12.
N'en menant pas large, Alérian se matérialisa au Sanctuaire de Borendrich.
- Fou et suicidaire, commenta de fait ce dernier. La leçon de la dernière fois ne t'a donc pas suffi ?
- Je l'ai payée chère, cette leçon, convint le jeune homme qui en quelques instants avait déjà l'impression de geler sur pieds ! Je ne sais si ma perte partielle de mémoire était un de tes espoirs, mais elle a bien affecté ma lucidité après qu'un de tes Krahis jumeaux m'ait ouvert le crâne !
- Franchement, je me foutais éperdument de tes souvenirs, tu n'as jamais été un ennemi que j'ai redouté. Et puis je sais surtout que tu ne ferais rien qui mettrait en péril ma collection : les dômes de verre qui protègent mes miniatures sont fragiles, un véritable combat provoquerait une hécatombe.
Gardant son adversaire à l'œil, Alérian se rapprocha des tables d'exposition, y repérant cette fois le Starlight et l'Arcadia !
- Quels que soient les risques, j'ai à les prendre pour les sortir de là et leur rendre leur taille normale, aboya-t-il, poings serrés.
- Si tu tiens absolument à remettre cela, gloussa Borendrich. Je suis curieux de voir ça. Je vais laisser mes Krahis s'amuser un peu avec toi, ensuite je finirai le travail !
- Et moi, je ne me ferai pas surprendre deux fois par une même stratégie pour accaparer mon attention pour m'attaquer en traître !
Mais bien obligé, cette fois, de détourner sa concentration de la créature drapée, Alérian se retrouva entre les deux Krahis, armés de leur lance, qui faisaient un cercle dont il était le centre.
Comme la fois précédente, Borendrich récita une formule qui élargit les fissures importantes existant déjà au sol, y ouvrant alors de larges et profondes crevasses,
Un long moment durant, sachant à présent comment se déplaçaient ses ennemis, Alérian évita toutes les attaques portées, se refusant à user de ses ailes ce qui aurait pu pousser les Krahis à utiliser les lances tels des javelots, ce qui aurait mis en danger les vitrines d'exposition lorsqu'ils seraient retombés !
Le jeune homme tressaillit soudain.
- Je te reconnais, toi !
- Impossible, nous sommes identiques, mon jumeau et moi, totalement !
- Mais vous dégagez des ondes différentes qui vous différencient bel et bien. Et c'est toi qui as tué Zunia !
D'entrée de jeu, ayant repoussé un des Krahis, Alérian s'était retrouvé face au second qui avait déjà fait tourner sa lance. Et le côté lame avait déchiré le plastron de la tunique d'uniforme, brisant la chaîne du pendentif de rose noire qui avait glissé et disparu au plus profond de la crevasse la plus proche.
Ripostant de toute sa rage, Alérian vit ses ailes se transformer, les rémiges se transformant en autant de poignards qui transpercèrent le Krahis.
« Il reste l'autre ! ».
Alérian pivota vers ce dernier, s'écartant juste à temps pour éviter un nouveau moulinet destructeur de la lance, mais pas une onde d'énergie projetée par Borendrich que ses parades affolées semblaient ravir au possible – ce qui au demeurant était la stricte vérité !
Dérapant sur le sol gelé, Alérian manqua basculer dans une des crevasses, se rattrapant in extremis à un piton de la paroi.
« Si je bascule là-dedans, avec ces souffles glacés en tourbillons mes ailes ne me seront d'aucun recours… ».
Repoussant son Krahis survivant, Borendrich se tint au bord de la crevasse, considérant son ennemi se balançant dans le vide, impuissant, ballotté par les vents violents comme un fétu de paille.
- Tu me facilites vraiment trop la vie ! rugit la créature drapée en faisant apparaître une lance de glace entre ses mains. Je vais t'épingler comme un papillon !
Borendrich jeta sa lance, obligeant Alérian à lâcher sa prise, happé par le vide.
- Ça valait bien la peine de revenir pour faire si piètre figuration, fit Borendrich avec un infini mépris. Suis-moi, Krahis, je tiens à vérifier qu'aucun des dômes de ma collection n'a été fissuré !
Un grondement puissant agita la surface du Sanctuaire de Borendrich, un jet de flammes jaillit de la crevasse et une gigantesque ombre noire bondit vers le ciel avant de revenir se poser avec fracas.
Cette fois totalement pris au dépourvu, Borendrich considéra avec horreur le grand dragon noir, chevauché par son cavalier à la crinière d'acajou, qui lui faisait à présent face.
