Personnages principaux : Hermione / Drago

Rating : T

Disclaimer : Je ne détiens ni les personnages, ni l'univers magique décrit dans cette fiction, qui sont l'œuvre de la talentueuse J.K. Rowling.


Drago n'avait pas toujours rêvé de devenir auror. Ce choix s'était imposé à lui alors qu'assis sur le siège de l'accusé, il avait entendu Harry Potter le défendre avec conviction. Une part de lui n'avait pas survécu à la guerre, et il avait su que dédier sa vie à chasser des mages noirs serait le meilleur moyen d'en faire le deuil. La suite, il ne l'avait jamais regrettée, jusqu'à ce que Granger ne vienne mettre le désordre dans tout ce qu'il avait construit.

L'auror poussa un soupir, agacé de ne pas pouvoir se concentrer plus de cinq minutes d'affilée sur sa mission. La faute à cette ville, la faute à cette femme qu'il était censé rechercher. Il se reprit rapidement, et entreprit de fouiller la chambre de son agaçante collègue.

Quelques minutes plus tard, son œil fut attiré par un défaut de fabrication dans le cadre du miroir qui faisait face à l'immense lit. En s'approchant de plus près, il remarqua que le miroir n'était pas correctement plaqué au cadre dans le coin supérieur gauche. Un détail que Granger n'aurait pas manqué de remarquer. Pris d'une inspiration subite, il plaça ses ongles derrière le miroir, et tira. Comme il l'avait imaginé, le miroir avait été volontairement décollé puis remis à son emplacement d'origine. Et plaqué contre le cadre se trouvait un parchemin.

Amusé par l'ingéniosité d'Hermione, il déchanta un instant en découvrant que le parchemin ne contenait qu'un stupide schéma ainsi qu'un message rédigé en français :

« Là où ta mauvaise foi … »

Ça n'avait aucun sens. A moins que…

Son nom de famille signifiait « mauvaise foi » en français. Et si Hermione ne s'adressait qu'à lui ? L'auror le citait implicitement, tout comme elle faisait référence à un lieu, comme si lui seul pouvait comprendre l'allusion.

Le message était rédigé en français.

Hermione et lui avaient effectué leur première mission ensemble à Paris.

Elle avait dû cacher ses rapports dans un lieu que lui seul pouvait deviner. Un simple coup d'œil au schéma confirma sa pensée. Une flèche pointant vers son origine, dessinant donc un cycle.

Drago était venu à Paris pour sauver Hermione. Comme il l'avait fait par le passé lors de leur première mission. Il savait maintenant où chercher.


Il tournait en rond dans le studio de fortune que le ministère de la magie lui avait assigné. Il ne pouvait pas encourir le risque d'être vu par qui que ce soit lorsqu'il récupérerait les rapports, et préférait pour cela attendre la nuit.

Il devait patienter plusieurs heures et détestait ça. Pour être plus honnête, il détestait cette mission et les souvenirs qu'elle engendrait.

Il décida de se reposer et partit s'allonger dans le noir. Il se surprit à repenser à Granger, et à la manière dont elle continuait à l'horripiler en permanence. Finalement, ses pensées dérivèrent vers le jour où leur instructeur les avait désignés en tant que binôme pour leur stage de fin d'études.

C'était en 2001, au début de l'été, et tous les apprentis s'étaient réunis dans l'amphithéâtre du centre de formation des aurors. Lorsque Drago avait entendu son nom, suivi de celui d'Hermione Granger, il avait d'abord cru à une blague. C'est elle qui l'avait résonné par la suite :

« Arrête un peu tes âneries, Malefoy. Le monde ne tourne pas en fonction de toi. Peut-être que nous sommes tombés ensemble parce que Johnson voulait nous tester, mais peut-être pas. Et très sincèrement, je m'en moque : nous devons réussir ce stage comme une équipe, et ça signifie que nous devons passer outre nos conflits. Nous ne sommes plus des enfants qui pouvons nous plaindre parce que les règles du jeu ne nous conviennent pas. Tu dois passer au-dessus de ta haine des nés-moldus, et je dois oublier que tu es un crétin arrogant et raciste. »

Jamais Drago n'avait eu envie de gifler la sang-de-bourbe auparavant, mais il s'était retenu pour répondre froidement :

« Quand ce stage sera fini, Granger, je te ferai regretter ces paroles. »

Elle avait ri.

« C'est là que tu te trompes. Ce ne sera jamais fini. Nous sommes collègues maintenant, et nous devrons toujours rester professionnels, que ça te plaise ou non. »

Le lendemain, leur mission commençait : un travail de protection rapprochée auprès d'une chanteuse quelconque, menacée dans de nombreuses lettres anonymes. Un travail qui les avait forcés à coopérer jour et nuit pour protéger la chanteuse, mais aussi pour trouver le coupable.

