Déjà de retour. Tant que l'inspiration est là, autant en profiter et continuer sur ma lancée! Merci à Lassa-Liam et CroquisBleu pour leurs encouragements, ça fait extrêmement chaud au coeur :D

Dire que j'ai déjà des "Followers", c'est assez dingue... ou alors c'est vous les dingues mouahahah!

Bonne lecture mes amis n.n


23 mai 2004

Harry se tut. Cela faisait un moment qu'il n'avait plus vu Draco sortir ainsi de ses gonds. Cela devait faire un peu moins de cinq ans en fait, maintenant qu'il y pensait.

« Je suis désolé. Écoute, on en parlera plus tard. Le plus urgent maintenant c'est de nous remettre en route. Est-ce que tu es blessé ? »

« ... »

Qu'il était bête, comme si Monsieur Fierté en personne allait lui avouer ses faiblesses. Harry sentit la colère monter. Ce n'était pas de sa faute tout ça ! Lui non plus ne voulait pas ça. Ils avaient fait une grave erreur à Poudlard, jamais ils n'auraient dû donner leur accord, c'était de la folie. Comme si un plan aussi hasardeux allait fonctionner. Qu'ils avaient été bêtes et naïfs. Ce qu'il n'aurait pas donné pour revenir en arrière et tout changer, les prévenir de leur échec… mais il ne servait à rien de se lamenter sur leur sort, ça ne les ferait pas sortir de ce trou à rat. Ils ne seraient pas en sécurité bien longtemps ici, les rumeurs courent vite et un brun à la célèbre cicatrice et ce blond immanquable allaient faire long feu s'ils ne se bougeaient pas vite.

« Malfoy, s'il te plait, j'ai pas toute la journée. »

« Toute la nuit. Il n'est que 23 heures. »

« Fais pas chier et couche-toi sur le lit. Tu sais bien que si tu ne le fais pas de toi-même, j'ai une solution drastique qui t'y obligera. » Cela eu le mérite d'attirer l'attention du blond qui eut l'air effrayé et colérique.

« Tu n'oserais pas. » Il avait l'air tellement sûr de lui à l'instant avec ses yeux d'orage et son menton relevé qu'Harry ne put s'empêcher de ricaner. Ils se connaissaient si mal, et en même temps si bien. C'était vraiment étrange. Mais là il ne riait plus, ils n'avaient plus beaucoup de temps et Harry perdait rapidement patience, son épaule le faisait atrocement souffrir au moindre mouvement et, comme tout le monde, il détestait avoir mal, donc il s'énervait de plus en plus.

« En temps normal non, mais nous ne sommes pas dans une situation normale, et nous ne sommes pas ce que l'on peut décrire comme des gens normaux. Alors magne-toi le cul. »

Mais il ne fit pas un geste, têtu comme une mule. De son bras valide il fit quelques mouvements de sa baguette et instantanément Draco se retrouva dans les airs avec un cri de surprise. Il jeta un regard meurtrier à Harry, mais n'osait plus bouger de peur de réveiller la douleur. Délicatement, presque avec tendresse, Harry le déposa sur les draps défaits.

« Évite de bouger s'il te plait, et coopère un peu. Tu sais bien que c'est contre-productif. Où as-tu mal ? » Mais Draco le fixait de son oeil non amoché. Ou plutôt, il fixait sa main qui palpait doucement ses côtes. Il semblait hypnotisé. « Hey Malfoy, contrôle-toi s'il te plait, c'est pas le moment. Tu as des côtes fêlées, mais pas brisées. Une concussion près de la tempe, ça je peux m'en occuper aussi. » Lui précisa-t-il en déplaçant de l'index quelques mèches de cheveux imbibées de sang. Il continua son inspection vers les jambes du blond, n'osant plus même l'effleurer de peur de déclencher une catastrophe. Au plus il examinait le blond, au plus il était contrarié. Il était vraiment amoché. « Ah, ta cheville droite a l'air en mauvais état, il me faudrait un onguent spécial. T'en avais pas dans tes bagages ? »

« Potter, où crois-tu qu'ils soient maintenant, nos bagages, sombre crétin. »

Ce dernier grimaça. Il avait oublié que dans leur fuite, ils avaient perdu leurs valises. Il frissonna malgré lui. Draco avait soufflé cette dernière insulte presque de façon affectueuse. S'ils ne sortaient pas rapidement d'ici, ils étaient vraiment dans la bouse de dragon jusqu'au cou.

« … er. Potter. POTTER ! »


4 juin 1999

« Potter ! Pourquoi tu n'as toujours pas réagi ? Est-ce que tu sais seulement ce qui se passe ? Hey, je te parle ! » dit-il en secouant la main qu'il tenait dans la sienne.

Draco trouvait étrange que depuis le début, Potter n'ait pas bronché une seule fois. Et cela l'effrayait. Cela voulait dire qu'il savait des choses, bien plus que Draco. Et ça, autant le dire, c'était franchement déplaisant. Vous êtes victime de… eh bien, de quelque chose de grave semble-t-il – juste perdre le sens de la vue quoi, tout va bien – et tout le monde est au courant, sauf vous. Soufflant fortement, il détourna son regard acéré sur Magda. Celui-là savait, et il allait le cuisiner jusqu'à obtenir toutes les réponses.

