Le chat connaît ça. Il en a déjà vu. Ces bestioles sans pattes, sans poils, pleine d'écailles et à la langue fine qu'ils s'amusent à tirer à tout va en avançant.

Il en a chassé. Il en a mangé. Il en a même laissé sur la moitié de lit de Luka parfois, juste pour le plaisir de voir sa grimace de dégoût. Et aussi parce qu'elle avait pour habitude de porter le corps dehors, là où le chat pouvait ensuite le dévorer tranquillement, histoire de faire d'une pierre deux coups.

Mais jamais il n'en avait vu de si grands, de si gros, de si longs… Quand le serpent en face de lui avait ouvert la gueule, le chat avait prudemment avancé le museau et… s'était lamentablement cogné contre une vitre transparente. Mais il avait bien vu qu'il pouvait aisément rentrer dans cette gueule garnie de tout un tas de crocs orientés vers l'arrière de la gorge. Si jamais il se faisait attraper là dedans, il ne s'en sortirait jamais.

Il reste longtemps à contempler l'immense serpent à travers la paroi du vivarium.

Derrière lui, Miku demande à Luka si elle pense qu'ils s'entendraient bien.

Elle aussi regardait jusque là le python royal de sa compagne.

Luka répond qu'elle n'essaierait pas de les réunir si Miku voulait tout savoir. On ne savait pas lequel pourrait manger l'autre.

Et pour une fois, le chat est d'accord avec Luka.


Elle l'a sorti. Le serpent est dehors. Sur les épaules de Luka précisément, sur lesquelles il semble peser comme une écharpe particulièrement lourde. Et en face d'eux, le chat est maintenu par Miku.

Il fait confiance à sa petite maîtresse. Ce n'est pas parce qu'elle a quitté le Domaine et qu'elle l'a amené avec elle qu'elle veut lui faire du mal. Là où elle ira, il irait. Même si c'était dans un pays étrange où les serpents sont plus grands que les chats.

Le reptile tend sa tête dans le vide. Elle y reste suspendue comme au bout d'un fil invisible attaché au plafond. Il tire parfois la langue rapidement. Ca doit être gênant.

Le chat avance prudemment une patte, tape sur le haut de cette tête plate pleine d'écailles en gardant les griffes rentrées. L'autre ne bronche pas. Il se contente de dévier la chute interminable de sa tête vers l'avant, fait un S avec son long corps qui glisse petit à petit des épaules de Luka. Sa tête touche la surface d'un meuble et, comme mécontente, fait demi-tour.

Le chat observe, met le museau en avant pour que les écailles lui chatouillent les moustaches. Le serpent tourne la tête dans sa direction, tire plusieurs fois la langue, comme s'il voulait le goûter de loin.

Ca a pas l'air méchant en fait.

On les pose à terre, l'un en face de l'autre, sans les quitter des yeux pour autant. Le chat peut sentir le bout des doigts de sa maîtresse contre ses flancs, prête à le ramasser en toute urgence au moindre problème.

Le chat se rapproche du serpent qui commence ses circonvolutions étranges une fois sur le parquet. Il semble se moquer éperdument du chat qui vient se frotter à ses écailles en ronronnant. Et ça, le chat n'aime pas. Mais quelque part, voir ce ver de terre immense ramper à terre, à la vitesse d'un escargot, et aux réactions d'un paresseux sous morphine, lui fait plaisir.

Miku ne pourra plus dire qu'il n'existe pas plus mou que le chat.


Les filles dorment ensembles dans le lit de Luka. Excepté le grand python remit dans son vivarium, et lui le chat, il n'y a personne dans cet appartement. Les filles vivent ensembles maintenant, forment un de ces couples comme les parents de Miku.

Le chat se demande si d'autres animaux se mettent ensemble de cette façon, restent seulement deux toute leur vie. Si on l'avait laissé au Domaine, est-ce qu'il aurait fait un couple avec la petite chatte du voisin ? Il ne le sait pas et ne le saura sans doute jamais.