Aussi pénible qu'elle puisse être, Granger avait été un vrai soutien lors de ce stage, et ils avaient obtenu leur diplôme haut la main. Mais le plus important, c'était que cette mission leur avait permis de passer de la haine à une relation d'abord professionnelle et cordiale, puis finalement, basée sur le respect, la reconnaissance, parfois l'admiration.

C'était le début d'une collaboration qui devait durer cinq ans.


Lorsque Drago rouvrit les yeux, il faisait nuit. Il se changea et glissa le parchemin dans sa poche avant de partir silencieusement.

La pluie était battante, et le vent acheva de le glacer jusqu'aux os. Il arriva enfin à destination : le cimetière du père Lachaise. Il parcourut les allées et s'arrêta devant un gisant. A cet endroit, Hermione s'était écroulée et avait failli de ne pas se relever. C'est là qu'il avait compris certaines choses. Mais la suite des événements n'avait pas joué en sa faveur, et il s'était retiré comme le con qu'il était.

Il ressortit le parchemin et étudia de nouveau le schéma. Autour du cercle qu'Hermione avait dessiné ses rectangles grossièrement dessinés. Le cercle représentait probablement l'endroit où il l'avait sauvée, et les traits autour devaient correspondre aux tombes. Mais rien n'indiquait où trouver les rapports que Granger avait cachés.

Il fit deux fois le tour du périmètre dessiné avant de se rendre compte qu'un détail clochait. Hermione était tombée entre la troisième et la quatrième tombe de l'allée, mais selon son schéma, il n'y en avait que deux à gauche du cercle. Il s'approcha de la première tombe, volontairement oubliée par Hermione : c'était une tombe banale au milieu des gisants, sur laquelle avait été déposée une gerbe de fleurs encore fraîches.

Ce que Drago remarqua, c'est qu'elles n'avaient pas eu l'air de souffrir du froid. Ce qu'il remarqua également, c'est que la tombe était très sale. Comme si personne n'était jamais venu auparavant, et encore moins pour déposer une gerbe. Il ne pouvait s'agir d'une coïncidence. Il pointa sa baguette et le sort qu'il murmura lui confirma que les fleurs avaient été ensorcelées, probablement pour ne jamais faner. Il regarda de plus près le ruban qui les maintenait ensemble, et jubila lorsqu'il découvrit, sur l'intérieur, une adresse brodée.


Il était près de trois heures du matin quand l'auror arriva gare de Lyon. Il se rendit aussitôt dans le hall 3 et chercha la voie N, près de la sortie rue de Bercy. Il atteint finalement la consigne louée par Hermione, et l'ouvrit discrètement d'un sort avant d'en saisir le contenu.

Par mesure de prudence, il trafiqua les vidéos de surveillance. Encore une habitude qu'il devait à la née moldue.

Lorsqu'il retrouva son studio, épuisé, il ouvrit le paquet. Le premier document était une lettre, et sa lecture acheva de le bouleverser.

Le 8 février 2008

Drago,

Je sais que si quelque chose devait m'arriver, c'est toi qu'Harry enverra sur le terrain, parce qu'il sait que tu feras ce qu'il faut pour me retrouver. C'est que comme je le soupçonne déjà, ma couverture est tombée.

Tu lis cette lettre, c'est donc que tu n'as pas résisté à la tentation de t'admirer dans un miroir et que tu as trouvé mon message.

Tu trouveras dans ce dossier toutes les informations utiles pour poursuivre l'enquête, dont le dénouement devrait être proche. Si ce que je soupçonne est juste, alors notre monde est en danger, parce que des moldus en ont découvert l'existence. Ça expliquerait en tout cas que toutes les disparues soient nées moldues : elles avaient choisi de vivre en dehors du monde sorcier, et étaient plus vulnérables. Je sais que ça n'explique pas tout : pourquoi des femmes ? Pourquoi se ressemblent-elles ? Je n'ai pas toutes les réponses, mais je te supplie de me faire confiance, et de ne pas changer de piste. Je sais que la solution n'est pas loin.

Lorsque tu me sauveras, essaie de ne pas prendre la grosse tête pour autant, parce que j'aurai largement contribué à ce que tu sois capable de le faire.

A très vite,

Hermione


Il avait pleuré comme un bébé. Ce détachement, cette foi qu'elle plaçait en lui... Il n'était pas aussi certain qu'elle qu'il serait capable de la tirer d'affaire, et une part égoïste en lui aurait aimé qu'elle lui écrive combien il avait compté pour elle. Qu'elle l'avait laissé tomber et que maintenant qu'elle allait mourir bientôt, elle regrettait.

Il ne dormit pas cette nuit-là. Il éplucha chaque document présent dans le dossier, et quand le matin arriva, il alla s'écrouler comme une masse.