DÉCEMBRE 1648
La nuit était noire.
Nuageuse, pesante, dangereuse, d'une Lune presque inexistante. Le vent s'élevait en fortes bourrasques, faisant craquer les branches des arbres, fragilisées par cet hiver rigoureux.
Un bruit métallique déchira la nuit. Deux cavaliers d'apocalypse précédèrent un carrosse massif, tiré par six chevaux épuisés. Le véhicule était richement décoré, d'un blanc crème mais dont les armoiries étaient souillées par la boue, dans le but, sûrement d'en empêcher l'identification.
Le cortège filait à très vive allure, le cocher de l'attelage, debout, fouettait d'entrain, les malheureuses bêtes de sommes, qui n'avaient plus la ressource nécessaire à augmenter encore un régime fort soutenu. Et la poussière à peine retombée, le triste équipage avait disparu, sitôt suivit au loin de vingt mousquetaires, passant au grand galop.
Mais un esprit éclairé, si tant intrigué par ce drôle de spectacle, l'aurait été tout autant de la boue souillant les armoiries sur le beau carrosse. Aux vues de la richesse du véhicule, il ne pouvait appartenir qu'à grand et haut lignage. Or pourquoi un si grand seigneur, duc, maréchal, cardinal, prince du sang et Dieu sait encore, prendrait-il la bien triste peine, de mettre grande boue sur les armes faisant son prestige et celui de sa famille ? Pour quelle raison, alors que de hautes armes, dont l'héraldique était su par tout à chacun qui s'y intéressa, permettait au seigneur en question, de se sentir chez lui en tout endroit du Royaume de France ? Les troubles qui secouaient Paris et même le jeune Roi, que rien n'épargnait ? La guerre contre la très sainte Espagne, qu'on l'on eut dit interminable ?
Ou bien pire encore, ses assassinats rituels qui faisait trembler toutes les paroisses alentour, tant l'état des victimes tenait plus du Diable que de l'homme... Bien qu'à la réflexion, tous esprits éclairés auraient attribué l'exécution de cette bien horrible besogne à la main humaine. Humaine certes, mais pour le moins dérangée, et surtout, bien protégée. Car malgré les remous pestilentiels de la Fronde, comme les Grands l'appelait, il n'en restait pas moins que de tels crimes auraient attirer l'attention d'un quelconque témoin depuis fort longtemps. Commettre de tels péchés dans le secret demandait force d'hommes, de lieux discrets et de richesses, pour être perpétré dans la plus grande quiétude, si tant est que le mot puisse être employé en pareilles circonstances.
Mais revenons donc aux deux chevaliers qui ouvraient la précédente marche. Arrivés à bride abattue, ils sautèrent de cheval et, tandis que l'un tenait fermement les rênes de leurs bêtes, son camarade, en toute hâte, frappait de son point ganté de cuir de bonne facture, contre la porte de chêne d'une chaumière.
Déjà, le carrosse arrivait, sans les mousquetaires restés plusieurs centaines de mètres en arrière.
On entendit des voix venant de l'intérieur de l'habitation, puis des bruit de pas. Enfin, la porte s'ouvrit sur une femme sans âge, bien borgne, toute en cheveux et en crasse, et sommes toutes, assez mal faite de sa personne. Derrière elle, un homme de haute taille aux mains de boucher et au visage mangé par une fort méchante vérole, la suivait comme son ombre.
Le couple abject ignorait tout de l'identité du seigneur qui patientait en son carrosse. Et l'auraient-ils sue que, malgré une vie emplit de crimes et de violences, sans aucun doute auraient-ils blêmi avant de fuir en toute hâte à travers les sous-bois, laissant là l'or qu'on leur donnait en profusion en échange de la basse besogne qu'ils accomplissaient ici, car il s'agissait là d'un des plus hauts noms du Royaume des Lys.
Un murmure du côté du carrosse, et le cocher ouvrit la porte en s'inclinant très bas devant l'étrange créature qui s'en extirpa. Créature la plus vile que l'Enfer n'eut jamais recraché sur Terre.