« D'accord, passons ceci pour l'instant, vous m'expliquerez plus tard. Là tout de suite j'aimerais pouvoir déambuler sans devoir tenir sa main. Une solution ? »

C'est là qu'intervint McGonagall. « Provisoire, je le crains. Quelques-uns de ses cheveux suffiront pour l'instant. Harry, mon garçon, est-ce que tu veux bien… ? »

Encore une fois sans broncher et sans lâcher la main de Draco, Harry se plia à ce qu'on lui demandait et s'arracha quelques cheveux en grognant. La directrice de Poudlard les récupéra et les plaça dans un pendentif qu'elle tendit enfin à Draco, lui signifiant qu'il devait le passer autour du cou. Harry le lâcha alors directement, remontant ses lunettes sur le front pour se frotter les yeux, s'affaissant dans le fauteuil, semblant terriblement las. Pendant un instant Draco compatit, le destin se foutait vraiment de la gueule du balafré.

« Bien, ça a l'air de marcher. Tu peux partir maintenant Potter. »

« Un merci te brûlerait la gorge Malfoy ? ».

« Exactement. »

Harry redressa alors la tête et carra les épaules, les narines frémissantes sous la colère. Il était furieux mais surtout, le blond y détecta du chagrin et de la peur. Ok, ça, c'était pire que tout, ça dépassait l'entendement. Potter était idiot, donc il n'avait jamais peur.

« Mon fils, il doit rester, nous n'avons plus guère le choix à présent. J'aimerais que tu te taises et que tu nous écoutes attentivement maintenant. Nous discutons de ton avenir. »

« Peu importe, je veux comprendre. C'est quoi cette histoire de vie ou de mort ? ». Et à ces mots, il fixait intensément Magda. Lorsqu'il le vit inspirer profondément il sentit qu'il allait se lancer dans un long discours sur l'Histoire, et cela ne rata pas. Sauf que cette fois-ci, Draco était bien décidé à être attentif à ce cours.

« Draco, en réalité, tu ne subis pas un second Passage sorcier. L'Eveil chez nous se produit autour de notre puberté. Comme tu n'es pas de sang pur, cela aurait dû t'arriver vers tes 23 ans. Cela s'est produit ainsi avec tes parents. »

Alors là, c'était la foire. Lui, pas de sang pur… de qui se moquait-on là ? Qu'est-ce qui était arrivé à ses parents lorsqu'ils ont eu atteint 23 ans ? Le monde s'était arrêté de tourner, voilà tout.

« Dans notre communauté, à nos 13 ans, nous acquérons la capacité de voir nos destinées. Non, pas l'avenir en tant que tel, mais différents futurs. Nous obtenons la capacité de voir uniquement pendant un cours laps de temps les prétendants avec qui nous pourrions passer le restant de nos jours, fonder une famille. Nous avons cette chance, et cette malédiction, de ne voir parmi une foule que ceux qui nous correspondent le mieux. Le meilleur mâle ou femelle pour procréer. Pour chacun d'entre nous, il n'y en a pas qu'un. Tes parents se sont choisis parmi une dizaine d'autres possibilités qui auraient pu tout aussi bien fonctionner. »

Draco éclata d'un rire désespéré. « Attendez, j'ai choisi Potter ? Mon âme sœur ? Vous plaisantez là. »

Un petit rire gêné parcouru les membres de la réunion. « Non mon chéri, pas ton âme sœur. Cela ne reste qu'un mythe, tu auras toujours le choix. Ce que Magda veut dire c'est qu'Harry est le prétendant le mieux placé pour te rendre heureux. Il te correspond en âge et en caractère, et est le plus puissant magiquement, ce qui est idéal pour la protection de la progéniture. » Sa mère marquait un point, mais il se doutait que ses paroles avaient un double sens.

« Magiquement le plus puissant. Je n'en crois pas un mot. Il ne semble même pas avoir subi le Passage. Et de toute façon je ne désire pas d'un sang-mêlé dans ma future vie, encore moins comme compagnon ! Je ne suis même pas gay pour commencer ! »

Un grattement de gorge à sa droite le fit sursauter. Harry le fixait intensément, arborant un rictus diabolique. Il fit un geste de la main, et subitement Draco se sentit submergé dans un courant d'air chaud et réconfortant. Il se sentait comme ivre, il planait, léger et euphorique, en sécurité, et puis toute cette puissance à portée de main, c'était divin, incroyable. Il ne voulait pas que cela cesse, jamais, il se sentait si bien. Oublié la guerre, l'école, la pression familiale, la crainte de se faire attaquer dans les couloirs de Poudlard, de ne pas avoir d'avenir, la haine dans le regard des sorciers. Tout ça était engloutit dans ce flot de magie piquante, suave, chaude, sensuelle. Il venait de trouver sa place. Pour rien au monde il n'aurait bougé de ce fauteuil.

