15.

Après avoir passé trente-deux heures à s'assurer que les coordonnées où l'Araignée de Yordchill était apparue pour la dernière ne représentaient plus aucun risque , le Starlight était reparti vers la République Indépendante.

- A quoi bon ce temps perdu ? remarqua, un peu dédaigneusement le blond second du Starlight, personne ne passe par ici ! ?

- Nous sommes bien venus ! rétorqua Alérian dans un grincement. Et si un jour notre amiral envoie des escadrilles pour tuer dans l'œuf les envies belliqueuses de Gamalthine et des Mécanoïdes, le passage doit être sécurisé !

Alérian fronça les sourcils.

- Pourquoi remettre en cause les décisions de notre amiral qui nous fait le suivre à cet intervalle de temps ? A moins que ce ne soit de mes ordres dont tu doutes ?

De fait, Oshryn se troubla légèrement.

- Parle librement, lieutenant Ludjinchraft, pria Alérian.

Debout devant le fauteuil de commandement, Oshryn tourna le dos à la passerelle et baissa la voix afin de n'être entendu que de son supérieur.

- La navigation galactique est déjà une entreprise grouillante de dangers. Alors ajoutes-y tous tes déboires surnaturels et ça devient proprement invivable… Je suis fatigué, je n'en peux plus. Et pour avoir été miniaturisé, c'est la microscopique goutte d'eau qui fait déborder le vase. J'ai l'intention de demander ma mutation. Mais je ne l'aurais pas fait sans t'en avoir affranchi, sans ton accord…

- … ou non !

- Pardon ?

- Sans mon accord ou non, rectifia Alérian. Et tu l'as. Il n'a jamais été dans mes intentions de retenir quelqu'un contre son gré !

- Merci, commandant, je savais pouvoir compter sur ta mansuétude. Je suis désolé.

- Tu es libre avant tout.

- Et toi, tu vas te sortir de cette Cour Martiale, tu en es sûr ?

Alérian inclina positivement la tête.

- C'est bien mon intention !

- Je suis de tout cœur avec toi !

- Merci, Oshryn.


Tous les membres de la Cour ayant eu à juger Alérian étaient réunis pour leur dernière séance.

- Appel entrant, amiral, avertit un huissier.

- Amiral Zéro, vous n'avez aucune éduction, vous deviez interdire toute communication durant cette séance ! aboya le ministre Froyen Lordomme.

- Au contraire, ce message est déterminant, nous ne pouvons l'ignorer. Je l'attendais, mais son auteur aime les entrées théâtrales ! Appel sur grand écran !

L'image d'Alérian, en parfait uniforme, apparut.

- Alérian Rheindenbach, de retour, annonça ce dernier. Equipage au complet, Destroyer Starlight intact et en approche de Déa ! Le transfert de mon livre de bord est en cours !

- Je le reçois, confirma Warius avec un regard vers son ordinateur.

Warius garda sa mine sérieuse, bien qu'il s'amuse comme jamais intérieurement !

- Rejoignez-nous, commandant Rheindenbach, par le moyen de locomotion qui vous siéra le mieux !

Quelques instants plus tard, l'ordinateur radar du QG prit la parole.

- Objet venu du Starlight.

- La navette de commandement ? interrogea le ministre des armées.

- Non, inconnu aux fiches… Ce n'est pas mécanique. C'est organique, biologique !

- Tous dehors, intima Warius en se levant, sans guère laisser le choix de l'attitude à adopter aux autres gradés présents !

Trop stupéfaits, ne sachant comment réagir, ceux de la Cour Martiale virent une créature mythologique, et qui n'était plus sensée exister, se poser, chevauchée par un être qui ne semblait ne faire qu'un avec elle : le cœur du cavalier visible et battant à l'unisson des trois cœurs également apparents dans la poitrine du dragon noir.

Lequel dragon étendit son aile droite pour permettre à son passager de rejoindre le balcon où Warius et les autres se trouvaient.

- Commandant Alérian Rheindenbach, fit, non sans ironie, le jeune homme en effectuant un impeccable salut. Je ne pense pas que vous ayez eu le temps de m'oublier ! ?

Il rendit par réflexe l'exemplaire de sa paire d'arme de service qui s'était trouvé à bord du Starlight.

- Je suis prêt à vous faire mon rapport !

- Le Starlight, l'équipage ? aboya presque sans retenue Froyen Lordomme.

- Reparti s'arrimer en orbite pour le premier après avoir permis l'envol de Zunia. Quant à mes membres d'équipage, ils rejoignent le sol par navettes, leurs familles sont prévenues et les attendent. J'ai une longue et étrange histoire à vous raconter.

- Rentrons, nous allons vous écouter ! jeta Warius qui avait repris d'autorité les rênes de la Cour Martiale sans que quiconque ne lui dispute ce droit !