Sans doute cet être, entouré par de si grands respects et si profonds mystères, était un homme à en juger par l'habit de coupe masculine, fait d'un satin bleu pâle, rehaussé de broderies d'or et d'émeraudes. Cependant, le doute était encore permis, dut au fait que la bête portait un masque d'argent massif, fermant sur la nuque en ceignant d'un bandeau d'or, la perruque poudrée.
Le masque d'argent semblait effarant par sa platitude même et pareillement tout manque d'expression. Des traits lisses, sans rides, sans âges, presque stylisés. Ce masque n'en était pas moins une véritable œuvre d'art ! La finesse du biseautage dénonçait là, la main d'un maître, sinon celle d'un grand espoir de l'art de la sculpture et de la figuration.
L'homme au masque d'argent avançait pesamment.
Assurément, sa démarche n'était point celle d'un jeune homme mais, chez cette créature toute d'artifices, on ignorait s'il ne s'agissait pas, là encore, de quelques habiles mystifications.
« Cet homme est le diable ! » songea la femme borgne, qui se força à sourire en disant :
― Monseigneur sera satisfait, aujourd'hui. Plus encore que la fois dernière.
Puis, s'inclinant bien bas, elle céda le passage à la créature au masque d'argent qui franchit le seuil de la maisonnée, suivie du cocher, porteur d'un sac de vieux cuir rouge. Le vérolé ferma la porte. À l'extérieur, les deux hommes qui tenaient l'épée à la main, se placèrent aussitôt épaule contre épaule, se chargeant de tenir la place.
En la chaumière, la pièce était pauvre et nue, comme le sont souvent les endroits de passage reconnaissable à la froideur de l'ameublement. Un lourd rideau de velours rouge dissimulait un angle et, tandis que l'étrange et riche personnage, impatient, pianotait du bout des ongles – qu'il avait fort longs et manucuré comme ceux d'une dame – sur une table bancale et ronger par des mites, la borgne tira la tenture d'un geste brutal.
Une forme humaine apparut, enveloppée et encapuchonnée dans une longue cape pourpre et, sous une poussé mesquine de l'horrible borgne, elle tituba grandement jusqu'au centre de la pièce.
Le silence pesa quelques instants. Puis le monstre, qui se cachait derrière le masque d'argent désigna la silhouette au cocher qui, le geste large, tenant de l'habitude, ôta la cape pourpre. Si un cri muet n'était point perceptible à l'ouïe, l'émotion n'en était pas moins intense. Le geste, vomissant littéralement de confiance en soi et de mépris, glaça parfaitement la jeune victime. Son corps, aux grands yeux de biches effarée et aux doux cheveux vénitien rappelait un chef-d'oeuvre de Praxitèle. Ses mains étaient solidement liées dans son dos, accentuant la courbure décadente de ses reins et attisant le sadisme et le désir du masque d'argent.
Ce dernier fit doucement le tour de sa victime, comme une contemple une acquisition issue d'une affaire rondement menée. Il hochait la tête de contentement, imperméable à la juste terreur de la toute jeune fille qui supplia dans un souffle :
– Grâce, Monseigneur, grâce !
Irrité, le démon s'écria d'une voix perçante à la vieille borgne qui contemplait la scène d'un air éteint.
– Qu'on fasse taire immédiatement cette gueuse, que diable !
Instantanément, le vérolé se déplaça, d'une manière étonnamment souple au regard de sa condition, et mouffla violemment la jeune fille, dont les pleurs redoublaient. Ses larmes semblaient avoir un effet certain sur le masque d'argent puisqu'il se frotta les doigts d'une façon qui rappelait fortement les mouches avec leurs pattes supérieurs.
