2.
Une lueur d'inquiétude passa dans les prunelles également vert émeraude de Birune Yordell.
- Migraine, Alérian ?
- Plus le temps passe, plus elles sont a contrario douloureuses ! gémit le jeune homme en se tenant la tête dans les mains.
- Cela n'a rien d'étonnant, remarqua la quinquagénaire lieutenante. Fracture du crâne, hémorragies, oedèmes, trois semaines de coma avant que l'amiral n'organise votre rapatriement, le bilan médical de cet hôpital qui vous a récupéré était des plus inquiétants. Vous avez de la chance que ces migraines soient quasiment la seule séquelle après toutes ces semaines !
- Façon de dire, maugréa Alérian. Des mois de vie ont sombré dans l'oubli, j'ai encore de grave problèmes de concentration et de mémorisation, une fatigue permanente et une faiblesse généralisée que je ne parviens pas à surmonter… Si seulement j'avais idée des causes de ces blessures…
L'avocate pianota sur son ordinateur.
- Selon les expertises de votre navette de commandement, elle a subi des dégâts bien avant de s'écraser sur Haben, la planète où vous avez échoué.
- Je suppose que si j'avais été conscient avant de me crasher, j'aurais envoyé un message pour alerter de mon approche, ou j'aurais tout bonnement activé la balise de détresse.
- Un des nombreux mystères entourant la perte corps et bien du Starlight ainsi que de l'Arcadia de votre père, poursuivit Birune.
- Si mon Destroyer avait été détruit, on aurait retrouvé une épave, des débris, des corps… Là, il s'est proprement volatilisé !
- Voilà bien des points qui devront être éclaircis, si possible, lors des séances devant la Cour Martiale puisque vous devez répondre de la perte de votre bâtiment et de tout son équipage !
- Sans compter que je suis le seul à m'en être sorti alors que j'aurais dû sombrer avec lui, à l'ancienne.
- Vous vous expliquerez de ce dont vous vous rappelez, conclut l'avocate Militaire. Vous exposerez cette mission secrète dont l'amiral vous avait chargé.
- J'ai noté vos conseils. Pour ne pas les oublier !
Alérian se remplit un verre d'eau, portant machinalement la main à sa poitrine.
- Et impossible de savoir en plus ce qu'il est advenu de ma rose noire… Je ne me le pardonnerai jamais si je ne la retrouve pas, Zunia y est prisonnière !
- Ca, vaudrait mieux ne pas en faire part, sinon vous passerez de la case convalescence ici à celle de l'internement pur et simple !
- Moi aussi je voudrais retrouver ma liberté, martela Alérian en vidant une fiole de glarose pour soulager sa céphalée.
- Pas une bonne idée du tout ! jeta précipitamment l'avocate. Je vous l'ai déjà expliqué ! Les familles de deux mille membres d'équipage vont exiger votre tête dès qu'il sera officiel que le Starlight est perdu ! Croyez-moi, vous êtes bien plus en sécurité dans ce Centre de Détention ! Sans oublier que votre état nécessite encore des soins !
Alérian fit la grimace, se levant pour faire quelques pas, déjà pris de vertige, les jambes tremblantes de fatigue.
- Je n'ai que vingt-sept ans mais mon corps me fait clairement comprendre qu'il a été salement amoché depuis douze ans ! Et ce n'est pas ce qui vient de m'arriver, sans que je n'en sois conscient – au propre comme au figuré – qui va m'aider à reprendre du poil de la bête.
Le jeune homme soupira, se rasseyant dans le fauteuil le plus proche.
- J'ai peur… Aux commandes du Starlight, je ne redoutais pas grand-chose, même si je n'en menais pas large la plupart du temps. Mais ici la situation ne dépend pas de moi, m'échappe, je ne la maîtrise pas ! Je suis jugé pour avoir manqué à toutes mes responsabilités, cela entraînant la perte de mon Destroyer… Et vu la mission que mon amiral m'avait confiée, j'étais en opération de guerre, d'où cette Cour.
- Les autres membres qui auront à vous juger seront curieux de vous entendre. Mais évitez de jouer l'amnésique pour vous dédouaner !
- Mais je ne demande qu'à me souvenir, de tout !
- Non, toutes les vérités ne sont pas bonnes à être rendues publiques, glissa Birune. C'est ni plus ni moins que votre lynchage qui s'annonce !
- J'ai à payer pour mes actes. J'ai entraîné la destruction de mon Starlight ! Ces familles que vous évoquiez ont droit à la vérité et elles ne peuvent que me haïr ! Je vais tâcher de rassembler le peu de souvenirs qu'il me reste !
- Vous êtes courageux, commandant Rheindenbach. Moi, la Militaire de terrain, je vous admire ! Mais je ne peux vous sauver, ne conservez pas une once d'espoir pour votre carrière !
- Si je ne puis demeurer Militaire, je peux devenir Pirate !
- Pardon ?
- Rien, souffla Alérian, son avocate se retirant pour le laisser se reposer.
