Encore un chapitre, tant que j'ai le temps :D
Merci à ceux qui m'ont ajoutée en "Favorite" ou qui sont devenus des "Followers". Le mystère s'éclaircit un peu, mais les ennuis ne font que commencer mouahahah!
Bonne lecture!
23 mai 2004
Harry regarda Draco à travers la porte entre-ouverte de la salle de bain. Il n'était vraiment pas beau à voir, loin de sa prestance habituelle, son corps couvert d'hématomes qui jaunissaient déjà. Des vêtements déchirés et sales autour de son pied valide, ses cheveux emmêlés et pleins de boue séchée. Le sang coagulé formait des traces brunes un peu partout sur le haut de son corps, sa lèvre était fendue et il avait un œil au beurre noir. Les coupures superficielles sur son bras étaient déjà pratiquement cicatrisées, mais les plus profondes mettraient peut-être 24 heures supplémentaires en fonction de leur gravité. Ses côtes le feraient souffrir pendant encore quelques jours, et lorsque sa cheville se remettrait en place, il allait passer un sale quart d'heure, il le savait.
Il entendit Draco pousser un profond soupir puis l'observa se déshabiller. Il serra les poings, un goût de bile dans la bouche. Draco, ce monsieur-je-pète-plus-haut-que-mon-cul, cet aristocrate intolérant qui ne bougerait pas le bout de sa baguette pour se réchauffer du thé s'était battu pour lui. Il avait pris des risques inconsidérés pour le protéger, alors que des deux, c'était lui le mieux formé à ça. Il était Auror après-tout. Cette situation était insupportable.
Il savait ce que le Veela ressentait pour lui. Bien sûr qu'il le savait, le nier n'y changerait rien. Même s'il ne le désirait pas, cette prophétie les y forcerait. Harry se fit alors la promesse que, s'ils s'en sortaient vivants, il partirait courir le monde et buter tous ces magnas de la prophétie. Qu'ils aillent tous se faire foutre, ou Harry ferait un malheur. Un bruit de chute dans la salle de bain attira son attention, et avant que Draco n'ait fini de pousser son premier gémissement de douleur, il était à ses côtés.
« Malfoy, ça va ? Mais que – Merde ! Écoute, calme-toi. Je ne peux pas m'approcher de toi tant que tu es dans… cet état. S'il te plait, fais un effort, je veux t'aider. » Harry, pour la cinquantième fois de sa vie, eut peur. Vraiment peur de ce qui pouvait leur arriver, du mal qu'ils pouvaient se faire. Draco était en plein mode Veela, ses iris brillaient d'une lueur argentée, ses ongles s'étaient allongés, et ses dents s'étaient transformées en autant de crocs. Mais il était recroquevillé au fond du bac, regardant Harry avec désespoir, pleurant à chaudes larmes.
« Je n'en peux plus Potter. Je t'en supplie, je n'en peux plus. Si tu ne veux pas de moi, dis-le une bonne fois pour toute, mais me laisse pas dépérir comme une merde, je vaux mieux que ça ! Par pitié Harry… laisse-moi partir. » Et il se remit à gémir de plus belle, tirant sur sa tignasse, se balançant légèrement d'avant en arrière, alors que l'eau chaude qui tombait du pommeau le lavait lentement, la crasse se frayant un chemin entre ses pieds jusqu'au siphon, teintant l'eau de noir et de rouge.
L'Auror était désemparé. Son cœur battait la chamade. C'était l'occasion rêvée de se débarrasser de tout ça, d'enfin fonder une vraie famille, de ne plus s'inquiéter de se faire Marquer par le Veela, de ne plus vivre dans la peur que la prophétie lui dicte à nouveau sa vie. Mais le problème était là : depuis ses 17 ans, sa vie tournait autour du dernier Malfoy. Il ne pouvait pas le Refuser, même si c'était le Veela lui-même qui le suppliait. Parce qu'il savait ce qui allait alors se passer. Draco serait toujours là, mais ce ne serait plus qu'une coquille vide, et Harry ne voulait plus jamais revivre cet événement comme cinq ans auparavant. Là aussi il n'avait pas pu Refuser, alors ça n'allait pas être aujourd'hui qu'il en aurait la force.
Mais là tout de suite, le Veela en Malfoy était en souffrance, il fallait qu'il agisse, mais que faire ? S'il le touchait, ils courraient à la catastrophe. Harry ne voulait pas coucher avec Malfoy, c'était hors de question. Mais peut-être n'étaient-ils pas obligés d'aller jusque-là ?
« Malfoy… »Il grimaça quand il vit le jeune homme se recroqueviller un peu plus, se cachant le visage de ses bras. Il avait oublié qu'il ne pouvait pas l'appeler par son nom de famille quand il était sous cette forme. Qu'est-ce qu'ils pouvaient être susceptible, ces gens-là ! « Je ne peux pas te Refuser Draco, je regrette. »
Le blond releva vivement la tête, furieux. « Alors Accepte-moi, mais prends ta décision maintenant. Je ne peux pas continuer à me rabaisser ainsi, à te courir après toute ma vie. Je veux vivre entièrement, pas mener cet ersatz de vie humaine ! »
« Et si je te laissais me soigner ? » Harry eut du mal à réprimer un sourire de satisfaction en voyant le visage du blond s'éclairer. Il pensait bien que cela allait fonctionner.
