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Alors qu'il avait redouté un déchaînement de vindicte, bien compréhensible au demeurant, à son encontre, Alérian constata qu'il s'agissait plutôt d'une peine infinie et d'un deuil silencieux.
La berline l'amenant du Centre de Détention au QG de l'état-major, il aperçut de loin les bougies, bouquets de fleurs et autres lanternes à prières accrochées aux grilles d'entrée de la cour principale du grand complexe de bâtiments. Et plusieurs dizaines de personnes étaient rassemblées, dignes et sans débordements face aux gardes. Alérian n'en eut que le cœur plus déchiré encore.
- Voilà le résultat de votre inconséquence, grinça le soldat qui se tenait à la gauche d'Alérian qui était en uniforme mais avait bien évidemment rendu son arme de service.
- Pas de commentaire déplacé, intima Birune Yordell qui avait pris place à la droite du jeune homme. Vous êtes là pour la sécurité du commandant Rheindenbach, pas pour le juger !
Alérian se contenta d'un soupir, ne pipant mot.
Le véhicule ayant pris la rampe d'un parking souterrain un peu à l'écart de l'entrée principale, Alérian avait été conduit jusqu'à la salle de conférence où allait se tenir la première de séances de son jugement.
Il avait alors patienté quelques minutes dans une salle d'attente, avant qu'un huissier ne l'introduise dans la pièce où se tenaient déjà son amiral, une brochette de hauts gradés, le ministre des armées étant le seul civil présent.
Dans le pesant silence, Warius s'était levé, lisant les chefs d'accusation envers son jeune commandant à la crinière d'acajou où tranchait la mèche blanche.
Au vu de son état de santé, Alérian avait reçu l'autorisation de demeurer assis, la lieutenante avocate à ses côtés.
Une fois que l'amiral de la Flotte eut fini, Froyen Lordomme avait pris la parole à son tour puisque c'était à lui de poursuivre l'animation du débat.
- En tout premier lieu, commandant Rheindenbach, veuillez nous faire part des tenants et espérés aboutissements de cette mission secrète. Nous vous écoutons !
Alérian manqua s'étrangler alors que son amiral lui faisait le résumé de la nouvelle mission pour laquelle il s'apprêtait à partir avec son Starlight.
- Neuf mois, quasi, sans le moindre contact, avec le QG ici ni même nos proches ! ?
Warius inclina positivement la tête.
- Je sais que ce sera très dur affectivement parlant. Je réalise parfaitement que vous serez livrés entièrement à vous-mêmes. Mais, Alérian, voilà près de dix ans que tu commandes le Starlight, que son jeune équipage a également gagné en maturité et expérience. Vous êtes aptes à remplir cette mission.
- Je ne comprends pas bien, fit le jeune homme tout en flattant la grosse tête de la molosse noire et feu assis à côté de lui. Qu'est-ce qui justifie ces précautions, ce déplacement quasi en anonyme dans la mer d'étoiles ?
- Gamalthine.
Le jeune homme tressaillit.
- L'amirale Illumidas, elle refait surface ?
- Et c'est pire que tout, reconnut Warius en triturant machinalement ses manches galonnées. Elle s'est installée dans un système solaire de six planètes, occupées uniquement par des Mécanoïdes, dont une planète usine autonome. Selon les renseignements des sondes espionnes qui sillonnent l'espace à sa recherche depuis toutes ces années, ces Mécanoïdes composeraient sa nouvelle armée fidèle.
- Mais, ce système solaire ne dépend pas de ta République. Que vais-je donc bien pouvoir y faire sous ta bannière, amiral ?
- Le système solaire Ordante n'est sous aucune juridiction, les Mécanoïdes y ayant fondé leur propre état on va dire. Et au vu des démêlées passées, Gamalthine est notre problème !
- Le Starlight, ça va être un peu juste face à sa nouvelle armée… remarqua Alérian.
- D'où la raison de ce vol sous bouclier occulteur, sans communications entrantes ou sortantes qui pourraient vous trahir tous ! Je t'envoie en patrouille guerrière, Alérian, mais pas pour engager le combat. Avant de décider quoi que ce soit, j'ai à savoir à quoi je vais me colleter !
- Bref, tu m'envoies en éclaireur invisible pour ramener toutes les infos nécessaires, fit Alérian.
- En effet ! Ce sont les prémices d'une guerre inévitable avec ce monde mécanique et tu y as un rôle primordial. Considères-toi d'ailleurs comme en état de guerre et adoptes-en les règles ! Mais gardes-toi bien de te faire repérer et même d'un seul tir vers l'ennemi !
- A tes ordres, amiral. Je viendrai donc te faire mon premier et dernier rapport de mission à mon retour, dans neuf mois.
Le ministre Lordomme se tourna vers Warius.
- Est-ce exact ?
- Parfaitement, en tous points. Après le départ du commandant Rheindenbach, le seul contact fut, après cinq mois, celui de la balise de détresse de sa navette qui s'était crashée sur Hagen où je l'ai fait récupérer par une unité médicale, compléta Warius. Le seul à pouvoir nous dire, ou pas, ce qui s'est passé est bien le commandant Rheindenbach !