Près de lui, sous la lampe qui dispense une lumière étrangement violette et chaude, le reptile bouge constamment, comme hyperactif. Il n'a plus rien à voir avec l'animal lent et pataud rencontré dans l'après-midi. De l'autre côté de la vitre, le chat observe, couché, les pattes repliées sous son corps.

Dans le lit, ça bouge. C'est sa maîtresse qui se redresse en se frottant les yeux. Elle n'a pas l'habitude. Chez elle, elle ferme tous les volets et bouche même le bas de la porte avec un vieux t-shirt, pour être sûre qu'aucune lumière ne vienne la déranger dans son sommeil. Alors cette lampe à UVs, ce doit être une horreur.

Le chat s'en fout. Il dort aussi bien la nuit que le jour.

Elle se lève en silence, sort de la chambre à pas feutrés et il la suit alors. Laissant le serpent et Luka seuls, l'un en pleine crise de bougeotte, l'autre endormie lourdement.

Dans la petite cuisine Miku s'offre un verre d'eau tandis que le chat va se frotter à ses jambes. Elle lui accorde une gratouille entre les deux oreilles d'un geste machinal. Elle se poste près de la fenêtre et contemple les lumières de la ville depuis le quatrième étage de cet immeuble en banlieue.

Luka n'est pas loin de l'université et Miku a la chance d'avoir des vacances.

Le chat s'assoit posément. Vacances ou pas, lui s'en moque. Il n'est pas au Domaine, il y a un serpent géant qui bouge dans une boîte en verre dans la pièce d'à côté, Luka a le loisir de l'embêter une grande partie de la journée… Comment la vie devient un drôle de rêve en l'espace d'un jour.

C'est Luka qui les rejoint. Elle se place derrière Miku et l'enlace doucement. Elle lui demande si elle a du mal à dormir, ce à quoi Miku répond qu'en ouvrant les yeux tout à l'heure elle ne savait pas où elle était, et que ça l'avait perturbée. Assez pour qu'elle se lève.

Luka déclare alors que c'est une habitude à prendre et que s'il le faut, elle déplacera la boîte du serpent avec la lumière violette. Miku répond qu'on verra bien, qu'il faut qu'elle s'habitue. C'est déjà bien que Luka ait accepté la présence du chat ici.

Le concerné va quémander son lot de caresses et de papouilles en tout genre.

A sa presque surprise, Luka daigne lui triturer les moustaches sans méchanceté. Et avant qu'ils ne retournent dans l'ambiance chaude et intime de la chambre, elle lui assure que demain, elle lui montrerait quelque chose que le félin allait adorer.


Pour adorer, il adore. Mais il adorerait encore plus que Luka arrête de jouer avec cette souris et la lui laisse. Il y en a deux, ils peuvent bien partager !

Certes, si ils avaient été dans le cas inverse, il aurait tout gardé pour lui. Mais là c'est différent !

Miku les observe avec un air vaguement dégoûté. C'est pourtant délicieux la souris ! Même Luka joue avec, Miku devrait s'y mettre aussi.

Le chat a des yeux ronds comme des billes, hypnotisé par le petit corps mou que la compagne de sa maîtresse tient en main. Il suit Luka du regard, elle se dirige vers la chambre. Il suit tellement bien les mouvements des mains de Luka qu'il en oublie de regarder où il met les pattes. Il se cogne à une armoire, fait rire Miku, s'assoit une seconde pour se passer une patte derrière l'oreille et se donner une contenance puis repart derrière Luka, comme un chien bien dressé.

Dans le vivarium, le python a l'air tout aussi intéressé. Luka ne le fait pas attendre, lui. Elle jette directement un des petits cadavres près du reptile. Soudainement, le chat n'est plus intéressé par la seconde souris que Luka tient toujours, mais par celle dans la boîte de verre. Ou plutôt par la façon dont est traitée la souris.

Il voit les écailles s'enrouler brusquement, dans une attaque vive qu'il aurait crut impossible à cette bête. La gueule s'ouvre sur ces dents étrangement recourbée et englouti tout rond la souris, tête la première.