« Tu me laisserais m'occuper de toi ? Tu le promets ? »
Harry se rendit compte qu'il fallait calmer ses ardeurs en voyant les pupilles dilatées de la créature blessée devant lui. « Tu ne peux pas m'embrasser, me caresser, ou quoique ce soit de sexuel Draco, c'est bien compris ? Ou je te flanque la raclée de ta vie, je suis sérieux. »
Les narines de Draco frémirent, et ses yeux se plissèrent légèrement de contrariété. Puis après un moment de réflexion où il se rendit compte qu'il n'obtiendrait rien de plus, il hocha la tête.
« D'accord. Mais avant que tu demandes : non, je ne peux pas reprendre forme humaine pour le moment. Je me contrôle à peine, il faudra le supporter. Mais ma magie ne suffira pas parce que je t'ai Marqué il y a trop longtemps et ce qu'il en reste est insuffisant pour stimuler la magie Veela. Si nous avions été Liés j'aurais pu te soigner à distance. Quel gâchis. »
« Mais d'abord, termine de te laver, tu manques clairement de sex-appeal. » Il sortit en vitesse avant de se ramasser le savon en pleine tête. En refermant la porte, il ne put retenir un éclat de rire.
4 juin 1999
Un claquement de doigt plus tard et un elfe de maison apparut dans le vaste bureau. Depuis le décès de Dumbledore, McGonagall avait procédé à un grand nettoyage de printemps, et de nombreuses breloques avaient disparu. Il semblait plus clair et… plus féminin, plus écossais. Mais la décoration importait peu à Harry en ce moment. L'elfe lui rappelait Dobby, et le chagrin qui s'empara de lui le surprit.
« Winky, peux-tu veiller à ce que le jeune Malfoy soit pris en charge à l'infirmerie je te prie. » L'elfe disparut dans un POP ! après avoir fait une courte révérence.
Lorsque l'elfe eut quitté la pièce, la tension n'y fit qu'augmenter d'un cran, et le silence se fit pesant. La directrice regardait le héros du monde sorcier avec une tristesse visible dans les yeux, les mains serrées autour de sa petite tasse de porcelaine dont le thé refroidissait lentement. Le destin s'acharnait vraiment sur ce petit qu'elle avait presque vu naître et qu'elle avait certainement vu grandir pour devenir ce jeune homme puissant… et dangereux. Elle redoutait le moment où elle devrait lui annoncer la terrible nouvelle. Pour l'instant sa gorge était trop nouée. Le magnifique Veela à ses côtés se racla alors doucement la gorge.
« Monsieur Potter, je suppose que vous en savez plus sur nous que ce à quoi je m'attendais. Pourriez-vous partager vos connaissances, pour que j'évite les redites. »
Harry Potter tourna alors lentement la tête, ses yeux lâchant difficilement la fenêtre et le terrain de Quiditch qui l'appelait dehors. Son regard était perçant, et Magda réprima difficilement son mouvement de recul. Le Veela, représentant le Conseil supposa-t-il, était habillé d'habits sorciers aux couleurs profondes. À part ses cheveux tellement blonds qu'ils en étaient presque blancs, dont les Veela tiraient leur force et dont ils étaient si fiers - c'était un trait que le jeune Malfoy partageait déjà avec sa race au vu du temps qu'il mettait pour les entretenir - , rien ne le différenciait d'un humain. Il était vrai qu'il était très grand et qu'un peu de soleil lui ferait le plus grand bien, mais Harry savait qu'il garderait à jamais ce teint de porcelaine. Le jeune homme soupira profondément, jeta un dernier coup d'œil dehors, et frotta ses mains moites sur son jeans. Lorsqu'il s'exprima enfin, ce fut d'une voix calme et assurée, monotone.
« Cet été, j'ai lu beaucoup de livres sur les créatures magiques, parce qu'au cours de mon séjour à Poudlard et pendant la guerre, j'ai fait de nombreuses… rencontres, vais-je dire. Elles me fascinent. Bien que vous ayez l'air innocent, vos aptitudes, utilisées à mauvais escient, peuvent se révéler dangereuses. Prenons par exemple le Charme : à mes yeux, il est équivalent à l'Imperium. Pour résumer, je sais à peu près tout ce qu'il faut savoir sur votre genre. »
Harry fit une pause, puis se pencha en avant, posant ses coudes sur le bureau et soutenant son menton de ses mains jointes. « Il semblerait qu'avec ma chance, je sois un Prétendant. Cependant, je ne suis pas dans l'obligation d'Accepter. Faites votre travail, et trouvez-lui quelqu'un d'autre. Depuis les manipulations tordues de Dumbledore pour « le plus grand bien », je me suis juré de ne plus jamais tomber dans le piège. »
Narcissa et Lucius Malfoy se tendirent à ces mots. « Alors vous condamnez mon fils à une mort certaine, monsieur Potter. » Narcissa avait l'air composé, mais ses mains étaient crispées sur ses genoux et elle se tenait raide dans son siège, pâle comme une morte.
