17.

Yéda, la chevelure de suie et Chury pourvu d'une crinière grisonnante, échangèrent le clin d'œil de vieux complices amoureux à la vue des deux couples qui venaient de les rejoindre à la table du petit déjeuner.

- Chalandra et Albator, Dana et Alérian, prenez place. Vous sembles tous bien guillerets !

Le quatuor rosit à l'unisson mais ne dit rien, se contentant de commander boissons froides et chaudes avant d'aller remplir leur première assiette aux tables du buffet.

- Votre bonheur à tous nous fait chaud au cœur, se réjouit Yéda. Nous sommes tellement heureux !

En un bel ensemble, Albator et Alérian jetèrent un œil protecteur à leur progéniture respective : Enysse se barbouillant dans sa chaise haute, et Alden le petit métis dévorant pour quatre tout en essuyant autant qu'il le pouvait la bouche et les joues de sa nièce e tante !

Chury éclata de rire.

- On dirait que nos deux couples préférés ont décidé d'agrandir leurs familles respectives ! gloussa-t-il.

- Ce n'est pas faux, firent en un bel ensemble, et les pommettes soudain très rouges, deux balafrés !

- Sous peu, nous connaîtront tous les bonheurs absolus ! se réjouit Yéda.

Alérian vida son assiette de portions grillées, ayant ensuite envie des salades fraîches pour apaiser le feu de ses papilles, mais avant il vida, le plus discrètement possible l'espérait-il une fiole de glarose.

- La deuxième depuis le saut du lit. Tu n'arrêtes plus d'augmenter le dosage. Tes migraines ? s'inquiéta de fait aussitôt Danéïre.

- C'est de pire en pire. Et ça m'a coupé l'appétit ! gronda Alérian en quittant la table.


Albator, tout de noir vêtu, bien que de façon légère et estivale, entra dans la salle de sport où son fils s'éreintait aux appareils de musculation.

- Alie ?

- Je n'ai rien à te dire ! rugit Alérian en multipliant ses foulées de plus en plus vite sur le tapis de course.

- En ce cas je peux parler ?

- Non. Mais tu ne la boucles jamais, hein, papa ?

- Et certainement pas quand je suis plus soucieux pour mon fils en vacances que lorsqu'il est amnésique ou en découd avec le Sanctuaire d'une Araignée ! Alie, tu vas bien ?

- Il me reste une semaine de congé, je compte bien en profiter ! ironisa Alérian. Ce qui signifie la passer dans un lit, ou tout autres endroits, avec Danéïre !

- Ca me réjouit. J'espère que vous aurez bientôt un nouveau petit cœur dans la famille.

- Tout comme toi, papa ? remarqua Alérian en sautant de l'appareil, prenant la serviette que lui tendait son père pour s'éponger.

- J'avoue que je serais heureux que Chalandra agrandisse notre famille. Mais, revenons-en à toi ! Il ne s'agit pas que de ce matin… Depuis trois semaines, je te vois, ou je te soupçonne, de vider des fioles de glarose bien plus que ne te l'autorisent tes prescriptions… Tes céphalées sont de pire en pire… Et bien que tu sois entièrement réhabilité, que tu sois redevenu le héros des jours de guerre, toi tu ne vas pas bien…

Albator soupira.

- La Cour Martiale te jugeant s'est dissolue faute de preuves, reconnaissant ton innocence, te rendant tous tes droits et l'entièreté de ton honneur. Mais bien que tu as le plus merveilleux des projets d'agrandir ta petite famille, tu n'es pas sorti indemne de cette énième folie… Tes migraines,

- Elles me font mourir à petit feu, je perds tout contrôle, toute notion de quoi que ce soit, avoua Alérian. Le Krahis a rempli un triple rôle à son insu : il a protégé son maître, il a provoqué cette bienvenue amnésie pour Borendrich et il me rend lentement hors de mes moyens…

Alérian ôta son t-shirt pour finir de s'en essuyer autant qu'il le pouvait.

Il sourit cependant, réellement et profondément confiant.

- Ca va aller, papa. Dans une semaine, je repars en mission, la glarose me permettra de tenir le coup.

- Alie…

- Je m'en sors toujours, papa. La mer d'étoiles, elle nous appelle, toujours, toi et moi ! Même si on le voulait, on ne peut y résister !

- Tu as tout compris, Alie, sourit Albator, sensible au dernier appel évoqué, oubliant soudain ses craintes premières envers son rejeton !

- Tu sors encore avec Chalandra ? gloussa Alérian.

- Je l'emmène pour qu'on se gave de fruits de mer !

- Bonne idée, papa !

- Mais, je sais, Alie. Je ne suis pas encore le papy coincé que semble imaginer le magnifique petit Alden !

- A ce soir, papa ? A moins que tu ne loues une chambre d'hôtel ?

- Tout est possible, mon grand !

Alérian éclata de rire. Mais son père sorti, le jeune homme sortit une autre dose de glarose de la poche de sa veste, brisant le col, pour avaler le contenu du flacon.