Ô, doux Seigneur, qu'il jouissait à l'entente de ces petits cris de terreur. Ils étaient une si douce mélodie à son oreille... Mais qu'importe, il était temps, maintenant. Temps de se laisser aller à la bassesse de ses envies déviantes. Il réclama à la borgne ses instruments d'un ton sec. Cette dernière, dans un geste qui tenait de grande habitude, lui tendit précautionneusement, un pli de cuir laqué d'un rouge sanguin très soutenu. Le masque d'argent s'en saisi avec une quasi révérence, comme on l'eut fait d'une relique et ouvrit d'une main sûre le pli qui se déroula sur l'instant. Des instruments en métal moiré, semblant fait de beau et fort alliage, étincelaient sous la lumière des torches. Ils étaient alignés en bon ordre, retenu par des lanières du même cuir que celui de la pochette. Même ouvragé de telle manière -l'artisan en méritait grande renommée, s'il avait survécu plus de quelques minutes à la livraison de la commande-, les instruments, et leur tranchant indiscutable, ne les rendait tout à fait inquiétant. Le masque d'argent déposa délicatement le trousseau sur une vieille table bancale sur sa droite, et toucha amoureusement chaque lame, semblant hésiter.
La jeune femme, elle, avait compris. Compris que la mort arrivait et que rien en pourrait la stopper. Non, l'ersatz d'homme qui se tenait debout devant elle ne s'arrêterai jamais. Qu'elle aurait beau se jeter à ses pieds, jamais, il ne la laisserai en vie. Ses prières resteraient vaines. Ce monstre ne prenait que du plaisir à ses peurs et à ses espoirs inutiles. Alors, elle puisa dans ses dernières forces, dans cette volonté primaire, bestiale, que l'on atteint avec le sommet du désespoir. Oui, ce soir, elle mourrait. Et sans doute dans d'horribles souffrances. Mais ce soir, elle n'aurait pas à rougir. Et que diable, elle était la fille de sa mère, la petite-fille de sa grand-mère, la descendante de toutes ses nobles et fortes femmes qui avaient fait sa famille. Sans rang et sans nom, certes, mais une grande famille tout de même. Grande par son courage, ses valeurs, ses enfants, qu'elle avait donné au souverain et morts en ses armées. Pour tout ce sang, cette sueur et ces larmes. Elle lèverai la tête, et se supplierai plus. Elle voulait arracher son plaisir à cette vile créature qui décidait à la place du Seigneur, l'heure de son retour vers le Créateur. La Bête voulait de la peur ? La Bête voulait de la souffrance ? La Bête voulait des larmes ? La Bête voulait des suppliques ? Par les sept démons de l'Enfer qui avait cracher cette immondice sur cette Terre, elle ne lui laisserait certainement pas ce plaisir !
Alors, la grâce semblait emplir son corps qui quelques secondes auparavant, tremblait de toutes parts. Elle se déroula littéralement, puissante et féline dans sa nudité. Les cheveux fou, le regard fier, droit et déterminé, les lèvres pleines et purpurines entrouvertes laissant s'échapper un léger souffle, la poitrine d'albâtre s'élevant et redescendant doucement. Ô, une Diane en chasse, une Vénus dans la passion, une Minerve battue, une Junon bafouée. Drapée dans sa rage comme une patricienne l'était dans son péplum, elle était magnifique. Elle se dressa de toute sa hauteur, regarda son bourreau droit dans les yeux, et cracha par terre, un geste empli de mépris.
Le masque d'argent en conçu grande érection, donc la turgescence soulevait les lourds tissus de sa toilette. Il pencha sa tête sur le côté, rendant encore plus effrayant au regard, le masque d'argent sous cet angle. Il souffla doucement, et lança d'une voix artificielle :
– Aujourd'hui, créature, ton corps sera l'objet de ma jouissance. Je vais te dépecer, te profaner. Car aussi pure que soit ton âme, je vais te salir de telle façon que même le très haut Fils de Chienne, que tu semble prier avec tant de ferveur, ne pourra supporter ta vue. N'oublie pas, lorsque tu le verras... Salue-le de la part de Lord Voldemort.
Me voilà de retour avec un nouveau chapitre ! Nouveau chapitre qui voit l'introduction de ce très cher Voldemort ! J'espère que cela vous a plus !
S'il reste de fautes, je vous prie de bien vouloir m'excuser... Toujours pas de bêta...
M'enfin !
Je me tâte aussi en ce moment, à rependre mes fic « The Cellist » (hpdm) et « Le Garde » (Johnlock)... On verra si j'ai le temps avec la fac...
Le prochain chapitre est déjà écrit... Il ne me manque plus qu'à le réécrire... Je vous fais ça au plus vite, mais je ne promets rien !
À la prochaine !
