7.

Alérian ouvrit des yeux ronds.

- Le Warriorshadow ! C'est ma chambre sur le Warriorshadow ! C'est impossible ! D'ailleurs, qu'est-ce que j'y ferais… ?

Quittant le lit, le jeune homme passa par la salle de bain avant d'enfiler les vêtements qui lui avaient été préparés.

« Quoi qu'il m'attende sur la passerelle, j'y serai mieux habillé de pied en cape que nu comme un ver ! ».

Tout de noir vêtu, il fixa ensuite le ceinturon de son cosmogun autour de ses hanches.

« Et au moins, je serai en mesure de me défendre ! ».

Par réflexe, le jeune homme leva légèrement la tête.

- Tihul ?

- Oui, commandant, à vos ordres, fit l'ordinateur central du cuirassé rouge et or battant pavillon Pirate !

- Active les systèmes de sécurité intérieurs. Je ne voudrais pas me faire tirer à vue en mettant le nez hors de mon appart !

- Inutile, l'amiral Zéro vous attend sur la passerelle.

- De quoi ? !

Et ce fut presque au pas de course alors qu'Alérian quitta son appartement.


Déboulant sur sa passerelle, il y découvrit effectivement Warius installé dans le fauteuil sur la plateforme surélevée de commandement.

- C'est quoi ce cirque ! ? aboya le jeune homme. Vers où vole-t-on et pourquoi ? Et pour commencer, j'ai à être auditionné par ta bande de coincés du fion depuis bien trop longtemps derrière un bureau !

- Pour ce dernier point, ça c'était il y a deux jours, rétorqua paisiblement Warius sans bouger du siège.

- Hein ? ! vitupéra encore Alérian. Je n'y comprends rien…

- Ce n'est pas nouveau, ironisa Warius. Ça fait même un bon moment que tu es largué !

- Trop en veine d'amabilité, toi… Si tu m'expliquais, pour changer. Pour commencer, pourquoi je ne suis plus au Centre de Détention ?

Le jeune homme fronça les sourcils.

- Si, je l'avais bel et bien quitté, se souvint-il. Avec juste le garde, Birune Yordell devant me rejoindre au QG. Après, je ne me souviens plus…

- Également un fait courant ces derniers temps.

- Warius ! rugit Alérian, poings serrés.

- Ça va, calme-toi, jeune coq, temporisa enfin Warius en se levant. Je t'ai fait kidnapper, voilà tout !

- C'est quoi ce délire ? insista Alérian en reprenant possession de son fauteuil. C'est moi qui suis censé avoir perdu la boussole ! Où allons-nous ? reprit-il en se calmant légèrement.

- Mais vers Ortande, bien sûr !

- « bien sûr ». Tu te fous de moi ?

Alérian sursauta.

- En plus de tout le foutoir, je vais être accusé de désertion, manquait plus que ça !

Warius esquissa un sourire.

- Non, n'aie aucune inquiétude à ce sujet, Alie. Nous sommes partis avec l'accord des membres de la Cour Martiale !

- Pourquoi je ne suis pas au courant ? grogna Alérian.

- Trop compliqué à t'expliquer sur le moment, et j'avais à faire vite. Je ne voulais pas t'avoir dans les pattes non plus, tu aurais été capable de jouer les contrariants, comme en ce moment ! Bien dormi ?

- Ah parce qu'en plus tu m'as fait droguer ? Tu es complètement givré, Warius…

Alérian eut une légère grimace.

- D'ordinaire, c'est moi uniquement qui élabore ce genre de plan insensé ! Tu me dépouilles vraiment de toutes mes prérogatives !

Et soudain, Alérian éclata de rire.

- Ma démarche relevait pourtant de la totale logique, se défendit Warius, au restaurant du cuirassé, ayant rempli deux verres de thé au distributeur. Tu ne pouvais nous apporter aucune explication. Il ne restait donc plus que l'option d'y retourner !

- Pas idiot… Mais pas sûr du tout que cela marche ! objecta Alérian en rajoutant du miel liquide dans sa boisson. Comment Lordomme et les autres ont-ils pu marcher dans ton plan ?

- Je viens de te le dire, Alie : il n'y avait plus d'autre choix pour trouver la vérité ! On va donc reproduire ton désastreux vol de mission, en suivant scrupuleusement les coordonnées que tu nous as renseignées jusqu'à ce que ta mémoire se brouille. Ensuite, nous aviserons !

- « nous » ?

- Doc Machinar qui s'occupera de ton suivi médical, toi et moi, ainsi que la consultante en ingénierie tout récemment engagée pour veiller en sus des Mécanoïdes sur ta salle des machines ?

- Oh non, pas une bureaucrate de plus n'ayant jamais volé ! râla Alérian.

- Merci pour le compliment, fit une voix féminine familière.

Alérian se leva d'un bond à la vue de celle qui venait de rentrer dans la cafétéria.

- Danéïre !