Une petite bosse bouge sur le corps du serpent, passe de la gueule à la gorge, descend encore jusqu'à s'immobiliser à mi-parcours de la longueur de ce corps de près de trois mètres de long.

Luka les regarde, souriante. Son serpent, le chat et Miku, tour à tour. Elle dit qu'elle trouve ça cool.

Miku a une sale grimace et le chat est d'accord avec sa petite maîtresse.

Il pourrait mâcher avant d'avaler.


Décidément, Miku n'est pas très reptile. Il suffit de voir sa tête quand Luka nourrit son python. Elle a aussi du mal à approcher la jeune femme quand cette dernière porte sa bête à la façon d'une écharpe.

Elle a pourtant essayé de le toucher, de le prendre avec elle, comme le lui a proposé Luka plusieurs fois ces deux dernières semaines. Mais rien à faire. Elle assure que le contact des écailles ne lui plaît pas, que le fait de savoir qu'une créature capable de lui briser la nuque tout en l'étouffant est posé sur son cou est seulement terrifiant.

Le chat aime bien le python. Grace à lui, Luka lui offre de temps en temps une souris sans qu'il n'ait besoin de chasser. Et puis il y a la lampe chauffante près de laquelle il peut faire des siestes chaudes et moelleuses depuis que les filles ont disposé plusieurs coussins près du vivarium.

Mais Miku n'a pas l'air du même avis. Elle l'a semblé encore moins lorsque le serpent a changé de peau. Le chat a assisté à cet évènement avec une curiosité de… de chat justement. Il avait bien remarqué que les yeux du reptile s'était couvert d'un voile opaque et que même Luka ne le dérangeait pas depuis deux ou trois jours. Et durant la nuit, il s'était étonné de voir la bête se frotter frénétiquement le museau contre les pierres de sa prison de verre.

Les écailles se sont alors détachées, dans un ensemble aberrant. Au début, le chat a cru qu'il allait se retourner comme une vulgaire chaussette. Et puis les couleurs ont réapparues, plus belles et brillantes encore qu'avant.

Au bout de quelques heures, il y avait deux serpents dans la boîte. Un tout plein de chair, de muscles et d'os. Et un tout vide inerte, fantôme.

En tous cas, Miku l'avait vu comme ça et avait demandé à Luka de vite se débarrasser de cette peau morte.

Et il n'y avait qu'à voir sa tête lorsque le frère de Luka, un dénommé Luki (le chat aime bien les parents qui ne se prennent pas la tête à chercher des prénoms originaux pour leurs enfants) est venu leur rendre visite, histoire de rencontrer enfin la petite amie de sa sœur.

Seulement voilà, apparemment chez les Megurine, les reptiles sont une affaire de famille. Miku a ouvert la porte, toute contente de rencontrer Luki, et est aussitôt partie en courant rejoindre sa compagne. Le chat s'est délecté du regard d'incompréhension du jeune homme nouvellement arrivé, et s'est inquiété de la créature qu'il portait sur les épaules. Il paraît même que les humains appellent ça un iguane.

Et un iguane, c'est chouette dans la mesure où ça ne risque pas de manger le chat et que ça accepte de partager sa lampe chauffante avec lui. Il n'y a que le python qui digère depuis quelques jours qui ne bouge pas, trop occupé à paresser. Sur les coussins, il y a le chat et l'iguane a qui on a donné un quartier de pomme.

Et entre la cuisine et le salon, il y a les frères et sœurs Megurine qui tentent vainement de calmer cette pauvre Miku hystérique.


C'était mon envie de la semaine. Je n'apprécie pas tellement les serpents, mais j'ai cette fascination des prédateurs qui m'attirera certainement des problèmes un jour. Dans le genre "tiens, une machine à tuer ! Et si j'allais jouer avec ?".

Je vois parfaitement bien Luka avec un serpent sur les épaules, à la manière des danseuses orientales. Et pour rester dans le t(h)on (muahahaha ! (je sais cette blague est nulle)), son frère se devait d'avoir une bêbête exotique lui aussi.

En espérant vous avoir ne serait-ce que diverti, le lynx vous remercie et s'en va prendre ses cachets.