. Je dois seulement trouver le repos après avoir fait mon rapport à Monsieur , le prince de Condé.

― Ma curiosité naturelle me pousse à vous demander ce que contient cette mystérieuse petite boîte laquée, Monsieur ? interrogea le Cardinal.

Le comte de Nissac, eut un franc sourire, lui illuminant le visage et le rajeunissant de quelques belles années, et lui valant sur l'instant et à jamais, outre la reconnaissance, la sympathie du Cardinal :

― Du sang de hase séché au soleil sur pierre calcaire, en un mélange de vin du Poitou, à quoi s'ajoute... que Votre Éminence veuille bien me pardonner... de la fiente de chien qui trois durant, n'a rongé que des os de Charentais. Selon Monsieur de Weasley-Frontignac, je dois consommer cet infâme mélange en même temps qu'une fiole contenant qu'un lait par trois fois bouilli et refroidi contenant des cailloux de rivières échauffées par feu ardent...Et ce deux fois par jour, à la levée de l'Astre et à son coucher.

Le Premier Ministre, qui atteignait maintenant le fou-rire, lancait :

― Mais Ciel, votre homme est soit un mage, soit un charlatan ! Et de la pire espèce !

― Il n'en fréquente pas moins l'Église avec grande piété. Mais il est vrai qu'en ce point, il est assez surprenant... répondu Potter en riant.

― Et vous y croyez ?

― C'est un faiseur de miracles, si vous me pardonnez le terme, Votre Éminence.

― Soit, soignez-vous par les remèdes de ce sorcier, mon très cher Potter, mais ne repartez point à la guerre sans venir à ma table.

Mais c'est sans surprise que le comte était reparti aux armées, comme il était venu, sans saluer le Cardinal qui ne prit nullement ombrage de ce fait, l'interprétant très justement comme une marque de pudeur de Monsieur de Potter, marque qu'il respecta.