3.
A quelques minutes de se rendre à la première séance devant ses juges hauts gradés, Alérian s'était entretenu en vidéoconférence avec Danéïre et Alden.
Après avoir envoyé des baisers du bout des doigts, le garçonnet métis avait à nouveau cédé la place à sa mère.
- Tu vas tenir bon, Alie ? s'inquiéta la jeune femme au teint de bistre, à la crinière de jais et aux fascinantes prunelles bleu glace.
- Ce n'est pas le genre de combat auquel je suis habitué. La perte de mes souvenirs est un avantage et un handicap.
- Ah bon ?
- Un avantage car on ne peut me soupçonner de dissimuler la vérité ou de mentir. Un handicap car je ne peux expliquer la perte de mon équipage et de mon Destroyer.
- Dans les deux cas de figure, tu es perdant, mon pauvre amour, soupira Danéïre.
- Ca, il y a un moment que je l'ai compris… J'ai failli à ma tâche.
- On le saura quand toute lumière aura été faite, gronda Danéïre. Moi, j'ai toute confiance en toi ! Et je suis sûre que Warius t'accorde toujours la tienne !
- Il ne peut pas être de deux côtés à la fois, gémit Alérian en se massant les tempes. Il est avant tout mon amiral, mon chef. En ces circonstances, il ne peut être mon ami de toujours !
- Il va te condamner sans sourciller ? gémit Danéïre.
- Il préside le jury de ma Cour Martiale. Il n'aura pas son mot à dire. Il sera impartial, totalement.
- Mais il ne t'aidera pas ! se révolta la jeune femme.
- Il ne le peut pas, répéta Alérian. Et moi, j'ai juste à rapporter les ordres qu'il m'a donnés en m'envoyant en mission. Ensuite, ce seront les rapports médicaux, les expertises de comportement, déjà encodés.
- Ils n'essayeront pas de ranimer tes souvenirs ? poursuivit Danéïre, plus paniquée que jamais depuis un mois que son époux avait été admis à la Section Médicale du Centre de Détention.
- Il semble que vu l'état dans lequel mon cerveau s'est sorti du crash final sur Haben, il n'est pas en état de supporter drogues ou même autres formes d'hypnose voire diverses méthodes pour me rendre mes souvenirs !
- Ils ne peuvent te condamner alors que tu ne sais même plus ce qui s'est passé ! Je reviens, je dois te défendre !
Alérian serra les poings.
- Hors de question ! siffla-t-il. Warius et Yordell l'ont souligné à plus d'une reprise : la tempête médiatique va se déchaîner dès demain. Je peux encaisser, mais Alden et toi devez être loin de tout ce fracas ! J'espère juste que le petit hôtel de tes parents ne souffrira pas de mon opprobre public…
- Mes parents ont accepté ma carrière depuis toujours, et la tienne ensuite. Ils savent que tout peut tourner mal… Et ils t'adorent !
- La Presse est impitoyable, elle broie tout sur son passage. Je suis désolé… Je ne pensais pas un jour t'infliger une telle épreuve !
- Elle m'est moins pénible qu'à toi, mon grand amour ! assura encore Danéïre. Tu ignores ce qui est arrivé à ton père, son équipage, ton équipage, ton Destroyer et même la chienne jumelle de Jhiro. Tu souffres à un point indescriptible !
- Il va me falloir faire avec toute cette histoire, conclut Alérian en mettant fin à la conversation.
Bien que ce soit une nuit supplémentaire au Centre de Détention, et une nouvelle avant encore bien d'autres, Alérian était agité dans son sommeil.
« L'Araignée de Yorchild ! Un piège vieux comme les univers, mais tellement imprévisible, une énième légende galactopolaine qui nous a eu… ».
Se débattant dans ses cauchemars, Alérian porta les mains vers sa poitrine où ne se trouvait plus le pendentif à la rose noire.
« Zunia, toi aussi, je t'ai trahie ! Je ne pourrai jamais implorer ton pardon vu le supplice de la mort d'inanition que je t'impose… ».
Se réveillant, en sursaut, le jeune homme demeura un long moment le regard fixé sur le plafond, épuisé, perdu comme jamais.
- Pourquoi je n'arrive jamais à me souvenir même de mes rêves ? Et même s'il s'agissait d'hallucinations, de délire, cela pourrait me donner une ébauche d'idée de ce qui s'est passé. Cauchemarder la vérité, ce n'est pas une première… Mais tout est passé si fugacement, je n'en ai aucun souvenir…
Quittant son lit, Alérian alla rapidement se doucher pour tenter d'atténuer la chaleur qui agitait tout son corps, le rendant fiévreux au possible.
« Demain sera le premier de ma mise à mort… Je ne peux en rien l'empêcher… Tout va bientôt se terminer, mais tout pourrait bientôt commencer si je rejoignais tardivement la bannière Pirate pour fuir cet univers où j'ai tout perdu… ».
Se rallongeant entre les draps, Alérian laissa ses cils se mouiller de larmes de résignation à son sort.