Puis tout s'arrêta. Des soupirs de soulagement interrompirent sa rêverie et il se tourna vers les autres convives, étonnés de les voir essoufflés, les joues rouges, son père se tenant la gorge comme s'il voulait s'empêcher d'étouffer. Il jeta un coup d'œil à celui qui était à l'origine de cette explosion de magie, et se retint de se cacher derrière le fauteuil. Potter était méconnaissable, un regard de tueur et un sourire cruel. Pour la première fois, il prit la parole d'une voix lente et grave. Les poils des bras du blond se hérissèrent, il en avait la chair de poule.

« Draco, j'ai vécu le Passage, comme tout le monde. Généralement, l'augmentation des pouvoirs est vraiment minime pour le sorcier commun, cela a plus un effet stabilisant. Cependant, il semblerait que je continue à échapper à la règle.» Il se leva et se mit à parcourir la pièce de long en large, semblant perdu dans ses souvenirs, passant de temps en temps une main nerveuse dans ses boucles noires. Il tourna brusquement le dos à la porte, leur faisant face de toute sa hauteur. Il leva sa baguette, tout le monde se crispa lorsqu'il fit quelques mouvements les forçant au silence et dit « Ce que je vais vous révéler devra rester entre ces murs. Est-ce clair ? ». Il ne leur avait pas réellement laissé le choix. De toute façon maintenant que la famille Malfoy était impliquée intimement avec lui, ils n'avaient plus rien à gagner à révéler quoique ce soit à son sujet.

« Mon Passage a été extrêmement douloureux. Bien plus que tes pauvres maux de tête. J'ai hérité d'un morceau de l'âme de Voldemort et même si je l'ai détruite, j'en garde de nombreuses séquelles, dont une augmentation sensible de mes capacités magiques. Pour résumer, la quantité de pouvoir que je possède excède celle de Dumbledore et Voldemort réunis. J'ai travaillé dur pour maîtriser tout ça parce que je risquais de tuer quelqu'un, ou de sombrer dans la folie. Si je ne contiens pas mon aura magique, vois le résultat. Les gens sont presque écrasés par cette puissance, ils étouffent. Alors oui Draco, de tous les gens dans le château, tu as choisi un… monstre de puissance. »

Après ce discours très instructif, il se rassit et croisa bras et jambes dans une posture butée, s'obstinant à regarder par la fenêtre, presque boudeur.

Draco ne savait pas quoi répondre. Eh bien tant pis, cela attendrait qu'il en ait d'abord terminé avec son espèce de maladie. Sérieusement, des gosses qui se reproduisent à la puberté ? Ou ils se marient ? C'était quoi encore ? Heureusement pour lui, Magda repris son discours.

« Tout comme tes parents, ce que vous vivez pour le moment est normal, outre le fait que cela soit vraiment prématuré. Draco, avez-vous vu quelqu'un d'autre dans la salle ? »

« Non. Je ne voyais nettement que Potter. Et vous étiez sous forme d'une lumière pâle. Et mes parents bien sûr. Le reste était plongé dans la pénombre. Ce qui signifie ? »

« Eh bien, une partie… primitive de vous a désigné Potter comme étant son compagnon idéal. Stratégiquement, il est le meilleur parti. Je vous expliquerai plus tard ce que cela implique. Pendant cette période, nous perdons le sens de la vue pour ainsi dire, et nous apercevons plus ou moins bien les différents prétendants. Plus ils sont nets, plus il y a de chance que ça soit le bon compagnon. Mais ce n'est pas le seul symptôme. »

« Attendez. Il va encore m'arriver des trucs ?! Hors de question ! Faites en sorte que ça s'arrête ! »

« Malfoy, ferme-là par pitié ! En gros, tu vas perdre le sens de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher. C'est ce qui te permettra de déterminer quel prétendant te correspond le mieux. Le problème, c'est que si tu ne choisis pas rapidement, tu risques de sombrer dans la folie. »

« C'est une plaisanterie. Je ne veux pas mourir. Et je ne veux pas TE choisir ! Je ne suis pas GAY par Salazar ! Et puis comment tu sais tout ça Golden Boy ? »

« En été j'ai eu tout mon temps pour étudier. » Il ignora la remarque désobligeante de Draco et continua. « Ma carrière d'Auror est toute tracée d'ici. Mais je compte bien ne pas être un arriviste, et prouver ce dont je suis capable. Je ne compterai pas sur mon excès de magie, mais sur ma capacité à la contrôler à ma guise. Je ne compterai pas sur ma témérité, mais sur mes connaissances. Je ne compterai pas sur ma cicatrice ou ma célébrité, mais sur mon expérience. Pas comme certain. »

« Viens en au fait tu veux, on en a assez de tes beaux discours sur la droiture et la souffrance, on sait que tu es né martyr. Qu'as-tu étudié au juste ? »

Il regretta d'avoir posé cette question lorsqu'il croisa le regard vide de sa Némésis.

« Les créatures magiques, Malfoy. »