Magda prit alors sur lui de continuer la conversation, craignant un dérapage. « Monsieur Potter, nous faisons face à un problème plus grave encore. Bien sûr, je ferai de mon mieux mais nous sommes presque certains que Draco ne trouvera pas d'autres Prétendants. »
« Je ne vois pas pourquoi. Malfoy est en grande partie sorcier, son choix s'étend aux deux espèces. Pour quelle raison je serais son unique choix ? »
« Parce qu'il existe une prophétie, Harry, qui vous inclût tous les deux. Je suis désolée. » La directrice de Poudlard semblait effondrée et très lasse. Mais ils n'avaient pas le choix. Harry Potter, avec la guerre, était devenu une pièce extrêmement importante dans l'échiquier du Destin. Ses actions auraient une influence énorme sur la société sorcière. Non, sur le monde magique dans son entièreté. Il avait présentement les poings serrés sur le bureau, et ses yeux brûlaient de colère, mais il se contenait encore. McGonagall savait que cela ne durerait pas.
« Madame la directrice, veuillez développer, je vous prie. »
Elle prit un air grave, fixant sa tasse d'un air concentré. Elle en but une gorgée et, après s'être rendue compte de sa température, le réchauffa d'un mouvement de baguette. Elle le sirota tranquillement, prenant son temps pour formuler du mieux qu'elle pouvait cette mauvaise nouvelle. Après une longue minute, elle se réinstalla au fond de son siège, gardant cette fois la tasse de thé dans une main, la sous-coupe dans l'autre. Parfois son rôle lui pesait. Il arrivait souvent que la météo ne corresponde absolument pas à l'humeur du moment. C'était l'un de ces jours. Le soleil brillait de tous ses feux, il faisait une chaleur accablante, les oiseaux chantaient, ne se rendant pas compte de la menace qui planait sur leur environnement.
« Je n'en connais que les grandes lignes Harry. Pour connaître la totalité de son contenu, il faudra vous rendre au Conseil. Tout ce que je sais, c'est qu'il n'y a qu'un élu pour le Veela qui verra le jour en ce 4 juin 1999. Cet élu est promis à accomplir de grandes choses, qui auront des conséquences sans précédents sur les trois mondes. Nous ne pensions pas qu'il s'agissait de toi. Je suis navrée mon enfant. »
« Les trois mondes pourraient concerner le monde des Créatures magiques, les Sorciers, et les Moldus, mais nous n'en sommes pas certains. »
Malfoy père prit alors la parole, et prononça tout haut la crainte cachée de l'assemblée. « Nous pourrions l'interpréter comme les Trois Mondes, appelés ainsi dans les Temps Anciens. Ceux du ciel, de la terre, et le monde sous-terrain. Autrement dit, les créatures de l'Ombre, malfaisantes. Cela pourrait impliquer une nouvelle guerre. » Il fit une pause, fixant tout le monde dans les yeux pour être sûr d'avoir toute leur attention, puis s'arrêta sur Harry. « La puissance grotesque que vous venez de nous révéler délibérément le confirme. Il ne peut s'agir que de vous. Et je dois ajouter que maintenir ce pouvoir secret vous servirait plus que de le révéler au grand jour. Ne faites pas l'idiot Potter. Le Ministère a peur des sorciers puissants. Ils ne tiennent pas compte de la personne qui détient ce pouvoir. Ils voudront l'écraser, pour ne prendre aucun risque concernant l'apparition d'un nouveau Seigneur des Ténèbres. »
Harry ne bougeait pas. Il fixait durement le sol, tremblant de rage. Les tasses et les tableaux commencèrent à trembler, la porte à claquer. Un vent sortit de nulle part et souffla les feuilles du bureau, souleva les chaises et les cheveux. Le jeune homme frêle respirait de plus en plus fort, se contenant de plus en plus mal.
Au rez-de-chaussée, à l'infirmerie, Draco allait mal. Très mal. Madame Pomfresh venait de lui donner un calmant. Elle lui parlait des élèves et de leurs blessures.
Mais il s'en fichait comme d'une guigne. Il savait que dans les prochaines heures, il allait perdre un sens. Il s'ennuyait à mourir, et déjà l'effet de l'amulette diminuait. Les contours devenaient flous, s'assombrissaient.
Soudain il entendit le POP ! caractéristique de l'apparition d'un elfe. Il regarda autour de lui, s'attendant à en trouver un au pied de son lit d'hôpital pour lui apporter quelque nouvelle, mais rien. Il fit signe à l'infirmière, qui vint se poster devant lui.
« Un elfe de maison est venu ici, je l'ai entendu. Vous aurait-il donné des nouvelles me concernant ? »
Il ne s'en rendit pas compte tout de suite, mais quand il finit par lever les yeux, il vit qu'elle bougeait les lèvres sans qu'aucun son n'en sorte. Ou plutôt, sans qu'il ne les entende. Alors il se mit à crier, et crier, et crier à plein poumons tandis que le noir l'engloutissait à nouveau.
